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Ah! Quel terrible cinq heures du soir ... ou des boites dans l'oeuvre de Claude Simon.

Je ne poserai qu'une seule question a l'oeuvre de Claude Simon et cette question sera en forme de boite. Rien de plus banal, ou de plus attendu, qu'une boite. Reste que c'est la l'objet par excellence, le seul objet, et pour cause, qui contienne tous les autres. Suffit-il pour autant de l'ouvrir pour voir ce qu'il renferme? Tout lecteur apprendrait vite a ses depens qu'une boite est bien souvent un objet a double fond.

Cette boite, dans l'oeuvre de Claude Simon, est tantot une montre, tantot un appareil photographique. Montre et appareil photographique, en effet, sont des boites, des boitiers, pour etre exact, le boitier designant tout aussi bien la boite de metal renfermant le mecanisme d'une montre que la chambre noire d'un appareil photographique. Entre ces deux boitiers, toute une collection de boites (de la plus petite a la plus grande), la plus petite se resorbant dans la plus grande: l'oeuvre tout entier.

Que sa boite soit finalement un appareil photographique, on ne l'invente pas : << Avant la guerre, raconte Denis Roche, Claude Simon n'ecrivait pas. Il peignait et il faisait des photos, uniquement en noir et blanc. En 1937, il parcourt l'Europe en prenant, ici et la, des photos dont rien, semble-t-il, ne subsiste. A son retour, il fait la connaissance de Philippe Halsman, portraitiste celebre, qui faisait des photos de sa premiere femme. Il achete un Rollei et se promene dans Paris [...]. Pendant la guerre a Souillac, Claude Simon rencontre Teriade qui le pousse a continuer son oeuvre de photographe. >> (1) Claude Simon a fait de la photographie. Tout comme Malraux, il ne se deplace jamais sans son appareil. A deux doigts d'en faire son metier, il publiera meme deux albums, le premier intitule Album d'un Amateur, aux editions Rommers-Kirschen en 1988, et le deuxieme intitule Photographies, aux editions Maeght en 1992.

Alors, photographe avant d'etre ecrivain? La n'est pas la vraie question. S'il n'avait ete photographe, son oeuvre aurait quand meme ete photographique. Preuve en est que ses deux albums sont publies alors que sa vie d'ecrivain est deja bien remplie (il a 75 ans en 1988). A la date ou ils paraissent, ces deux albums ne font que confirmer l'etroite relation qui existe entre l'oeuvre ecrite et la photographie. Ce n'est donc pas tant Claude Simon photographe que l'on veut interroger, mais son oeuvre que l'on considere comme un enorme appareil photographique, avec toutes les complications que cette metaphore introduit immediatement.

L'oeuvre de Claude Simon fait tic-tac a toutes les lignes. Des clochers, des horloges, des pendules a tous les coins. << Teuctacteuctacteuctacteuctac. >> (Le Tricheur, 43) (2) La fine oreille, dirait Celine. Pas tic, mais teuc... Des montres, des cadrans, des balanciers un peu partout. Et qui marchent .... Crevera pas la vieille? >> (Le Tricheur, 43) On ne peut pas tourner une page sans avoir l'impression de remonter une montre. Chaque texte nous fait l'effet d'etre un rouage qui en entrainerait un autre comme << si c'etait une espece de mecanisme ou aucun rouage ne peut bouger sans que tous les autres se mettent aussitot en branle, et si on se figure y echapper en accelerant ou en retardant, tout le reste du bazar accelere ou retarde aussi en synchronisme >> (Le Sacre du printemps, 244).

On aura beau deregler cette sorte de mecanisme, cette modification sera sans effet sur le rapport au temps que nous entretenons en verite. Le temps qui nous impose sa loi. L'ecriture est obligee de s'y soumettre. C'est qu'il ne suffit pas de modifier son rythme pour lui echapper : ou bien il faut se debarrasser purement et simplement du mecanisme d'horlogerie qui lui tient lieu, tentative ratee du Tricheur, ou bien le casser, fut-ce avec l'aide du ciel, tentative reussie du Jardin des Plantes. L'heure sera alors perdue a tout jamais. L'heure, et le souci de l'heure.

L'oeuvre de Claude Simon voit ainsi le jour d'une bien etrange facon. Des la toute premiere page est rejetee, dans un geste de colere, une montre. Une montre qui, pour le coup, ne fait plus aucun bruit. Une montre, et c'est ainsi que l'ecriture commence, arretee. Dans Le Tricheur, tout premier texte de Claude Simon paru en 1945, Belle pose en effet a Louis une question qui semble a priori anodine mais qui se revele a l'usage avoir des consequences absolument terribles : << Quelle heure penses-tu qu'il est? >> (Le Tricheur, 9). Sans le savoir, Belle (quel nom a la sonorite, dans ce contexte, si etrange!) pose la seule question a laquelle l'oeuvre sera a jamais incapable de repondre : << Sais pas >> (Le Tricheur, 9), repond d'ailleurs Louis, avant de sortir une montre de sa poche :

--Sept heures... Ah non! Ce n'est pas possible... Il approcha la montre de son oreille.

