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Acteurs, scenarios et discours: la mobilisation en reseaux de la biodiversite.

"Ce Dieu multiple lui revela que son nom terrestre etait Feu, que dans ce temple circulaire (et dans d'autres semblables) on lui avait offert des sacrifices et rendu un culte et qu'il animerait magiquement le fantome reve, de sorte que toutes les creatures exceptees le Feu lui-meme et le reveur, le prendraient pour un homme en chair et en os. Il lui ordonna de l'envoyer, une fois instruit dans les rites, jusqu'a l'autre temple en ruine dont les pyramides persistent en aval, pour qu'une voix le glorifiat dans cet edifice desert. Dans le reve de l'homme qui revait, le reve s'eveilla" (Borges, 1944)

Introduction. La biodiversite: une mythologie programmee?

Selon Barthes, on est en presence d'un mythe quand, en substance, le discours mythique est recite a travers les choses et les evenements en apparence les plus banals, quand l'imaginaire collectif donne une signification speciale a des phenomenes <<choisis par l'histoire>>, quand il existe une multitude de signifiants possibles pour rendre compte d'un meme signifie. La politique de la biodiversite est un exemple de ces mythes, comme le sont la nouvelle solidarite entre le Nord et le Sud, les benefices des generations futures, l'humanitarisme, les <<guerres justes>> et l'illusion identitaire. Comme le sont aussi les definitions de certains moments de l'histoire comme des moments critiques, la notion de crise et, finalement la protection de la biodiversite comme une idee globale qui s'appuie sur l'idee de la protection des ressources fondamentales pour la sante et l'alimentation de la planete (Elliot, 1995).

Quelle fonction remplissent ces croyances? Celle de susciter des actes legitimes globalement, de construire une societe hors de l'histoire et hors de l'espace, fondement d'un au-dela immuable et parfait. La mythologie programmee (Perrot, 1999) exprime un ensemble ordonne d'images d'action sur la base d'un systeme de croyances socialement construites par l'imaginaire social, d'une certain societe qui cherche universaliser une idee, a partir de son histoire, pour rendre acceptable des pratiques et modes d'organisation sociale, pour le reste de la planete, orientees en fonction d'un futur presente comme legitime et necessaire.

Une societe mythique, plus ancestral, emerge comme necessaire pour assurer la continuation du mythe dual entre deux mondes imagines: celui de la <<pensee sauvage>> du XIXeme siecle et celui de l'avenir a l'aube du troisieme millenaire. Dans le theatre des referents et des communications, entre ces deux visions stereotypes, les mediateurs, apparaissent en tant que traducteurs des images et langages de <<ceux qui savent pour aider ceux qui ne savent pas>>. C'est le moment du controle du corps et de l'esprit des moins purs, des moins justes et des moins bons de la planete, de la part des savants. La science et la technique constituent les forces productives les plus importantes de la societe du controle.

Reperer le lieu oo se construisent les referents d'une institutionnalisation globale des formes de penser las societes dites ancestrales, permet de commencer une autoreflexion sur la relation entre champ cognitive et champ de pouvoir. On veut, dans cet article, montrer les origines du scenario de la nouvelle utopie pour le controle des tiers monde, dans la rencontre de l'environnementalisme universel, au Sommet de la Terre a Rio 92, a travers de la constitution du pacte de la Politique de la Protection Globale de la Biodiversite.

Nous voulons aussi presenter, comment la <<societe en reseaux>>, environnementaliste du premier monde, est charge de traduire et imposer le referentiel securitaire et identitaire de la biodiversite, dans les societes dites du Sud. Mais, elle n'est pas necessairement une nouvelle societe dehors de tout souverainete: Elle repond, au contraire, aux interets economiques et politiques des centres des pouvoir hegemoniques.

Sous l'argument de l'incertitude de la science et de l'aide humanitaire necessaire pour le Tiers monde, l'acces aux ressources genetiques, l'experimentation genetique sur les ecosystemes et les habitants, devrait, selon elle, ameliorer l'alimentation et l'environnement des pauvres. L'histoire repondra aux sceptiques mais, dans l'attente, la science doit continuer. La science et la technique, le nouveau Dieu, semblent plus que jamais liees a la domination culturelle des <<experts>> oo une societe technifiee avec une politique <<scientifisee>> impose et oppose la technocratie en remplacement de la democratie (Haber mas, 1973).

1. La mobilisation de la societe en reseaux <<The Green Web>>: mediation, traduction et appropriation entre formes globales emergentes et formes de socialisations localisees

La <<biodiversite>> n'exprime pas seulement l'immense variete d'especes, d'organismes ou de structures moleculaires a different niveau et de complexite differente ou bien encore, une grande diversite de cultures, d'ethnies et de pratiques sociales <<vernaculaires>>.

La biodiversite est, avant tout, une construction de sens qui revele une representation institutionnelle de l'idee d'une societe planetaire reconstruite a travers d'une nouvelle bio histoire. C'est l'expression d'un systeme d'intervention globale, construit par les societes du Nord pour les societes du Sud dans le contexte global de la science, des cultures et de l'economie politique.

C'est aussi une nouvelle vision de monde revelee comme le nouveau Contrat Sociale du monde, emergeant du transcodage du temps et de l'espace, de l'avenir de la science et du passe de la culture planetaire dans la mise en scene de la Grande Negociation de la Biodiversite a Rio. Comme un moyen de reconnaissance aussi bien des membres exclus que des membres dominants d'une societe plus globale, la biodiversite exprime aussi le moment de la lutte politique pour l'integration ou la desintegration d'un systeme social mondial.

Elle revele en particulier un nouveau mode d'intervention globale de la societe en reseaux dans l'univers de sens des politiques publiques: la gouvernance. Cette notion, traduite de l'anglais, designe un nouvel ensemble de procedures institutionnelles, de rapports de pouvoir et de modeles de gestion publique et privee, formels aussi bien qu'informels, qui regissent l'action publique (Hermet et Al, 1998). Dans cette perspective, las instances politiques reconnues comme l'Etat et les organisations internationales ne ressemblent detenir plus le monopole de la conduite des affaires publiques, car dans des societes de plus en plus complexes et fragmentees sur le plan culturel, spatial ou sectoriel, des mecanismes de pouvoir prives ou associatifs, comblent les carences d'un exercice vertical de gouvernement. Avec l'emergence de la corporation moderne, les corporations de metiers du Moyen Age, sont evoquees a nouveau, pour son esprit de corps, d'une categorie professionnelle, soit groupe de expression soucieux de preserver ses interets particuliers.

L'expression de <<gouvernance globale>>, qui appartient au langage de la mondialisation, associe parmi ses acteurs politiques decisifs non seulement les gouvernements nationaux ou les institutions supranationales, mais egalement des corporations tels que des entreprises et centres des recherches. Des nouveaux reseaux de personnes, l'association entre individus y compris a l'echelle internationale, constitue une expression du pouvoir et de la redistribution des ressources qui l' accompagne.

Ces dynamiques, symbole du nouveau jeu trinitaire entre Etats, firmes et communautes, detournent de leur mise en ordre verticale une somme de ressources et de valeurs centralisees par les institutions politiques et contribuent a la formation d'un vaste espace horizontal et informel qui tend a modeler une nouvelle entreprise planetaire : une organisation oo les interets de ses initiateurs sont dictes par leurs strategies et les valeurs sont la resultante du groupe en action (2).

Mais la gouvernance de la biodiversite est aussi une construction cognitive, resultat de la mediation entre multiples interpretations dans la lutte pour l'imposition d'une vision du monde dans le Forum de Politiques Publiques. A partir de diverses lectures, les mediateurs, les ONG environnementalistes, aident a reconstruire les images a travers lesquelles des societes representent son rapport au monde cherchant gerer leur historicite. Diverses representations de la biodiversite se rencontrent dans le Forum des communautes des politiques publiques: (1) celles liees au recours au local traditionnel dans les discours pour la defense du patrimoine culturel des communautes ethniques et locales, depositaires des connaissances, des innovations et des pratiques vernaculaires ; (2) celles liees a la necessite de la protection globale du patrimoine commun de l'humanite de demain pour la voie de la appropriation privee des experts et (3), celles qui ont rapport aux revendications actuelles quant a la souverainete de l'Etat sur son patrimoine naturel et culturel.

Sous la forme d'un schema simple, l'opposition entre le referentiel <<securitaire>> planetaire et le referentiel <<identitaire>> indigene, apparait la veritable structure fantasmatique qui soutient toute la <<theorie>> institutionnelle de la biodiversite. Sous l'appareil scientifique, le socle mythique affleure. Avec la biodiversite, une vision universelle de gouverner le monde s'impose sur d'autres comme un processus de transcodage de l'espace et du temps, du futur et de la tradition, du Nord et du Sud.

Le transcodage (3) du referentiel securitaire en referentiel identitaire est mis en Luvre a travers du processus de mediation (politique et economique) qui exprime l'opposition du maitre (de soi et donc, des autres) et de l'esclave (de sens et des maitres), proche de la theorie des climats de Montesquieu, qui peut bien aider a illustrer le schema d'argumentation:

<<Les gens du Nord sont plus calmes, plus travailleurs, plus honnetes, plus entreprenants, plus dignes de foi, plus desinteresses que les gens du Sud>> (4).

Dans un discours de double jeu, l'opposition entre le Nord et le Sud continue a fonctionner comme l'opposition entre des <<pays developpes>> et les <<pays en voie de developpement>>, oo l'axe Nord-Sud, transpose de l'axe Nord Midi de Montesquieu, exalte toutes les vertus des peuples du Nord:

<<Plus de confiance en soi-meme, c'est-a-dire plus de courage; plus de connaissance de sa superiorite, c'est a dire moins de desir de vengeance ; plus d'opinion de sa surete, c'est-a-dire plus de franchise, moins de soupcons, de politique et de ruses>> (5).

Dans cette figure, les dispositions relachees des gens de la peripherie apparaissent comme une humanite soumise doublement au servage, vouee a subir la domination faute de savoir se dominer soi-meme. Le discours savant en tant que verite mythique de l'opposition entre <<l'air froid que resserre les fibres et l'air chaud qui les relache>>, se livre a la logique <<du resume>>:

<<Il ne faut pas etre etonne que la lachete des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres>>. (6)

Sous l'apparence de la science et a travers le transfert ou la traduction d'une science consideree comme plus prestigieuse, avec l'imitation mecanique de la biologie dans le domaine du social, on construit ainsi un prejuge, une imposition symbolique. La quelle supportee par la capacite des centres de pouvoir tels que les Etats-Unis et ses allies pour combiner a la fois, son pouvoir particulier avec une theorie generale de la coordination globale expriment la matrice de sa propre histoire sociale (Panitch, 2004).

2. Le champ de la biodiversite

Le champ scientifique revele le monde social dans lequel se produit la connaissance de la nature et le lieu oo se structurent les mecanismes sociaux qui orientent la pratique scientifique. Les criteres dits epistemologiques sont la formalisation de <<regles du jeu>> sociologiques, d'interactions, d' argumentation et de communication qui doivent etre observees dans le champ (Bourdieu, 2000). Le champ de la biodiversite peut etre considere donc comme le monde social dans lequel se produit la reconnaissance du lien historique entre la science et la societe et qui oriente des discours et une pratique politique particuliere des modes d'interaction.

