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A propos de l'heterogeneite des formes organisationnelles de l'economie sociale : isomorphisme versus ecologie des organisations en economie sociale.

L'economie sociale designe les activites economiques productrices de biens et de services realisees pas des cooperatives, des associations et des mutuelles. Souvent identifiee par le vocable de <<tiers>> ou <<troisieme>> secteur, l'economie sociale se distingue de l'economie capitaliste et de l'economie publique en combinant modes de creation et de gestion prives (autonomie et risques economiques) mais collectifs (associations de personnes) avec des finalites non centrees sur le profit (interet mutuel ou general). Les organisations et entreprises de l'economie sociale ont des modes de fonctionnement fondes sur un ensemble de principes communs : finalite de services aux membres ou a la collectivite, controle democratique des membres, primaute des personnes et de l'objet social sur le capital dans l'affectation des revenus. L'economie sociale, bien que composee d'une variete de types d'organisations, est suffisamment distincte pour constituer un <<secteur>> particulier (Defourny & Monzon 1992; Evers & Laville 2004; Fauquet 1965). Par ailleurs, les organisations d'economie sociale partagent aussi assez de traits avec les deux autres secteurs dominants dans l'economie pour que le type de ressources financieres qu'elles mobilisent (de source privee ou publique) puisse avoir une influence sur leur ressemblance avec les entreprises privees capitalistes, dans le cas de l'economie sociale marchande (surtout les cooperatives et les mutuelles), ou avec les administrations publiques, dans le cas de l'economie sociale non marchande (principalement les associations et les fondations).

Cette tension entre unicite et diversite du secteur et des composantes de l'economie sociale se reflete dans les differentes approches de l'economie sociale (Laville et al. 2005) qui la traitent en se centrant soit sur l'organisation, sur la relation au marche et a l'Etat ou sur la contrainte de non distribution des surplus financiers. Les approches qui s'interessent aux organisations permettent d'identifier leurs caracteristiques communes (Desroche 1983) et les regles qui permettent de les conserver (Vienney 1980) notamment le controle democratique par les parties prenantes concernees (Enjolras 1996). Les approches qui positionnent l'economie sociale comme composante du modele de developpement, entre le marche et l'Etat (Eme & Laville 1999; Levesque et al. 2001) soulignent que c'est par l'hybridation des ressources mobilisees dans les trois poles de l'economie substantive decrite par K. Polanyi (marche, redistribution, reciprocite) que l'economie sociale se previent d'un isomorphisme avec l'appareil public ou de sa banalisation par le marche. Les approches qui s'interessent uniquement a la composante sans but lucratif de l'economie sociale identifient la contrainte de non-distribution des profits comme principale caracteristique distinctive de ces organisations (Salamon & Anheier 1997) et pointent vers les faiblesses a contrer pour qu'elles ne soient pas absorbees par l'Etat, notamment l'insuffisance philanthropique (Salamon et al. 2000).

Ces constats s'inscrivent dans la continuation d'un debat au sein des approches institutionnalistes au sujet de la diversite des formes organisationnelles dans l'economie. Deux grandes theses ont tendance a s'affronter : l'une mettant en evidence que, dans un meme environnement, les pratiques ont tendance a se rapprocher, et l'autre insistant, au contraire, sur une pluralite naturelle des pratiques. Ce debat entre isomorphisme institutionnel et ecologie des organisations s'interesse aux forces qui contraignent ou qui, au contraire, habilitent les formes organisationnelles (Kramer 2000).

Ainsi, la theorie de l'ecologie des organisations, telle que developpee par Hannan, part de la question generale : <<Pourquoi y a-t-il une telle diversite de formes organisationnelles dans un meme environnement institutionnel?>> (Hannan 2005: 51, notre traduction). La these est que l'environnement a un effet sur les formes organisationnelles, chaque environnement favorisant des formes organisationnelles qui lui sont adaptees. Cette theorie a ete notamment appliquee au cas des cooperatives israeliennes (kibboutzim et mochavim) (Simons & Ingram 2004) et au cas des associations (Archibald 2007). De son cote, la theorie de l'isomorphisme institutionnel, developpee par DiMaggio et Powell (1983: 148), se fonde explicitement sur une question inverse : <<Comment peut-on expliquer cette saisissante homogeneite des formes et des pratiques organisationnelles?>> (notre traduction). La these des auteurs est <<qu'en incorporant des regles institutionnelles au sein de leurs propres structures, les organisations deviennent de plus en plus homogenes et adoptent, avec le temps, des structures de plus en plus semblables>> (Scott 1998: 212-13, notre traduction). Cette theorie a fait l'objet d'une application aux cooperatives (Bager 1994) et aux associations (Leiter 2005, 2008). Trois facteurs principaux d'isomorphisme sont mis en evidence : l'isomorphisme normatif lie a la professionnalisation de la main-d'oeuvre, l'isomorphisme mimetique lie aux comportements d'imitation, l'isomorphisme coercitif lie a la pression exercee par les autres organisations ou l'Etat.

Ces theories s'appuient sur la notion de formes organisationnelles. Il s'agit de categories ou <<types ideaux>> d'organisations definis par un ensemble limite de caracteristiques communes, comme leurs structures, leurs pratiques, leurs membres et leurs routines organisationnelles (Hannan & Freeman 1989). De nouvelles formes organisationnelles apparaissent et des anciennes disparaissent en raison d'operations de selection et d'adaptation. La pluralite des formes organisationnelles depend, comme l'a souligne Hannan (2005), du niveau d'analyse retenu. Au sein d'un secteur d'activite, par exemple, les organisations ont tendance a avoir certains traits communs. Une comparaison des organisations entre differents secteurs (comparaison intersectorielle) pourra avoir tendance des lors a minorer les differences qui existent au sein d'un meme secteur (comparaison intrasectorielle). L'idee forte de ces theories neoinstitutionnalistes est la dimension mesoeconomique fondamentale des organisations : le secteur d"activite structure fortement le modele de l'organisation. Dans le cas de l'economie sociale, cela necessite donc de partir de donnees economiques et sociales prenant en compte l'activite economique et la mission sociale des entreprises. Nous nous appuyons a ce titre sur une etude realisee sur l'economie sociale de la region de Montreal suivant les normes des instituts nationaux de statistiques.

Toutefois, si ces theories sont regulierement citees, peu de travaux se sont interesses a tester les propositions theoriques observables que l'on pouvait en tirer. Or comme le souligne K. Popper (1978), une theorie empirique ne doit pas etre seulement logique ou realiste mais surtout pertinente au sens ou elle est corroboree par les faits. On peut en effet se demander si les organisations d'economie sociale ont tendance a se ressembler entre elles au sein d'un meme secteur d'activite ou, au contraire, a se presenter sous une variete de formes organisationnelles (Archibald 2007; Quarter et al. 2001). L'idee generale que nous soumettons ici est qu'en raison de leur double nature economique et sociale - du necessaire equilibre entre des forces qui, par ailleurs, tendent a s'opposer (Vienney, 1980) les organisations d'economie sociale peuvent en partie echapper a une normalisation (au sens d'une reduction de la diversite des formes organisationnelles) fondee sur le marche ou la subvention publique.

Cette idee generale complete celles enoncees par les approches de l'economie sociale en cherchant a voir comment les entreprises d'economie sociale peuvent echapper a risomorphisme, soit a leur <<banalisation>>, au sens ou elles auraient tendance a adopter un comportement similaire aux entreprises a but lucratif, soit a leur <<instrumentalisation>>, au sens ou elles auraient tendance a soumettre leur projet social a des objectifs imposes par les pouvoirs publics. L'economie sociale temoignerait a ce titre d'une diversite fondamentale des formes de production (Demoustier & Richez-Battesti 2010). Elle s'inscrit donc dans ce debat des theories neoinstitutionnalistes qui cherchent a etablir l'existence d'un mode d'organisation transversal a toute l'economie sociale (et qui la distingnerait d'autres formes d'entreprendre) et d'un mode d'organisation propre a certaines composantes (definies par leur secteur ou leur statut juridique). Les differentes propositions theoriques que nous enoncons dans la partie suivante ont pour objectif de preciser les differentes dimensions de cette idee generale.

Dans un premier temps, nous etablissons quatre grandes propositions theoriques que l'on peut deduire de la litterature. Ces dernieres sont testees a partir d'une methode non-parametrique (analyse discriminante) et d'une methode parametrique (analyse en classes latentes) permettant d'etablir les determinants de la diversite de l'economie sociale. Nous presentons ensuite nos donnees extraites d'une enquete originale sur l'economie sociale de la region de Montreal. En conclusion, nous discutons les faits stylises ainsi etablis, tout en appelant a des travaux empiriques complementaires.

HOMOGENEITE OU HETEROGENEITE DE L'ECONOMIE SOCIALE : 4 PROPOSITIONS A PARTIR DES APPROCHES NEOINSTITUTIONNALISTES

En coherence avec notre question de recherche relative a la diversite ou l'unite de l'economie sociale, nous avons retenu les approches neoinstitutionnalistes qui mettent l'accent, pour une part, sur l'heterogeneite (l'ecologie des organisations) et, pour une autre part, sur l'homogeneite (l'isomorphisme institutionnel). Nous nous interessons a ce qui fait l'unite et la diversite des formes organisationnelles de l'economie sociale. Les principaux facteurs explicatifs de l'heterogeneite ou de risomorphisme que nous retenons ici sont : la combinaison des sources de financement (public ou prive; marchand ou non marchand); la nature de la competition dans l'environnement economique (regulation concurrentielle ou publique); et l'objectif vise par l'entreprise d'economie sociale (existence ou non d'une mission sociale differente de l'activite economique). Ces formes organisationnelles, selon notre hypothese, ne correspondent pas directement a des statuts juridiques; nous pensons aussi bien aux statuts traditionnels de l'economie sociale (associations, cooperatives et mutuelles) qu'aux nouveaux statuts juridiques qui rompent avec la division classique entre marchand et non marchand, ou entre interet commun et interet collectif : cooperatives sociales en Italie, societe cooperative d'interet collectif en France, cooperative de solidarite au Quebec... (Levi 2006).

Retenant le secteur d'activite comme niveau d'analyse, les approches neoinstitutionnalistes ont pour consequence, comme toute approche ayant une composante structuraliste, de negliger une certaine marge de manoeuvre des individus eux-memes (Thevenot 2006). Ces approches sont essentiellement contingentes et insistent donc sur la selection par l'environnement et l'adaptation fonctionnelle aux regles institutionnelles des formes organisationnelles dominantes. A ce titre, notre travail aborde ce debat d'une maniere originale mais qui a ses limites. Nos travaux doivent en effet etre completes avec des approches ciblees sur la prise en compte de ce que les individus <<font>> ou <<disent a propos de ce qu'ils font>> (1). De meme, regarder l'economie sociale sous cet angle ne rend pas justice a la complexite de sa relation a son environnement et a sa capacite d'innovation. Notre travail en <<coupe instantanee>> doit etre prolonge par une analyse longitudinale des organisations. Nous negligeons aussi; pour des raisons liees au mode d'administration de notre enquete, d'autres elements comme l'isomorphisme normatif du a une homogeneite dans les modes de formation des travailleurs et dirigeants.