--Naturellement! elle est encore arretee!

Il secoua la montre et la porta de nouveau a son oreille, la tete penchee.

--Putain de montre alors!... Sacree cochonnerie de montre! Tiens j'en ai plein le dos de cette toquante, plein le dos! Allez! Il la jeta comme un caillou, tres loin.

Belle la regarda monter en tournoyant, accrochant le soleil. Et puis elle ne la vit plus. Elle ne vit pas l'endroit ou elle tombait. Elle haussa les epaules. (Le Tricheur, 10)

Cette scene est fondamentale. C'est une scene de fondation. C'est en tout cas ce que je veux croire. Personne ne semble y avoir prete attention. Et pourtant, si cette montre n'avait pas ete jetee, si la maitrise du temps n'avait pas ete perdue, l'oeuvre de Claude Simon jamais ne serait devenue ce qu'elle est. Evidemment, il n'est pas question de considerer ici que tout est ne du Tricheur, Claude Simon ayant d'ailleurs formule des reserves sur ce premier roman publie au lendemain de la Deuxieme Guerre mondiale au point meme d'en refuser la reedition.

Mais force est de constater que des les toutes premieres pages de ce texte, le temps s'arrete de tourner selon les aiguilles d'une montre comme si l'heure desormais etait un savoir interdit a l'etre simonien, un savoir dont il allait a jamais se mefier comme s'en mefie Pascal Quignard pour qui seule << une horloge, qui ne marche plus du tout, donne l'heure exacte deux fois par jour. Ainsi la verite >>. (3) Le rapport entre dire la verite et dire l'heure etant qu'on ne peut dire l'heure sans se poser la question de savoir s'il faut dire la verite, et du role de l'ecriture dans toute cette affaire. Toute verite, en litterature comme ailleurs, n'etant que la demystification d'une mystification qui la fonde et qu'elle denude.

Dans Le Jardin des Plantes, roman publie en 1997, c'est a cette constatation qu'en arrive Claude Simon lorsqu'il decrit un journaliste venu l'interviewer. Il decouvre que tout chez ce journaliste, aussi bien ce qu'on peut deviner de son caractere que de son rapport au monde, se resume a cette montre qu'il porte au poignet : << Il avait l'air efficace, precis, portait une cravate discrete et au poignet une montre carree plaquee or, ou peut-etre vraiment en or, au cadran noir ou se pressaient comme des lunes plusieurs petits cadrans indiquant chacun je suppose le mois, le jour, l'heure, les minutes et les secondes >> (Le Jardin des Plantes, 76). Ce carre plein de ronds, la quadrature du cercle? Morand raconte dans ses Chroniques (4) que, pendant son enfance, il avait ete fascine par la vitrine du New York Herald, << ou quatre horloges marquaient a la fois l'heure de Paris, de New York, de Tokyo et de San Francisco >>. On se levait ici, quand on se couchait la-bas! C'etait une decouverte aussi importante que le cogito de Descartes...

Tous les journalistes, en tout cas, sont les produits de ce cogito-la. Simon est l'anti-Morand (l'anti-roman?) par excellence. Confronte au probleme insoluble que representent pour Claude Simon ces etres qui n'ont de lois a recevoir que de leur montre et des cercles qui la compose, l'auteur fait le proces d'une conception du temps qui caracterise l'Occident moderne, un temps qui se subdivise en une pluralite de temps, mais qui, tous autant qu'ils sont, existent objectivement, avec des proprietes mesurables et circulaires. C'est a cette pluralite objective et infinie qu'obeit cette girouette qu'est le journaliste du Jardin des Plantes--qui ne sait plus a quel vent tourner : << Comme il allongeait le bras pour saisir le petit magnetophone sa manche est remontee, decouvrant completement cette grosse montre-bracelet avec ses cadrans pour les secondes, les minutes, les heures, dont les aiguilles tournaient en rond. Comme si le temps n'avancait pas, tournait sur lui-meme, repassait toujours par les memes endroits, faisait pour ainsi dire du sur-place. De toute facon si le chien renonce a attraper sa queue, il la traine toujours derriere lui. >> (Le Jardin des Plantes, 82) Autre facon d'exprimer le paradoxe fondamental et l'experience enigmatique que le temps propose. A savoir que seul ce qui permet la mesure du temps en empeche la mesure. Une montre nous permettant de mesurer le temps que si elle court a notre perte.

Comment ce journaliste pourrait-il alors comprendre Claude Simon? Ils ne vivent pas dans le meme temps. Car, enfin, quatre cadrans, dix cadrans, mille cadrans ... le nombre ne fait rien a l'affaire : << aucune montre ne peut revenir en arriere. >> (Le Jardin des Plantes, 83) Constat amer, le journaliste est desesperement l'homme du jour, celui qui vit au jour le jour, en temps reel, dans ce temps dont Claude Simon conteste evidemment la realite : << De nouveau je me demandais ce qu'il pouvait bien comprendre de ce que je lui racontais lui avec ses lunettes de docteur et sa montre suisse sa cravate de bon gout et sa chemise qui sortait de chez le blanchisseur. >> (Le Jardin des Plantes, 96) Le journaliste, l'homme a la montre (l'homme aux montres, comme on dit l'homme aux loups), comment pourrait-il entendre ce que lui dit Claude Simon?

