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"Poussiere de religions": le culte domestique dans "Un Coeur simple".

Les religions domestiques occupent un passage de La Tentation de saint Antoine qui relate la disparition des dieux romains (chapitre 5). Les croyances romaines, comme celles de toutes civilisations, ne parviennent a s'imposer que dans un temps limite et s'effacent bientot pour laisser place a d'autres. Flaubert enumere donc les religions disparues, apres les Romantiques qui font un topos de ce cortege lamentable de dieux oublies. La kyrielle des petits dieux du foyer, Tages, Nortia, Vesta, les Lares, etc., apparaissent dans le champ de vision d'Antoine, le temps d'evoquer brievement le culte dont ils etaient l'objet. Mais cette survivance furtive se depart de celle des autres dieux (Buddha, Ormuz, etc.) par son caractere doublement nostalgique: en effet, en plus de la parole auto-commemorative qui n'avoue que trop clairement l'oubli auquel les dieux de toutes les civilisations sont promis, les petites divinites romaines deplorent aussi la cessation du culte des morts. Avec le declin des religions domestiques, c'est le souvenir du passe qui s'eloigne, c'est la disparition d'une pratique memorielle qui s'annonce. Flaubert, dans la premiere version de La Tentation, semble deja vouloir marquer ce double effacement en en laissant exprimer la douleur au plus insignifiant representant des divinites du foyer: "le grillon dans les cendres pleure seul sur le souvenir eteint des religions domestiques" (468).

Reprenant a ce passage de La Tentation l'evocation d'une perte imminente, "Un Coeur simple" integre dans son univers normand et contemporain quelques souvenirs de croyances romaines. Dans une demarche contradictoire, nous chercherons ici a la fois a degager certaines caracteristiques propres a ce culte et a l'apprehender dans son effacement.

Le mythologue Guigniaut, bien connu de Flaubert, definit le conte romanesque, comme une expression privilegiee de l'epoque historique (a savoir la notre), qui "derive souvent des vieux mythes symboliques." (1) C'est dire que les temps contemporains se savent voues a la reproduction, de plus en plus denaturee, d'un modele mythique et s'estiment incapables de creer ex nihilo durecit mythique. Seule exception pourtant a cette separation des epoques historique et mythologique, le monde de l'enfance conserve un lien avec les temps immemoriaux. Ici et maintenant, les enfants, ainsi que "certains etres grossiers" (ou simples, pour suggerer d'emblee Felicite), portent en eux ce passe qui n'est restitue que de facon lacunaire au monde adulte et raisonnable. Michelet, dans Le Peuple, enonce clairement cette survivance et enjoint les historiens d'ecouter certaines expressions de l'enfant et du paysan qui relevent de la "langue de la Bible ou de l'Iliade" (167). "Temoin vivant" des temps mythologiques, l'enfant, comme le paysan, est le contemporain de ce passe enfoui que traque le savant. Il s'agit pourtant d'un temoin muet que l'observation ne peut faire parler que partiellement. C'est grace au peuple (quand celui-ci ne s'embarrasse pas de singer la bourgeoisie) que l'historien peut entrevoir la "nuit de l'antiquite": "les changements, dans les classes inferieures, sont bien plus lents qu'en haut" (157). Le peuple porte en lui sa propre origine; il se donne a lire ici comme une Histoire au savant. Chez Quinet ce peuple-musee n'est pourtant pas necessairement l'allie du savant: l'Histoire est hantee par le souvenir legendaire qui nourrit en effet son discours, mais qui l'epuise en meme temps (Histoire de la poesie, chapitre 16). Claude Millet parle de legendaire larve pour designer cet instinct de conservation, couple a un instinct de destruction selon Quinet, qui motive l'interet du (19.sup.e) siecle pour la legende et ses origines (119-21).