Bien que cette vision de monde emerge comme le transcodage entre des communautes <<ancestrales>> du Sud et <<scientifiques>> du Nord dans la mise en scene du mythe de la biodiversite, elle est, avant tout, structuree par la position relative dans le champ de la biodiversite des trois forums (constitue chacun de reseaux, de communautes et de regroupements d' acteurs specifiques (Foilleux, 2001) oo se constitue la reconnaissance de son importance: le forum scientifique economique, le forum de la rhetorique politique et le forum de la communaute de politique publique.

a) Le forum scientifique-economique exprime la convergence entre science et entreprise, dans laquelle la biodiversite est une construction sociale qui s'appuie sur des connaissances economiques, scientifiques et techniques. Selon cette instance, la politique doit repondre a la technique, et les problemes de recherches industrielles et de pratiques biotechnologiques doivent etre permis et legitimes par des conventions internationales. L'accent mis sur la rationalite des acteurs explique leur choix. La communaute des experts est le principal type d'acteur, celui qui maitrise une connaissance scientifique et technique qui est en interaction avec les autres acteurs industriels, politiques et les groups associatifs. Le discours scientifique est soumis aux lois generales de la production des discours. C'est une production orientee par l'anticipation des profits proposes par un certain marche.

b) Le forum des communautes de politiques publiques renvoie aux debats et aux controverses a partir desquelles se concretisent les programmes d'action politique. Les acteurs (Etats, Corporations, Experts) qui interviennent dans ces forums expliquent la differentiation de l'inscription du nouveau referentiel de marche selon les domaines, les secteurs et les pays et selon leur position geopolitique. Les Etats hegemoniques comme les EtatsUnis, la Grande Bretagne et la Suisse influent sur la construction de la vision predominante face a d'autres. Certes, cela ne signifie pas que d'autres acteurs etatiques comme la Colombie, le Bresil et le Kenya ne construisent pas leur propre representation du monde de la diversite. Mais la these que l'on defendra repose sur l'idee d'un processus de traduction des langages et des referentiels <<identitaires>> et <<securitaires>> de la biodiversite realisee par la societe en reseaux dans un champ des forces de pouvoir qui affectent la construction d'une vision du monde du social dans ces pays.

c) Le forum de la rhetorique politique, enfin, exprime une autre lecture de la construction de la realite sociale oo se modifient les termes de la rhetorique politique, dans un contexte de transition economique et politique d'emergence de nouveaux interets et de nouvelles revendications. Les communautes indigenes, les communautes afro-americains, les paysans et les ONG locales appartiennent au groupe des anciens exclus des ordres institutionnels. Dans ce contexte, la biodiversite est construite comme une donnee immanente avec des forces mysterieuses qui doivent etre preservees contre les menaces des fonctionnaires publics.

Les hymnes au sauvage y sont nombreux, ce que fait renaitre le paganisme et le naturalisme naif (7). Les acteurs impliques dans ces recits sont des acteurs mystiques, <<le createur>> ou la <<mere -- nature>> comme expression d'un ordre. Les hommes les plus <<naturels>>, les peuples indigenes, sont consideres comme le prolongement de la Creation premiere et les principaux beneficiaires de celle-ci en sont <<les victimes>>. La source des conflits reside dans les actions d'accaparement et de predation des connaissances ancestrales et des ressources genetiques de la part des envahisseurs.

Le role des communautes ethniques en tant que gardiens des ces connaissances, necessaires, pour la survie de la biodiversite comme la base de la securite alimentaire et de la sante de la planete, est evoque par plus de 150 pays reunis lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. La cooperation dans un monde interdependant entre scientifiques qui planifient l'avenir et peuples indigenes, heritiers de la biodiversite, s'avere alors fondamentale. En consequence, c'est a l'interieur du champ de la biodiversite et non plus a l'interieur des frontieres nationales que le jeu du pouvoir et de l'exercice de gestion de la biodiversite se definit au profit d'une <<politique mondiale>>

3. Les mediateurs

Selon Pierre Muller, les mediateurs sont << les agents qui realisent la construction du referentiel d'une politique, c'est-a-dire, la creation des images cognitives determinant la perception du probleme par les groupes (...). Ils formulent le <<cadre intellectuel au sein duquel se deroulent les negociations, les conflits ou les alliances qui conduisent a la decision (Muller 1998)>>.

Avec l'emergence des ONG, un nouveau dispositif de mediation est mis en marche dans la negociation globale entre firmes et nouvelles communautes locales. Une nouvelle intermediation entre la societe civile et le marche s'avere necessaire dans la construction d'une gouvernance plus proche de celle exprimee dans le consensus de Washington. Le besoin de construire des options nouvelles d'action politique dans des <<pays en voie de developpement>> ou des <<Etats en crise>> repond aux orientations des banques de l'aide au developpement. Il faut diminuer la taille des Etats pour pouvoir approcher des groupes d'interet vers des marches internationaux.

On a recours a de nouvelles representations des formes capitalistes de globalisation, ou la gouvernance des biens communs tels que la biodiversite devient le champ privilegie de confrontation avec des representations des societes globalisees et de mouvements emergents localisees. La marge de jeu des politiques publiques se situe exactement a l'intersection entre l'etat des rapports sociaux et les representations que s'en font les acteurs de sa place dans la societe globale.

Les nouveaux modes de mediation et de negociation revelent un nouveau mode de construction des cadres d'interpretation du monde et de l'action publique. Un certain nombre de questions apparaissent. Comment les acteurs concernes realisent-ils la construction de la politique de la biodiversite a partir de l'image cognitive qui leur est imposee dans le champ geopolitique des forces ? Si la perception du probleme de la biodiversite est definie dans les divers forums et s'exprime par les referents <<identitaire>> et <<securitaire >>, comment les mediateurs et les acteurs convergent-ils dans le processus de construction de la politique de la biodiversite lors de la <<Grande negociation>>? Va-t-on vers la fin des relations internationales, au profit d'une politique mondiale dans laquelle la distinction entre Etats et acteurs non etatiques n'est plus pertinente (8)?

On cherchera a savoir comment le processus de mediation gere la construction du monde de la biodiversite depuis certains pays du Nord (EtatsUnis) vers certains pays du Sud comme la Colombie.

L'approche cognitive des politiques publiques et des outils de l'economie politique permet de reconnaitre des cadres de pensee des acteurs qui construisent des strategies et mobilisent des ressources dans un nouveau cadre de domination globale. Dans le cas de la biodiversite, qui sont ces acteurs? Comment construisent-ils le sens de la politique publique de la biodiversite en Colombie?

4. Le Forum scientifique-- economique: le role des mediateurs dans le processus de traduction du referentiel <<securitaire>> vers le referentiel <<identitaire>>

La place et le role de l'expertise dans l'elaboration des politiques publiques a ete un sujet dominant dans l'etude de Policy making europeen. Dans cette etude, la transformation de l'expertise comme une ressource centrale dans la recherche d'une nouvelle gouvernance technocratique devient la principale caracteristique au detriment du suffrage universel. La gouvernance globale de la biodiversite presente des elements qui permettent d'elaborer des cadres d'analyse similaires. Dans ce contexte, la production et l' utilisation de l'expertise sont presentees comme des reponses rationnelles a des problemes apparemment precis.

Mais, meme si l'expertise peut etre consideree comme une reponse aux besoins des pouvoirs publics en quete d'informations et d'arguments, on est generalement d'accord pour considerer que cela occulte une seconde dimension, celle de son utilisation a des fins de controle du pouvoir. En priver des acteurs qui participent a la negociation globale de la biodiversite peut leur quitter la capacite de defendre leurs interets.

C'est dans ce sens que le role de l'expertise est central dans la representation du referentiel securitaire. En termes de Saurugger, on peut parler d'une <<representation de l'expertise>> qui est joue par les ONG internationales, appuyees par des centres de recherches, dans la construction et la traduction de la politique globale (Saurugger, 2002).

Les experts techniques partagent de plus en plus le pouvoir avec les autorites publiques et les elites economiques des societes, de sorte que les partis et les representants politiques ont cede la place aux groups d'experts en biodiversite. Ce sont des biologistes, des ingenieurs specialistes des molecules, des ingenieurs de l' informatique que se reintegrent a l'activite politique qui sont a la base de la formation des ONG environnementalistes internationales telles que l'UICN (l'Union internationale pour la conservation de la Nature) et le WWF (World Wild Fund).

Dans le cadre de la gouvernance globale, ce ne sont pas toujours eux qui prennent les decisions politiques, mais ils servent de plus en plus d'intermediaires entre des industries biotechnologiques, pharmaceutiques et agricoles, des Etats et des groupes concernes pour la politique d'acces aux ressources genetiques, par exemple des communautes indigenes.

Cela implique egalement que les experts jouent le role de <<courtier qui marchande des options politiques entre les elites politiques et les groupes d'interet concernes>> (Saurugger, 2002). Cette nouvelle formation societale constitue un monopole possedant des institutions internationales et economiques fortement liees entre elles. Ce qui marque une certaine depolitisation des politiques publiques, dont le trait dominant est une forte approche <<technocratique>> dans laquelle les experts jouent un role specifique au niveau du policy making supranational, que l'on peut alors caracteriser comme une gouvernance technocratique.

5. L'Union internationale pour la gouvernance de la Nature: une mission royale pour la conservation biologique des colonies tropicales

La politique publique est un processus de mediation dans la mesure oo son objet est de prendre en charge les ajustements qui peuvent intervenir entre un secteur et la societe globale. En consequence, une politique n'existe qu'a travers l'intervention d'acteurs concrets qui entrent en relation ou s'affrontent a l'occasion de son elaboration.

Les mediateurs sont les agents qui participent dans la construction de la politique publique, a travers de son intervention en differents forums et realisent un travail de traduction entre diverses images cognitives determinant ainsi la perception du probleme qu'ont les differents groupes (Muller, 1998).

Dans le cas de la biodiversite, les mediateurs, sont a la fois la UICN (l'Union internationale pour la conservation de la Nature) et le WWF (Fonds mondial pour la Nature) dans la mesure oo elles sont les traducteurs des langages entre acteurs divergents de la decision (gouvernements, entreprises, groupes ethniques. Ils servent aussi d'intermediaires entre le Forum scientifique, le Forum de rhetorique politique et le Forum de politique publique.

Les mediateurs traduisent le <<cadre intellectuel>> oo se deroulent les negociations, les conflits et les alliances qui menent a la decision politique. Ce sont les createurs de l'image cognitive qui determinent la perception du probleme par les groupes impliques et aident a construire le <<referentiel>> de la politique publique, dans la mesure oo ils proviennent du Forum scientifique economique qui orientent les deux autres.

On posera l'hypothese que les mediadans l'apres guerre et face aux effets desastreux de la colonisation, avaient tente de proteger la nature dans des ares tropicales menacees du Tiers monde en Amerique latine, en Asie et en Afrique). Elles deviennent ainsi une des bureaucraties non gouvernementales, les plus formidables du Nord qui, peu a peu, s'adapteront et subordonneront les modestes mais efficaces et rentables organisations financieres orientees et gerees depuis les EtatsUnis bien qu'elles se presentent sous l'apparence d'un consensus global.

Ces mediateurs entre pays du Nord et regions tropicales ont leur propre place dans l'histoire de la construction et de la mise en Luvre du paradigme dominant de la biodiversite et de son interaction entre des forums ethniques, economiques et politiques. Ils agissent en quelque sorte comme les nouveaux <<marchands de la lumiere (Bacon, 1627)>>, qui conduisent la politique de la biodiversite dans les majorites des pays mega divers comme la Colombie et dont l'histoire vaut la peine d'etre rappele.

6. La jeunesse de l'ordre institutionnel pour la preservation de la nature

Les mouvements de conservation de Parcs nationaux naissent aux EtatsUnis en 1864 avec la reconnaissance officielle de Yosemite Valley en Californie. Avec le Parc de Yellowstone surgit ne seulement la figure la plus restrictive de la preservation de la nature, mais aussi le nouveau scenario pour la <<recherche scientifique ...>> , un grand laboratoire offert par la nature.

Ce paradigme de la conservation moderne est a la base de l'histoire de l'UICN (l'Union internationale pour la conservation de la Nature) comme promoteur de l'<<unpeopled Yellowstone model>> qui allait inspirer l' etablissement des Systemes de Parcs nationaux dans les annees soixante-dix en Afrique, en Europe et en Amerique latine.

Le president Roosevelt fut le premier qui inscrivit la conservation au cLur meme de l'agenda international. Comme possesseur de une grande maison de campagne, chasseur et entomologiste qu'il etait, il avait <<une veneration speciale pour les arbres, surtout les coniferes geants, qu'il avait trouves dans les Rocheuses>> (Holdga te, 1999).

Cette veneration envers la nature, evoquait la conservation des especes en voie de la disparition, comme l'etaient les quelques minorites indigenes qui avaient survecu a l'expulsion et a l'extinction provoquees par les explorateurs et les colonisateurs anglais a l'aube de la Republique du XIXe siecle. Au debut du XXe siecle, Roosevelt propose de traduire sa veneration en une Commission nationale pour la conservation de la nature, cherchant a assurer l'integrite de la nature encore a l'etat sauvage (wilderness) en definissant des territoires speciaux. <<La conservation est une affaire de democratie>> disait-il, <<et les ressources du domaine public devraient etre utilisees pour le benefice de tous les peuples et pas seulement pour celui des plus puissants>> (9).