L'oeuvre, du Tricheur au Jardin des Plantes, est une corde raide tendue entre ces deux textes a seule fin de briser le cercle vicieux du temps qui n'avance pas et se mord la queue. << D'habitude, il y a toujours l'heure quelque part >> (81), lit-on dans Le Sacre du printemps. Il faudra desormais s'en passer.

Precisons encore que cette montre a appartenu a son pere, tombe au champ d'honneur en 1914, et que c'est de la plus grande importance : << C'est vrai, je l'ai fichue en l'air. N'irai surement pas la rechercher, sous pretexte que c'etait la montre a papa, et alors? Parce que c'etait sa montre, sous pretexte qu'il l'avait sur lui quand il a ete tue et qu'on l'a renvoyee a maman avec ses affaires. >> (Le Tricheur, 14) C'est au fils d'heriter de la montre et d'heriter par la meme de la maitrise du temps. C'est a lui desormais de faire appliquer la Loi paternelle, une loi ancestrale leguee de pere en fils. Mais l'etre simonien refuse cette charge: il n'accepte pas l'heritage ... si heritage il y a.

C'est que la montre n'est pas un don du pere, mais qu'elle est transmise par la mere. Et encore << transmise >> est-ce trop dire. C'est a son corps defendant qu'elle la laisse derriere elle: << Dire qu'elle me l'a donnee sur son lit de mort! Elle la portait toujours dans son sac, malgre que ce fut une montre d'homme, mais voila! Il l'avait sur lui quand il a ete tue. >> (Le Tricheur, 44) C'est la mort qui la rend au fils, comme l'ocean les cadavres: la montre n'est pas un legs (un lais: voir le Testament de Villon), mais une laisse, cet espace que la mer laisse a decouvert a chaque maree. Avec tout ce qu'elle y laisse ...

A vrai dire, cette montre n'est meme plus une montre: passee a l'etat de relique. Laissee pour compte, comme sont laissees les fientes de l'animal ou les laisses du sanglier. De telles reliques non seulement ne sont pas transmissibles, mais encore elles sont sans valeur d'usage. Et cette montre, par exemple, ne peut meme plus donner l'heure, ou alors une heure impossible qui correspondrait au temps bloque du deuil maternel. La montre est prise pour le defunt lui-meme, chargee, de par ses caracteristiques, de le remplacer. La montre en venant a si bien remplacer le pere qu'on doutera qu'il ait jamais ete autre chose que cet objet inutilisable aux yeux du fils.

Denis Roche souligne, dans sa preface a Photographies, De la tenebre inverse, que c'est alors que Claude Simon est en train d'ecrire Vent qu'il realise ses plus belles photos, << passant desormais et pour toujours, a un incessant processus de deboitement--a propos duquel l'auteur evoque les poupees russes, en fait, a l'origine, la celebre Dame Gigogne du theatre populaire classique, la femme geante des jupes de laquelle sortaient une foule d'enfants (5) >>. La photographie, dans l'oeuvre de Claude Simon, aurait donc, selon Denis Roche, quelque chose a voir avec Dame Gigogne. C'est cette hypothese du moins que nous allons retenir, a une difference pres.

La citation exacte de Claude Simon est en effet la suivante: essayer de trouver, de decouvrir ou de debusquer l'Histoire est peut-etre << aussi vain, aussi decevant que ces jeux d'enfants, ces poupees gigognes d'Europe centrale emboitees les unes dans les autres, chacune contenant, revelant une plus petite, jusqu'a quelque chose d'infime, de minuscule, insignifiant: rien du tout. >> (Le Vent, 10) Denis Roche parle de deboitement alors qu'il s'agit d'abord d'emboitement, un emboitement qui fait immediatement penser a Pascal Quignard lorsqu'il affirme, en conclusion de son vingtieme traite, qu'ecrire revient a reemboiter, l'ecrivain etant un reemboiteur (6).

Sauf que reemboiter, dans ce contexte, veut dire remettre en place ce qui a ete deboite. En d'autres termes, ce n'est pas Claude Simon qui deboite les poupees ou, puisqu'il s'agit de la meme chose pour Denis Roche, les images photographiques. Lorsqu'il les decouvre, ces images photographiques, elles sont deja sorties de leur contexte (de leur boite), deplacees de leur lieu d'origine. Des lors, il a beau savoir que l'Histoire est un emboitement vain et decevant, Claude Simon ne peut s'empecher d'ecrire a son tour << sa page d'Histoire >> (Histoire, 189) et de recoller entre eux des morceaux epars retrouves ca et la: parce qu'il a le sentiment qu'elles constituent son histoire personnelle, il reemboite entre elles des images photographiques qu'il retrouve pele-mele et persevere de texte en texte jusqu'a ce que le puzzle soit finalement complete.