"Un Coeur simple" exploite le paradoxe d'une epoque qui pretend rendre compte de son passe mythique tout en s'en detachant. Sans partager avec Michelet l'espoir du dechiffrement de ces messages sans voix, Flaubert plonge le temoin muet de l'Histoire qu'est Felicite dans un temps resolument mythologique qui se derobe a l'emprise du discours historique dominant. Il est important de noter que tout en integrant certains mythes ou legendes, Flaubert se refuse a respecter une quelconque logique dans la composition de sa "bibliotheque religieuse." L'intertexte legendaire d'"Un Coeur simple" n'obeit a aucune des classifications que peuvent operer les ouvrages de reference sur la mythologie dans lesquels Flaubert puise sa matiere premiere. Au contraire, il mele par exemple l'ecriture biblique, si manifestement presente dans ce texte, a celle de mythes antiques ou de legendes populaires, dans le but de niveler leur apparente diversite. Son corpus religieux, a l'instar du "bazar" de la chambre de Felicite qui recupere indifferemment tous les restes, se caracterise autant par sa disparite que par la fragmentation des recits qu'il accueille. C'est en usant de cette meme indifferenciation que nous citerons pele-mele des oeuvres majeures et mineures, des textes premiers et secondaires, sans regard pour l'inegalite de leur qualite litteraire ou de leur valeur scientifique. Cette egalisation entre les recits legendaires, mythologiques, bibliques et scientifiques, nous parait un element crucial de l'ecriture flaubertienne qui n'exhume pas des contes oublies afin de leur redonner vie, et ainsi les reinscrire dans le contemporain, mais en collecte ici et la quelques debris pour couvrir son texte d'une "poussiere de religions" (Quinet, 114). Les particularismes de chaque culte qu'expose La Tentation se perdent dans la douce indifference du conte moderne, qui se sait coupe des temps mythologiques.

Nous voyons par exemple dans le passage evoquant la mort de Victor une trace d'un recit legendaire regional, "Les Lavandieres." La mort du neveu de Felicite, dont la memoire n'est pas honoree par la communaute religieuse de Pont-l'Eveque, semble neanmoins commemoree par certains gestes de la servante. Celle-ci en effet, empruntant a la legende dite "des Lavandieres," fait entendre a l'ensemble du village la portee de sa douleur. La legende des Lavandieres conte la reunion de sorcieres qui se retrouvent la nuit pres des rivieres pour faire leur lessive. Elles battent en grand tapage ce qui, de loin, semble etre du linge, mais qui serait en fait des cadavres d'enfants. (2) Or, "Un Coeur simple" garde quelques traces residuelles de cette legende dans le passage suivant l'annonce de la mort du petit mousse:
   Des femmes passerent dans la cour avec un bard d'ou degouttelait
   du linge. En les apercevant par les carreaux, elle se rappela sa
   lessive; l'ayant coulee la veille, il fallait aujourd'hui la rincer;
   et elle sortit de l'appartement. Sa planche et son tonneau etaient
   au bord de la Toucques. Elle jeta sur la berge un tas de chemises,
   retroussa ses manches, prit son battoir; et les coups forts qu'elle
   donnait s'entendaient dans les autres jardins a cote. Les prairies
   etaient vides, le vent agitait la riviere; au fond, de grandes
   herbes s'y penchaient, comme des chevelures de cadavres flottant
   dans l'eau. (69-70)


Si la narration s'attarde sur les consequences de la souffrance de Madame Aubain a la mort de sa fille (revolte, hallucinations, melancolie) et sur l'enterrement lui-meme, elle reduit au minimum l'expression de la souffrance de la servante a la mort de son neveu: "Elle retenait sa douleur, jusqu'au soir fut tres brave; mais, dans sa chambre, elle s'y abandonna, a plat ventre sur son matelas, le visage dans l'oreiller, et les deux poings contre les tempes" (70). Il nous semble que le fracas des coups de battoir est charge symboliquement de l'impuissance de la servante a faire reconnaitre son deuil. Il faut noter l'inscription volontairement discrete de cet intertexte legendaire: la voix du merveilleux dans "Un Coeur simple" ne nous parvient que de facon etouffee, aussi faiblement que celle de Felicite.

"Oubliee de l'Histoire," Felicite incarne un legendaire contemporain de l'age moderne, avec l'immobilisme qu'implique cette survivance selon Quinet: son instinct de preservation finit par envahir son espace qui ne se justifie plus que comme lieu de memoire ("ce qui la desolait principalement, c'etait d'abandonner sa chambre--si commode pour le pauvre Loulou," 85). La maison de Madame Aubain est instituee monument aux morts par la servante qui fetichise tous les etres l'ayant occupee. A mesure que s'entassent les souvenirs, l'espace de Felicite retrecit: la maison Aubain, si vaste d'abord, se reduit a la chambre a coucher a la fin du conte, comme si l'espace imaginaire qu'ouvre le souvenir entrainait la reduction de l'espace reel. Loulou qui, nous le verrons, assume parfois cette propriete du legendaire a mettre en lumiere ce que l'Histoire relegue dans l'ombre, n'echappe pas a la destruction: "Bien qu'il ne fut pas un cadavre, les vers le devoraient; une de ses ailes etait cassee, l'etoupe lui sortait du ventre" (87).