Les quatre propositions que nous emettons concernent la relation entre formes organisationnelles et respectivement mode de financement, nature de l'economie sociale, logiques d'action et dynamique de l'activite.

Financement et formes organisationnelles

La premiere question que nous posons est relative a l'impact du type de financement sur la forme organisationnelle. Differents travaux portant sur l'economie sociale mettent en evidence les effets d'exclusion (<<crowding-out effect>>) ou de renforcement (<<crowding-in effect>>) des modes de financement du bien public (Roberts 1984; Warr 1982) (2). Cette particularite de l'economie sociale vient de sa capacite, a la difference d'autres organisations, de mobiliser des ressources de natures differentes (marchandes, non-marchandes, privees, publiques ... mais aussi travail remunere et travail benevole) (Austin et al. 2006). Un processus de selection des formes organisationnelles se mettrait en place suivant la nature des financements a la disposition de l'economie sociale.

Selon Bager (1994) et Gunn (2000), la mobilisation de ressources marchandes est la premiere raison conduisant a un rapprochement des modeles cooperatifs entre eux, ainsi que leur ressemblance avec les entreprises privees. A l'inverse, l'isomorphisme du a la pression des financements publics semble apparaitre moins pregnant. Ainsi, selon Ramanath (2009), les organisations sans but lucratif ont la capacite de mobiliser differentes tactiques pour contrer l'isomorphisme du au financement public : confrontation, developpement de reseaux d'influence, capitalisation des ressources internes specifiques ... Selon cet auteur, et de meme que pour Chaves et al. (2004), le financement public ne diminuerait pas l'activite politique des associations. Toutefois l'existence d'une politique publique ayant une dimension sectorielle forte (e.g. une politique de developpement des arts ou des services a domicile) est un facteur d'isomorphisme important. Les resultats sont en effet mitiges quand a la capacite des organisations d'economie sociale (et notamment associatives) a resister a une telle dependance par rapport a leur source de financement (Gray & Bishop Kendzia 2009).

Prenant en compte ces elements, notre premiere proposition de travail est relative au pouvoir de <<discipline>> du marche et des politiques publiques. Elle conduit a souligner qu'une source d'heterogeneite de l'economie sociale provient du lien avec les sources dominantes de financement du secteur d'activite, selon qu'elles sont a dominante marchande (ventes, tarification, ...) ou non marchande (subventions, contrats, marches publics, etc.).

P1: La diversite des modeles d'economie sociale est reliee au mode de financement de l'activite.

Autrement dit, l'heterogeneite sectorielle des formes organisationnelles de l'economie sociale va etre differente selon les secteurs d'activite consideres, suivant le caractere dominant d'un type de financement de l'activite. A priori un financement a dominante publique laisserait plus de place a une diversite de formes organisationnelles qu'un financement sectoriel a dominante marchande.

Nature de l'economie sociale et formes organisationnelles

La reflexion sur l'unicite de l'economie sociale conduit a s'interroger sur l'importance du secteur d'activite : Existe-il oui ou non des elements qui depassent la dimension sectorielle, permettant d'affirmer qu'il y a certains elements communs aux organisations de l'economie sociale? Selon Leiter (2005), le bon niveau pour analyser l'isomorphisme est le secteur d'activite : les organisations sans but lucratif tendent a partager des caracteristiques similaires avec les entreprises a but lucratif ou avec les entreprises et administrations publiques qui sont en concurrence avec elles.

Le caractere novateur des travaux de Quarter et al. (2001) est de tester empiriquement ce debat sur l'unite ou la diversite de l'economie sociale. Les auteurs mobilisent a cet effet une enquete sur 212 organisations d'economie sociale au Canada (Ontario). Les methodes statistiques utilisees (tests d'echelle et analyses de variance) les conduisent a identifier trois sous-groupes de l'economie sociale suivant leurs caracteristiques communes : les associations issues de la societe civile (member-based associations of civil society), les organismes a but non lucratif de service public (publicly oriented nonprofits), et les cooperatives et organismes a but non lucratif de marche (market-based cooperatives and nonprofits) (Quarter et al. 2001: 371, notre traduction). Les auteurs n'en concluent pas moins a une unite de ces organisations au-dela des statuts juridiques. Ainsi, la nature des objectifs des organisations d'economie sociale les conduit a adopter des modes de fonctionnement similaires. Au plan sectoriel, cela mene par exemple des cooperatives de producteurs agricoles et des cooperatives de credit agricole a nouer de fortes relations entre elles (Simons & Ingram 2004). Dans le secteur culturel, des cooperatives de credit peuvent tendre a adopter des modes de gestion en reseaux ou par projets, similaires a ceux des <<organisations latentes>> que sont les compagnies de theatre (Rousseliere & Vezina 2009).

L'existence d'un objet commun a l'economie sociale ou de formes juridiques ayant des traits communs conduit a etablir une certaine unicite de l'ensemble. Ainsi, on peut mettre en evidence la presence de certains modeles organisationnels d'economie sociale qui vont se trouver en differentes quantites dans chacun des secteurs d'activites. Archibald (2007) montre en effet la cohabitation entre organisations generalistes et specialistes dans les secteurs sociaux et medicaux. Leiter (2008), dans le cadre d'une comparaison internationale, souligne la ressemblance des organisations a but non lucratif entre l'Australie et les Etats-Unis, malgre des dissemblances quant a certaines caracteristiques relatives aux formes de travail mobilisees.

Ces elements nous menent a formuler une seconde proposition relative a la double nature economique et sociale de l'economie sociale (Hudson 2009; Levi 2006; Vienney 1994). En termes economiques, ceci se traduit, d'une part, par une priorite donnee au developpement de l'activite plutot qu'au profit et l'enrichissement individuel. D'autre part, cela conduit egalement a des compromis avec l'environnement en raison des consequences de la competition economique, soit l'obligation de positionnement dans un environnement concurrentiel (Hudson 2009; Vienney 1994). Nous pouvons emettre une proposition relative a la nature meme de l'economie sociale, nous interrogeant sur les liens entre la double nature et la diversite des formes organisationnelles de l'economie sociale au-dela d'effets sectoriels. P2: La double nature (economique et sociale) de l'economie sociale conduit a l'existence de modeles organisationnels qui transcendent la dimension sectorielle.

Tester cette proposition necessite de mettre en evidence des similitudes ou proximites entre organisations de differents secteurs d'activites. Des groupes transversaux peuvent ainsi etre constitues. Cette proposition est difficilement prise en compte par l'isomorphisme institutionnel, pour lequel la dimension sectorielle est la plus importante (3).

Logiques d'action et formes organisationnelles

Dans la suite de la proposition precedente, on concoit donc que les entreprises d'economie sociale ne sont pas contraintes par leur seule dimension sectorielle. Leur caracteristique forte est en effet de developper une activite economique au service d'une mission sociale. Quarter et al. (2001) montrent ainsi que la mission visee explique la proximite entre certaines formes d'organisations sans but lucratif (<<mutual associations>>) et des cooperatives. L'existence de cette mission sociale est au coeur de la raison d'etre de l'entreprise d'economie sociale et la conduit a adopter des formes organisationnelles differentes des entreprises avec laquelle elle est en concurrence (Hudson 2009). L'existence d'une mission reflete aussi ce qu'Ingram et Simons (2000) appellent un <<mutualisme ideologique>> et qui permet aux cooperatives qui le partagent de sauvegarder leurs specificites. Selon ces memes auteurs, la generation a laquelle appartiennent les organisations est egalement un facteur explicatif des missions sociales et des formes organisationnelles qu'elles adoptent.

La formalisation de ces differents travaux conduit a une proposition relative a l'importance de la mission sociale dans la forme organisationnelle retenue. Dans un secteur economique donne, avoir une mission differente de l'activite principale peut etre vu comme un element important de lutte contre des formes d'isomorphisme institutionnel. Selon l'ecologie des organisations, les entreprises d'economie sociale disposent de ressources internes susceptibles de permettre la sauvegarde de leur specificite.

P3: L'existence d'une mission sociale differente de l'activite principale est un element important de l'appartenance a un modele d'economie sociale.

Tester cette proposition revient a mettre en evidence l'impact de la variable mission sociale sur la probabilite d'appartenir a tel ou tel autre modele d'economie sociale. L'isomorphisme institutionnel predit la disparition progressive de l'heterogeneite de cette mission sociale au sein d'un meme secteur d'activite.

Dynamique de l'activite et formes organisationnelles

Les deux theories neoinstitutionnalistes considerees mettent l'accent sur le processus de selection apprehende en termes de performance economique et sociale. Celui-ci fait que, malgre leur coexistence, certaines formes peuvent etre plus performantes que d'autres en raison, par exemple, d'une plus grande efficacite dans la mobilisation des ressources ou d'une meilleure capacite d'adaptation a un environnement en mutations (Simons & Ingram 2003, 2004). L'environnement peut en effet selectionner les organisations de differentes manieres : un effet lie a la nouveaute de l'organisation (les organisations ont besoin de temps pour developper leurs capacites productives), un effet lie a son adolescence (la selection par le marche est importante quelques annees apres la creation), un effet lie a son obsolescence (la difference entre l'environnement actuel et l'environnement de la fondation) et un effet lie a sa senescence (en raison de l'augmentation de l'inertie organisationnelle) (Hannan 2005). Le changement de modele organisationnel conduirait a augmenter la probabilite de disparition de l'organisation (Hannan et al. 2006). Comme on l'a vu precedemment, l'approche en termes d'isomorphisme institutionnel postule qu'un modele dominant va se mettre en place dans chaque secteur, notamment pour des raisons d'efficacite economique (Bager 1994, Gunn 2000). Toutefois une autre force au moins aussi importante expliquant la presence de certains modeles serait le processus de legitimite qui accompagne le developpement des formes organisationnelles. Aussi bien pour l'ecologie des organisations (voir les modeles originels de Hanann & Freeman (1989)) que pour l'isomorphisme institutionnel (voir ici encore DiMaggio & Powell (1983)), un principe d'imitation des organisations percues comme etant les solutions les plus adaptees a leur environnement ou ayant le mieux repondu aux attentes sociales va se mettre en place (avec un processus d'autorenforcement). Pour l'ecologie des organisations, une limite a la generalisation d'une seule solution est la concurrence pour les ressources d'organisations ayant adopte la meme forme organisationnelle. La notion de performance developpee par ces deux theories est donc fondamentalement multidimensionnelle.

On peut donc formaliser une proposition relative a la relation entre l'appartenance a un modele (dominant ou non dans un secteur) et la performance de l'organisation.

P4: L'appartenance a un modele particulier d'economie sociale est fortement liee a la performance de l'organisation.