Reste que, ces images photographiques, c'est bien sous les jupes de Dame Gigogne qu'il les retrouve. Sous les jupes de maman, en d'autres termes. La mere de Claude Simon lui-meme qui, de toute son existence, a part engloutir (sucreries, gateaux et pates de fruit), n'avait << rien fait, sauf apprendre [...] a developper, puis tirer, les photographies qu'elle prenait inlassablement de sa famille >> (L'Acacia, 114). Femme << a la silhouette epaisse >> (L'Acacia, 13), au reste elle mange avec la rapidite d'un declencheur. Clic! clac! c'est dans la boite ... A peine si on a le temps de la voir vider son assiette: << simplement, d'un moment a l'autre, l'assiette (ou la tasse) etait vide >> (L'Acacia, 15).

Repas finis (dont elle collectionne les menus), c'est au tour du monde d'etre mange, par cartes postales interposees. La muse de l'Histoire n'est plus Clio, fait remarquer Philippe Bonnefis, mais la veuve de Baudelaire, la collectionneuse noire, qui etend de par le monde son reseau d'images photographiques--l'araignee dans sa toile. Ne se lassant jamais de ce regime, par qui d'autre pouvait-elle etre seduite que par un homme habitue a donner de ses nouvelles precisement par l'intermediaire de cartes postales: << Par la suite, lorsqu'a son tour il lui en fit parvenir, expediees d'un peu partout dans le monde, il se contenta sobrement d'ecrire son nom au-dessous des trois chiffres indiquant le jour, le mois, l'annee---comme s'il etait deja certain de l'inutilite, sinon meme de l'indecence, de tout discours >> (L'Acacia, 126)?

Le pere de Claude Simon etait l'homme de la situation, le seul qu'elle puisse aimer veritablement puisque le seul a comprendre ce qu'elle attendait d'un homme, a savoir rien de plus, rien d'autre que ces << quatre ans pendant lesquels de Port Said, d'Aden, de Colombo, de Diego-Suarez, de chaque escale sur les routes parcourues par les paquebots desservant l'Afrique ou l'Asie, elle recut les cartes postales grisatres ou sommairement coloriees qui mettaient un mois a lui parvenir et qu'elle rangeait soigneusement a part >> (UAcacia, 126). S'etonner apres cela que le pere n'apparaisse lui aussi que sous la forme d'une photographie! Du pere en effet, il ne reste rien d'autre qu'une montre et que ce cliche, un << agrandissement photographique >> (L'Acacia, 331), que l'on retrouve sur la table de chevet de la mere.

Par un etrange fantasme d'invagination, Mere Gigogne incorpore jusqu'a la figure du pere en en devorant d'abord toutes les representations, regressus ad uterum, qu'elle range soigneusement au plus profond d'elle-meme. Pour le devorer lui-meme ensuite, devorer le pere, en effet, montre plate, aussi plate que possible, aussi plate qu'une feuille de papier, qu'un morceau de bristol ou qu'une photographie, avale d'une seule bouchee, avale corps et bien par cette << mante religieuse >> (La Route des Flandres, 232).

La mere, autrement dit, n'est pas preteuse, qui ne laisse derriere elle qu'un tiroir rempli des cartes postales envoyees par le pere. Et encore ne les laisse-t-elle qu'a contrecoeur. Si Claude Simon n'etait pas tombe dessus, tout a fait par hasard, cette espece de << femme elephant >> (Le Jardin des Plantes, 375) les aurait sans nul doute gardees avec elle jusque dans la tombe. Claude Simon, d'ailleurs persuade que sa mere ne saurait etre mieux comparee qu'a une sorte de monstrueux appareil photographique, pour comprendre d'ou il vient, apprend a lire ces cartes postales qu'elle conservait jalousement en elle.

C'est au beau milieu d'Histoire, de la page 250 a la page 266, que l'auteur va ouvrir la boite et en decrire le contenu a la cadence d'une carte par paragraphe, chaque paragraphe, inlassablement, commencant par faire etat de la couleur du ciel ou de la progression des ombres sur le sol: << et dix heures du matin a peu pres puisque le ciel [...] n'est pas encore chauffe a blanc >>, << et deux heures de la matinee peut-etre le soleil tapant presque vertical >>, << et sept heure du matin un jour froid brumeux gris >>, << et trois heures de l'apres-midi l'horizon doux >>, << et sept heures du matin le ciel blanc >> << et cinq heures du soir le silence les ombres bleues s'etirant >>, << et onze heures du matin [...] le soleil tellement violent que l'une des femmes se protege le visage avec l'aide d'un bidon vide >>, << et cinq heures du soir des velos que l'on a pousse dans l'herbe >>, << et la fin d'une journee sans doute puisque le ciel rosit >>, etc., etc.

Comme si, de la sorte, il cherchait a lire l'heure sur lesdites cartes. Il sait, en tout cas, que si une carte postale donne l'heure, c'en est une dans l'absolu, hors de toute relation a la circonstance (un evenement) ou a la personne (le sujet photographie), une heure pour personne donc, ou que personne peut-etre n'a jamais sue: << et aucune heure aucun temps mille ans avant ou apres et avant quoi et apres quoi >>, peut-on lire encore dans Histoire lorsqu'avec la derniere carte on parvient au terme de ce voyage dans le temps.