Pour cela il fallait proteger des zones singulieres pour la conservation de maniere restrictive. Le modele des Parcs nationaux emerge comme la reponse a la necessite de proteger la nature contre l'action de l'homme, concu dans ce moment la, comme coupable de la degradation du paysage de la part des visiteurs du premier monde a la recherche de paix et de bien-etre dans des sites exotiques. Cette pensee rencontra de grandes difficultes d' adaptation dans des ares a la fois protegees et en meme temps habitees en Europe, oo l'on pratiquait plutot la protection du paysage dans des habitats humains et des reserves naturelles dans de petites zones.

Apres la creation d'une cinquantaine de reserves naturelles aux Etats-Unis par l'administration Roosevelt, le mouvement conservationniste devient internationale. En 1872, le Conseil federal suisse propose la creation d'une Commission pour la protection des oiseaux, en 1895 que devienne en la premiere Conference internationale oo se signa une Convention souscrite par 12 pays d'Europe et les Etats-Unis.

En 1902, le Canada, le Mexique et les Etats-Unis fondent l'Association internationale de peche et de conservation de la Nature en vue de reunir a Washington une Conference pour la conservation internationale des ressources naturelles qui reunirait 58 pays. Cependant, le changement d'administration aux Etats-Unis fait que le president Taft, successeur de Lincoln, suspend l'aide du projet et demande que le leadership en soit assure par les Etats-Unis, ce qui sera le cas pendant plusieurs decades. Mais ce n'est qu'en 1948 que des organisations conservationnistes de quatre pays (France, Hollande, Angleterre et Etats-Unis) creeront l'Union internationale pour la protection de la Nature (UIPN), dont la premiere assemblee officielle aurait lieu en France.

Aldo Leopold, fondateur aussi de la Societe americaine de la Nature (la Wilderness Society), etait l'un des principaux architectes du nouveau systeme conceptuel, influence par la pensee systemique selon laquelle l'individu est considere comme <<un membre parmi d'autre communautes construites des parties interdependantes>>. Avec cette idee d' interdependance, les colonies africaines et asiatiques sont considerees comme faisant partie des centres de conservation de l'Europe et des Etats-Unis. C'est ce concept d'interdependance que l'on reprendra a propos de la gouvernance de la biodiversite.

7. La strategie politique internationale pour la sauvegarde des Tropiques

L'UIPN exprime bien la rencontre entre Forums politiques (rencontres entre gouvernements) et Forum scientifique qui marque la genese et les cadres cognitifs de la politique internationale pour la conservation de la Nature. Nait en 1948, comme un ensemble d'institutions nationales devient responsable des manifestations de la vie silvestre. 18 nations, dont la France, la Hollande, le Royaume Uni et la Belgique, des monarchies anciennes et recentes, assistent a la premiere assemblee en tant que representants techniques du Symposium des pays developpes.

<<La fascination de toutes ces autres manifestations de la vie, differentes de la notre, qui a travers tous les produits du meme processus d' evolution, sont neanmoins un peu dans leurs propres droits, nous sont etrangeres, nous offrent de nouvelles idees de possibilites de vie. Elles ne pourront jamais etre remplaces si elle disparaissent, ni substituees par des produits issus de l'effort des hommes (Holdgate, 1999: 32)>>.

A partir de ce moment, l'UIPN se propose de poursuivre deux objectifs:

* Faciliter la cooperation entre gouvernements et organisations nationales et internationales interessees par la protection de la nature du monde.

* Recommander des actions de politique nationale et internationale pour la protection de la nature.

La nouvelle construction internationale pour y arriver devienne en une Organisation intergouvernementale et non gouvernementale a la fois (une <<GONGO (Holdgate, 1999: 33)>> avant l'heure), dont le caractere d' instance mixte entre gouvernements et organisations scientifiques allait faciliter le travail conjoint avec les Bureaux des Nations Unies et les toutes nouvelles ONG. Bien que la proposition faite par le British Foreign Office ait ete bien acceptee, la dispute pour l' orientation et la direction generale exprime bien les diverses divergences entre Europeens et Americains quant a sa conceptualisation.

Les premiers, en effet, defendaient l'idee d'une conservation plus integree qui aurait comme base la civilisation humaine, tandis que les seconds et la Grande Bretagne preferaient plutot un controle strict et disciplinaire des aires de preservation d'especes pour eviter la degradation occasionnee par l'impact des actions des etres humains. Mais cette confrontation de forces exprimait surtout la lutte pour le pouvoir et la domination derives de sa direction conceptuelle et politique quant a l'intervention sur la nature du monde <<sauvage>>. On assistait ainsi a une sorte de nouvelle lutte entre empires pour le gouvernement et la domination du monde vert. Bien que des representants des pays du Sud (Perou et Argentine) aient ete membres du Bureau executif, la direction intellectuelle de tout ce processus a de toute facon etait localise au Nord. Le premier Directeur general, de l'UICN, aussi le promoteur et directeur de l'Institut des Parcs nationaux du Congo belge, et auteur du livre <<L'Afrique, la degradation des ames africaines sous l'influence de la colonisation>> affirmait:

<<L'application de la science oriente la conservation et l'ecologie doit etre mise au service de l'humanite comme base du developpement social contre l'autodestruction de l'homme>>.

<<... Il faut souder le minuscule noyau de naturalistes Europeens et Americains, deja convertis a la conservation dans un puissant, un constant, un mondial.... reseau de "conservationnistes", de tous les categories sociales : hommes politiques, economistes, fonctionnaires publics, ecologistes pionniers, directeur d'ONG, qui se connaissent les uns les autres, echangent des documents et se portent secours les uns les autres>>.

Ces reunions internationales, qualifiees par certains a l'epoque <<d' idealistes>>, mobilisent de grandes ressources budgetaires destinees a la recherche, aux publications et aux conferences internationales mais surtout a la grande bureaucratie qui surgit alors des chasseurs, des voyageurs, des touristes et des chercheurs en route pour les lieux <<exotiques>> du Sud.

Il n'y a rien d'etrange a ce que 52 % du budget initial provienne de l'Amerique du Nord, surtout des EtatsUnis (Old Dominium Foundation of New York puis Andrew Melon) et que le reste soit apporte par les Etats et les monarchies europeennes les plus importants. La majorite des pays du Sud ne participerent pas a cette conceptualisation du monde vert, eux qui en sont les <<objets>> d'etude, le grand laboratoire. Devant cet oubli, ils realiseront en 1952 la premiere reunion au Venezuela, oo les pays du Sud commenceront a exposer leurs visions de monde a travers de la identification des problemes critiques a observer pour conserver des ares protegees.

<<Questions relatives aux problemes des populations humaines, dans les zones protegees:

* L'impact des centrales hydroelectriques et des grands projets de developpement dans les zones de conservation.

* La disparition de la faune et la flore dans les zones semi arides du centre et du sud de l'Amerique.

* Les conflits persistants entre l'agriculture et la conservation

* Les problemes de la preservation des especes des iles des Caraibes, derives des modeles d'urbanisation et de tourisme massif>>.

Les pays du Nord, soulignaient tres clairement que:

<<Bien que le Sud soit le principal foyer d'interet, que plus de questions de conservation debattues au sein de l'Union concernait le monde developpe, la connaissance et l'action vienne du Nord, mais pour se rapprocher au Sud ...>> (Holdgate, 1999).

Bien qu'on puisse penser que l'epoque de la Colonie etait depassee, la realite montre que les conservationnistes des annees soixante avaient une approche paternaliste et discriminatoire de la situation reelle des pays du Sud. On peut donc comprendre facilement que les gouvernements anglais et belges aient ete les premiers a creer des Parcs nationaux dans leurs anciennes colonies a fin de exclure des populations qui y habitaient. Cette origine de la creation du Systeme de Parc nationaux, devienne alors en une pratique qui va s'etendre dans le monde entier grace a l'appui de l'UICN qui surgit alors comme le Forum de la gouvernance globale de la nature.

Le Pacifique colombien en est un bon exemple de l'implantation de cette vision du monde scientifique de la conservation des tropiques. La delimitation des Parcs nationaux dans les annees quatre-vingt-dix, provoque une nouvelle etape du deplacement historique des communautes noires depuis l'epoque de l'Empire espagnol. Apres avoir ete captures en Afrique et conduits par les Espagnols dans leurs colonies de la Nouvelle Grenade dans le XIXeme siecle, ces communautes, apres l'abolition de l'esclavage lors de l'independance ont du emigrer vers des zones <<inhabitees>> dans les forets sauvages de la Cote du Pacifique. Dans les annees soixante, a l'epoque des politiques d'expansion agricole, se sont a nouveau deplaces, et deviennent des travailleurs dans des forets <<nettoyees>> par des recents proprietaires terriens ou bien des refugies dans de petits centres de colonisation situes aupres des campements d'exploitation miniere et de bois.

Avec la consolidation du Systeme des Parc nationaux dans les annees quatre-vingt-dix, ses petits villages sont a nouveau deplaces depuis que ces ares sont declares <<de protection speciale>>.

Depuis la reunion de Caracas dans les annees cinquante, les experts allaient rencontrer la reponse correcte au probleme de la population et au conflit dans les Zones de protection speciales, coherente avec le cadre cognitif de la <<conservation>>, construit et pense par le Forum scientifique des biologistes et des chasseurs, et qui ne saurait admettre qu'il existaient des habitants dans les dites zones. Walt Whitman aurait certainement ete horrifie de ces presupposes au nom de la <<science>> positive. Plus de cinquante ans apres la creation des premiers parcs, avec la biodiversite on commence, a peine, a repenser <<le probleme>> de l'impact de la population dans les nouvelles strategies de conservation des Zones protegees, comme un probleme qui va au-dela du controle de la natalite:

Mais pour les experts preservationniste des annees cinquante:

<<L'accroissement du nombre d'etres humains pese d'une maniere indubitable sur les ressources naturelles exploitees a des fins de nourriture et d'autres propos ...>>

La croissance demographique devient alors, une menace pour l'avenir de l'humanite, donc il fallait trouver une solution pour continuer a faire croitre la production sans que ce soit au detriment des ressources naturelles exploitees. Comme il n'y aurait guere d'espoir immediat pour materialiser une telle solution, ils decident de installer l'idee du controle des naissances.

Le fait que le probleme de la population etait vu comme un probleme de controle de la natalite dans cette gouvernance environnementale nouveau-ne obeissaient a une conception politique claire. En effet, le role de l'UICN etait le support des Etats quant a l'orientation et au developpement des politiques de conservation, concu comme dependantes d'un systeme vertical, centralise et disciplinaire qui avait pour fonction la preservation de l'integrite des ressources naturelles. En Colombie ce support prend forme en 1969 avec le Statut forestier, et en 1971 avec le Statut des Parcs nationaux, tous developpes par l'ancien INDERENA (Institut national des ressources naturelles non renouvelables), un institut rattache au ministere de l'agriculture cree en 1968 et charge de la preservation des zones considerees comme <<speciales>>.

La preservation y etait <<assuree>> grace a un systeme de controle et de defense dont sont charges ses <<gardes parc>>, emules des gardes forestiers americains. Mais qui, au lieu des solides structures administratives, financieres et de recherche dont disposent ces derniers, devaient, eux seuls, et avec de maigres ressources a la fois gerer les Parcs et representer l'Etat dans territoires qui constituaient le 10% du territoire national (174 km2) (1/3 de la France 543.965 km2, quatre fois la Suisse 41.285 km2) La mission de << proteger la nature >> qui leur echoit n'etait pas sans risque meme s'ils la remplissaient avec un grand mysticisme, si l'on considere qu'ils avaient a leur charge des zones plus etendues que des departements europeens, et dont les populations marginalisees, indigenes, afro-americains, qui representaient pres de 02% de la population colombienne, etaient exclues depuis longtemps de l'action de l'Etat en matiere de sante, d'education, de developpement ou encore des politiques de lutte contre la pauvrete.