Au total, la validation de P1 et P4 n'infirmerait aucune des deux theories (voir Tableau 1). Par contre les validations de P2 et P3 conduiraient a infirmer la theorie de l'isomorphisme institutionnel et corroborer la theorie de l'ecologie des organisations. L'infirmation de P2 et P3 conduirait a valider l'isomorphisme institutionnel et infirmer la theorie de l'ecologie des organisations. La validation de seulement une de ces deux propositions conduirait a infirmer les deux theories si on retient une approche popperienne infirmationniste radicale (ou naive) ou a devoir les departager selon leur plus grande capacite explicative globale si on retient une approche popperienne infirmationniste sophistiquee (Lakatos 1994). Il n'en demeure pas moins, comme l'ont souligne des auteurs aussi differents que Jean Claude Passeron (2005) ou Mark Blaug (1994), qu'il y a un caractere ambigu a la falsification pour toutes les sciences en general et la science sociale en particulier. En ce qui nous concerne ici, cette ambiguite est due a la nature meme de la preuve empirique, et principalement aux degres de generalite differents entre l'administration de cette preuve (fondee sur des reponses a des questionnaires qui peuvent s'eloigner des comportements reels) et la formalisation de propositions theoriques issues des approches mobilisees. Une inadequation d'une theorie avec nos resultats, par nature locaux, ne peut donc donner lieu a un rejet general, mais simplement s'inscrire dans un processus cumulatif de resultats qui pourront aider par la suite a forger un certain consensus dans la communaute scientifique (Tableau 1).

METHODOLOGIE

Nous presentons dans un premier temps nos donnees ainsi que la nomenclature d'activite mobilisee pour definir les secteurs. Dans le prolongement, les variables retenues pour etablir les formes organisationnelles sont precisees. Nous presentons ensuite notre strategie de recherche fondee sur la complementarite des approches quantitatives.

Donnees et nomenclature d'activite

Notre etude porte sur les donnees de l'economie sociale de Montreal extraites de l'enquete menee en 2007 par la Chaire de recherche du Canada en economie sociale. A partir du recensement de 3 590 etablissements d'economie sociale, une etude par sondage sur un echantillon representatif (990 dont 640 repondants) a permis d'etablir un portrait des etablissements d'economie sociale (Bouchard et al. 2008).

Cette etude sur les organisations d'economie sociale de la region de Montreal a ete realisee a partir d'une banque de donnees issue de compilations de listes collectees aupres des principaux reseaux sectoriels de l'economie sociale et aupres d'organismes de developpement territorial dans tout le Quebec, completee par des listes publiques ou sous d'autres formes de repertoires (4). L'unite d'analyse est l'etablissement qui est l'unite de production la plus homogene car il s'agit du niveau organisationnel ou les donnees comptables necessaires pour mesurer la production sont disponibles. Le systeme de qualification des activites a permis de reperer les etablissements susceptibles d'appartenir au champ de l'economie sociale. Le systeme de classification des activites, a pour sa part permis d'attribuer a chaque etablissement une activite economique principale de meme qu'une mission sociale. Le recensement a etabli la population totale des etablissements d'economie sociale de la region et l'enquete de sondage a permis de recueillir des renseignements qui ont ete inferes a l'ensemble de cette population. L'etude s'appuie sur un contact direct aupres de plus de 2500 etablissements par le biais de questionnaires completes ou d'entrevues telephoniques. Le choix a ete de poser un nombre restreint de questions fermees afin de limiter le taux de non-reponse. Notre methodologie ayant pris en compte les enjeux lies a l'echantillonnage, ceux lies a la qualite de la collecte de donnees et les problemes de non-reponse, les resultats presentes tiennent compte d'une ponderation et d'une marge d'erreur qui ont ete calculees en consequence. En ce sens, nous avons adopte la methodologie des instituts nationaux de statistiques. Alors que le nombre de questions posees etait relativement restreint (moins de 20 questions), le taux de reponse et le taux de sondage furent eleves (64,5% et 17,8% respectivement) par rapport aux standards en matiere d'enquetes non obligatoires.

Afin d'apprecier la diversite de l'economie sociale, nous avons etabli les secteurs d'activite de l'economie sociale a l'aide d'une nomenclature d'activites compatible avec le Systeme de Classification des Industries d'Amerique du Nord (SCIAN), que partagent les agences statistiques canadiennes, americaines et mexicaines. En tenant compte des activites economiques ou la presence de l'economie sociale avait deja ete etablie, nous avons decoupe les grands secteurs d'activite de la facon suivante :

--secteur 1000: Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction, qui se divise en sous-secteurs 1100 (Agriculture, foresterie, peche, chasse et activites d'extraction), 1200 (Fabrication et transformation) et 1300 (Construction);

--secteur 2000: Commerce, finance et assurances, qui se divise en sous-secteurs 2100 (Commerce de gros), 2200 (Commerce de detail) et 2300 (Finance et assurances);

--secteur 3000: Habitation et location qui regroupe un seul sous-secteur 3100 (services immobiliers et services de location et de location a bail);

--secteur 4000: Loisirs, tourisme, hebergement et restauration qui se divise en sous-secteurs 4100 (Loisirs), 4200 (Tourisme) et 4300 (Hebergement et services de restauration);

--secteur 5000: Sante et services sociaux qui se divise en sous-secteur 5100 (Sante) et 5200 (Services sociaux);

--secteur 6000: Arts, culture et communications qui se divise en sous-secteurs 6100 (Arts et culture) et 6200 (Communications);

--secteur 7000: Autres services qui se divise en sous-secteurs 7100 (Services professionnels, scientifiques et techniques), 7200 (Services administratifs, services de soutien, services de gestion des dechets et services d'assainissement), 7300 (Transport et entreposage), 7400 (Enseignement), 7500 (Services publics), 7600 (Services personnels) et 7700 (categorie residuelle).

L'activite economique principale d'un etablissement est definie, en termes de statistiques sur les entreprises, comme celle qui mobilise la majorite des ressources (5). Les secteurs consideres ici sont une approximation du <<secteur>> comme forme d'identite industrielle, caracterise par des modes de regulation specifique (place du marche, place des normes, place des accords collectifs) (Salais & Storper 1994). La classification s'appuyant sur une entree par la production (a la difference d'entree par la distribution) a ete confrontee aux classifications existantes sur l'economie sociale pour assurer une couverture exhaustive des activites de l'economie sociale dans un sens large (Bouchard et al. 2008).

La particularite des organisations d'economie sociale est de combiner une activite economique et une mission sociale. Cette mission peut etre directement liee a l'activite economique principale (l'habitation, par exemple) ou en differer (par exemple, une ferme agricole qui se consacre a l'education et a la sensibilisation des jeunes). Une seconde classification est donc requise pour saisir la mission des organisations, lorsque celle-ci differe de l'activite economique pratiquee. Elle a ete etablie par confrontation avec les classifications deja existantes (6).

L'interet de cette approche quantitative (fondee sur un echantillon vaste d'etablissements d'economie sociale) peut etre egalement vu comme une limite : la validite des resultats est dependante de la qualite des reponses. Comme pour toute enquete par questionnaire, les repondants peuvent avoir des interets a repondre differents expliquant des nonreponses totales ou partielles ou encore des reponses jugees a priori comme plus acceptables socialement (par exemple declarer une mission sociale qui n'existe pas en realite). Nous avons a ce propos adopte les methodes habituelles de controle de la qualite des donnees (a posteriori : verification statistique de la coherence des reponses, verification d'un echantillon aleatoire de repondants, utilisation de donnees externes a l'enquete pour tester de nouveaux poids de ponderation; a priori : test du questionnaire sous forme d'une preenquete, formation des enqueteurs et redaction d'un guide d'administration de l'enquete...). L'etude approfondie de reponses a partir de la connaissance de l'economie sociale Montrealaise voire d'etudes monographiques que nous avons realisees par ailleurs n'a pas permis de mettre en evidence de <<dissonances>> particulieres. S'il n'en demeure pas moins que seule une etude ethnographique de ces organisations pourrait pallier largement a ces difficultes, nous pouvons etre raisonnablement confiants dans les resultats.

Les variables etablissant les formes organisationnelles

Les variables utilisees sont celles decrites dans la litterature pour determiner les formes organisationnelles. La definition proposee par Hannan & Freeman (1989) des formes organisationnelles conduit a retenir des variables relatives d'une part au mode d'organisation interne et d'autre part au mode de mobilisation des ressources (emploi ou ressources financieres).

Les premieres variables relatives a l'organisation interne peuvent etre comprises comme socio-economiques :

-- La structure juridique : cooperatives ou associations, qui correspond au mode formel de repartition interne du pouvoir (7)

-- La taille du conseil d'administration

-- L'age de l'organisation

Les seconds types de variables relatives a la mobilisation des ressources peuvent etre vues comme de nature economique :

--La nature des emplois: benevoles, emplois remuneres a temps plein, autres types d'emplois

--Le niveau des revenus

--Les differentes sources de revenus (en%): subventions, revenus provenant de ventes, autres ressources (dons, cotisations ...) (8)

Les variables relatives aux emplois permettent ainsi d'etablir des modeles d'emplois differents (selon le mix relatif entre les categories d'emploi). Les variables relatives aux sources de revenus permettent d'etablir des modeles de financement differents.

Alors que ces differentes variables sont utilisees pour etablir les formes organisationnelles, d'autres variables peuvent servir a les decrire. La variable <<sexe du plus haut dirigeant>> entre dans ce dernier cadre.

La strategie de recherche mobilisee: la complementarite des approches parametriques et non-parametriques

Pour valider ou infirmer nos propositions de recherche, nous mobilisons plusieurs approches parametriques et non-parametriques: indice de diversite, analyse discriminante non parametrique, et analyse en classes latentes. Nous presentons enfin la correspondance entre ces methodes et les propositions theoriques retenues.

La caracterisation de l'heterogeneite des secteurs: indice de diversite et analyse discriminante non-parametrique. Dans un premier temps, pour caracteriser la diversite au sein de chaque secteur, nous utilisons l'indice de diversite Evenness issu des travaux de Shannon-Wiener (Shannon 1948). Un indice est une mesure synthetique qui resume en un seul chiffre une caracteristique possedee par l'ensemble des valeurs que prend une variable. Il permet ainsi d'apprecier certains elements propres a la dispersion de cette variable.

L'indice de diversite Evenness se calcule de la maniere suivante:

E = H / ln(S) = [s.summation over (i=1)] [p.sub.i] x ln([p.sub.i]) / ln(S)

avec H = Indice de Shannon-Wiener, S: le nombre de categories de la variable, [p.sub.i]: la proportion de la variable dans la categorie i.

Utilise habituellement comme indicateur dans les travaux des chercheurs en environnement afin d'apprecier la biodiversite d'un milieu naturel, il est adapte pour la recherche en sciences sociales quand on cherche a mesurer la diversite geographique des secteurs (plus ou moins implante dans differents territoires) ou de maniere inverse la diversite sectorielle de certaines zones geographiques (ayant une plus ou moins diversite d'organisations). Il sera utilise ici pour etudier la diversite des modeles d'emploi et de financement au sein de chaque secteur. L'ensemble des modeles d'emploi est determine par la combinaison des differentes variables categorielles d'emploi (9). La meme procedure est operee pour les modeles de financement (10). L'indice varie entre 0 (presence d'un seul modele) et 1 (repartition egalitaire de l'ensemble des modeles).