Si Felicite, dans ce premier chapitre, est dessinee comme un etre immuable, sans age, en revanche la description de la maison Aubain se rapporte a une epoque relativement precise dans le demi-siecle ou la servante l'occupe, a savoir celle qui suit le depart des enfants: "[la chambre de Madame Aubain] communiquait avec une chambre plus petite, ou l'on voyait deux couchettes d'enfants, sans matelas" (3) (48). Tout indique que Flaubert choisit de commencer le conte par une peinture de la maison desertee par les enfants et non pas telle que la decouvre Felicite a son arrivee. La maison renferme d'emblee en ses murs le desoeuvrement dans lequel les disparitions successives plongeront plus tard les deux femmes: "et les soupirs que poussait Mme Aubain, en tricotant pres de la fenetre, arrivaient a Felicite, qui tournait son rouet dans la cuisine" (74).

Madame Aubain, pour etre mentionnee des le premier chapitre, ne l'est qu'en tant que proprietaire depossedee de ses biens. Sa maison est le vestige d'un domaine alors entame par les malheurs, la moisissure qui menace ses murs et les pieces laissees a l'abandon temoignent de son impuissance. Or la vie de Felicite semble tenir a la solidite de la demeure: la servante meurt faute d'un toit qui la protege: "Les lattes du toit pourrissaient; pendant tout un hiver son traversin fut mouille. Apres Paques, elle cracha du sang" (85-86). Jacques Neefs releve d'ailleurs, dans le dernier chapitre du conte, l'assimilation complete du corps et de la maison dans la fermeture: "Ses yeux s'affaiblirent. Les persiennes ne s'ouvraient plus" (128). De fait, entre Madame Aubain et Felicite, on ne sait exactement qui est maitresse des lieux: si celle-la est incontestablement proprietaire de la demeure, celle-ci l'habite davantage. Cette ambiguite semble renforcee par un emploi sciemment imprecis du pronom personnel: "Felicite, un quart d'heure apres, etait installee chez elle" (52, nous soulignons). (4) Est-ce pour renforcer cette absence de Madame Aubain au lieu qu'elle occupe que Flaubert lui attribue ce nom, Aubain, c'est-a-dire: "etranger qui n'est pas naturalise et qui est sujet au droit d'aubaine"? L'aubaine etant a l'origine, "la succession aux biens d'un aubain [...]. Droit d'aubaine, droit en vertu duquel le souverain recueille la succession de l'etranger qui meurt dans ses Etats" (Littre). (5) Madame Aubain est depouillee de ses biens, d'abord par son epoux responsable de sa ruine, par son fils Paul et son notaire Boutais dans une moindre mesure, par sa servante enfin qui lui survit et occupe les lieux dont elle etait la maitresse.

L'instinct d'appartenance de Felicite a la maison Aubain explique le soin qu'elle apporte a son travail, et plus encore, sa vigilance dans la protection des murs. Cette fonction l'occupe a ce point que, meme lorsqu'elle sait Virginie en danger, elle ne faillit pas a son devoir:
   Felicite se precipita dans l'eglise, pour allumer un cierge. Puis
   elle courut apres le cabriolet, qu'elle rejoignit une heure plus
   tard, sauta legerement par-derriere, ou elle se tenait aux torsades,
   quand une reflexion lui vint: "La cour n'etait pas fermee!
   si des voleurs s'introduisaient?" Et elle descendit. (71).