Au terme? Mais le terme n'est pas une carte. C'est une photographie, qui s'est glissee la, par inadvertance, << et venue la comment? parmi les vues de deserts, de forets tropicales, de cathedrales milanaises, de montagnes enneigees et de paquebots appareillant >> (Histoire, 266). Venue la pour dire l'heure, peut-etre, la dire enfin. << Et quelle heure alors? >> (Histoire, 266), s'interroge le narrateur en la portant pour ainsi dire a son oreille.

Cette question que pose Histoire apres que Belle, on s'en souvient, se l'est posee des Le Tricheur, rappelle en effet, s'il etait necessaire, qu'on ne sait toujours pas l'heure. L'auteur, apres s'etre rendu compte que la montre du pere etait incapable de la lui donner, se tournant vers la mere pour trouver une reponse. Vers la mere et ses cartes postales qui disent toutes les heures en meme temps. Et << trois heures de l'apres-midi--ou dix heures du matin ou six heures du soir peu importe >> ... Toutes les heures mises a plat et par la privees de cette troisieme dimension qui est a la duree ce que le relief est au paysage. << Et quelle heure alors? >> voulait dire dans ces conditions laquelle choisir parmi toutes celles inscrites la. Ce n'est pas qu'il n'y avait pas d'heure, c'est qu'il y en avait beaucoup trop.

Comment, dans ces conditions, savoir laquelle est la bonne? Rien d'ailleurs, a premiere vue, ne distingue la photographie des cartes postales qui la precedent: << par le vitrage on peut seulement voir les silhouettes de toits de cheminees de branches d'arbres depouillees et quelque chose comme la lanterne d'un dome se decoupant en gris pale sur le gris pale du ciel, et pas une carte postale cette fois, mais une photographie >> (Histoire, 266). Et pourtant, l'heure, c'est ce que montre precisement cette image de plus, cette image en trop.

Serait-ce que pour la montrer, l'appareil maternel s'est adjoint le supplement de quelque chose comme une montre: << il appuya sur le declic revenant s'asseoir sur son tabouret tandis que le mecanisme gresillait, disant On a le temps de compter jusqu'a ... Tout a coup le bruit changea soudain plus fort sa grosse tete rouge brique sursautant se tournant vivement vers l'appareil sa bouche disant Mince alors! >> (Histoire, 291) L'obturateur de l'appareil, on l'a compris, s'est enraye, et les prises de vue se superposent les unes aux autres comme des couches de temps, << chaque image empietant sur la precedente ou plutot semblant deriver d'elle engendree par elle en quelque sorte se decollant d'elle comme si elles etaient toutes emboitees les unes dans les autres a la facon de ces tables gigognes >> (Histoire, 287).

Avalant le Pere au gousset, il est donc clair desormais que la Mere Gigogne s'est complique d'un mecanisme d'horlogerie et que c'est ce mecanisme qui la deregle a son tour. Un fils nait de ce dereglement: c'est Claude Simon. Il n'est d'heure que de ma naissance, Pascal Quignard dirait de ma conception. Savoir l'heure (cette heure-la, il n'y en a pas d'autre), c'est donc tout savoir, savoir les raisons et la cause finale. Le seul ennui est que ce savoir est un savoir englouti, comme une autre Atlantide, dans les abimes du ventre maternel. Le ventre de l'avaleuse de montre. De la seule, du moins, qui ait une chance de donner l'heure. Puisque c'est cette montre-la, celle qui donne l'heure qui l'interesse, aucune autre, qu'elle a avalee.

Il lui faut donc eventrer la mere pour recuperer cette montre plate, aussi plate qu'une photographie du pere ou que la photographie de l'atelier d'Histoire, et devenir matricide en pratiquant une cesarienne, ce qu'il fait textuellement dans La Bataille de Pharsale, roman dans lequel il part, dans une seule phrase de cent quarante-sept lignes, sur les traces de Cesar a la recherche de ses origines, Caesar etant le surnom que l'on donnait a Rome a ces enfants tires du sein de leur mere par incision--de caedere, couper. Ce n'est pas tant que l'onomastique ouvre ici directement sur l'obstetrique, nous fait remarquer Philippe Bonnefis, c'est qu'elle est cette ouverture meme. Sorti tout entier de la boite, sorti de l'appareil photographique, uterus du livre.

Mais ce que decouvre Claude Simon, a jouer ainsi avec le couteau de Brutus, a un prix: la mort de sa mere qui, dans Histoire, atteinte d'un cancer, se met a maigrir a vue d'oeil et devient un sac de peau vide et desseche. N'est-ce pas precisement parce qu'Histoire est le roman de la decouverte des cartes postales, qu'il est aussi le roman dans lequel on apprend que la mere subit operation sur operation? Ce qu'elle perd a chaque nouvelle intervention, ce n'est pas tant une partie de son corps qu'une de ces precieuses cartes postales qui la gardaient grassement en vie.