En complement a cette approche, la premiere methode multivariee utilisee est la methode non parametrique de l'analyse discriminante des k plus proches voisins. Il s'agit de la methode la plus efficace en presence d'echantillon de relative petite taille par rapport au nombre de variables mobilisees (Bressan & Vitria 2003). L'analyse discriminante consiste a predire l'appartenance a une classe predefinie (ici le secteur d'activite) a partir d'un ensemble de variables. On compte le nombre d'observations parmi les plus proches voisins definis a partir d'une mesure de distance (selon l'ensemble de variables explicatives) (11) et on classe dans le groupe le plus frequent (Fix & Hodges 1951). Les erreurs de classement (difference entre la classe reelle et la classe predite) peuvent alors etre vues non comme des limites de la procedure mais comme des elements intrinseques au phenomene observe (Gnanadesikan et al. 1989: 43) Un taux important d'erreur de classement (et notamment superieur a 50%) pour un secteur d'activite permettra de l'identifier comme un secteur caracterise par une forte heterogeneite interne. A l'inverse, un taux mineur d'erreur de classement correspondra a un secteur caracterise par une faible heterogeneite interne.

Expliquer l'heterogeneite: une analyse en termes de classes latentes. Le modele de classes latentes permet d'etablir une typologie des etablissements d'economie sociale sur la base de leurs caracteristiques observables (Dayton & MacReady 1988; Lanza et al. 2007; Hagenaars & McCutcheon 2002). La typologie ainsi constituee permet de mettre dans un nombre restreint de classes des organisations similaires. A la difference d'autres approches typologiques (comme les methodes de classification), il permet de proposer une explication de l'appartenance a chacune des categories de cette typologie. Enfin, si le choix d'un nombre precis de classes est un theme fortement debattu dans la litterature (e.g. Nylund et al. 2007), il y a un certain consensus sur les indicateurs permettant de souligner une situation optimale. La selection du nombre de classes latentes doit etre en adequation avec des objectifs conceptuels et theoriques, au sein desquels le principe de parcimonie joue un role important pour pouvoir interpreter un nombre raisonnable de categories. A ce titre, parmi les criteres d'information les plus utilises (AIC--Akaike information criterion, BIC--Bayesian information criterion), le critere BIC est parmi ceux qui penalisent de maniere optimale la parametrisation excessive. Nous retenons au final un modele de regression sur 4 classes latentes (12).

Deux types de variables sont necessaires:

--les variables determinant la composition des classes latentes. Elles sont celles utilisees dans la litterature pour determiner les formes organisationnelles (Hannan 2005).

--les variables determinant la probabilite d'appartenir a une classe plutot qu'une autre. Ces <<covariables>> sont necessaires pour tester les hypotheses P3 et P4 (voir commentaire du Tableau 2 ci-apres). Il s'agit des variables: dynamique des revenus sur les trois dernieres annees (positive ou non) et existence d'une mission sociale differente de l'activite economique principale.

Comme l'ensemble des methodes de typologie et plus largement de l'analyse de donnees, cette methode laisse une marge importante d'interpretation au chercheur une fois les resultats obtenus. La denomination des categories de la typologie est une etape cruciale et discutable qui doit pouvoir etre justifiee de maniere raisonnable, surtout en l'absence d'une theorie determinante a priori. Deux outils sont disponibles pour pretendre a un certain consensus pour chacune des categories : le tableau des probabilites des differentes valeurs de variables pour chaque classe et le tableau des statistiques descriptives suivant les differentes classes. Notons par avance que la denomination exacte des categories n'interfere pas reellement avec la validite de nos resultats (13).

Le Tableau 2 met en correspondance les propositions theoriques observables, les methodes et les criteres permettant de dire si elles sont ou non Corroborees.

La proposition P1 est testee via une methode non-parametrique dans un premier temps (analyse discriminante). Des faibles taux d'erreur de classement permettent de caracteriser des secteurs d'activites relativement homogenes dans leur composition. Des taux d'erreurs eleves soulignent au contraire des secteurs d'activite caracterises par une diversite plus importante d'organisations. Dans un second temps, a partir des regroupements etablis par l'analyse en classes latentes, les statistiques descriptives permettront d'etablir les presences relatives de ces differentes formes organisationnelles suivant les secteurs d'activites. La presence de formes organisationnelles dominantes ou au contraire d'une pluralite de formes organisationnelles sera un indice d'une homogeneite ou d'une heterogeneite au sein d'un secteur d'activite.

La proposition P2 est testee via l'analyse en classes latentes. Le choix du nombre de classes finales est effectue suivant un principe de parcimonie (compromis entre perte d'information et complexite du modele). La correspondance ou non de ces classes avec les secteurs d'activite sera un indice soulignant l'existence ou non de modeles transcendant la dimension strictement sectorielle. Les statistiques descriptives permettant de designer ces classes seront des indicateurs de la nature de ces modeles.

La proposition P3 suppose de se donner un indicateur de mission. La mission a ete attribuee sur declaration des organisations enquetees. La methode que nous utilisons ne permet pas de travailler sur la distance eventuelle entre ce que les organisations <<disent a propos de ce qu'elles font>> et ce qu'elles <<font>>. En outre, nous ne disposons pas d'elements permettant de differencier les manieres de proceder pour une meme mission sociale, ce qui empeche de tester pleinement la dimension mimetique de l'isomorphisme institutionnel. Le faible nombre de categories pour les missions pouvant etre declarees tend a limiter ce biais. En outre l'unite d'analyse etant l'etablissement, les etablissements appartenant a des organisations complexes ont donc fait l'objet d'une procedure fine d'attribution de mission, ce qui a permis d'eclater la categorie <<missions multiples>>. De meme, la verification des declarations avec les monographies de ces organisations disponibles par ailleurs n'a pas permis de mettre en evidence des situations de <<dissonance>> importante. Pour des problemes techniques d'identification du modele, nous ne pouvons qu'utiliser la variable <<plus d'une mission>> (et non le nombre exact de missions declarees) comme covariable du modele d'analyse en classes latentes. Le caractere significatif de cette variable modelisant l'appartenance aux differentes classes donnera une indication sur l'importance de la relation entre mission sociale et modele d'economie sociale.

En ce qui concerne P4, le choix d'un indicateur de performance pour les entreprises d'economie sociale est par nature polemique, surtout quand on rappelle la conception multidlmensionnelle de la performance pour les deux theories en concurrence. Il revient a emettre un jugement sur les objectifs exacts poursuivis par ces organisations, ce en vertu de quoi elles mobilisent des ressources. S'il parait evident que la rentabilite du capital investi n'est pas un indicateur pertinent (dans ces formes juridiques d'entreprises, la remuneration du capital est interdite ou limitee), le nombre d'adherents ou de beneficiaires, la satisfaction des donneurs d'ordre, le volume general de ressources ... peuvent, parmi d'autres, etre des indicateurs de performance. Nous choisissons ici de retenir comme variable approchant cette dimension la variable <<dynamique des revenus sur les dernieres annees>>: stabilite, croissance ou declin. Cette variable permet d'approximer une certaine satisfaction des objectifs fixes a l'organisation (14). Elle peut etre vue aussi comme un indicateur du processus de legitimation dont parlent les auteurs institutionnalistes. Le caractere significatif de cette variable modelisant l'appartenance aux differentes classes donnera une indication sur l'importance de la relation entre performance et modele d'economie sociale.

RESULTATS

Homogeneite et heterogeneite des secteurs d'activite

L'indice de diversite est presente dans le Tableau 3 en parallele avec la moyenne de chaque variable d'interet (revenus et emplois).

Au total, les revenus de sources privees (ventes ou dons et cotisations) et publiques se repartissent a peu pres egalement (51% et 49%, respectivement). Les revenus marchands representent 31% des revenus alors que les revenus non marchands de nature privee en representent 18%. On note toutefois une importante variation d'un secteur a l'autre. Ainsi, dans cinq secteurs, les revenus de sources privees se situent audessus de la moyenne: le secteur 2000 (Commerce, finance et assurances) vient en tete avec 89%, suivi du secteur 3000 (Habitation et location) (69%), 4000 (Loisirs, tourisme, hebergement et restauration) (61%) et 1000 (Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction) (59%). Parmi ces secteurs, seul le secteur 1000 comprend une part plus importante de revenus provenant des dons et des cotisations, les ventes etant largement majoritaire au contraire pour un secteur comme le secteur 2000. A l'inverse, les secteurs 5000 (Sante et services sociaux) et 7000 (Autres services) presentent des revenus de sources publiques plus importants, avec respectivement 68% et 58% de leurs revenus provenant de sources publiques. Les secteurs 2000, 3000 et 1000 sont ceux qui comptent la plus faible diversite de modeles d'emploi alors que les secteurs 6000, 7000 et surtout 5000 en comptent une plus grande diversite. En ce qui concerne le financement, le secteur 2000 possede un indice nettement plus faible que les autres, suivant par le 1000 et le 3000, suggerant qu'il existe un plus faible nombre de modeles de financement. Au contraire les etablissements du 7000, du 6000, du 5000 et du 4000 sont ceux qui sont caracterises par une plus grande diversite de modeles de financement.

L'activite economique n'est cependant pas necessairement le reflet complet de la mission que se donnent les etablissements d'economie sociale. Ainsi, ceux-ci avaient la possibilite de declarer jusqu'a deux missions relevant d'un champ autre que celui de leur activite economique principale (et, au-dela, la possibilite de declarer avoir <<des missions multiples>>) (Tableau 4). 47% des etablissements de l'economie sociale ont cite au moins une mission et 18% au moins deux missions differentes de leur activite economique principale. Ces missions concernent le plus souvent le Developpement economique/Communautaire (18% de l'ensemble des etablissements), l'Education populaire/Alphabetisation (16%), l'Emploi/Insertion (13%) et l'Immigration/Communautes culturelles (13%).

L'analyse par secteur d'activite permet de preciser l'importance relative de ces missions. Ainsi, si nous nous interessons uniquement aux etablissements ayant declare au moins une mission differente de leur activite economique principale, on constate qu'ils representent dans le secteur 1000 (Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction) 83% de l'ensemble des etablissements de ce secteur d'activites. 79% des etablissements du secteur 7000 (Autres services), 64% du secteur 4000 (Loisirs, tourisme, hebergement et restauration) ont egalement declare une mission differente de leur activite economique principale. A l'inverse, ils ne sont que 28% dans ce cas dans le secteur 6000 (Arts, culture et Communications) et 18% dans le secteur 3000 (Habitation et location).