Ces zones speciales, interdites ou plutot abandonnees aussi bien par le secteur public que par les gouvernements territoriaux et locaux, devaient etre en tant que Parc naturel national, diriges seulement par <<walkie-talkie>> depuis l'Etat central, a Bogota en l'occurrence a la Direction des Parcs nationaux de l'INDERENA devenue en 1995 l'Unite autonome des Parcs nationaux, charge de gerer les ressources provenant de la cooperation internationale. Depuis son siege, le directeur de parcs (connu pendant des annees sous le sobriquet de <<Lord Mountbatten>>), avait comme fonction la regulation de l'acces des fonctionnaires internationaux, des consultants scientifiques et des touristes internationaux specialises dans les Parcs amenages a cet effet (seulement 3 Parcs Gorgone, Amacayacu, Tuparro- sur 45 etaient amenages pour cet usage). La majorite des zones protegees allaient finir par se degrader, et deviennent en zones de conflit arme. Lointaines et meconnus de la plupart des habitants du pays, elles etaient connues des dirigeants du mouvement international en faveur de l'environnement qui essayerent d'y tester, depuis leurs bureaux des Etats-Unis ou d'Europe, differentes formules de conservation qui allaient depuis les plus restrictives jusque aux plus integrees de developpement rural, rarement essayees. Leur distanciation de la problematique environnementale des centres urbains et du monde rurale isolait leur action de protection du patrimoine naturel du pays. Comme on le verra, la population n'allait avoir aucune existence <<officielle>> dans les programmes de conservation de la nature en Colombie jusqu'a la naissance de la biodiversite dans les annees quatre-vingt dix.

8. La rhetorique scientifique et la mediation internationale dans la conservation de la nature

Ce n'est qu'a partir de 1968 que le monde scientifique de la biologie commenca a prendre en compte le bienetre de l'homme dans un programme international. Waddington, president de l'Union internationale des sciences biologiques, propose alors de considerer l'interet economique et social de l'humanite.

Sous le slogan de <<l'homme modificateur de l'environnement avec la plus grande efficacite possible>> et l'inclusion du discours du developpement durable dans l'institutionnalite environnementale, surgit un debat entre partisans du preservationnisme d'un cote et ceux qui defendaient l'ecologie scientifique de l'autre:

L'UICN d'une part, defendait la vision preservationiste a travers des reseaux internationaux de parcs afin de preserver les zones d'importance biologique pour le developpement scientifique de l'humanite. Des accords avec la British Nature Conservancy pour creer le World Data Book of National Parks and Protected Areas, ainsi que la serie Biotic Provinces of the World, dirigee par le professeur Miklos Udvardy de l'Universite de Californie, expriment la vision de l'epoque.

La division des ressources naturelles de l'Unesco, d'autre part, avec l'appui de la FAO et la direction de l'expert francais Michel Batisse proposaient encourager un accord de cooperation scientifique internationale pour l'usage rationnel et la conservation des ressources de la biosphere, en integrant l'Homme et la Biosphere (strategie dite <<MAB>> pour Man and Biosphere). Dans l'esprit de ses promoteurs, une nouvelle Conference d'experts pourrait articuler l'etude de la triade: conservation, recherche scientifique et developpement economique, en embrassant tout le spectre terrestre y inclus les ecosystemes cotiers et continentaux, les zones polaires et tropicales et les zones plus ou moins developpees. Ce la impliquait aussi un regard vers <<l'interieur>> des actions des pays developpes dont les impacts affectaient la conservation de la nature dans le Tiers monde. Cette maniere de pensee remettait en question le modele de la conservation stricte et au meme temps du developpement civilisateur impose sur toute la planete, qui imposaient <<l'exclusion>> de la population locale.

Pour les dirigeants de l'UICN, une telle pensee, impliquait modifier le concept de coresponsabilite internationale et, en consequence, l'orientation et l'utilisation des ressources economiques. Il revenait en effet moins cher de continuer a appuyer essentiellement des conferences bureaucratiques d'appui aux consultants internationaux pour la creation de systemes de Parcs nationaux dans les zones tropicales des pays en voie de developpement sans trop s'interroger sur les problemes qui s'y passaient, ce qui permettait en outre d'eviter l'analyse des problemes qui surgissaient des paradigmes et des pratiques que s'y appliquaient. La divergence fondamentale sur le gouvernement des <<autres>> etait telle que l'UICN et le WWF (World Wild Fund), cree plus tard, avaient commence a prendre leurs distances vers les activites de l'Unesco et la FAO comme executrices de projet de developpement, marquant ainsi jusqu'a la fin des annees quatre-vingt la separation de la preservation de l'ecologie scientifique.

On trouve en Colombie deux exemples du debat de l'epoque entre les partisans de la preservation et ceux du developpement durable. Le premiers defendaient l'imposition <<depuis en haut>>>> d'un modele de conservation (celui de l'UICN) dans le cas du Parc national naturel de la Sierra Nevada de Santa Marta, dans les annees soixante dix, modele qui excluait et ignorait la population. Le second va a voir avec le processus de selection de la Reserve de biosphere de San Andres y Providencia par l'Unesco <<depuis en bas>> (l'an 2,000) comme une interpretation locale <<native>> du discours global de la conservation et du developpement.

Le premier cas, a denomination de parc qui faisait l'Institut de Ressources Naturelles, INDERENA, guide par les orientations de l'UICN ne reconnaissait pas les visions du monde des habitants de la Sierra Nevada, par rapport a l'organisation de leur territoire. Il s'agissait d'environ 32.000 membres des cultures Kogi, Arhuaca, Wiwa et Kankuano (Rodriguez, 2000), descendants des Taironas.

La declaration comme Parc National de la Sierra Nevada (10), la << plus haute montagne cotiere du monde >> (5,648 m a 46 km de la Cote des Caraibes), situee a l'interface entre la Cordillere des Andes et la region biogeographique cotiere des Caraibes, signifiait une demarcation restrictive pour le deplacement des communautes indigenes. Dans une zone que communiquait les sites sacres de la haute montagne et les basses terres et les cotes, la partition en deux reserves differents, signifiait fractionner le territoire et restreindre l'acces a plus de 150,000 paysans et 1, 500,000 habitants des villes dans une superficie de 17,000 [km.sup.2] (un tiers de la Suisse) repartie entre 4 departements differents.

Mais, cette declaration signifiait aussi, une forte attraction pour l'investissement international. Pendant les deux dernieres decades, la Sierra Nevada, etait convertie en l'une des sites le plus importants en Amerique Latine pour les investisseurs de la conservation de la nature, provenant aussi bien de l'Union europeenne, que de la Banque Mondiale a travers du GEF (11), de l'UICN, de la USAID des Etats-Unis. Geree par une seule organisation non gouvernementale, la Fondation Pro Sierra, fondee en 1986, dont le principal promoteur, membre de l'UICN, serait nomme plus tard, ministre de l'environnement (1998 et 2002), devient la mediatrice entre les organismes de cooperation internationale et des communautes indigenes locales. Avec une technocratie fort rentable tres rapprochee aux grandes ONG, elle commencait a provoquer une grande resistance de la part des communautes indigenes. Obligee a travailler en dehors du territoire indigene car la population locale commencaient a l'accuser de les manipuler et utiliser, ce n'est qu'en 2001 qu' elle entamera un processus de concertation avec les autorites indigenes organisees (au risque de perdre les ressources de cooperation).

Le role du CTC (le Conseil territorial indigene des cabildos), qui represente quatre organisations indigenes de la Sierra a ete fondamental dans l'affrontement entre les politiques internationales, nationales et celles des ONG pour modifier les objectifs et les grandes lignes des <<strategies de conservation>>.

On peut dire qu'il s'agit certes d'une action assumee par une organisation <<sans but lucratif>> qui agit au nom de la societe civile, mais, qui est en meme temps articulee a une organisation internationale, cherche a la fois, fournir de l'information scientifique aux ONGs globales et en meme temps, sensibiliser les habitants heterogenes de la Sierra sur leurs problemes, en conservant un grand budget monetaire, ce qui provoque des effets contradictoires sur le territoire. Il s'agit en effet d'un processus qui, audela de chercher la conservation biologique et culturelle, ou bien de accompagner la construction d'une reseaux social local, engendre un processus d' imposition d'une vision du monde fort eloignee de celle de ses habitants.

L'action combinee des exces d'une structure presque calquee sur celle de la Monarchie anglaise dans ses colonies (reproduite plus tard par le modele <<Yellowstone>>), l'affaiblissement de la structure publique et l'absence d'une gestion territoriale integree, provoque finalement l'envers d'une politique publique de conservation de la nature: l'abandon du role de l'Etat, pour une figure de gestion non gouvernementale fantasme, qui provoque l'acceleration des processus de deboisement, la crise alimentaire ainsi que la fracture du tissu social et la absence de la legitimite de l'action publique dans ces regions. (12)

La Reserve de la biosphere la plus recente et la seule promue et concue par ses habitants est la Seaflower Reserve qui se trouve dans l'Archipel de San Andres y Providencia dans la Mer des Caraibes (une zone terrestre et maritime de 378,000 km2 qui represente presque 30 % du territoire colombien). Il s'agit d'une Reserve qui coincide avec l'idee originale de Batisse, mais qui presente aussi son originalite, resumee bien dans ce principe: <<une Reserve de la biosphere- RB-ne saurait surgir contre la societe concernee sinon avec elle et pour elle (Coralina, 1997-1998)>>.

La RB representait pour la population des iles <<un nouveau reveil>>, une alternative a la pauvrete attache au modele de developpement urbaine qui avait provoque la degradation de l'environnement et la surpopulation. (80,000 habitants habitaient en 42 km2). Selon ses promoteurs, sa nomination signifiait <<un effort collectif entre scientifiques, planificateurs, administrateurs et populations locales>> dont les benefices dependraient de leur participation active et de leur gestion et, en meme temps, de pourraient permettre <<la recuperation et la preservation de la culture native>> et le renouvellent de l'administration publique.

Il faut noter que cette representation <<alternative>> surgit comme une reponse a un violent processus de <<colombianisation>> qui avait conduit a imposer un modele de developpement <<urbain>> dans un ecosysteme insulaire, ainsi comme la religion catholique et la langue espagnole, imposee par une elite politique et economique <<continentale>> qui y avait importe aussi ses pratiques de corruption et de discrimination raciale.

Dans ce contexte, les organisations communautaires des habitants <<natifs>> interpretent la grammaire globale environnementale comme l'issue vers une reconstruction sociale et politique. Elles demandent donc au programme MAB de l'Unesco, a travers les ministeres colombiens de l' education et de l'environnement, d'etre reconnues comme Reserve de la biosphere, en entendant celle-ci comme un <<programme pour affronter la crise (13) >> economique, politique et sociale de l'Archipel, en s'appuyant sur la nouvelle loi cadre sur l'environnement. Pendant une decade, a travers des processus de participation citoyenne, elles commencaient a construire un modele de resistance au modele de <<developpement>> et de marginalisation auquel ils etaient soumis pendant des siecles. En cherchant un amenagement social marin et cotier different ils voulaient confronter le modele de contrebande libre et de corruption que signifiait presque un demi-siecle d'echange clandestin de marchandises, d'armes, de drogues licites et illicites fans toute la partie occidentale des Caraibes.

Ces deux exemples montrent bien les diverses manieres dont se mettent en place les figures de <<conservation scientifique>> dans les pays tropicaux. On pourrait dire que c'est le produit des bonnes intentions des forums scientifiques internationaux, des gouvernements, des monarchies et des organisations intergouvernementales du Nord. Mais ces processus d' apprentissage laissent plusieurs lecons : s'il n'y a pas de transformation dans les processus de decision publique, il y a une forte chance que les aides continuent de terminer dans la poche de la bureaucratie internationale et des directeurs des ONG qui n'ont de compte a rendre a personne Ce comportement affecte les rapports sociaux du territoire et entraine des confrontations violentes entre ses habitants et contre l'Etat.

Dans le premier cas, on peut voir comme l'Etat impose, de maniere arbitraire et a travers des mediateurs non gouvernementaux, une figure de conservation <<scientifique>> qui, a la fois, exclut, discrimine et confine la population qui y habite en l'obligeant a respecter la delimitation territoriale qu'impose le caprice des fonctionnaires publiques. Ils laissent un espace pour que des organisations privees occupent la place de l'administration publique en excluant aussi la faible institutionnalite locale (maires, gouverneurs). Dans le second cas, on peut voir comment le forum scientifique, a travers les mediateurs intellectuels, renforcent les organisations sociales quant a leur inclusion dans les processus de decision et de restructuration des formes d'organisation administrative, generant ainsi de nouvelles formes institutionnelles.