Claude Simon, en chirurgien consciencieux, s'echappe du ventre de sa mere qu'il disseque fibre apres fibre, avec la meme patience qu'il met a inventorier le contenu du tiroir aux cartes postales. Il comprend ainsi peu a peu ce qu'il est et d'ou il vient en mettant la main sur ces cliches photographiques qui constituent au fond l'histoire de sa conception, et donc sa prehistoire sur l'image de laquelle (car elle est, celle-la, indepassable) s'acheve en toute logique le roman: << dans la boutique d'un marchand quelconque sans doute celui qui lui avait vendu la carte postale un monsieur S. S. Ohashi a peau jaune regardant ecrire sur un coin de table ou de comptoir la femme penchant son mysterieux buste de chair blanche enveloppe de dentelles ce sein qui deja peut-etre me portait dans son tenebreux tabernacle sorte de tetard gelatineux love sur lui-meme avec ses deux enormes yeux sa tete de ver a soie sa bouche sans dents son front cartilagineux d'insecte, moi? ... >> (Histoire, 401-402)

Ce tetard gelatineux est un negatif photographique (le foetus est a l'adulte ce qu'est le negatif au positif). Le liquide amniotique est le revelateur qui fait apparaitre l'image latente. Mais Claude Simon, etre photographique complet, est en cela different qu'il va revendiquer aussi le droit d'etre l'appareil meme qui la produit. Nulle surprise dans ces conditions s'il souffre dans sa chair d'un etrange phenomene de persistance retinienne: << Je ne vois pas tellement les choses en mouvement, dit-il dans une interview accordee au Monde (7), mais plutot une succession d'images fixes. Ajoutez a cela une particularite--peutetre un defaut de ma vision: les images persistent longtemps sur ma retine. Aux courses par exemple, les chevaux ont deja saute l'obstacle que je vois encore leurs corps au-dessus de la haie. A partir de cette image, je reconstitue ce qui s'est passe avant, apres. >> Un oeil, d'une etonnante passivite (Le Jardin des Plantes, 271), un oeil a obturateur: la perception du mouvement ne lui est ni directe ni naturelle. Plus photographique qu'un appareil photographique.

Nous avons remarque que Mere Gigogne, de toute son existence, n'avait << rien fait, sauf apprendre [...] a developper, puis tirer, les photographies qu'elle prenait inlassablement de sa famille >> (L'Acacia, 114). Il a dit sauf. La marque de l'exception, c'est sa marque a lui. Sa marque d'auteur qu'il multiplie, comme a plaisir, au gre des textes publies, et qui apparait par exemple plus d'une trentaine de fois aussi bien dans L'Acacia que dans Les Georgiques ou Le Jardin des Plantes. Sa signature. Entendue precisement (n'en est-elle pas l'exercice naturel?) comme le pouvoir de s'exclure.

Tout, << absolument tout Sauf! >>, lit-on dans le Jardin des plantes (18), << Il a dit Sauf! >> S majuscule. Le meme S. qui apparait plus de 180 fois dans le texte, et qui est le signalement de Claude Simon lui-meme (8). Hypothese de l'homme d'exception, donc. Mais homme d'exception des plus exceptionnels puisque l'exception s'inscrit dans son nom meme. Ce qui est d'ailleurs, chez les Simon, une tradition familiale qui remonte a la nuit des temps: dans Le Jardin des Plantes, Simon signe comme signait son ancetre revolutionnaire: << la vieille main a la peau fripee, piquetee de taches de son, saisissant la plume qu'elle (Barri) lui tendait, rayant encore a l'encre brune d'une serie de traits obliques, ecrases et legerement inflechis en forme d'S, un autre de ces signalements >> (Les Georgiques, 368).

Un autre de ces signalements, le seul, a vrai dire, qui ait une quelconque valeur. Seule la signature est veritablement transmissible et se legue sans jamais passer a l'etat de relique. Intemporelle, elle est hors du temps, refusant aussi bien de tourner avec lui (la montre) que de se laisser reproduire (l'appareil photographique): il n'est de signature qu'olographe (ecrite de la main du signataire). Echappant a l'un comme a l'autre boitier, elle serpente de texte en texte, comme ces << reptiles >> (Le Jardin des Plantes, 345) que l'on croise frequemment aux detours de l'oeuvre, et se signale a chaque fois qu'un Sauf vient perturber l'ordre des choses.

D'ailleurs, si dans Le Tricheur (debut de l'oeuvre), la montre est jetee, dans Le Jardin des Plantes (fin de l'oeuvre), elle est cassee: << Le souffle de l'explosion le projette a plat ventre parmi une pluie de platras et de verre brise. En se relevant, il jette un coup d'oeil a sa montre-bracelet dont le verre est etoile d'une cassure. Les aiguilles sont arretees a 17h45. >> (Le Jardin des Plantes, 167)

Celui qui est jete a terre, c'est S. lui-meme. La montre qui est cassee, c'est la sienne. Et tout est dit.