Si le fait de declarer ou non une mission differe selon les secteurs, la nature de cette repartition elle-meme est differente. On peut differencier ainsi des secteurs ou le nombre de missions differentes declarees est plutot faible (1000; 2000; 3000) de secteurs ou les missions sont plus heterogenes (les autres secteurs). Ainsi la mission Emploi/Insertion est la premiere citee dans le secteur 1000 (92% des etablissements ayant cite au moins une mission). Elle arrive egalement en tete dans le secteur 2000, suivie de la mission Environnement (respectivement 27% et 19%). Les missions les plus frequemment citees dans le secteur 3000 sont celles de Developpement economique/communautaire (51%) et Arts et Culture (41%). En ce qui concerne les secteurs ou les missions sont plus heterogenes, on constate que dans le secteur 4000, la categorie Emploi/insertion arrive en tete suivie des categories Developpement economique/Communautaire (19%), Arts et Culture (18%) et Immigration/Communautes Culturelles (16%). Dans le secteur 5000, cette derniere categorie represente 19% des etablissements ayant declare une mission differente de leur activite economique principale. Elle est suivie des categories Developpement economique/communautaire (19%), Education populaire/Alphabetisation (18%), Sante (15%)--pour les etablissements du sous-secteur services sociaux--, Emploi/insertion (13%) et Habitation (13%). Dans le secteur 6000, la mission Education populaire/Alphabetisation est premiere (26%), suivie des missions Arts et Culture (pour les etablissements du sous-secteur Communications), Defense des droits sociaux (12%) et Loisirs et tourisme (10%). Enfin, dans le secteur 7000, la mission principalement citee est celle de l'Education populaire/Alphabetisation (21%), suivie des Arts et Culture (17%), du Developpement economique/communautaire (13,2%), de l'Immigration/Communautes culturelles (13%) et de Defense de droits sociaux (12,5%).

La mise en relation des Tableaux 3 et 4 ne permet pas de faire directement de lien entre existence d'une mission sociale differente de l'activite economique et diversite des modeles de financement ou d'emploi. Ainsi si le secteur 1000 (Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction) se caracterise bien par un nombre important d'etablissements ayant declare au moins une mission sociale et une diversite importante de modeles d'emploi, le secteur 3000 (Habitation et Location) possede cette diversite sans compter une part importante d'etablissements ayant'declare une mission sociale. De meme le secteur 2000 (Commerce, finance et assurances) qui compte la plus grande diversite de modeles d'emploi a une part d'etablissements ayant declare une mission sociale plus faible que le secteur 7000 (Autres services) qui compte pour sa part une certaine homogeneite des modeles de financement. Cette analyse ne permet pas de valider P3. En raison de la possibilite d'un effet cache d'une autre variable, nous devons alors mobiliser par la suite une analyse multivariee telle que l'analyse en classes latentes afin de <<controler>> cet effet eventuel.

L'analyse discriminante des k plus proches voisins permet de mettre en evidence l'heterogeneite des organisations au sein de chaque secteur d'activites. En utilisant les variables definissant les formes organisationnelles, nous pourrons voir si nous arrivons a predire correctement l'appartenance a un secteur d'activite.

Nous testons successivement trois modeles theoriques differents suivant leur prise en compte des variables etablissant les formes organisationnelles: le modele 1 ne comprend que les variables economiques (nature et niveau des emplois, niveau des revenus, sources de revenus), le modele 2 comprend les variables socioeconomiques (structure juridique, taille du conseil d'administration, age) et le modele 3 (ou modele complet) comprend l'ensemble de ces variables. Pour faciliter la lecture du Tableau 5, nous avons presente les proportions de bons classements issues des analyses discriminantes (pourcentage de cas oU le secteur d'activite predit est equivalent au secteur d'activite reel).

Comme souligne dans le Tableau 5, le modele complet a une capacite de bon classement de 54,6%, superieur aux analyses portant de maniere separee sur chaque type de variables. Trois secteurs d'activite apparaissent comme relativement homogenes: 1000 (Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction), 2000 (Commerce, finance et assurances) et 3000 (Habitation et location), avec un taux superieur ou egal a 80%. Trois secteurs ont un taux de bon classement compris entre 49% et 55%: 4000 (Loisirs, tourisme, hebergement et restauration), 5000 (Sante et services sociaux) et 6000 (Arts, culture et communications). Un secteur (le 7000 (Autres services)) apparait comme relativement heterogene avec 44% de bon classement. En coherence avec l'indice de diversite precedemment calcule, les resultats de l'analyse discriminante apparaissent comme soulignant l'existence de modeles dominants d'organisations dans certains secteurs et d'une pluralite de modeles dans d'autres secteurs. La nature meme de cette pluralite doit etre precisee, comme le permet l'analyse en classes latentes.

Mission, dynamisme et secteurs d'activite

L'analyse en classes latentes se fait en plusieurs etapes. A partir du choix du nombre final de classes selon un indice de qualite (ici 4 classes sont retenues), on etudie la signification de chacune de ces classes a partir des calculs de probabilite et des statistiques descriptives. On presente ensuite l'impact des covariables (ici la mission et la dynamique des revenus) sur la probabilite d'appartenir a chaque classe.

Le Tableau 6 se lit en termes de probabilite d'un certain type de reponse pour une appartenance a une classe donnee. Ainsi, les etablissements d'economie sociale appartenant a la troisieme et quatrieme classes ont une probabilite d'environ 38 a 40% d'etre des cooperatives. Ce premier constat est d'importance car il permet de souligner que les classes ne correspondent pas directement a des statuts juridiques particuliers. Nous proposons ici d'attribuer a chaque classe un nom sur la base de l'interpretation des Tableaux 6 et 7 et des elements les plus distinctifs au regard des autres classes. Les termes donnes ont a ce titre une simple valeur descriptive. Nous ne prejugeons pas des significations qui peuvent etre donnees a chaque classe par une theorie. Autrement dit, les noms donnes ne relevent pas de categories conceptuelles.

La classe 1 regroupe des etablissements que nous nommons de <<l'economie sociale de benevoles>> en raison du modele d'emploi particulier (recours au benevolat) qu'on y trouve. Un etablissement a 33% d'appartenir a cette classe. La probabilite qu'ils aient au moins 10 benevoles est de 44%. La probabilite d'utiliser un nombre important d'emplois remuneres est bien plus faible (8,6% de chances d'avoir au moins 6 emplois temps plein et 0 d'en avoir plus de 10). Ce type d'etablissement est essentiellement finance par des revenus provenant de subventions voire d'autres sources de revenus. Ainsi la probabilite d'avoir moins de 50% de revenus provenant de ressources marchandes est de 93,6% alors que la probabilite d'avoir au moins 50% de revenus provenant de subventions est de 71,2%.

La classe 2 regroupe les etablissements de <<l'economie sociale professionnelle>>, en raison des niveaux d'emploi a plein temps et de subventions publiques qu'on y trouve (15). Un etablissement a 31,6% d'appartenir a cette classe. Ce sont ces etablissements qui ont la plus grande probabilite d'avoir au moins 10 emplois a temps plein (57,4%). Ceci est egalement combine avec une forte probabilite d'avoir au moins 10 benevoles (33,3%) et au moins 10 autres emplois (43,0%). La probabilite est de 86,9% qu'ils aient au moins 500 000 dollars de revenus par an. La source de revenus la plus probable est celle des subventions (68,4% de chances d'avoir au moins 50% de subventions et 91,4% de chances d'avoir moins de 50% de revenus provenant des ventes).

La classe 3 regroupe les etablissements de <<l'economie sociale marchande>>, en raison principalement de la provenance des revenus. Un etablissement a 11,9% d'appartenir a cette classe. Les etablissements de cette classe ont une probabilite de 76% et 100% d'avoir respectivement moins de 10% et 50% de revenus provenant de subventions et 80% d'avoir au moins 80% de revenus provenant de ventes. Ils ont une chance plus faible d'avoir des benevoles que les etablissements de la classe 1 (69,6% de chances d'avoir aucun benevole) et ont plus de chances d'avoir des emplois remuneres (25,9% et 46% de chances d'avoir respectivement au moins 10 emplois a temps plein et 10 autres types d'emploi).

La classe 4 regroupe les petits etablissements <<d'economie sociale emergente et hybride>>, en raison principalement de leur age, de leur faible niveau d'emploi remunere et de la mixite de leurs revenus. Un etablissement a 23,3% d'appartenir a cette classe. Les etablissements de la classe ont une probabilite d'avoir ete crees depuis 2001 de 27,8% (soit la probabilite la plus importante si on compare les differentes classes). Ces etablissements ont 82,1% de chances d'avoir moins de 150 000 dollars de revenus. De meme ils ont 89% et 66,5% de chances de n'avoir respectivement aucun emploi a temps plein et aucun autre emploi remunere. Ce sont des etablissements qui ont une faible probabilite d'avoir une source de revenus dominante, ils tendent a combiner a ce titre une pluralite de sources de financements.

Des lors que l'on suppose que l'appartenance a la classe est connue (16), le tableau des statistiques descriptives (Tableau 7) permet d'interpreter plus precisement la nature des differentes classes (17).

Ces quatre grandes classes soulignent l'heterogeneite et les capacites multiples a combiner des ressources pour les etablissements d'economie sociale. Pour l'ensemble des variables, on note des differences significatives. Les hommes sont plus souvent le plus haut dirigeant de l'economie sociale emergente et hybride (65%) alors que les femmes dirigent le plus souvent les etablissements de l'economie sociale de benevoles. L'economie sociale marchande est de maniere tres interessante caracterisee par une presence importante d'organisations declarant une mission differente de leur activite economique principale.

Les differents modeles se retrouvent dans l'ensemble des secteurs d'activite (categories 1000 a 7000). En coherence avec les resultats de l'analyse discriminante, les trois premiers secteurs se caracterisent par un modele dominant alors que les autres secteurs comptent plusieurs modeles importants. Le secteur 1000 (Ressources naturelles, fabrication, transformation et construction) se caracterise par une presence importante du modele de l'economie sociale professionnelle (56%), le secteur 2000 (Commerce, finance et assurances) par celle du modele de l'economie sociale marchande (64%), le secteur 3000 (Habitation et location) par celle du modele de l'economie sociale emergente et hybride (72,6%). Notons que presence importante ne signifiant pas presence unique, des modeles minoritaires sont egalement mis en evidence. Les autres secteurs se caracterisent pas la presence de deux modeles dominants : les secteurs 4000 (Loisirs, tourisme, hebergement et restauration), 5000 (Sante et services sociaux) et 7000 (Autres services) par l'economie sociale de benevoles et l'economie sociale professionnelle; le secteur 6000 (Arts, culture et communications) par l'economie sociale de benevoles et l'economie sociale emergente et hybride.

Pour chacune des variables modelisant la probabilite d'appartenir a une classe plutot qu'a une autre, la p-value (18) des differents parametres estimes presentes dans le Tableau 8 nous autorise a valider l'hypothese d'un impact significatif (a 5% pour la variable dynamique de revenus a 0,1% pour la variable mission). Le fait d'avoir une mission differente de l'activite economique principale conduit a diminuer la probabilite d'appartenir a toutes autres classes plutot qu'a la classe 1 (moins 44,4% a la classe 2, moins 47,9% a la classe 3, moins 66,3% a la classe 4). Le fait d'avoir des revenus en croissance conduit a augmenter la probabilite d'appartenir a la classe 2 plutot qu'a la classe i de 43,1%, a la classe 3 de 98,5%. Cela conduit a diminuer la probabilite d'appartenir a la classe 4 de 10%. La significativite de ces deux parametres tend a valider P3 et P4.