9. Un nouveau scenario de mediation globale: l' emergence de la gouvernance de la biodiversite

<<Les Etats-Unis encourageront la conservation mondiale de la nature sauvage, en particulier des especes qui se font rares>> (Holdgate, 2000).

Dans la crise du paradigme preservationiste de la UICN, une nouvelle paradigme economiciste pour la gouvernance de la nature s'installe. Avec le renforcement du Fonds mondial pour la Nature (WWF), la rencontre entre promoteurs economiques et scientifiques se consolide dans une ecologie economique. Il s'agit d'une nouvelle economie naturelle dans un systeme economique modernise, oo budget, rendement, consommateurs, possesseurs, efficience, producteurs et exclusion deviennent les termes nouveaux pour aborder l' environnement et repondre aux critiques du modele des zones protegees.

<<L'objet du Fonds est de collecter et de distribuer des fonds a travers d'organismes internationaux, nationaux ou individuels pour la conservation de la faune mondiale, de la flore, de forets, de paysage, de sources et d'autres ressources naturelles grace a l'acquisition et la gestion de territoire, la recherche, l'education a tous les niveaux, l'information et la publicite, la coordination d'efforts, la cooperation avec d'autre parties interesses et d'autres mesures appropriees ...>>.

Le prince Philippe d'Edimbourg devient son premier President, avec l'appuie des fonctionnaires americains, qui seraient nommes en tant que administrateurs du WWF, tous lies a l'UICN, comme le directeur de l'US Fish And Wildlife Services, l'ex-Secretaire a l'education de l'Indiana, Pink Gutermuth, (createur de 500 clubs de conservation), deux anciens membres de la Cour des impots des Etats-Unis, Hall Coollige (principal pont entre les Etats-Unis et l'UICN) et Russel Arundel (createur de la Fondation pour la vie sauvage en Afrique, plus tard president de la Fondation pour la conservation a New York et ancien chasseur et participant de safaris en Afrique). (Holdgate 2000).

Toute cette bureaucratie, etait nee sous le pretexte de surmonter les problemes de orientation intellectuel et de deficit economique de l'UICN. Mais, surtout elle rentra a remplacer l'ancien cadre International de construction des politiques de la nature. Le Fonds Mondiale, WWF, devient alors une entreprise avec une tres forte financement pour des projets de protection d' especes en Afrique, d'achat de terres, comme les 65 [Km.sup.2] dans le Coto Donana dans l'embouchure du Guadalquivir espagnol, et l'appui aux fondations prives qui commencaient a administrer des anciens reserves naturels, comme la Fondation Charles Darwin dans les iles Galapagos en Equateur. Mais, surtout, le Fond Mondiale deviens le soutien intellectuel des gouvernements du Sud ainsi que le pilier financier des ONG locales qui dois executer ses orientations.

La WWF installa son siege a Washington, et prend en charge les Bureaux de conservation de la nature en Amerique latine (sauf le Bresil), ce qui genere un certaine prise de distance entre le schema initial de l'UICN, caracterise par l'appui aux politiques de Parcs nationaux dans les Etats, et celui du Fonds mondial, plutot oriente vers un schema de gestion de projets rentables finances par la banque multilaterale et les emprises des Etats-Unis.

Ceci a eu pour effet, comme le signale Maurice Strong, la perte de responsabilite politique (accountability) de la part de les Etats quant a l' orientation des ressources, produit d'un schema purement mercantile oo la nature devient un systeme economique, un <<Etat corporatiste>>, une chaine de succursales et une assemblee generale (Rutherford, 1999). Il y a la une difference fondamentale entre le WWF et l'UICN qui, tout au moins, devait montrer des resultats aux pays donateurs.

A la fin des annees soixante-dix Edward Wilson, le pere de la sociobiologie, encourage alors la creation aux Etats-Unis de la Societe pour la biologie de la conservation (Society for Conservation Biology), nouvel essai pour chercher la convergence entre specialistes des sciences sociales, hommes politiques et economistes autour du concept de <<developpement soutenable>> (durable) et de la biodiversite. Avec une philosophie fort differente de celle du programme MAB et plus dangereuse sans doute, il devienne le defenseur du nouvelle l'eugenisme, qui cherche, a travers de la modification genetique sur des organismes vivants, a corriger les comportements des hommes a fin d'obtenir des societes meilleures.

En cherchant a partir de 1986 une restructuration du systeme national de gouvernement de la nature, on finit en realite par soumettre l'UICN, chargee de l'orientation de la conservation dans le monde, au WWF, plus efficient et plus rentable economiquement et dirige principalement depuis les Etats-Unis. Le bureau des Etats-Unis du WWF devient alors le principal bailleur de fonds et on tente, avec la <<Strategie mondiale de la conservation>>, de sortir a nouveau de l'impasse des graves impacts de l'environnement dans les pays en voie de developpement, sans rompre avec des attitudes d'intervention arbitraire.

L'idee du developpement soutenable ou durable, chere aux Europeens mais defendue maintenant par les Nord-americains, tente d'integrer la variable economique a une vision environnementale plus liberale a l'encontre du preservationnisme paradogiquement associe alors a la <<Vielle Europe>> (14) et a la (maintenant) vieille UICN, bouc emissaire de tous les echecs que les scientifiques des EtatsUnis et l'Angleterre entre autres, avaient provoques. On pose donc comme alternative une gestion plus planetaire, mais dirigee par les Etats-Unis, sous le paradigme de securite et de la multi culturalite en vogue. Pendant ce temps, l'UICN perd progressivement son role et seuls quelques-uns de ses membres participent a l'elaboration de Plans de conservation nationale comme celui de Grande Bretagne.

Les Etats-Unis commencent alors a rediger le <<Rapport global 2000, base conceptuelle pour la Strategie de conservation mondiale>>, epoque qui coincide avec le developpement fort rapide des adhesions nord-americaines aux nouvelles organisations environnementales. Des organisations nord-americaines comme la Federation de la vie sauvage avaient 4,5 millions de membres, la societe Audubon, 425,000 et le Sierra Club, 360,000, tandis que Greenpeace en compte plus de 450,000 membres pour 50,000 a peine en Grande Bretagne, 91,000 a WWF- Suisse et 30,000 a Friends of the Earth (Holdgate, 1999).

Ce n'est qu'en 1987 que commence vraiment le boum de la mise en place des Strategies globales de conservation et de developpement durable dans des pays comme le Costa Rica, le Kenya, le Botswana, la Jordanie, la Mauretanie, le Nepal, le Pakistan, la Zambie et le Zimbabwe. De nouveaux projets sont alors concus pour la Colombie, le Salvador et Oman. L' objectif de ces projets n'est autre que <<d'alerter les personnes sur le developpement durable>>, dans le cadre duquel devrait s'inscrire un agenda pour l'action. C'est une nouvelle conception qui, comme l'anterieure, vient des groups scientifiques et economiques des Etats-Unis, Grande Bretagne et la suisse notamment, sous un habillage global:

<<Les etres humains dans leur quete pour le developpement economique et la jouissance des richesses de la nature doivent arriver a un accord avec la realite de la limitation des ressources et de la capacite des ecosystemes et prendre en compte les besoins des generations futures: c'est le message de la conservation. Car si l'objet du developpement est de pourvoir au bien-etre social et economique, l'objet de la conservation est d'assurer la capacite de la Terre pour soutenir le developpement et supporter toute la vie>> (15).

La Banque mondiale voit dans ces Plans la possibilite de developper des Plans nationaux d'action environnementale qui seront developpes dans de nombreux pays, y incluse la Colombie, imposant ainsi ses propres priorites comme banque internationale et non comme union internationale. C'est dans cette etape que surgissent les Systemes regionaux de conservation pour l'Amazonie, les Andes et l'Himalaya, precurseurs du couloir biologique meso-americain, aujourd'hui appuye par tout un pool d'institutions comme la Banque mondiale, la GTZ (Agence de cooperation internationale d' Allemagne), le BID, le WRI (World Resources Institute), l'UICN, le WWF et les nouvelles grandes ONG environnementales nord-americaines comme CI (Conservation International), TNC (The Nature Conservancy) et le nouveau Fonds global de l' environnement (GEF), finance surtout par la Banque mondiale. Cette <<nouvelle proposition>> de consensus presentee en juillet 2001 recueille toute cette experience de conservation et forme un nouvel assemblage pour la gouvernance supraregionale. Presentee par Kenton Miller, vice-president de l'Institut de conservation et de developpement international et la (WRI) World Ressources Institute, dont le siege est a Washington, ils commencent a repandre le concept de bio region dans la Strategie internationale pour la biodiversite, comme la nouvelle strategie d'intervention, pour la peripherie bio diverse.

10. La construction environnementale de l'Amerique Latine

La necessite d'une justification d'une action plus rentable pour les donneurs permet de mettre sur le tapis le probleme de la perte de la diversite biologique des pays en voie de developpement pour le developpement de l'industrie alimentaire et pharmaceutique, un probleme concret qui pourrait generer de grands profits et attirer les investissements privees.

La vielle dichotomie entre preservationnistes et ecologistes economiques semblait augmenter, ce qui montrait bien l'urgence de l'apparition d'un nouveau paradigme, coherent avec la transformation d'un nouveau regime global dont le referentiel mercantile depassait largement la confrontations entre Etats de l'UICN et du systeme des Nations Unies. La biodiversite signifiait une maniere d'articuler l' economie et la culture, les presupposes de la nouvelle globalisation.

C'est dans ce changement que l'UICN decide de modifier sa propre organisation et de nommer un nouveau president, cette fois-ci du Tiers monde, un descendant des travailleurs indigenes de la Guyane ex-anglaise, un pont de l'ex-Empire colonial anglais au milieu de l'Amerique du Sud espagnole et portugaise. Sa proposition exprimait ce que la majorite des pays du Sud faisaient leur:

<<Un developpement durable jusqu'a ce que les pays developpes soient interesses a commencer le developpement. Rien n'est soutenable s'il n y a pas de developpement Et la oo il n'y a pas de developpement, il deviendra une priorite, eloignant le peuple des terreurs de la pauvrete. La preoccupation pour la pauvrete et l' interet pour le pauvre doivent faire partie de ce qui nous concer ne>>. (16)

On commence alors a ecouter les voix du Sud, a entendre des declarations sur l'inegalite des orientations et des benefices derives de la Strategie de la conservation entre le Nord et le Sud. Tandis que l'agenda des premiers considere le probleme de la contamination, de la consommation, des dechets, des recherches militaires et des relations entre pays, les seconds envisagent de reviser les causes de la deterioration environnementale, la violence, et la necessite d'examiner les strategies economiques et sociales qui sont la cause de l'instabilite et de la pauvrete de ces pays.

On estime aussi necessaire que les populations locales participent au mouvement conservationniste pour obtenir la legitimite des actions du Nord, sans considerer le debat sur le desequilibre entre le Nord et le Sud en termes d'agriculture, de commerce et d'inegalites economiques et sociales qui sont tous des elements sans lesquels il ne saurait y avoir conservation.

Ce debat affecte de toute maniere le developpement de la Strategie preparee pour la Conference sur le developpement et l'environnement a Rio 92. La reunion entre le Departement de la vie sauvage et des sciences de la peche du Texas, le WWF, l'Agence americaine pour le developpement international et l'Association americaine pour l'avancee de la science, dont Edward Wilson etait l'orateur principal, allait inscrire la biodiversite dans sa dimension biologique et culturelle comme partie de l'Agenda de Rio.

Avec ces nouveaux apports, on construit une nouvelle Strategie qui, traduite par deux nord-americains et un anglais a la tete de l'UICN, du WWF et du WRI, debouche sur le concept du <<sustainable development>> (le developpement durable), puis sur la creation de la Commission pour le developpement durable et de la Convention sur la diversite biologique, qui allait servir de guide a la Conference et a l'Agenda de Rio. On voit comment le Forum de la rhetorique politique et scientifique de la vielle garde (UICN, WWF et WRI) se transforme avec l'aide du Forum scientifique emergent (Wilson) en un nouveau Forum scientifique-economique-commercial.