Sauf que ... Sauf (precisement) que, sous l'effet du choc, les aiguilles de cette montre sont arretees a 17h45. Autant dire 5 heures passees, et bien passees. Si S. ecrit 17h45 la ou on attendrait six heures moins le quart, c'est parce qu'il a besoin du chiffre 5 et qu'il ne peut ecrire 5h45.

Lorsque S. est projete a terre, Churchill, a l'heure des petits fours et du << the de 5 heures >> (L'Herbe, 216), apprend, en effet, la debacle militaire sur le continent d'en face, la << pendule au cadran d'email, aux chiffres romains (I, II, III, IV, V, VI ... X, XII ..., comme si le temps, l'Histoire, devaient toujours etre jalonnes par ces barres, ces signes geometriques, ces coins, ces croix gravees par des Cesar), les aiguilles de bronze dore minutieusement ouvragees indiquant cinq heures et demie de l'apres-midi >> (Le Jardin, 167-168). Tout se passe en meme temps. Tout survient, tout se cristallise dans les cinq heures de l'apres-midi. Claude Simon n'ayant jamais ecrit que pour retrouver cette heure. N'ayant jamais ecrit que pour retrouver << la perdue >>, dirait Pascal Quignard. Chacun de ses textes etant une montre qui cherche a donner l'heure juste, a retrouver la verite. Et qu'il retrouve par les moyens les plus inappropries du monde. Qu'il retrouve a l'aide de phrases. Car c'est au texte que Claude Simon demande de lui donner enfin l'heure juste. L'heure de l'ecriture. Son heure de gloire.

Continuons la lecture d'Histoire la ou on l'avait laissee, a la fameuse photographie du peintre dans son atelier. Mais d'abord resumons: que raconte ce roman? Le narrateur se reveille, sort de chez lui vers onze heures, rencontre au bord du canal un vieil ami de famille, va a sa banque, en ressort pour aller dejeuner au restaurant, muni d'un journal qu'il vient d'acheter, rentre chez lui a deux heures pour vendre quelques meubles de sa maison, retrouve dans le tiroir d'une commode des cartes postales, ainsi qu'une photographie representant l'atelier d'un peintre ami de son oncle, oncle mort a qui il s'identifie a plusieurs reprises, ressort--il est alors dans les cinq heures: << Ma montre marquait cinq heures et demi >> (Histoire, 294), dit-il. C'est donc << autour >> de 5 heures que l'appareil photographique se deregle, c'est-a-dire lorsque la Mere Gigogne avale le Pere au gousset et accouche d'un S.

Des lors, toute l'oeuvre se donne rendez-vous aux environs de cinq heures, heure redoutable que l'on retrouve sans exception, et dans l'exception ellememe, pourvu qu'on y prete suffisamment attention, dans tous les textes de Claude Simon: << sur le cadran aux chiffres romains de l'horloge de marbre et de bronze dore au centre de la cheminee de marbre les aiguilles guillochees et dorees indiquaient un peu plus de cinq heures de l'apres-midi >> (Le Jardin des Plantes, 161) On saute une ligne. Paragraphe suivant: << Quoique Proust ne donne pas d'indications precises, on peut deduire du contexte qu'il doit etre environ cinq heures de l'apres-midi >> (Le Jardin des Plantes, 161).

Avant 5 heures, c'est trop tot. Passe six heures, il est trop tard: << regardant aux cadrans des successives et inexorables pendules les aiguilles marquer cinq heures, puis cinq heures et quart, puis cinq heures et demie, puis six heures moins le quart, et les secretaires couvraient maintenant de leurs housses les machines a ecrire, et maintenant, a defaut de l'introuvable general, il recommencait a raconter toute l'histoire a un mince jeune homme au regard doux derriere les lunettes de myope, vetu d'un elegant uniforme, les mollets gaines de bottes etincelantes, courtois et meme attentif, les sourcils legerement fronces non par l'irritation (sauf peut-etre la vague impatience d'etre retenu a l'heure ou les bureaux allaient fermer) mais par l'effort qu'il faisait pour suivre les incoherents propos de son interlocuteur, essayant avec bonne volonte de comprendre, jetant un coup d'oeil a la pendule, disant doucement: << Demain >>, et lui insistant, s'acharnant, vehement, suppliant >> (Les Georgiques, 277). Entre 5 et six, c'est donc l'oeuvre qui se joue.

Ainsi Le Sacre du printemps se finit-il a cinq heures, et << il est environ six heures >> (Le Jardin des plantes, 306) lorsque la porte se referme sur le journaliste du Jardin des plantes venu questionner S. Simon de 5 a 6 ...

On peut donc repondre a la question que l'oeuvre n'a cesse de poser du Tricheur au Jardin des Plantes en passant par Histoire: Et quelle heure alors? Eh bien, il est 5 heures et c'est l'heure d'en finir! Pourquoi 5 heures? Tout simplement parce qu'un 5, ca ressemble etrangement a un S, ce S majuscule dont se sert Claude Simon pour contresigner son oeuvre. Un S ou un 5, au fond, c'est la meme chose, une lettre chiffree dirait Derrida. Au temps qui fait cercle, il n'y a pas d'eloignement qui ne soit le signe de son retour prochain. Simon, pour qui ecrire c'est essayer de commencer une phrase, de la poursuivre et de la terminer (9), n'en finit de commencer que si l'on comprend qu'au temps d'Ouroboros il prefere le temps sinueux du 5.