DISCUSSION ET CONCLUSION

L'economie sociale est generalement concue comme etant composee d'organisations dont les statuts juridiques les distinguent des entreprises capitalistes et publiques (associations, cooperatives, mutuelles, fondations), de telle sorte qu'elle constitue un <<secteur>> ou un champ distinct de l'economie. Par ailleurs, la specificite de ces organisations est soumise a de fortes pressions dues au type de ressources qu'elles mobilisent, qui les exposent soit au risque de banalisation marchande (i.e. a ressembler aux entreprises privees de capitaux), soit a celui de l'institutionnalisation par l'Etat (i.e. a ressembler aux entreprises et aux administrations publiques). Cette question de l'unicite et de la diversite de l'economie sociale s'inscrit dans un debat plus large qui s'interesse aux forces qui contraignent ou qui habilitent les formes organisationnelles. Deux grandes theses ont tendance a s'affronter : l'approche de l'isomorphisme institutionnel met en evidence que, dans un meme environnement (notamment un meme secteur d'activite), les pratiques ont tendance a se rapprocher, alors que l'approche de l'ecologie des organisations insiste, au contraire, sur une pluralite naturelle des pratiques.

Les approches de l'economie sociale expliquent la capacite des organisations a maintenir leur specificite par des regles qui leurs sont propres (distribution limitee, autonomie decisionnelle, controle democratique), et par leur capacite a hybrider les ressources et les logiques qui s'y rattachent (marchande, non marchande, non monetaire). Ceci dit, un debat interne a l'economie sociale oppose une definition fondee sur les statuts juridiques a une definition fondee sur les valeurs qui animent les pratiques, qui seraient plus ou moins solidaires. Nous posons pour notre part que c'est en raison de leur double nature economique et sociale que les organisations d'economie sociale peuvent echapper a leur banalisation et a l'isomorphisme. Cette double nature de l'economie sociale favoriserait l'existence d'organisations dont le comportement--identifiable par les dimensions empiriques de leur forme organisationnelle--est transcendant a leur statut juridique ainsi qu'a leur secteur d'activite. Les dimensions que nous avons testees concernent : le fait de poursuivre une mission sociale (identique ou differente de l'activite economique principale); les ressources financieres et humaines mobilisees et mixees (financement marchands /non marchand; travail salarie/benevole), l'age de l'organisation et la taille du conseil d'administration.

A l'aide de plusieurs methodes convergentes, nous avons pu identifier differentes formes organisationnelles ainsi que mettre en evidence des differences sectorielles fortes au sein de l'economie sociale : certains secteurs se caracterisent par la presence de formes organisationnelles dominantes alors que d'autres comptent au contraire deux modeles en coexistence. A ce titre, notre proposition P1 apparait comme etant validee. Les deux secteurs (secteurs 2000 et 3000) pour lesquels le financement marchand (regulation par le marche) est le plus important sont ceux qui connaissent, la plus faible diversite de modeles d'organisations. L'impact d'un mode de financement public apparait comme relativement plus faible sur l'uniformisation sectorielle des modes d'organisation. Ainsi, parmi les secteurs les plus subventionnes, les secteurs 6000 et 7000 se caracterisent par une forte heterogeneite en leur sein, le secteur 5000 l'est egalement dans une moindre mesure, le secteur 1000 apparaissant nettement plus homogene. Mais dans tous les cas, l'ensemble des modeles de formes organisationnelles se retrouve dans chaque secteur, ce qui tendrait a corroborer notre proposition P2. Quatre modeles transversaux ont pu etre observes via l'analyse en classes latentes. Nous avons nomme ces modeles a partir des elements qui les distinguent le mieux les uns des autres, et ce, sur une base descriptive plutot que conceptuelle : un modele d'economie sociale de benevole, un modele d'economie sociale professionnelle, un modele d'economie sociale marchande et un modele d'economie sociale hybride et emergente. L'existence d'une mission sociale differente de l'activite economique ainsi que des revenus en croissance sont des elements fortement correles avec l'appartenance a un modele particulier d'organisation, comme le soulignent les resultats de l'analyse en classes latentes (P3 et P4).

Au total, comme le montre le Tableau 9, notre etude permet de commenter l'enjeu pose par l'unicite et la diversite de l'economie sociale de meme que le debat entre heterogeneite et isomorphisme des formes organisationnelles. La mise au jour de modeles organisationnels contribue a appuyer une definition desideologisee de l'economie sociale sans pour autant soutenir que les statuts juridiques suffisent pour la qualifier. Nos resultats apparaissent aussi comme etant plutot favorables a l'approche en termes d'ecologie des organisations. Ils sont cependant moins interpre tables par l'approche de l'isomorphisme institutionnel.

Si notre methodologie ne prejuge pas des significations theoriques qui peuvent etre donnees aux modeles d'economie sociale mis en evidence, des pistes peuvent toutefois etre soulignees ici en conclusion. Nous avons pu montrer que la pluralite de l'economie sociale doit etre apprehendee en relation avec la question du financement. Cette diversite questionne les affirmations de substitution ou de complementarite entre ressources marchandes et non marchandes qui commandent l'evolution actuelle des politiques publiques a destination de l'economie sociale (vers le marche, le mecenat et la promotion du don et benevolat). Les organisations ici a priori les plus dynamiques (celles dont les revenus ont cru au cours des dernieres annees) sont celles qui arrivent a mobiliser ces differents types de ressources, aussi bien celles de la classe 3 (economie sociale marchande) que de la classe 4 (economie sociale emergente et hybride). La mobilisation des ressources etant au coeur de la definition des formes organisationnelles, ces resultats contribuent ainsi la reflexion sur la maniere dont l'economie sociale en hybridant des ressources peut assurer sa propre perennite. L'approche en termes d'ecologie des organisations conduit a souligner que ces effets sont propres a chaque modele d'economie sociale considere. L'economie sociale necessite a ce titre des criteres d'evaluation propres a l'ensemble du champ mais devant etre adaptes de maniere specifique a chaque sous-ensemble (Bouchard 2010).

Il se trouve en outre que ces deux classes comptent les etablissements qui sont en moyenne les plus jeunes. Une analyse longitudinale pourrait permettre de caracteriser la nature de cette specificite. D'une part il pourrait s'agir d'un effet de l'age : au fur et a mesure de leur croissance les etablissements de l'economie sociale marchande ou emergente et hybride <<s'institutionnaliseraient>> et tendraient a adopter par la suite le comportement des etablissements de l'economie sociale professionnelle. D'autre part il pourrait s'agir d'un effet generationnel, les entrepreneurs de l'economie sociale ayant pu interiorise la necessite d'une plus forte diversification des revenus et notamment une plus grande importance donnee aux sources marchandes.

La volonte poursuivie par la mobilisation de cette approche quantitative, largement absente du debat sur l'economie sociale, est de completer les methodologies monographiques qui peuvent conduire a ce que Lahire (2005) appelle une <<surinterpretation>> (i.e. la recherche du bon exemple qui colle avec la theorie visee). Une approche quantitative permet de sortir des difficultes liees a la generalisation de resultats portant sur un nombre par nature limitee de cas d'une etude qualitative. Toutefois, notre etude appelle egalement des recherches de type qualitatif pour comprendre certains facteurs qui peuvent relever de variables que nous n'avons pas observees ici. Par exemple, la pluralite des logiques d'action au sein de l'organisation peut etre apprehendee par l'analyse de discours

(Rousseliere & Vezina 2009). Des etudes monographiques peuvent montrer les capacites tactiques des organisations a s'adapter aux evolutions de leur environnement (Ramanath 2009). Les etudes de cas peuvent etre utilisees pour observer la marge de manoeuvre qu'ont les acteurs organisationnels en depit de contraintes liees a un statut juridique ou a une tradition professionnelle specifique, de meme que les compromis qui peuvent etre faits entre l'autonomie de l'organisation et son role de relais d'une politique publique (Demoustier et al. 2003). La nature particuliere de l'economie sociale benefice encore plus que d'autres objets du caractere fructueux de telles <<approches mixtes>> (Bryman 2007).

Outre des travaux qualitatifs, notre travail necessite egalement d'etre poursuivi avec la meme methodologie quantitative, notamment par la collecte des donnees portant sur des entreprises pouvant vues comme etre proches de l'economie sociale. En effet notre travail n'a pas pris en compte les organisations qui ne sont pas d'economie sociale mais qui interviennent dans les memes secteurs d'activites. Ce type d'approche permettrait de voir si elles partagent des elements communs avec certaines d'entre elles et donc si une notion plus large d'<<entreprise sociale>> que celle d'economie sociale a une pertinence empirique. Il s'agit en effet de remplacer une approche essentialiste de l'economie sociale, postulant ou refutant a priori son existence, par une approche existentialiste, corroborant ou refutant un label donne a des pratiques sociales en raison de leur proximite entre elles et de l'ecart qu'elles ont en commun par rapport a d'autres pratiques sociales.

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DAMIEN ROUSSELIERE

Agrocampus Ouest, GRANEM, Angers (France) et Chaire de recherche du Canada en economie sociale

MARIE J. BOUCHARD

Chaire de recherche du Canada en Economie Sociale, Universite du Quebec a Montreal

(1.) Ce que font par exemple les analyses en ethnomethodologie (e.g. Ogien 2007) ou celles de l'economie des conventions (e.g. Thevenot 20061.

(2.) L'effet deviction pour un bien public conduirait a ce que le financement public de ce bien (via une subvention) diminue d'une certaine proportion le montant du financement prive (ventes, dons ou cotisations). Un effet de renforcement soulignerait un effet inverse : par exemple, les subventions publiques (notamment dans le secteur culturel) peuvent etre un signal de qualite faisant que l'organisation qui en beneficie peut plus facilement acceder a des dons ou recourir au marche. (<<reputational effect>>). Les travaux empiriques et theoriques ont des resultats contradictoires sur cette question (voir Borgonovi 2006).

(3.) Toutefois on peut interpreter cette theorie de maniere dynamique : un modele d'economie sociale transversal serait alors possible mais simplement transitoire.

(4.) Parties integrantes de l'economie sociale, le mouvement des caisses populaires Desjardins et la Coop federee/principal regroupement quebecois des cooperatives agricoles) en raison de particularites organisationnelles et de leurs specificites au plan economique, ont fait l'objet de traitements et de mesures distincts. Si l'absence de la Coop federee affecte peu les resultats d'ensemble (la majorite de l'activite agricole se produisant a l'exterieur de la region de Montreal), il n'en est pas de meme pour le Mouvement Desjardins, notamment pour ce qui concerne la taille et le poids de leconomie sociale dans le secteur Commerce, finance et assurance.

(5.) Voir a ce propos www.statcan.ca.

(6.) La classification des missions comprend 13 categories (dont une residuelle) etablies en croisant des classifications courantes (Universite Johns Hopkins, Chantier de l'economie sociale, Centraide, Secretariat a l'action communautaire et a l'innovation) : Agroalimentaire, Arts et culture, Commerce equitable, Defense des droits sociaux, Developpement economique et/ou communautaire, Education populaire

et/ou alphabetisation, Emploi et/ou insertion, Environnement, Habitation, Immigration et/ou communautes culturelles, Loisirs et tourisme, Sante, Autres.

(7.) Notons l'absence de mutuelles dans la population etudiee.