Plus que la domestique de la demeure, Felicite en est la protectrice. Son affection pour l'enfant ne suffit pas a justifier a ses yeux l'abandon du territoire. Ce choix est determine ici par la predominance d'une appartenance locale sur un attachement a la personne. Le fetichisme de la servante, dont le comportement face au perroquet est la manifestation la plus evidente, commence par cette fidelite a l'espace qu'elle occupe. Le lieu survit a l'homme qui l'habite; quand la maison se vide, il se fait monument et sa presence atteste des disparitions. C'est le cas par exemple au lendemain du depart de Virginie pour la pension:
   Le matin, par habitude, Felicite entrait dans la chambre de
   Virginie, et regardait les murailles. Elle s'ennuyait de n'avoir
   plus a peigner ses cheveux, a lui lacer ses bottines, a la border
   dans son lit,--et de ne plus voir continuellement sa gentille
   figure, de ne plus la tenir par la main quand elles sortaient
   ensemble. (64, nous soulignons)


"Un Coeur simple" n'explicite pas l'intention de la servante devant le mur; dans les brouillons preparatoires en revanche, la motivation psychologique se laisse entrevoir, les murailles etant evoquees au moment de la mort de Madame Aubain, quand les heritiers laissent Felicite dans une maison devalisee: "<Elle se traina partout en portant trainant l/sa main sur la muraille, sur les lambris> [parallel] appelant |<a hte voix|> les morts" (Bonaccorso, 413, feuillet 333v). "Elle tenait aux murs" dit ailleurs le manuscrit a propos du meme passage (22, feuillet 401). (6) Dans l'avant-texte, les murs sont associes au souvenir des etres disparus dont ils sont impregnes, ils semblent renvoyer leur image et permettre la reminiscence. Dans "Un Coeur simple" l'appartement de la ferme de Madame Aubain, "seul reste d'une habitation de plaisance, maintenant disparue," est egalement un lieu de desolation ou le passe envahit tout: "Le papier de la muraille en lambeaux tremblait aux courants d'air. Mme Aubain penchait son front, accablee de souvenirs; les enfants n'osaient plus parler" (54). Faut-il rappeler que la ruine, symbole a la fois de la pregnance et de l'effacement du passe, est un lieu commun du Romantisme, depuis Les Ruines de Volney? Or, cette capacite memorielle des murs, que nous retrouvons aussi bien dans les brouillons preparatoires du conte que dans les textes romantiques, n'est evoquee qu'en creux dans le passage cite, comme si Flaubert ne conservait que la marque d'une croyance, et non son objet. Alors que La Tentation relate la disparition du culte domestique, de ses differents dieux, de ses rites, de ses dogmes, "Un Coeur simple" semble en rehabiliter une variante interiorisee et muette de tout discours. Le conte n'expose en effet jamais la nature du dogme de la religion syncretique de la servante, mais inscrit dans la gestuelle de la croyante la trace de son adhesion.

Les murailles, symboles de la vertu protectrice du foyer, sont appelees a etre adorees par la servante, de la meme facon que l'est le perroquet. Des lors, la mention de Vesta, deesse du feu et du foyer domestique, dans la description de la maison Aubain n'est pas gratuite: "La pendule [de la cheminee], au milieu, representait un temple de Vesta" (48). Vesta "repand ses benedictions sur la maison et la famille entiere" dans l'enceinte des murs ou les Vestales l'adorent (Creuzer, 2: 695). (7) Si la presence de la deesse trahit un voeu de protection convenu de la part de Madame Aubain, elle rappelle aussi l'adoration domestique de Felicite. Sans veiller en permanence sur le feu, la servante a cependant rendez-vous quotidiennement avec le foyer:
   Elle se levait des l'aube, pour ne pas manquer la messe, et
   travaillait jusqu'au soir sans interruption; puis, le diner
   etant fini, la vaisselle en ordre et la porte bien close,
   elle enfouissait la buche sous les cendres et s'endormait devant
   l'atre, son rosaire a la main (49).