Le 5 est le chiffre de l'exception qui s'echappe du cercle brise de la montre. C'est sur ce 5 que s'arrete de tourner le temps de l'oeuvre, sur ce S que l'oeuvre s'arrete a l'auteur et l'ecriture a son signalement. Debusquer cette signature c'est decouvrir que Le Jardin des Plantes, plus qu'un texte testamentaire, est une pierre tombale: le Jardin des Plantes, a Paris, est situe dans le 5e arrondissement et l'appartement de Simon, a proximite de ce Jardin, au cinquieme etage (La Bataille de Pharsale, 253) d'un immeuble donnant sur la place Monge, nom qui s'ecrit en ... cinq lettres. Ce cinquieme etage, c'est son septieme ciel, puisque c'est la chambre aux signatures! Claude Simon a tout simplement donne pour titre a son roman son propre nom: Le Jardin des Plantes ou, pour le dire autrement, 5, ou 5 se lit comme un S, et S comme Simon. Simon, egalement en 5 lettres, non seulement signe aussi facilement son texte d'un 5 que d'un S, mais encore paracheve son oeuvre en donnant son nom a son avant-dernier texte.

Car le Prix Nobel 1985 publiait, en 2001, un nouveau roman intitule Le Tramway. S'il faut bien, apres tout, qu'il y ait un nom d'inscrit sur toute pierre tombale, il faut egalement qu'il y ait une epitaphe: cette epitaphe nous raconte l'age tendre de l'auteur et les souvenirs qu'il a garde d'un tramway bringuebalant du debut du siecle qui relia, de 1914 a 1924, Perpignan a la plage voisine, distante d'une quinzaine de kilometres.

C'est que plus il vieillit et plus il retombe en enfance! Et qu'il a cinq ans, au debut de L'Acacia, lorsqu'il erre avec sa mere et ses deux tantes sur les champs de bataille a la recherche de la tombe de son pere mort au combat. Qu'il est en << Cinquieme >> (Le Jardin, 258), dans Le Jardin des plantes, lorsque meurt sa mere. << Je devais alors avoir dans les cinq ans >> (Le Tramway, 52), preciset-il encore une fois dans Le Tramway. L'age du petit Hans lorsque Freud en fait son objet d'etude. Carl Gustav Jung affirmant de son cote que la notion du temps n'apparait qu'a l'age de cinq ans. De cela, Claude Simon en etait la preuve vivante. La preuve par 5 ...

Claude Simon, 1913-2005.

Sewanne: The University of the South

(1.) Claude Simon, conversation avec Denis Roche citee par Denis Roche, << De la Tenebre inverse >>, preface a Claude Simon, Photographies, Maeght, 1992.

(2.) Tous les textes cites le sont dans l'edition originale, Minuit, Paris.

(3.) Pascal Quignard, Sur le jadis, Grasset, 2002, p. 47.

(4.) Paul Morand, Chroniques, Grasset, 2001.

(5.) Claude Simon, conversation avec Denis Roche citee par Denis Roche, << De la tenebre inverse >>, preface a Claude Simon, Photographies, Maeght, 1992.

(6.) Pascal Quignard, Petits Traites I, Paris, Gallimard, << Folio >>, 1990, p. 510: << Symboles. Ce sont deux morceaux de poterie qui s'assemblent [...]. Ces morceaux ne se reemboitent jamais, quelque travail que fournisse la pratique de reemboiter (d'ecrire), a quelque ordalie qu'elle expose le "reemboiteur" >>.

(7.) Interview du 26 avril 1967. Voir aussi Le Palace (175), La Route des Flandres (39-41) ou Les Georgiques (62)

(8.) << Il n'en reste pas moins que C.S. nous donne constamment ses referents. [...] Donc, il faut croire que S. accorde aux referents une importance superieure a celle que font les autres romanciers de cette reunion. >> (Le Jardin des Plantes, 358) C.S. ou S., c'est la meme chose. Et S. de prendre le pas sur C.S.

(9.) Declaration a l'Union des ecrivains d'URSS qui le recevait en 1984. L'assistance venait d'apprendre avec embarras que Claude Simon avait voyage en URSS en 1937-<<Oh! lala! Vous etiez la!>>--et le porte-parole officiel y voyant l'occasion de demander a l'ecrivain s'il etait <<plus particulierement preoccupe par certains problemes>>, la reponse jeta un froid: <<Il y a trois problemes qui ne cessent de me preoccuper: le premier, c'est de commencer une phrase. Le second, c'est de la continuer. Le troisieme, c'est de la finir.>>
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Title Annotation:time elements in the works of French novelist Claude Simon
Author:Glacet, Aymeric
Publication:The Romanic Review
Date:May 1, 2009
Words:6187
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