(8) En raison de la parfaite colinearite entre ces trois variables (le total etant toujours egal a 100%, i.e. si nous avons le niveau de subventions et le niveau de ventes, alors nous obtenons le niveau d'autres revenus), la variable autres revenus n'a pas ete incluse dans le modele.

(9) On denombre ainsi le nombre de combinaisons possibles entre les differentes categories variables d'emploi benevoles, a temps plein ou autres (aucun, de 1 a 2, de 3 a 5, de 6 a 9, 10 et plus). Un modele d'emploi correspond a une combinaison (e.g. aucun benevole, de 3 a 5 temps plein et de 6 a 9 autres emplois).

(10) Les variables considerees sont ici la part des revenus provenant des subventions, celle provenant des ventes et celle provenant des dons ou cotisations. Les categories sont: de 0 a 9,9%, de 10 a 49,9%, de 50 a 79,9%, de 80 a 100%.

(11) Au plan technique, cette methode necessite une mesure de distance entre observations pour etablir la correspondance avec les plus proches voisins. L'indice utilise est ici le <<simple matching index>> construit par Sokal et Michener (1958). Il est le simple rapport des similarites (presence ou absence simultanee de la caracteristique) entre les observations sur l'ensemble des evenements. On considere donc que l'absence simultanee d'une caracteristique pour deux observations est un element commun a ces deux observations.

(12) Les resultats des differents modeles sont disponibles aupres des auteurs. Nous utilisons la PROC LCA pour SAS, qui estime les parametres par le maximum de vraisemblance a partir de la procedure EM (Expectation-maximization) (Lanza et al. 2007).

(13) Qui sont relatifs a la pluralite des categories et non a leur composition exacte, l'appellation pouvant etre vue conlme une simple convention nominaliste.

(14) Nous faisons ainsi une hypothese forte sur la propension des organisations a chercher a accroitre leur activite.

(15) La denomination de <<legitime>> ou <<bureaucratique>> pourrait egalement attribuee, si elle ne conduisait pas a introduire un certain flou conceptuel.

(16.) Autrement dit si on attribue a un etablissement la classe a laquelle il a la plus grande probabilite d'appartenir.

(17.) Les variables presentees doivent etre comprises comme des variables illustratives, dont la liaison avec la variable de typologie n'est pas controlee de l'effet des autres variables (test univarie).

(18.) La significativite generale de chaque parametre estime est determinee par un test de log-vraisemblance entre le modele sans la covariable et le modele avec la covariable. Il permet de determiner si l'ajout de la covariable confere une meilleure capacite predictive globale au modele.

Damien Rousseliere, Agrocampus Ouest, Institut National d'Horticulture et de Paysage, GRANEM, 2 rue Andre Le Notre, 49045 Angers cedex (France). Courriel: damien.rousseliere@agrocampus-ouest.fr et Marie J. Bouchard, Chaire de recherche du Canada en economie sociale, Universite du Quebec a Montreal, Case postale 8888, Succursale Centre Ville, Montreal (Quebec) H3C 3P8. Courriel: bouchard.marie@uqam.ca
Tableau 1
Recapitulation des propositions theoriques a tester

                                             Proposition en coherence
                                            avec la theorie consideree

                                          Ecologie des     Isomorphisme
                                          organisations   institutionnel

P1  La diversite des modeles d'economie        Oui             Oui
       sociale est reliee au mode de
       fznancement de lactivite.

P2  La double nature (economique et            Oui             Non
       sociale) de l'economie sociale
       conduit d l'existence de modeles
       qui transcendent une dimension
       sectorielle.

P3  L'existence d'une mission sociale          Oui             Non
       differente de l'activite
       principale  est un element
       important de
       l'appartenance to un modele
       d'economie sociale.

P4  L'appartenance et un modele                Oui             Oui
       particulier d'economie sociale
       est fortement liee a la
       performance de l'organisation.

Tableau 2
Correspondance entre propositions theoriques, methodes
utilisees et criteres de corroboration

                                  Methodes

P1  La diversite des modeles      Analyse
      d'economie sociale est        discriminante
      reliee au mode de
      financement de
      l'activite.
                                  Analyse en classes
                                    latentes

P2  La double nature              Analyse en classes
      (economique et sociale)       latentes
      de l'economie sociale
      conduit & l'existence de
      modeles qui
      transcendent une
      dimension sectorielle.

P3  L'existence d'une mission     Indice de diversite
      sociale differente de
      l'activite principale est
      un element important
      de l'appartenance et un
      modele d'economie
      sociale.
                                  Analyse en classes
                                    latentes

P4  L'appartenance a un           Analyse en classes
      modele particulier            latentes
      d'economie sociale est
      fortement We d la
      performance de
      l'organisation.

                                  Criteres

P1  La diversite des modeles      Taux d'erreurs de
      d'economie sociale est        classement
      reliee au mode de
      financement de
      l'activite.
                                  Statistiques descriptives
                                    des variables de
                                    secteur
P2  La double nature              Nombre final de classes
      (economique et sociale)       en raison d'un critere
      de l'economie sociale         de parcimonie
      conduit & l'existence de
      modeles qui
      transcendent une
      dimension sectorielle.
                                  Statistiques descriptives
P3  L'existence d'une mission     Valeur relative de 1'indice
      sociale differente de         suivant les secteurs
      l'activite principale est     d'activite
      un element important
      de l'appartenance et un
      modele d'economie
      sociale.
                                  Caractere significatif de
                                    la <<covariable>>
                                    mission
P4  L'appartenance a un           Caractere significatif de
      modele particulier            la <<covariable>>
      d'economie sociale est        dynamique des
      fortement We d la             revenus
      performance de
      l'organisation.

Tableau 3
Description des secteurs d'activite selon differents indicateurs

                                1000
                             Ressources
                             naturelles,
                            fabrication,      2000 Com-
                             transforma-       merce,
                               tion et       finance et
                              construe-        assur-
                                tion            antes

Moyenne
  Revenus (total de 100%)
    Part des                40,94 (2,23)    10,73 (2,39)
  subventions
    Part des                27,32 (2,50)    69,28 (6,96)
  ventes
    Part des dons           31,73 (0,52)    19,99 (6,37)
  et cotisations
  Emplois
    Emploi                  45,13 (5,35)    32,04 (12,54)
  remunere
    Benevolat                3,36 (1,10)     7,26 (1,35)
Diversite
  Modeles de                     628             417
  financement
  Modeles                        571             611
  d'emploi

                                            4000 Loisirs,
                                              tourisme,
                             3000 Habi-      hebergement
                              tation et     et restaura-
                              location          tion

Moyenne
  Revenus (total de 100%)
    Part des                31,11 (2,86)    38,37 (3,54)
  subventions
    Part des                52,95 (5,55)    38,17 (3,53)
  ventes
    Part des dons           15,93 (4,87)    23,43 (3,99)
  et cotisations
  Emplois
    Emploi                   1,31 (0,36)    34,18 (4,39)
  remunere
    Benevolat                5,33 (1,01)    54,00 (14,16)
Diversite
  Modeles de                     679             761
  financement
  Modeles                        510             747
  d'emploi

                             5000 Sante      6000 Arts,
                                 et          culture et
                              services         Commu-
                               sociaux        nications

Moyenne
  Revenus (total de 100%)
    Part des                68,00 (2,18)    48,45 (3,23)
  subventions
    Part des                12,97 (1,62)    33,54 (3,15)
  ventes
    Part des dons           18,99 (1,84)    18,01 (2,76)
  et cotisations
  Emplois
    Emploi                  18,07 (1,54)    18,76 (2,85)
  remunere
    Benevolat               21,58 (2,73)    24,92 (15,42)
Diversite
  Modeles de                     777             781
  financement
  Modeles                        852             800
  d'emploi

                                7000
                               Autres
                              services        Ensemble

Moyenne
  Revenus (total de 100%)
    Part des                58,17 (2,24)    50,73 (1,17)
  subventions
    Part des                24,48 (2,07)    30,81 (1,42)
  ventes
    Part des dons           17,34 (1,87)    18,44 (1,31)
  et cotisations
  Emplois
    Emploi                  18,25 (2,26)    17,14 (0,99)
  remunere
    Benevolat               24,84 (10,15)   22,17 (3,74)
Diversite
  Modeles de                     822             849
  financement
  Modeles                        837             900
  d'emploi

Lecture: erreurs standards entre parentheses.

Tableau 4
Les missions sociales selon le secteur d'activite (en%)

                            1000
                         Ressources
                         naturelles,
                        fabrication,       2000         3000
                         transforma-    Commerce,     Habita-
                           tion et      finance et    tion et
Mission                 construction    assurances    location

Developpement                NS            16.9         50.5
  economique/
  communautaire
Education populaire /                       NS
  alphabetisation
Arts et culture                             NS          41.1
Emploi / insertion          92.2           27.2
Immigration /                               NS           NS
  Communautes
  culturelles
Defense de droits
  sociaux
Loisirs et tourisme
Sante
Habitation
Environnement               17.5           18.6

Agroalimentaire              NS             NS
Commerce equitable                          NS
Autres                       NS            24.1          NS
Multiples                    NS             NS           NS
% u'etablissements          17.2           53.8         82.2
  n'ayant pas declare
  de mission
% d'etablissements          41.9           27.1         11.5
  ayant declare une
  mission
% d'etablissements          40.9           19.1         6.2
  ayant declare deux
  missions (et/ou
  missions multiples)
% d'etablissements          82.8           46.2         17.8
  ayant declare au
  moins une mission

                        4000 Loisirs,
                          tourisme,        5000      6000 Arts,
                         hebergement     Sante et    culture et
                             et          services      Commu-
Mission                 restauration     sociaux     nications

Developpement               18.7           18.9          NS
  economique/
  communautaire
Education populaire /        6.4           18.0         25.7
  alphabetisation
Arts et culture             18.4            NS          21.8
Emploi / insertion          24.9           13.4          NS
Immigration /               15.7           19.2          NS
  Communautes
  culturelles
Defense de droits                          10.5         12.1
  sociaux
Loisirs et tourisme          NS            8.5          9.8
Sante                        NS            15.0          NS
Habitation                                 12.5
Environnement                6.6

Agroalimentaire             12.6            NS           NS
Commerce equitable           7.4
Autres                      11.3           19.2         18.0
Multiples                    NS            5.9           NS
% u'etablissements          35.6           52.1         72.5
  n'ayant pas declare
  de mission
% d'etablissements          41.8           23.8         20.7
  ayant declare une
  mission
% d'etablissements          22.6           24.1         6.8
  ayant declare deux
  missions (et/ou
  missions multiples)
% d'etablissements          64.4           47.8         27.5
  ayant declare au
  moins une mission

                            7000
                           Autres
Mission                   services       Ensemble

Developpement               13.2           17.7
  economique/
  communautaire
Education populaire /       21.0           16.4
  alphabetisation
Arts et culture             17.2           14.5
Emploi / insertion           8.6           13.2
Immigration /               12.6           13.3
  Communautes
  culturelles
Defense de droits           12.5           8.8
  sociaux
Loisirs et tourisme          8.9           7.0
Sante                        4.7           6.7
Habitation                   4.2           5.2
Environnement                8.7           4.8

Agroalimentaire                            2.8
Commerce equitable           1.4           1.6
Autres                       9.6           14.0
Multiples                    7.9           7.2
% u'etablissements          21.1           53.1
  n'ayant pas declare
  de mission
% d'etablissements          50.0           28.4
  ayant declare une
  mission
% d'etablissements          28.9           18.5
  ayant declare deux
  missions (et/ou
  missions multiples)
% d'etablissements          78.9           46.9
  ayant declare au
  moins une mission

Lecture: NS: non significatif.

