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28-07-2013 : Ennahdha joue avec le feu.

Pas de reaction a cet article J'ai pu discuter avec des responsables de l'economie ,de la finance et des professionnels du tourisme ,qui etaient unanimes pour dire que les effets negatifs de l'assassinat de Chokri Belaid , le 6 fevrier 2013 ,etaient beaucoup plus importants sur l'economie du pays , que l'attaque de l'ambassade americaine , le 14 septembre 2012 .Ces responsables ont vu dans l'assaut contre l'ambassade US un evenement grave qui a porte un coup a l'image du pays , mais comparativement ,disent-ils, ils ont pu constater que les operateurs etrangers dans les secteurs de l'investissement , de la finance , du tourisme , de l'import-export sont encore plus gravement interpelles par un assassinat politique execute au grand jour . Evidemment, ces memes responsables qui ont pu etre interviewes quelques semaines apres l'assassinat du 6 fevrier, ont vu dans le pietinement de l'enquete un element qui a ajoute a la gravite d'une situation qui semblait deja inextricable.A la facon dont ils apprehendent les choses, on peut penser que les operateurs etrangers ne doutent pas une seconde qu'un assassinat premedite contre un politicien de premier plan est la demonstration irrecusable que le pays en question n'est pas en securite. Et si l'enquete diligentee pendant 6 longs mois n'a mene nulle part, c'est l'indice qu'on est en face d'un fiasco aggrave auquel s'ajoute un autre assassinat de meme nature.Cette situation inedite est fondamentalement incompatible avec l'image que la Tunisie veut donner d'elle-meme apres la revolution ,comme un pays qui veut se mettre, au plus vite , au travail ,pour repondre aux attentes de la jeunesse , et ce , en attirant le maximum d'investissements etrangers , de flux touristiques , et en exportant le plus de produits et services vers les quatre coins de la planete .Mais pourquoi , au lieu de mettre en oeuvre des politiques qui vont dans ce sens , la Tunisie est-elle devenue un foyer djihadiste en liaison directe avec les guerres civiles en Syrie et au Mali , et une partie prenante dans les affaires interieures d'Egypte et de Libye , et oE les terroristes de la region trouvent refuge . Un pays oE le trafic d'armes bat son plein, au vu et au su de tout le monde, et oE circulent des listes de politiciens a abattre.A l'origine de toute cette situation, un choix fait par Ennahdha, des fin janvier 2011 , qui consiste a considerer la revolution tunisienne comme une piece d'un puzzle s'etendant de l'Atlantique jusqu'en Afghanistan . A peine rentre au pays, Rached Ghannouchi a annonce cette orientation, dans un discours prononce le 4 fevrier 2011, avant meme que ne se declenchent les revolutions arabes . Il a declare , devant les chaEnes de television etrangeres ,dans le patio de la Grande Mosquee de la Zitouna ,que la Tunisie retrouve sa vocation de point de depart des grands changements de la region rappelant que l'islam s'est propage au Maghreb , en Andalousie , et en Afrique a partir la Tunisie , comme ce sera le cas pour les revolutions qui vont detroner les despotes de la region .Ce choix applique aux rapports entre formations islamistes va permettre a Ennahdha de confisquer a son profit le debat avec les salafistes et djihadistes , sans que ce parti n'ait recu mandat d'aucune autorite publique , ou autre formation politique .L'argument, au debut , etait d'ordre scientifique : ces jeunes ont besoin d'etre raisonnes , et, de ce fait, seuls les dirigeants d'Ennahdha trouvent un langage commun avec eux . D'ailleurs, le parti islamiste qui allait acceder au pouvoir, avait mandate Rached Ghannouchi , Habib Ellouze et Sadok Chourou pour accomplir cette mission . Abdelfattah Mourou qui etait en dehors des structures d'Ennahdha s'est porte volontaire pour s'associer a l'entreprise.De cette mission, ni l'Etat, ni l'opinion publique, ni les autres formations politiques ne savaient que dalle .Mais avec le temps , on entrevoit que ce qui etait une mission de conscientisation se transforme en coordination pure et simple entre des strategies, d'abord pour imposer la Chariaa dans la Constitution et puis carrement , coordonner les politiques pour islamiser le pays et la region ( Syrie , Nord Mali , Libye et ailleurs ), et lutter contre les democrates et les competences tunisiennes dans l'administration . La video publiee sur facebook incluant la sequence du debat entre Ghannouchi et des salafistes illustre cette etroite collaborationIl faut reconnaEtre, toutefois, que les liens entre Ennahdha et les salafistes-djihadistes n'ont pas toujours ete clairs .Les djihadistes qui ont leur agenda propre, sont jaloux de leur independance , et ont toujours redoute la manipulation de la part du parti au pouvoir . La tournure qu'a prise l'attaque contre l'ambassade americaine, planifiee par les deux parties, mais qui s'est retournee contre les djihadistes les placant dans le statut de bouc emissaire, a ouvert une etape nouvelle dans cette lutte souterraine entre factions islamistes.Une nouvelle etape des rapports Ennahdha-djihadistes s'amorce a partir du mois d'avril 2013 , avec le declenchement des evenements de Chaambi , et le coup de force initie par les Ansar Chariaa pour tenir leur congres annuel a Kairouan et les evenements de la cite Ettadhamen qui l'ont accompagne ,le meme jour .Les observateurs ont decele essentiellement, dans la foulee de ces evenements, l'ebauche de tractations qui ont abouti a un calme relatif suivi de mises en liberte de plusieurs djihadistes, de la non application de la loi antiterroriste aux accuses de la cite Ettadhamen . Mais, tout d'un coup , les rapports entre Ennahdha et les djihadistes se deteriorent de nouveau , apres les tentatives d'arreter des dirigeants terroristes, et la volonte affichee par l'administration de lutter contre le trafic d'armes et l'annonce de Noureddine B'hiri que le ministre de l'Interieur allait devoiler les noms des commanditaires et des executants de l'assassinat de Chokri Belaid .Le nouvel assassinat , celui de Mohammed Brahmi annonce-t-il une nouvelle phase caracterisee par des developpements qui echappent au controle des deux parties, et par des malentendus et non- dits entre factions islamistes ? .Vu sous cet angle , comme le pensent plusieurs observateurs , cet assassinat serait l'oeuvre du meme groupe et avec la meme arme , comme le disait le ministre de l'Interieur , mais il pourrait ne pas etre commis pour les memes raisons que le premier , qui avait eu lieu au moment d'une symbiose entre islamistes , alors que le deuxieme arrivait en periode de brouille et de malentendus .Les democrates qui veulent maintenant reprendre les choses en main, dans le pays, ont assiste en spectateurs a la genese et a la deteriorations des nouveaux rapports entre Ennahdha et djihadistes , comme si ces developpements n'avaient pas d'incidences sur le processus democratique .Or le dossier du djihadisme ne doit pas etre l'apanage d'un parti, soit-il islamiste et democrate ou se voulant comme tel, mais sa gestion doit etre la resultante des efforts de toutes les forces du pays. Et toute force qui entrerait en discussion avec les djihadistes doit etre mandatee par le pays, a charge pour elle de rendre compte a tout le pays de toute evolution ou echec de debat.Aboussaoud Hmidi

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Publication:African Manager (French)
Date:Jul 28, 2013
Words:1256
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