L'acces a la biodiversite, au developpement biotechnologique et a la propriete intellectuelle de sa transformation devient le cheval de bataille de biologistes et d'industriels de l' ensemble des entreprises (The Pharmaceutical Manufacturers Association (Pharma), The Association of Biotechnology Companies (ABC) et l' Association industrielle de biotechnologie-IBA) pres du gouvernement des Etats-Unis. Ce cartel allait plus tard defendre le nouveau consensus entre les gens et la protection de la nature a travers l'economie et le commerce et la necessite d'une nouvelle gouvernance globale (Cf. Rist). Cette conjonction d'arenes politiques termina par ce que certains appelerent une strategie complexe et opaque qui justifie les nouvelles reinterpretations de la domination

11. La <<sympathie critique>> du Sud ou l'attitude des gouvernes

Quelques peu representants des pays du Sud tel que le president Swaminathan de l'Inde lors de la reunion preparatoire a la Conference sur le developpement et l'environnement entendaient les nouvelles agendas environnementales dans le cadre de la protection des droits de l'homme, position qui, petit a petit, fut denaturee par le discours de la rentabilite, des produits et des contrats:

<<Tandis que les violations des droits de l'homme affectent les individus, les violations de l'heritage humain alterent les supports de la vie de telle maniere que les dommages genetiques auront des resultats sur les generations futures. Les violations de l'heritage naturel minent la securite des moyens d'existence des generations presentes et des generations futures, en particulier des pauvres>>." (17)

Bien que l'on ait nomme des fonctionnaires de pays du Sud dans des postes intermediaires de la bureaucratie verte globale de l'UNEP, du WWF et de l'UICN pour que <<les interets du Sud y soient representes>>, on peut douter que certains d'entre eux aient ete reellement des representants des interets de leur pays et encore plus des diplomates et penser plutot qu'ils etaient tout simplement, comme dans le cas colombien, des fonctionnaires sous l'influence des organisations internationales.

Cette strategie fit que d'anciens fonctionnaires de l'INDERENA et des representants des ONG s'inserent, comme simples particuliers, a nom des pays du Sud comme la Colombie dans l'ecocratie globale pour legitimer au nom de la <<societe civile du Sud>> la consolidation de la domination du monde vert, cette fois-ci sous l'empire du marche.

Ce theatre du Sud, exprime par des attitudes individualistes, allait avoir une grande influence sur la possibilite d'une politique coherente et claire de defense des interets du Sud, brisant les possibilites de creer des alliances regionales, divisant les institutions publiques et les organisations sociales et deteriorant ainsi le sens de l' appartenance nationale.

En 2,000, le ministre colombien de l'environnement (tout a la fois membre de l'UICN, fondateur de la Fondation Pro Sierra de Santa Marta-, coordinateur de plusieurs evenements internationaux sur la protection de la biodiversite et autoproclame le representant de la societe civile), passe outre sur les denonciations et la disparition ulterieure des representants indigenes du peuple Embera dans le departement de Cordoba (Pernia, 1999) qui protestaient pour leur expulsion et leur relocalisation forcee, consequence de la construction du barrage de Urra pres du Parc national de Paramillo.

Tout porte a croire aussi que les anciens << conservationnistes >> des annees soixante, maintenant au gouvernement, sont ceux qui soutien avec le plus de force dans l'annee 2000, des nouvelles formes d'intervention dans les Biodiversite, avec des grandes projets de exploitation petroliere, la mise en Luvre des politiques de fumigation chimique, dans les territoires peuples par des communautes indigenes dans les forets tropicales de l'Amazonie et de l'Orinoquie colombiens.

Un bon exemple de ces incoherences le fournit le cas du projet d' application du champignon Fusarium Oxysporum (arme biologique) presente par l'Institut Alexander von Humboldt (Institut colombien de recherche des ressources biologiques) comme un moyen d'eradiquer les arbustes de coca, le remplacement du cannabis des annees soixante-dix, presentee comme le fleau de la jeunesse nord-americaine.

Avec l'utilisation de ce champignon modifie genetiquement qui permet d'envahir une plante, le sol et tout un ecosysteme, le departement de la defense et l'agriculture des Etats Unis cherchaient a experimenter une nouvelle strategie: de <<controle biologique>>, fruit de travaux de recherches menes apres la Seconde guerre mondiale d'abord par l'URSS (Russie) puis par les Etats-Unis. La modification genetique de ce champignon serait d' ailleurs brevetee par celui qui plus tard allait devenir le conseiller du ministere de l'agriculture des Etats-Unis, David Sands (Hammond 2001) (18). Avec l'appui du Programme des Nations Unies de Lutte contre les Drogues (UNDCP), on devait experimenter l'utilisation de ce champignon pour l'eradication du pavot en Afghanistan et de la coca dans l'Amazonie colombienne.

Tandis que la Colombie organisait les reunions du Protocole sur la biosecurite, le ministere de l'environnement preparait le projet d'application de <<controle biologique>> pour l'Amazonie, inspire par l'UNDCP et la Secretariat d'Etat des Etats-Unis Amazonie, jusqu'a ce que la pression nationale et internationale et le Senat colombien les oblige a se retracter (19).

De telles incoherences amenent certains a s'interroger sur les objectifs des defenseurs de la conservation, leurs origines conceptuelles, les justifications de leurs modes autonomes d'agir et de leur responsabilite quant aux effets sur les droits fondamentaux de la population.

Cet exercice contrastait de maniere paradoxale avec l'attitude de quelques scientifiques etrangers qui s'efforcait de defendre, plus que n'importe quel colombien, les ecosystemes des forets andines et se risquaient meme a defendre les communautes indigenes et noires du Cauca et du Pacifique. Ce qui faisait dire a certains que l'on etait arrive en Colombie a un processus de <<colombianisation>> des conseillers internationaux, puisqu'on a vu dans certains cas isoles des anciens fonctionnaires du gouvernement des EtatsUnis qui devenaient d'ardents defenseurs des propositions des mouvements locaux de resistance et les accompagnaient dans leurs luttes pour la protection des droits de l'homme. On a meme vu le cas d'un senateur democrate nord-americain (Paul Wellstone) voyager au sud du departement de Bolivar et au Putumayo pour experimenter sur lui-meme, les impacts des fumigations aeriens de glyphosate.

La perspective de la <<sympathie critique du Sud>> s'arrete quand l' interet pour la protection de l' environnement des autres affecte economique et politiquement ses interets particuliers. Cette attitude soutiens la penetration des corporations et entreprises biotechnologiques dans leurs territoires et en meme temps dans les espaces de decision de politique publique, tels que les comites de biosecurite.

Cela permet aider a comprendre comment les contingents militaires et comerciels americains recoivent une invitation aimable pour occuper les reserves des ressources strategiques situees sur les flancs des plaines de l'Orenoque et des forets de l' Amazonie et du Pacifique. Quoiqu'il en soit, l'aide americaine est possible avec elle ses formes de intervention grace a la sympathie critique du Sud.

12. Les puissances de la biodiversite lors du Sommet de Rio de 1992

Le Sommet sur la Terre de Rio de 1992 marque une nouvelle etape de l'incursion officielle des gouvernements des pays du Sud dans les conferences internationales sur l' environnement, car ce sont eux qui paraissent detenir la richesse naturelle, tandis que les autres (les pays du Nord) apparaissent comme les pauvres, dependant ... de la diversite. Cependant, malgre les apparences, le cadre dans lequel se dessine la diplomatie ne change pas le cadre de subordination des pays du Sud. Avec les nouveaux schemas de ressources financieres des pays du Nord a travers les systemes de repartition de benefices dans le nouveau commerce de la biodiversite et du developpement durable, on entre en effet dans le jeu de la <<grande negociation>> (The Big Bargain) entre nouveaux langages et cadres cognitifs, elabores d'avance par les mediateurs internationaux, et de vielles revendications en faveur de societes plus justes.

<<La Conference sur la biodiversite garantit le droit indeniable des pays en voie de developpement a etre les usufruitiers des dividendes economiques de la biodiversite>>

Les nobles propositions des pays du Sud ont toujours figure en bonne place dans les preambules des Conventions. Mais cela n'a pas de veritable signification par rapport aux resultats des Conventions. Il est toujours possible de proclamer les meilleurs principes dans les preambules, tandis qu'on accepte exactement l'oppose dans le reste des traites.

On peut certes se demander au profit de qui la protection de la nature devient a partir du Sommet de Rio un probleme de transactions economiques pour assurer les meilleures affaires possibles. Mais il est clair que, apres le consensus de Washington qui pousse a restructurer les Etats <<non capables>> et a privatiser les institutions publiques, le moment est arrive de negocier directement sur la biodiversite. Les analyses dites <<structuralistes>> du probleme de l'environnement comme un probleme politique et social, associe a une structure politique et economique d'exclusion et subordonnee au mandat hegemonique, sont alors appelees a disparaitre.

Desormais, la rencontre entre les societes de la difference et de la diversite et <<ceux qui savent>> formera la grande communaute multiculturelle et interdependante qui, pour survivre, devra s'emanciper des vielles et fort abimees barrieres nationales des <<autres>>.

Mettre en evidence les problemes des castes, des cultures et des races inferieures permettra de generer de nouveaux acteurs qui, enfin, pourront participer comme individus au grand marche du grand contrat de la biodiversite.

13. La politique domestique des Etats-Unis pour la protection de la biodiversite globale: la securite nationale et la defense de la propriete intellectuelle.

Bien que des scientifiques notamment des Etats-Unis soient ceux qui proposerent le <<nouveau regime>> de la biodiversite, ils mirent un an avant de signer la Convention sur la biodiversite et jusqu'a present (2003) refusent de la ratifier, sans que cela signifie qu'ils n'y participent pas en tant que mediateurs.

On a vu comment le forum scientifique ou si l'on veut en termes de Haas, <<la communaute epistemique>> formee par les biologistes, les ecologistes et les economistes ont construit les bases pour l'apparition d'un nouveau regime de protection de la biodiversite a partir de l'idee de la perte progressive d'especes et d' habitats sur la Planete. On a vu aussi comment ce forum oo participent des scientifiques du WRI, de l'UICN et du WWF, auteurs de la Strategie globale de la biodiversite, joue un role important dans la construction nationale de la decision politique grace a l'influence d'une communaute de membres, <<les experts>>, dans les communautes de politiques publiques.

Mais, les niveaux forts eleves d'incertitude scientifique que presente la biodiversite constituent un paradoxe, encore dix ans apres Rio 1992. La profondeur et la signification du probleme n'est pas encore completement compris. On recourant a une metaphore, on pourrait dire que la communaute epistemique malgre tous ses efforts pour constituer une arene de negociation, un agenda global, continue d'ouvrir la boite de Pandore. Neanmoins, les diverses interpretations et les differents niveaux d'analyse n'empechent pas la construction d'un nouveau regime de conservation. Le texte prepare par l'equipe de l'UICN et WWF avec l'appui du Groupe ad hoc dans le cadre du PNUE a survecu, malgre d'importantes reformes, a la negociation du traite et principes et obligations fondamentales s'y maintiennent au moment de la signature des 178 gouvernements.

Cependant, bien que sa fonction soit d'orienter les gouvernements quant aux formes d'aborder le probleme et d'orienter la politique, Raustiala note que, curieusement, ce n'est pas ce qui a servi pour orienter la position des Etats-Unis. Il existe certes diverses interpretations possibles de cette affirmation de Raustiala, mais il est certain que dans le lobby avec le gouvernement de Etats-Unis, grande partie du <<langage de l'UICN>> n'etait plus utilise quand les negociations touchaient le terrain des negociations des firmes privees.

Quand les experts touchaient le theme de affaiblir les droits de la propriete intellectuelle et la necessite qu'exprimaient les pays du Sud de participer de maniere equitable dans le commerce des ressources, themes que certains jugeaient comme <<peripheriques>> a celui de la conservation, leur influence dans le gouvernement etait minime. Mais quand il s'agissait de realiser des actions de lobby pour que les Etats-Unis signent le traite l'annee suivante, ces memes experts etaient effectivement ecoutes par l'administration Clinton.