Tableau 5
Proportion de bon classement selon les differents secteurs
d'activite

                                   Modele 1         Modele 2
                                  (variables       (variables
Secteur d'activite               economiques)   socioeconomiques)

1000--Ressources naturelles,         92,9             61,1
fabrication, transformation et
construction

2000--Commerce, finance et           72,0             44,4
assurances

3000--Habitation et location         75,0             70,3

4000--Loisirs, tourisme,             44,6             16,7
hebergement et restauration

5000--Sante et services sociaux      34,6             12,8
6000-Arts, culture et                34,5             57,8
Communications

7000--Autres services                40,3             25,2

Total                                44,2             30,2

                                 Modele
Secteur d'activite               complet

1000--Ressources naturelles,      84,6
fabrication, transformation et
construction

2000--Commerce, finance et        80,0
assurances

3000--Habitation et location      84,6

4000--Loisirs, tourisme,          50,9
hebergement et restauration

5000--Sante et services sociaux   49,6
6000-Arts, culture et             54,7
Communications

7000--Autres services             44,1

Total                             54,6

Lecture: nombres en pourcentage de bon classement.

Tableau 6
Probabilites des differentes modalites de variables selon
l'appartenance a une classe latente

                               Classe 1           Classe 2
                           Economie sociale   Economie sociale
                             de benevole      professionnelle

Probabilite                     0,330              0,308
Statut juridique
  Association                   0,983              0,991
  Cooperative                   0,017              0,009
Revenus (dollars)
  0-49999                       0,000              0,000
  50 000-149 999                0,313              0,000
  150 000-299 999               0,469              0,000
  300 000-499 999               0,191              0,131
  500 000 et plus               0,027              0,869
Conseil d'administration
(membres)
  0-4                           0,029              0,013
  5-7                           0,578              0,342
  8-11                          0,342              0,444
  12 et plus                    0,051              0,228
Annee de fondation
  Depuis 2001                   0,066              0,014
  1991-2000                     0,286              0,270
  1981-1990                     0,394              0,387
Avant 1980                      0,254              0,330

                               Classe 3             Classe 4
                           Economie sociale     Economie sociale
                              marchande       emergente et hybride

Probabilite                     0,126                0,236
Statut juridique
  Association                   0,601                0,623
  Cooperative                   0,399                0,378
Revenus (dollars)
  0-49999                       0,000                0,513
  50 000-149 999                0,067                0,308
  150 000-299 999               0,190                0,069
  300 000-499 999               0,147                0,019
  500 000 et plus               0,596                0,091
Conseil d'administration
(membres)
  0-4                           0,244                0,300
  5-7                           0,424                0,558
  8-11                          0,204                0,126
  12 et plus                    0,128                0,017
Annee de fondation
  Depuis 2001                   0,152                0,278
  1991-2000                     0,418                0,340
  1981-1990                     0,211                0,266
Avant 1980                      0,219                0,116

                  Classe 1                Classe 2
              Economie sociale        Economie sociale
               de benevole             professionnelle

Aucun        0,328   0,143   0,137   0,553   0,000   0,131
1-2          0,075   0,389   0,264   0,043   0,000   0,164
3-5          0,065   0,382   0,249   0,058   0,133   0,118
6-9          0,088   0,086   0,133   0,014   0,294   0,157
10 et plus   0,444   0,000   0,217   0,333   0,574   0,430

                  Classe 3                Classe 4
               Economie sociale        Economie sociale
                 marchande           emergente et hybride

Aucun        0,696   0,000   0,106   0,418   0,890   0,665
1-2          0,029   0,206   0,179   0,089   0,086   0,130
3-5          0,000   0,410   0,102   0,159   0,024   0,071
6-9          0,084   0,126   0,153   0,064   0,000   0,026
10 et plus   0,190   0,259   0,460   0,271   0,000   0,108

               Classe 1           Classe 2
            Economie sociale   Economie sociale
             de benevole        professionnelle

0-9,9%        0,022   0,527      0,068   0,510
10-49,9%      0,266   0,409      0,248   0,404
50-79,9%      0,348   0,064      0,282   0,086
80-100%       0,364   0,000      0,402   0,000

                Classe 3             Classe 4
            Economie sociale     Economie sociale
               marchande       emergente et hybride

0-9,9%       0,760   0,000        0,518   0,386
10-49,9%     0,240   0,111        0,270   0,169
50-79,9%     0,000   0,087        0,130   0,140
80-100%      0,000   0,802        0,082   0,305

Lecture : le tableau se lit en termes de probabilites
conditionnelles a l'appartenance a une classe. e.g. un
etablissement de la classe 1 a une probabilite de 0,983
(ou 98,3% de chances) d'etre une association et une probabilite
de 0,17 (1,7% de chances) d'etre une cooperative.

Tableau 7
Statistiques descriptives selon les differentes classes

                                 Classe 1           Classe 2
                                 Economie           Economie
                                sociale de          sociale
                                benevoles       professionnelle
                             (33,2% du total)   (31,6% du total)
Nombre d'emplois
  A temps plein                 2,5 (5,7%)        22,8 (27,2%)
  Autres                       8,6 (19,5%)        23,6 (28,2%)
  Benevolat                    33,0 (74,8%)       37,4 (44,6%)
Revenus                           214494            1444957
Age                           20 ans 8 mois          23 ans
Taille du conseil                  7,6                10,1
  d'administration
Financement (% col)
  Part des subventions             68,4               69,5
  Part des ventes                  13,5               15,9
  Part des dons et                 18.0               14,7
    cotisations

                                 Classe 1           Classe 2
                                 Economie          Economie>
                                 sociale            sociale>
                               de benevole      professionnelle

Dynamisme (% col)
  Pas de croissance des            66,7               58,3
  revenus
  Croissance des revenus           33,3               41,7
Genre du dirigeant (% col)
  Homme                            38,6               52,2
  Femme                            61,4               47,8
Mission (% col)
  Pas de mission                   33,3               50,0
  Mission                          66,7               50,0
Secteurs (% ligne)
  1000                             18,8               56,3
  2000                             7,1                10,7
  3000                             9,8                7,8
  4000                             33,9               33,9
  5000                             36,9               49,7
  6000                             39,4               16,2
  7000                             39.0               31,2

                                                    Classe 4
                                 Classe 3           Economie
                                 Economie            sociale
                                 sociale            emergente
                                marchande          et hybride
                             (11,9% du total)   (23,3% du total)
Nombre d'emplois
  A temps plein                9,8 (24,1%)         0,2 (2,0%)
  Autres                       18,2 (44,8%)        2,6 (26,0%)
  Benevolat                    12,6 (31,0%)        7,2 (72,0%)
Revenus                          1197883             106687
Age                           18 ans 9 mois       14 ans 8 mois
Taille du conseil                  6,7                 5,2
  d'administration
Financement (% col)
  Part des subventions             9,7                27,6
  Part des ventes                  87,5               44.0
  Part des dons et                 2,8                28,4
    cotisations

                                                    Classe 4
                                 Classe 3           Economie
                                 Economie            sociale
                                 sociale          emergente et
                                marchande            hybride

Dynamisme (% col)
  Pas de croissance des            51,5               69,9
  revenus
  Croissance des revenus           48,5               30,1
Genre du dirigeant (% col)
  Homme                            48,5               65,4
  Femme                            51,5               34,6
Mission (% col)
  Pas de mission                   55,9               60,2
  Mission                          44,1               39,8
Secteurs (% ligne)
  1000                             6,3                18,8
  2000                             64,3               17,9
  3000                             9,8                72,6
  4000                             21,5               10,8
  5000                             5,1                 8,3
  6000                             8,1                36,4
  7000                             9,1                20,8

                               Test de Kruskal Wallis
                             [chi square] (3)       P
Nombre d'emplois
  A temps plein                 413,74 ***       <0,001
  Autres                        122,37 ***       <0,001
  Benevolat                      27,61 ***       <0,001
Revenus                         332,67 ***       <0,001
Age                              53,13 ***       <0,001
Taille du conseil               149,93 ***       <0,001
  d'administration
Financement (% col)
  Part des subventions          192,69 ***       <0,001
  Part des ventes               159,98 ***       <0,001
  Part des dons et               44,39 ***       <0,001
    cotisations

                               Test de chi2 de Pearson

Dynamisme (% col)            [chi square] (3)    p-value
  Pas de croissance des           9,38 **         0,025
  revenus
  Croissance des revenus
Genre du dirigeant (% col)   [chi square] (3)    p-value
  Homme                          22,81 ***       <0,001
  Femme
Mission (% col)              [chi square] (3)    p-value
  Pas de mission                 26,11 ***       <0,001
  Mission
Secteurs (% ligne)           [chi square] (18)   p-value
  1000
  2000
  3000
  4000                          217,55 ***       <0,001
  5000
  6000
  7000

Lecture : * p < 0,1; ** p < 0,05; *** p < *0,01.% colonnes entre
parentheses. Le test non-parametrique de Kruskal-Wallis permet
de rejeter l'hypothese d'une distribution identique des variables
suivant les differentes classes. Le test de chi2 de Pearson permet
de rejeter l'hypothese d'une independance entre les variables
et les classes.

Tableau 8
Parametres estimes et odds ratios pour les covariables

               Classe 1   Classe 2           Classe 3   Classe 4
Constante
  Parametre       --       0,144              0,769      0,268
  Odds ratio      -        1,155              0,464      1,307
Mission
  Parametre       --       -0,588            -0,866     -1,087
  Odds ratio      --       0,555              0,421      0,337
p-valeur                          <0,001 ***
Dynamisme
  Parametre       --       0,359              0,686     -0,105
  Odds ratio      --       1,431              1,985      0,900
p-valeur                                      0,047 *

Lecture: * p < 0,1; ** p < 0,05; *** p < 0,01.

Tableau 9
Recapitulation de la validation des propositions theoriques
de recherche
                                                     Validation

Pl   La diversite des modeles d'economie sociale        Oui
     est reliee au mode de financement de
     l'activite.

P2   La double nature (economique et sociale) de        Oui
     l'economie sociale conduit a l'existence de
     modeles qui transcendent une dimension
     sectorielle.

P3   L'existence d'une mission sociale differente       Oui
     de l'activite principale est un element
     important de l'appartenance a un modele
     d'economie sociale.

P4   L'appartenance a un modele particulier             Oui
     d'economie sociale est fortement liee a la
     performance de l'organisation.
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Author:Rousseliere, Damien; Bouchard, Marie J.
Publication:Canadian Review of Sociology
Date:Nov 1, 2011
Words:14802
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