Dans le sommaire de cette journee, les devoirs domestiques et les devoirs pieux de la servante, d'abord distincts, se confondent a la fin du jour en une devotion unique, quand la sauvegarde du feu coincide avec la priere du soir. Il n'est d'ailleurs fait nulle mention du moment du coucher de la bonne, comme si le maintien des braises dans la cheminee etait l'aboutissement de sa journee. Le texte insiste une fois encore sur son role de protectrice de la maison Aubain ("la porte bien close"); en Vestale, elle apporte aux travaux domestiques une dimension sacree. Plus loin, Flaubert reduit l'essentiel de l'existence des deux femmes aux ceremonies religieuses et aux petits riens de la vie domestique: "Puis des annees s'ecoulerent, toutes pareilles et sans autres episodes que le retour des grandes fetes: Paques, l'Assomption, la Toussaint. Des evenements interieurs faisaient une date, ou l'on se reportait plus tard. Ainsi, en 1825, deux vitriers badigeonnerent le vestibule (...); (73, nous soulignons). Dans ce sommaire, les "evenements interieurs" semblent prendre place dans le calendrier religieux, au cote des fetes religieuses traditionnelles. Par ailleurs, les premieres impressions de la servante relatives a la maison tiennent du respect religieux. Les enfants lui paraissent "formes d'une matiere precieuse" et "le souvenir de << Monsieur, >> planant sur tout!" fait d'emblee du maitre un demidieu: le verbe "planer" est repris dans l'excipit du conte pour peindre le moment de la transfiguration de Loulou: "un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tete." Cette presence surplombante traduit un don d'ubiquite, attribut divin que Felicite reconnait avant tout au Saint-Esprit, dont la substance intangible se propage partout: "C'est peut-etre sa lumiere qui voltige la nuit aux bords des murecages, son haleine qui pousse les nuees, sa voix qui rend les cloches harmonieuses" (62). On peut signaler egalement que Felicite choisit un animal domestique pour objet de son culte. Le perroquet est l'animal d'interieur par excellence, il supporte mal les sorties, il divertit les locataires, il meuble l'habitat.

La chambre de la servante est le lieu d'exposition d'objets recoltes qui retrouvent sur l'autel domestique une place qu'ils avalent perdue. La disposition de l'oiseau empaille dans l'espace de la chambre dit assez le sens dont elle l'investit: Loulou est "etabli" sur le corps de la cheminee, l'image d'Epinal est posee de maniere a etre vue conjointement avec le perroquet. Il s'appelle d'ailleurs Loulou, echappant par ce nom inhabituel a l'indifference que lui aurait promis un nom ordinaire ("plusieurs s'etonnaient qu'il ne repondit pas au nom de Jacquot, puisque tous les perroquets s'appellent Jacquot," 77). On peut signaler, pour l'anecdote, que si Loulou entre en conflit avec Fabu qui cherche a "lui apprendre des jurons," il s'agit sans doute d'une allusion indirecte au dieu Fabulinus dont la fonction est d'apprendre a parler aux enfants et qui est mentionne dans La Tentation parmi la multitude des dieux de l'Etrurie (209). Quant au choix du nom "Loulou," faut-il y voir un clin d'oeil a l'ouvrage bien connu de Flaubert, La Bibliotheque orientale d'Herbelot, dans lequel l'article "Loulou" nous apprend qu'il designe "un auteur celebre qui nous a laisse plusieurs ouvrages, et entr'autres le Ketab al-Aschraf: le livre des gens de qualite, ou des honnetes gens, qui contient les plus beaux precepts de la Morale?" Servante docile, Felicite veille a l'ordre moral de la demeure ....

L'adoration du foyer constitue donc le coeur de la croyance de Felicite. La fin du conte culmine avec la sacralisation du dieu local qu'est devenu Loulou: sa transfiguration coincide avec l'arrivee du cortege de la procession dansla cour de la maison Aubain. On peut parler ici d'une sacralisation de l'interieur ou d'une religion de la familiarite, que La Tentation signalait deja:
   Qu'ils etaient doux les repas de famille, surtout le lendemain des
   Feralia! Dans la tendresse pour les morts, toutes les discordes
   s'apaisaient; et on s'embrassait, en buvant aux gloires du passe
   et aux esperances de l'avenir.

   Mais les aieux de cire peinte, enfermes derriere nous, se couvrent
   lentement de moisissure [...]

   Et les innombrables Dieux veillant aux portes, a la cuisine, au
   cellier, aux etuves, se dispersent de tous les cotes,--sous
   l'apparence d'enormes fourmis qui trottent ou de grands papillons
   qui s'envolent. (210) (8)


De la multitude des dieux familiers de La Tentation, il ne reste dans le conte qu'une presence diffuse, identique a celle du pere disparu "planant sur tout."