On pourrait dire qu'une fois convenu avec les groupes industriels ce que devait etre l'objet de la CDB, le President pouvait respecter a la lettre les enonces environnementaux <<ambigus>> sans affecter les interets ou l'emploi des americains. A l'initiative du secteur prive, un groupe de travail d'ONG et de firmes biotechnologiques et pharmaceutiques, y incluses Merck, Genentech et WRI, est cree en 1993 pour discuter de divers aspects de langage utilise dans le traite. Ce groupe, apres avoir evalue le systeme interpretatif en partant des interets des EtatsUnis, finit par se convaincre que la convention etait <<sure>> pour les compagnies (ou tout au moins n'etait pas dangereuse pour leurs benefices) et que la signature des Etats-Unis etait essentielle.

En aout de cette meme annee, le president Clinton decide donc de signer la Convention, tandis qu'un groupe intersectoriel precisait que le traite n'impliquait aucun changement dans la legislation des Etats-Unis et pouvait donc etre mis en place dans le cadre des programmes existants (20). Pour certains, l'importance de cette communaute epistemique de biologistes, d'ecologistes et de juristes environnementalistes residait dans la necessite de permettre une concertation des interets des Etats-Unis et de ceux << du reste du Monde >> dans un traite global pour eviter l'extinction des especes, dans une arene de negociation qui facilite la creation d'une convention internationale, la CDB.

Le fait que les Etats-Unis en tant que pays a l'origine de la source epistemique de la CDB se refusent a la ratifier ne signifie pas que la convention ne beneficie ni a eux ni aux interets du secteur prive. En realite, on trouve de tout dans les articles de la Convention, meme la protection de l'emploi des americains. Cependant, il faut bien comprendre pourquoi a Rio, comme le dit le president Bush pere:

<<Le leadership exige souvent d'etre seul (Raustiala: 1997) (21) >>.

<<Etre seul>> ne signifiait pas necessairement s'isoler du processus. Bien au contraire, cela signifiait participer d'une maniere active au lobby bilateral des processus de negociation aux cotes de pays comme la Suisse, la Grande Bretagne et le Canada et egalement de la <<communaute epistemique>> elle-meme. De la meme maniere, l'equipe d'appui de la Grande Bretagne, constituee par le WWF, le Kew Botanical Gardens, Imperial Chemical Industries et the Congress of British Industries, cherchait a avoir une incidence sur les positions des pays en voie de developpement et a obtenir un texte final qui soit plus avantageux pour les emplois des americains, des anglais et des canadiens mais surtout du secteur prive.

Par ailleurs, les Etats-Unis appuyaient l'identification et le suivi des ressources biologiques et la promotion de la conservation in situ et ex situ, ce qui signifiait l'extension d'une experience tres importante de leur politique de conservation in situ, sans compter que les banques de ressources genetiques provenant de zones tropicales les plus importants se trouvaient sur leur territoire. D'autres themes <<en marge>> de la biodiversite touchaient eux aussi la substantifique moelle des interets des entreprises de biotechnologie, des firmes individuelles et des associations d'industriels comme voix predominantes du processus politique. Des themes comme l'affaiblissement des droits de propriete intellectuelle sur les innovations et les procedures de la biotechnologie, une obligation possible de transfert de technologie vers les pays du Sud et la regulation de la biodiversite applicable aux ressources derivees de cette technologie etaient des themes sur lesquels on n'avait pas l'intention de ceder, ce qui amena a dilater et a intensifier le processus de negociation. Pour les EtatsUnis, ce qui resulta de toutes ses discussions est un traite incomplet qui traitait trop de themes d'une maniere insatisfaisante pour tous les participants, comme le montre bien ce dialogue entre la presse et la delegation des Etats-Unis lors de la CNUED

Question d'unjournaliste non identifie:

<<Je voulais juste vous interroger sur l'attitude reelle du gouvernement des Etats-Unis face a ce Sommet. Ici, votre delegation a vraiment ete fort constructive, tandis qu'a Washington, les fonctionnaires de l'administration ne parlent pas avec les journalistes et qualifient tout ce qui se passe ici comme "un cirque" ... Laquelle des deux approches represente la position reelle des Etats-Unis face a cette conference?>>

Reponse de Michael Young, Soussecretaire adjoint pour les affaires economiques du Departement d'Etat des Etats-Unis:

<<Cirque n'est pas pejoratif. J' estime, nous estimons que c'est la maniere la plus aimable ...>>" (Raustiala: 1997).

14. Liberalisme et securite: la strategie globale de la biodiversite

Bien qu'apres le Sommet de Rio on note un certain changement dans la structure organisationnelle de la domination de l'approche bioeconomique dans l'ecologie de systemes, on peut dire que ce qui se renforce c'est une attitude economique-commerciel quant a la nature comme maniere de justifier l'intervention de entreprises sur les ressources de la Terre.

Jamison signale trois manieres grace auxquelles les Etats-Unis donnent sa forme d'expression culturelle et institutionnelle a l'ecole dite de <<l' ecologie de systemes>>. Tout d'abord, avec l'industrialisation de la science et l'influence de l'organisation industrielle qui permet de voir l'ecologie comme une ingenierie technique et sociale; ensuite, avec la capacite et la popularite des Etats-Unis quand il s'agit de developper des technologies informatiques de modeles mathematiques appliques au processus naturels et enfin, avec la tradition americaine de combiner l'influence de l'ere utilitariste de la preservation avec la tradition des annees Trente quant a la planification regionale, ce qui facilitait le developpement d'une ecologie qui permette la gestion et le controle environnementaux sur une grande echelle (Rutherford, 2000)

A partir de la, les Etats-Unis vont donc traduire leur nouveau cadre global institutionnel et culturel pour le monde. La notion elle-meme d' environnement exprime d'ailleurs une problematique developpee par des scientifiques specialistes du discours de l'ecologie.

Ce discours fournit ce que Rose et Muller (1992) appelerent <<la machinerie intellectuelle de l' environnement>> qui structure d'abord le champ normatif et institutionnel dans lequel les gouvernements et les programmes se retrouvent publiquement, de meme que leurs resultats. Ils fixent ainsi une technologie gouvernementale qui oriente et qui <<problematise>> l' ambiance dans laquelle on construira les normes juridiques avec la justification tres generale du bien-etre et de la securite de l'humanite (de la population des Etats-Unis), ce qui donne une rationalite ecologique et permet l'auto controle et la regulation externe.

Dans cette perspective, les groupes d'interet doivent guider le gouvernement. C'est pour cette raison que le liberalisme s'oppose a l'idee que le gouvernement oriente et regule les activites privees car il n'a pas connaissance de tout et doit donc se laisser guider par elles.

Dans une relation entre connaissance et gouvernement, l'economie assume une grande autonomie, loin des necessites de l'Etat, ce qui dissout l'unite entre connaissance et gouvernement, entre le forum politique et le forum scientifique ce qui provoque l'inversion de l'equation <<a regulation maximale, effectivite du gouvernement elle aussi maximale>>. Il en resulte une nouvelle relation entre gouvernement et connaissance, une nouvelle <<raison gouvernementale dans une configuration politico systemique a la fois nouvelle, compliquee et instable>> (22).

Cette machinerie intellectuelle reproduit, a travers des mediateurs comme le WWF, conseillers de politique aupres des gouvernements, une translation de langages, de cultures et de formes de <<diminuer la taille des Etats>>, remplaces alors par des firmes <<plus legitimes>> qui entrent en contact direct avec les communautes locales dans le cadre de ce que Ellinor Orstom appellerait <<l'action collective>>. C'est dans ce cadre que se construit le discours de la participation, dans une nouvelle forme d'objectivisation du gouvernement en accord avec la globalisation.

Lors du quatrieme congres mondial des Parcs nationaux en 1992, le WWF estimait deja que: <<les approches pour reconcilier les besoins des populations locales avec les zones protegees ont ete des approches "de haut en bas", qui ne prennent pas en compte les besoins des communautes locales, argument que les communautes indigenes brandissent depuis la Conquete. La strategie est toujours de "les appuyer" pour " les eduquer" et "les integrer" plus que de les laisser participer>>.

Cette <<decouverte>> que l'on defendait depuis la reunion de Caracas dans les annees cinquante est maintenant institutionnalisee dans la maniere dont on legitime le discours du developpement durable dans les processus de cooperation internationale entre le Nord et le Sud. Dorenavant, on exprimera ainsi la participation dans la legitimation du mandat du developpement durable :

<<Les nations et les peuples qui dependent de la diversite biologique doivent, pour leur bien-etre economique, veiller a ce que les interets economiques servent a un "developpement durable"qui evite la perte des especes>> (23)

La necessite d'inscrire cette societe de reseau dans la structure economique s'exprime donc dans l'appel que l'on lance pour s'assurer que les reseaux globaux incluent toute la structure de la societe (en particulier, les peuples indigenes et locaux) et interagissent avec les organisations globales (scientifiques et des entreprises) a travers un systeme d'information global qui ait une couverture de tous les ecosystemes, depuis une structure moleculaire jusqu'a l'ensemble planetaire de la biosphere.

15. A maniere de conclusion: Le Forum de la communaute de politique publique: Etats, experts et marches: politiques globales et politiques domestiques

Le forum de la communaute de politiques publiques est constitue de diverses categories de champs ou de sous univers de sens. C'est aussi en meme temps un champ de forces dote d'une structure, d'un champ de luttes pour conserver ou pour transformer ce champ de forces Les communautes epistemiques (de scientifiques ou de <<savants>>), les Etats et les firmes multinationales creent par leurs relations dans le Forum de la politique de la biodiversite l'espace meme qui les definit, et que n'existe que grace aux champs qui s'y trouvent places et <<qui deforment l'espace>> a leur voisinage en conferant une certaine structure de relations.

C'est dans la relation entre differentes visions de monde que s' engendre le champ scientifique, politique, economique, culturel. Le rapport de forces qui le caracterise est un <<rapport de forces specifique, proprement symbolique, etant donne la nature de la force capable de s'exercer dans ce champ, espece de capital symbolique>> (Bourdieu, 2001) qui agit dans la communication et la negociation. Le poids associe a un acteur comme par exemple un Etat comme les Etats Unies et ses allies, qui subit le champ politique en meme temps qu'il contribue a le structurer, depend de sa position relative envers les autres Etats dans un espace de rapports de force.

La force attachee a un group d' acteurs (Etats, communautes scientifiques, firmes, communautes locales) depend de ses differents atouts, de facteurs differentiels de succes que peut lui assurer un avantage, c'est-a-dire du volume et de la structure du capital de differents types qu'il possede. Si le capital scientifique est une espece particuliere de capital symbolique, fonde sur la reconnaissance et la connaissance, la structure de la distribution du capital determine la structure du champ. Or la structure de la distribution du champ determine le rapport de forces entre differents agents scientifiques dans le grand champ ou forum de politiques publiques. La maitrise d'une quantite importante de capital par un Etat lui confere un pouvoir sur le champ, y compris sur les agents moins dotes de capital (Etats non developpes ou faibles technologiquement), et commande la distribution de chances de profit. La structure du champ politique definie par la distribution inegale de capital symbolique pese, en dehors de toute interaction directe, intervention ou manipulation, sur l'ensemble des acteurs, restreignant plus o moins le nombre de places possibles dans le forum, c'est a dire dans cette distribution.

Le champ de la biodiversite constitue un champ des forces dont les rapports entre des acteurs determinent la structure de sens. En consequence, c'est a l'interieur de ce forum de negociation que la politique est construite. Pourtant, la politique comme on l'a vu n'est pas un politique entierement globale. On peut demontrer comment des courants, ou lignes de politiques lies a des processus domestiques, affectent l' orientation des politiques globales, qui a leur tour se traduisent par des politiques sectorielles dans les pays du Tiers monde. Un exemple c'est la Convention sur la biodiversite, nee des centres epistemiques provenant des Etats-Unis notamment, et implante comme Politique de la protection de la biodiversite dans les pays du Sud.

