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9-06-2013 : 32eme anniversaire de l'islamisme politique en Tunisie: Le ratage de trop.

Pas de reaction a cet article L'anniversaire de la naissance de l'islamisme politique, celebre, samedi, a ete, aux yeux des observateurs, un nouveau ratage du parti islamiste au pouvoir, Ennahdha .Il est vrai que Rached Ghannouchi a affirme, en pleine ceremonie, que son parti est un mouvement d'Ijtihad qui proscrit l'excommunication (Takfir) et ne parle pas au nom de l'islam, prenant comme referentiel religieux et moral l'islam dans son acception moderee et globale. Mais il se ressaisit vite pour souligner que la religion est au-dessus des partis et de l'Etat, sans donner un sens concret a cet axiome aux implications dangereuses.Visiblement, l'occasion devait solder le passe d'Ennahdha vis-a-vis de la societe, de l'intelligentsia du pays et de l'opinion internationale, les rapports avec ses adeptes etant traites dans un autre cadre, celui des instances du parti et les assises des congres.La migration d'Ennahdha d'un parti d'opposition au passe entache de violence et de complots, a un parti au pouvoir , devait, selon les traditions de la democratie, s'accompagner d'un mea culpa vis-a-vis des citoyens qui ont souffert de ces choix et de l'Etat tunisien qui a ete pris pour cible, au moins a deux reprises (en 1987 et 1991 ) , selon des temoignages dignes de foi . Ainsi, une nouvelle periode devrait s'ouvrir, en fermant totalement la porte aux pratiques antidemocratiques illustrees par la politique du double-fond.L'Ira en Irlande du Nord , et le Congres National Africain de Nelson Mandela ont opere leur mue avec courage et sincerite,en soldant le compte du passe devant leurs peuples , leurs opinions publiques ,ce qui a facilite leur integration dans le processus democratique sans hesitation , ni arriere-pensees.A l'oppose , on a assiste , depuis la revolution , et surtout depuis decembre 2011 , a un mutisme total de la part de l'establishment du parti islamiste sur les politiques incriminees . Seules des fuites organisees par d'anciens cadres, ou proches de l'islamisme politique ont leve un coin du voile sur le complot qui devait avoir lieu, le 8 novembre 1987, devance de 24 heures (le 7 novembre ) par Ben Ali , sur l'affaire Bab Souika , sur le missile Stinger qui devait abattre l'avion du president dechu .Des temoignages ont ete donnes par Moncef Ben Salem , actuel ministre de l'Enseignement superieur ,et numero un du complot du 8 novembre 1987 , Sahbi Al-Amri et Habib Lassoued , qui etaient associes a l'entreprise.Ahmed Manai a defendu,en sa qualite de militant des droits de l'homme ,les instigateurs du complot incarceres comme etant des victimes de la repression , avant de se rendre compte qu'ils etaient des comploteurs qui voulaient evincer Ben Ali et prendre sa place .Ben Aissa Demni et Abdelfattah Mourou avaient rompu avec Ennahdha, en 1991 , lorsqu'ils s'etaient apercus que l'attaque de Bab Souika etait bien l'oeuvre de leur organisation sans qu'ils en soient informes malgre leur statut de dirigeants responsables .Abdelkrim Harouni actuel ministre du Transport, et Nabil Rebai , un des executants de l'attaque de Bab Souika ont donne des details deconcertants sur le deroulement de l'affaire .Tous ces elements montrent qu'Ennahdha a mise sur la violence, et a n'a pas exclu de recourir aux complots pour conquerir le pouvoir. Donc , il est tenu ,depuis la revolution, et surtout depuis son accession au pouvoir ,de solder les comptes du passe en la matiere et de refermer, et a jamais , cette option , pour que la Tunisie ait les elections menant a l'alternance comme unique regle de jeu politique .Au lieu de cela , l'opinion publique a ete temoin de pratiques nahdhaouies qui entretiennent le flou sur les rapports avec le djihadisme , qui ferment les yeux sur la police salafiste qui sevit dans plusieurs quartiers populaires , qui entretiennent les ligues de protection de la revolution (LPR) pour intimider les adversaires politiques et fausser le jeu democratique par la violence et qui ouvrent les frontieres aux predicateurs integristes du Moyen-Orient qui ne cachent pas leur dessein d'islamiser le pays .Parallelement a cela, on assiste a une institutionnalisation de ces choix par le biais du placement des adeptes d'Ennahdha partout dans l'administration centrale et regionale, ce qui met fin a toute velleite de garantir l'independance de l'administration, et par l'elaboration d'une constitution ainsi que la confection d'institutions sur mesure pour concretiser ces choix.L'occasion etait, donc ,offerte au parti islamiste et a son chef pour se dedouaner de la tare redhibitoire de la violence collee a l'islamisme politique, et des menees qui n'ont jamais cesse en vue de le demanteler l'Etat de l'Independance et instaurer en lieu et place un Etat religieux sur le modele iranien . L'acharnement avec lequel ce projet est mene forge chez l'opinion publique nationale la conviction que les chefs nahdhaouis veulent rendre ces choix irreversibles.La celebration du 32eme anniversaire d'Ennahdha etait une occasion pour que les dirigeants du parti islamiste donnent des gages, dissipent les craintes et tracent la voie a un consensus qui etablirait de nouvelles regles du jeu garantissant le passage du pays vers la stabilite tant attendue. Mais rien n'en a ete fait ni dit.Rached Ghannouchi, dans un souci de demarcation des djihadistes, leur enjoint de faire attention parce qu'ils n'ont pas affaire au gouvernement de Ben Ali, mais plutot a un gouvernement islamiste elu, diluant ainsi la nature de leur entreprise criminelle vis-a-vis de l'Etat, de la societe et du citoyen tunisiens dans des considerations doctrinales, insinuant ainsi que les attaques de Soliman, en 2006, etaient justifiables, et a la limite legitimes.Cette ultime tentative de trouver des raisons aux crimes des terroristes montre que le decoupage que fait Rached Ghannouchi du monde repose sur une demarcation entre ce qui, a ses yeux, est islamiste et ce qui ne l'est pas, au lieu que cette ligne soit etablie entre ceux qui defendent l'Etat national et la democratie et les autres.Aboussaoud Hmidi

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Publication:African Manager (French)
Date:Jun 9, 2013
Words:1044
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