Dans l'Histoire romaine de Michelet, que connait bien entendu Flaubert, le lien inseparable qui unit la propriete privee au sacre dans le droit romain est garanti par la presence du maitre de la maison (81). L'importance du maitre de la maison romaine, proprietaire divinise regnant sur son domaine, est de meme ordre que celle qu'accorde Felicite a Monsieur et Madame Aubain qu'elle venere religieusement. Le rapport hierarchique qui lie Felicite a sa maitresse s'apparente a celui d'un autre temps: "Felicite la pleura, comme on ne pleure pas les maitres. Que Madame mourut avant elle, cela troublait ses idees, lui semblait contraire a l'ordre des choses, inadmissible et monstrueux" (85). Ici "l'ordre des choses" est celui qui regit la maison romaine antique dont parle Michelet, ou le maitre est identifie a sa terre et celle-ci sacralisee. Aux yeux de Felicite, le proprietaire n'est pas assujetti aux memes lois que le mortel, compte tenu du lien sacre qui l'attache a la demeure. Ainsi, la mort de Madame Aubain n'est pas assimilee a celle de Victor et de Virginie, mais plutot au debut du desordre qui regne desormais dans la maison: Felicite, en perdant sa maitresse, perd sa servitude; ses soins domestiques n'ont plus de raison d'etre. On retrouve de plus, dans le droit romain tel qu'il est interprete par Michelet, la sacralisation du lieu et des constructions, sacralisation qui reposerait sur la croyance, d'une part, que les murs sont la representation du ciel et, d'autre part, que le choix de l'espace sur lequel ils ont ete edifies n'est pas le fruit du hasard, mais resulte d'une election divine. Autre dieu qui rappelle l'adoration des murs, le dieu Terme est litteralement voue a la borne. George Sand fait de la survivance de ce dieu romain le fondement des croyances du paysan: "Ce qu'on eut le plus difficilement extirpe de l'ame du paysan, c'est certainement le culte du dieu Terme. Sans metaphore et sans epigramme, le culte de la borne est invinciblement lie aux eternelles preoccupations de l'homme dont la vie se referme dans d'etroites limites materielles" (Promenade dans le Berry 40-41). Il faut se referer a La Tentation pour trouver une trace de ce dieu dans l'oeuvre de Flaubert: "sur le bord d'un champ, le dieu Terme, deracine, penche, tout couvert d'ordures" (208). Les etroites limites materielles dans lesquelles vivraient les paysans selon Sand cloisonnent de la meme facon l'univers mental et physique de Felicite. La scene dans laquelle Boutais se charge de designer a Felicite l'endroit ou se trouve son neveu sur la carte de l'atlas, est peut-etre la plus eloquente de ce point de vue:
   Enfin, avec son porte-crayon, [Bourais] indiqua dans les decoupures
   d'une tache ovale un point noir, imperceptible, en ajoutant:
   << Voici. >> Elle se pencha sur la carte; ce reseau de lignes
   coloriees fatiguait sa vue, sans lui rien apprendre; et Bourais
   l'invitant a dire ce qui l'embarrassait, elle le pria de lui montrer
   la maison ou demeurait Victor. Bourais [...] rit enormement; [...]
   et Felicite n'en comprenait pas le motif,--elle qui s'attendait
   peut-etre a voir jusqu'au portrait de son neveu, tant
   son intelligence etait bornee! (68, nous soulignons)


Le qualificatif "borne," qui designe l'incapacite de Felicite a localiser un endroit abstraitement, s'avere ici signifiant dans son sens propre. L'existence du neveu est intrinsequement liee aux limites materielles d'une maison.

Si la cessation du culte romain n'est pas evoquee directement dans "Un Coeur simple," le recit associe pourtant la ruine de la maison Aubain avec la deesse du foyer: "La pendule, au milieu, representait un temple de Vesta;--et tout l'appartement sentait un peu le moisi, car le plancher etait plus bas que le jardin" (48). Il semble que la deesse soit convoquee pour mettre en evidence la disparition imminente de l'entourage de Felicite. La maison Aubain est decrite des les premieres lignes du conte comme un vestige. Dans La Tentation, la mort des dieux, soumise au Temps, est presentee comme un processus inevitable. "Un Coeur simple" ne respecte pas cette progression, mais integre d'emblee la finitude du culte. Expression d'un esprit "primitif" et "mythologique" dans une epoque "historique," le culte du perroquet ne peut s'etendre hors du cadre etroit qui l'a vu naitre et prend fin a la mort de sa seule adoratrice. Les dernieres pages du conte mettent plus particulierement en lumiere l'impossibilite d'un echange spirituel entre la communaute de Pont-l'Eveque et la servante en dramatisant l'isolement de Felicite, ecartee de la procession religieuse.
   Par ailleurs, la voix de Loulou, le seul bruit lui parvenant apres
   sa maladie, se revele a elle, dans un episode qui rappelle la venue
   du Saint-Esprit le jour de la Pentecote: [Apres les recherches de
   Felicite suite a la disparition passagere du perroquet.]
   Enfin elle rentra, epuisee, les savates en lambeaux, la mort dans
   l'ame; et, assise au milieu du banc, pres de Madame, elle racontait
   toutes ses demarches, quand un poids leger lui tomba sur l'epaule,
   Loulou! Que diable avait-il fait? [...] Elle eut du
   mal a s'en remettre, ou plutot ne s'en remit jamais. Par suite d'un
   refroidissement, il lui vint une angine; peu de temps apres, un mal
   d'oreilles. Trois ans plus tard, elle etait sourde; et elle parlait
   tres haut, meme a l'eglise. Bien que ses peches auraient pu
   sans deshonneur pour elle, ni inconvenient pour le monde, se
   repandre a tous les coins du diocese, M. le cure jugea convenable
   de ne plus recevoir sa confession que dans la sacristie. Des
   bourdonnements illusoires achevaient de la troubler. [...] Un
   seul bruit arrivait maintenant a ses oreilles, la voix du
   perroquet. (78-79)