A l'interieur des Etats, les acteurs impliques dans ces representations sont de divers types et s'y melent les experts lies au Centre d'information international, les decideurs politiques, et la societe civile (Lascoumes, Pierre, 1997: 77) (24). Les premiers, les experts et les scientifiques, ont une lecture <<scientifique>> qui sert de point d'appui a leurs diagnostics. Chaque protagoniste politique a ses experts (issus de l'Institut Alexander Von Humboldt, le Ministere de l' Environnement, les Universites) qui, a certain moment, s'affrontent aux <<experts mediatiques>>, aux ONG et aux representants des communautes ethniques.

Dans le cas de la Colombie, ces experts appartiennent aux institutions nationales de recherche scientifique constamment en rapport avec les communautes scientifiques des Etats-Unis.

A niveau international, les communautes scientifiques appartenant aux ONG (WRI, UICN et WWF), les Jardins botaniques (The Royal Botanical Gardens Kew, The New York Botanical Garden et The Missouri Botanical Garden), les Universites de Harvard et de Californie, le Cambridge Monitor Centre comptent une majorite de membres des Etats-Unis et de Grande Bretagne partagent des perspectives similaires et conseillent les gouvernements du sud, dans une negociation en apparence globale (25).

Le deuxieme groupe d'acteurs sont les hommes politiques representants de chaque Etat, divisees en deux categories: les applicateurs (avocats), charges de la mise en Luvre des reglementations, et les negociateurs (economistes), qui, conseilles par les scientifiques, participent aux negociations globales.

Les applicateurs dans leurs discours mettent l'accent sur les defauts de coherence et les deficits d' application de leurs decisions. Les negociateurs, soulignent dans leurs interventions les dilemmes d'action dans lesquels ils sont pris et les effets negatifs de ces contradictions.

Le troisieme groupe, celui de la societe civile, inclut le mouvement environnementaliste local, et les delegues des groups autochtones (communautes afro-americaines et indiennes). Ces mouvements comprennent divers positionnements politiques, et participent dans le forum de la politique publique comme porte-parole de la societe civile et ONG locales, et comme conseillers des fonctionnaires publiques. Parmi les groupes autochtones, certains se presentent comme issus des formes globales emergentes et d'autres comme issus des formes localisees de socialisation contestataires.

Quelques-uns enfin apparaissent comme des representants des peuples indigenes du monde, en etant soutenus par des ONG globales (Indigents Peoples Biodiversity Network ou IPBN,) ou encore, s'expriment en tant que delegues des organisations historiquement localisees (ONIC, Organisation nationale indienne de Colombie).

Chaque constellation d'acteurs exprime un recit particulier dans le forum de politiques publiques. En meme temps, ils partagent une meme approche, celle de la pertinence de la politique de la biodiversite. Dans le cas precis de l'acces aux ressources genetiques, la legitimite pragmatique de cette approche s'appuie sur la capacite de produire des resultats tangibles tels que des ressources economiques supplementaires, une delimitation de territoire, ou encore des accords cadres de protection de la propriete individuelle ou collective.

Mais cette vision du monde partagee est fortement liee aussi aux positions derivees du contexte des rapports internationaux dans la construction du cadre global.

En effet, les politiques domestiques des Etats hegemoniques quant a la preservation de la biodiversite globale s'imposent lors de la negociation internationale quand ils defendent la securite nationale et la propriete intellectuelle des entreprises prives. Par ailleurs, les politiques de protection de la biodiversite domestique dans les pays subordonnes sont orientes vers le control et la facilitation de l'acces aux ressources et connaissances, la defense de du droit en tant que pays d' origine en cherchant une <<juste>> distribution des benefices economiques.

Les groupes sociaux autochtones emergeants devenus d'unjour a l'autre les proprietaires des biens collectives de la planete hesitent entre une negociation monetaire plus <<juste>> avec les entreprises biotechnologiques et la negation de tout forme de commerce et de propriete sur ces connaissances traditionnelles. Dans cette mediation entre marches et communautes, quel est donc devenu le role de l'Etat dans les pays << mega divers >>, considere comme le principal detenteur du patrimoine national cultural et biologique?

Ce qui est evidente, c'est que dans un systeme international inegal de pouvoir, qui n'impose pas la meme perte d'autonomie a tous les pays l'emergence des nouveaux acteurs transnationaux consolide la voie d'une <<gouvernance sans gouvernement>>.

Recibido: Dic. - 2004

Aceptado: Jun. 17 - 2004

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(1) Cet article de recherche correspond au sujet du Chapitre IV, de ma premiere version (Janvier 2004) du These de doctorat a l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) sous la direction de Pierre MULLER, intitule: La Transformation de L'Action Publique dans la gouvernance des biens communs. Le cas de la Politique de Biodiversite en Colombie.

(2) COLONOMOS Ariel. <<L'acteur en reseau a l'epreuve de l'international>> dans SMOUTS Marie-Claude. Les Nouvelles Relations Internationales. Pratiques et theories. Paris. Presses de Science Po. 1998. p 211.

(3) LASCOUMES Pierre, (1994: P 23) <<Transcoder, c'est d'une part agreger des informations eparses et les lire comme une totalite. C'est aussi les traduire dans un autre registre relevant de logiques differentes, afin d'en assurer la diffusion a l'interieur d'un champ social et a l'exterieur de celui ci >>. On considerera ici que la notion de mediation peut etre associee a celle du transcodage, dans le sens de l'activite que les acteurs (en ce cas precis, les ONG environnementalistes) elaborent et recommandent comme referentiel sectoriel et identitaire.

(4) GOUREAU Pierre, <<Le determinisme physique dans L'esprit des lois>>, L'Homme septembre decembre 1963, p. 5-11, cite par BOURDIEU Pierre, <<La rhetorique de la scientificite dans Langage etpouvoir symbolique>>, Paris, Editions du Seuil 2001, p. 332.

(5) Voir la comparaison qui apparait dans le Tableau des oppositions mythiques fait par Bourdieu a propos de L'espritdes lois, de MONTESQUIEU, Geneve, 1748; et Paris, Classiques Garnier, 2 vols., 1973. Livre XIV, chap. 2. BOURDIEU Pierre, <<La rhetorique de la scientificite>> dans Science de la science et reflexivite. P. 336.

(6) MONTESQUIEU, L'Esprit des lois, livre XVII, chap. 2, cite dans BOURDIEU Pierre, <<La rhetorique de la scientificite>> Op. Cit., P. 339.

(7) LASCOUMES (1994: 69), << Le transcodage naturaliste-anecdotique une source de legitimite conservationiste >> dans L'eco-pouvoir, environnement et politiques. Editions la decouverte. Textes a l'appui. Paris.

(8) Cette question est posee dans les memes termes dans l'Introduction de l'ouvrage de Marie-Claude SMOUTS, Les nouvelles relations internationales, Pratiques et theories. Paris, Presses de Science Po, 1998.

(9) SCHABECOFF. The American environmental movement. a fierce green fire. Shabecoff. 1993 citado por Martin Holdgate.

(10) Le massif montagneux de la Sierra Nevada de Santa Marta, une ecoregion que rassemble 14 communes de trois departements, deux parcs naturels et deux resguardos indigenes, est entoure par de grands domaines d'elevage extensif de betail et de production bananiere. Possede en effet, en plus de paysages fort beaux, 35 sources d'eau, 14 des 635 especes d'oiseaux et l'un des habitats d'especes uniques au monde aux cotes des ecosystemes des Paramos Andins.

(11) Les programmes GEF <<a taux plein >> suivent les politiques operationnelles de la Banque mondiale, au cas present celui en vigueur pour les peuples indigenes (OD. 420), etant donne que la Sierra est situee sur des territoires indigenes.

(12) La figure du Parc national, representa pour ses habitants pendant longtemps le confinement de son territoire, la marginalite, la pauvrete et le conflit et, pour plusieurs des chefs de parc, mystiques et solitaires dans ces zones tres etendues, et conflictuels, le sacrifice de leurs vies. La Sierra Nevada, est devenu un vrai champ de bataille pour les groupes d'autodefense, les guerillas et les forces regulieres de l 'Armee. Selon le journal El Espectador (21 septembre 2003, page 3A), 44 indigenes de la communaute Kankuamo y ont ete assassines en 2003, convertis en objectif militaire dans une region oo la coca, la guaqueria (pillages de tombes), la contrebande, les rapts et l'extorsion font partie du decor permanent, aux cotes de courtiers, de fournisseurs et autres trafiquants de drogues ou protecteurs de cultures illicites.

(13) El MAB: Programa para afrontar la crisis. Pp. 9. Dans: Revista 360 grados. Una vision global para entender los problemas ambientales que afectan nuestro pequeno rincon del Planeta. CORALINA. Corporacion para el Desarrollo Sostenible del Archipielago de San Andres, Providencia y Santa Catalina. Solidaridad con las futuras generaciones. MAB.UNESCO.

(14) Pour reprendre le mot recent du Secretaire americain a la Defense, Donald Rumsfield, a propos de l'attitude << anti-americaine >> de l'Allemagne et de la France quant a l'intervention en Iraq. Cf. La << Vieille Europe >>. Accrochage entre la France et les Etats Unis sur l'Iraq Pp.2. Liberation. Vendredi 24 Fevrier 2003.

(15) Message pour la Strategie de la conservation, signe par Mohamed Kassas, alors directeur de l'UICN, Mustafa Tolba, directeur de l'UNEP et John Loudon, predecesseur du prince Philippe comme president du WWF.

(16) Shridath Rampal 1991. "A question of survival. IUCN bulletin", Vol. 19, No. 4-6 April/June, cite par HOLDGATE W. The Green Web, Op cit. Pp. 64.

(17) SWAMINATHAN Monkonbu. Address to the Ottawa Conference. JACOBS and MUNRO. Conservation with Equity. Cite par HOLDAGTE, The Green Web Pp. 66, 159.

(18) Rapport presente au forum sur "La guerra contra las drogas y el uso de agentes biologicos" Universidad Andina Simon Bolivar, Quito. Cf. aussi Sunshine Project. www.sunshine-project.org. JIGWOOD Jeremy. La Guerra bioquimica contra los cultivos ilicitos: El caso del Fusarium. Dans: Erradicacion forzosa y conflictos: accion andina. No. 4-Juillet 2001.Tercer Mundo Editores. Bogota.

(19) Proyecto: Formas alternativas integrales y productivas de proteccion de la Biodiversidad en las zonas afectadas por cultivos de coca y su erradicacion. (SINCHI et Instituto "Alexander von Humboldt" 2000) Il s'agit du projet pour la mise en place du controle biologique dans l'Amazonie colombienne que l'on a deja mentionne. Ce projet prevoyait l'aspersion de Fusarium oxysporum, un champignon interdit en Floride a cause des impacts toxiques sur l'environnement et la sante humaine.

(20) RAUSTIALA KAL The US Response to the global biodiversity loss. Dans: Global biodiversity protection in the United Kingdom and the United States. Pp. 52.

(21) RAUSTIALA Op. Cit. Pp50.

(22) COLIN GORDON cite par RUTHERFORD 1991 The entry of life into history. Pp. 49.

(23) STRONG Maurice. Bulletin de l'UICN, 1992. Cite par HOLDGATE, The Green Web, Op.Cit, p.

(24) (LASCOUMES Pierre, 1997 : 77) << Les recits d'environnement, un patchwork mal cousu >> dans L'eco pouvoir.

(25) C'est le cas par exemple de Martin Holdgate, chef de l'UICN, et citoyen anglais, tres proche du gouvernement de l'epoque. Cf. RAUSTIALA Karl. Op. cit. P.52. La position anglaise, tres eloignee de celle de l'Union europeenne dans les negociations sur la biodiversite, a toujours ete beaucoup plus poche de celle des Etats-Unis, bien qu'il n'y existe pas une industrie biotechnologique aussi developpee. Mais la communaute epistemique des scientifiques (Cambridge Monitoring Centers et Kew gardens), des entreprises privees (Imperial Chemical Industries, the Congress of British Industries) et des organisations environnementales comme World Wild Fund for Nature en Grande Bretagne participent activement a la preparation des documents et de l'organisation de chaque Conference des parties prenantes de la Convention sur la biodiversite.

Catalina Toro Perez, Professeur de L'Universite Nacional -- Bogota, Colombie. Membre du groupe du recherche: "Gestion y Politicas Publicas".
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Author:Perez, Catalina Toro
Publication:Cuadernos de Administracion
Date:Jan 1, 2005
Words:18467
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