Comme la descente de l'Esprit saint ("un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent"), Loulou tombe du ciel sur l'epaule de la servante. Le don des langues dont sont des lors pourvus les apotres leur permet d'entendre et de repandre le message divin. Si Felicite possede bien, a partir de cet episode, une perception accrue (parce qu'exclusive) de la voix de Loulou, la transmission de cette voix en revanche lui est refusee: "l'epanchement" du coeur que permet le dialogue de la servante et de l'oiseau se limite a eux seuls. La parole biblique destinee a se propager miraculeusement pour assembler les hommes dans une meme croyance, tend au contraire, dans "Un Coeur simple," a accelerer te repli sur soi de Felicite. Le cure contribue d'ailleurs au renforcement de cet isolement par l'exclusion de la servante hors de l'eglise: contrairement aux apotres dont le role est d'etre les temoins du Christ "jusqu'aux extremites de la terre" (Actes des Apotres, l, 8, nous soulignons), Felicite voit le rayonnement de sa parole restreint a l'espace de la sacristie, lieu profane, "bien que ses peches auraient pu [...] se repandre a tous les coins du diocese" (nous soulignons). La servante est plus que jamais coupee de la communaute religieuse de Pont-l'Eveque, ne partageant son dieu avec personne: la propriete diffusible du souffle est contenue dans les limites de la chambre de Felicite.

Cette introspection imposee semble etre la caracteristique de l'homme qui sort du temps de la barbarie comme le proposent ces notes de Flaubert:
   Toute l'histoire <n'> est <-elle pas> <d'ailleurs> cela: un flux
   qui vient de la-haut, <du fond de l'horizon> pour mourir sur une
   greve chaude ou il [s'emb] entre et se dissout. Reaction--
   Civilisation--Corruption--Retour a l'antique. <Puis> alors le
   reve [ne tourne] <ne se porte> plus au voyage ni a la conquete,
   mais [au souvenir] <il se tourne> a l'etude, au souvenir, a
   l'analyse, a la fouille de l'homme. (Carnets de travail, 135)


L'epoque moderne serait contrainte de se replier dans un cercle de plus en plus restreint, se satisfaisant des limites qu'elle se donne a elle-meme et, a l'instar de Felicite, comblee par les eclats refractes d'un passe flamboyant. Le voyage, la conquete d'un ailleurs, n'ont alors plus de raison d'etre, ils sont remplaces par un immobilisme nostalgique qui se traduit dans "Un Coeur simple" par la sacralisation de l'interieur dont nous parlions ci-dessus. L'episode du voyage a Trouville met bien en evidence le mouvement introspectif de l'esprit de la servante en presence d'autrui. Durant le trajet accidente qui mene la famille Aubain de Pont-l'Eveque a Trouville, le divertissement procure par les recits de Liebard compense les lenteurs du deplacement:
  La route etait si mauvaise que ses huit kilometres exigerent deux
  heures. Les chevaux enfoncaient jusqu'aux paturons dans la boue, et
  faisaient pour en sortir de brusques mouvements des hanches; ou bien
  ils butaient contre les ornieres; d'autres fois, il leur fallait
  sauter. La jument de Liebard, ci de certains endroits, s'arretait
  tout a coup. Il attendait patiemment qu'elle se remit en marche; et
  il parlait des personnes dont les proprietes bordaient la route,
  ajoutant a leur histoire des reflexions morales. Ainsi, au milieu de
  Toucques, comme on passait sous des fenetres entourees de capucines,
  il dit, avec un haussement d'epaules:--<< En voila une Mme
  Lehoussais, qui au lieu de prendre un jeune homme ... >> Felicite
  n'entendit pas le reste; les chevaux trottalent, l'ane galopait;
  tous enfilerent un sentier, une barriere tourna, deux garcons
  parurent, et l'on descendit devant le purin, sur le seuil meme de la
  porte. (56-57, nous soulignons)


En guide confiant dans la superiorite que lui conferent ses connaissances du lieu (semblable en cela a un Bourais, a un Homais), Liebard ponctue ses recits de jugements moraux. La narration prendrait en compte son commentaire sur le mariage de Theodure et de Madame Lehoussais si la surdite partielle et subite de Felicite ("elle n'entendit pas le reste") ne coupait court a tout developpement de son discours. L'espace auditif est ici restreint en reaction a l'intrusion que constitue le verbiage de Liebard. L'enumeration de celui-ci serait sans fin si le recit n'adoptait alors le point de vue borne de Felicite. Il faut remarquer qu'au retrecissement de l'espace auditif de Felicite repond un deplacement sans histoire: le voyage, jusqu'a present accidente, et donc retarde, se fait fluide ("les chevaux frottaient, l'ane galopait ..."). Le resserrement du recit de la fin du voyage--par opposition a sa lente progression du debut, alourdie par les commentaires de Liebard--mime la restriction des capacites de perception de Felicite. L'amenuisement de sa sensation auditive debouche sur la description epuree, simplifiee, des etapes du voyage. "Une barriere tourna, deux garcons parurent": la barriere est actionnee, suppose-t-on, par les enfants, mais le texte s'embarrasse le moins possible du recit circonstancie. Cet amenuisement de la perception auditive met en lumiere l'essentiel de la vie de la servante, dans une formule concentree de ce qui fait son existence: l'issue du voyage est une ferme, et plus exactement le purin de la cour.

Plus avant dans le conte, cette tendance a une simplification extreme se radicalise: "Le petit cercle de ses idees se retrecit encore, et le carillon des cloches, le mugissement des boeufs n'existaient plus. Tous les etres fonctionnaient avec le silence des fantomes" (79). Il s'agit de preserver un espace ("le petit cercle de ses idees") en lui sacrifiant un monde (le carillon, le mugissement). Forte tension qui voit d'un cote un discours se deployant a l'infini mais reduit a la paraphrase d'une realite, de l'autre un silence introspectif depourvu de tout commentaire sur le monde. (9) Le discours circonstancie, "historique," de Liebard scande une temporalite reguliere, monotone et moderne, quand les raccourcis qu'emprunte la pensee de Felicite evoquent l'emerveillement d'une perception temporelle propre au recit legendaire.

Soit, d'une part, une communaute vivant avec son temps, permeable aux changements politico-religieux, d'autre part, un personnage vivant hors du temps, dans un monde peuple de legendes et de mythes. Felicite fait revivre les fantomes du passe dans l'espace de sa chambre en recoltant autour d'elle des objets qui reactualisent pour elle un vivant disparu: "Au moyen d'une planchette, Loulou fut etabli sur un corps de cheminee qui avancait dans l'appartement. Chaque matin, en s'eveillant, elle l'apercevait a la clarte de l'aube, et se rappelait alors les jours disparus, et d'insignifiantes actions jusqu'en leurs moindres details, sans douleur, pleine de tranquillite" (83, nous soulignons). L'objet efface toute idee de disparition, il vaut pour la vie ellememe, il maintient un lien entre le present et le passe. L'adoration de Loulou/ Saint-Esprit intervient d'ailleurs apres la mort du perroquet, comme une croyance qui comble avec succes le vide laisse par l'absence.

Dans "Un Coeur simple," la distance qui separe une existence contemporaine d'une vie "spontanement poetique" est signifiee par l'absence de propagation du mythe cree par la servante et par la tonalite macabre des traditions ancestrales qu'elle reproduit. La survivance d'une croyance primitive parait devoir etre exprimee par un ensemble de traditions funebres. L'esprit de conservation de Felicite engendre une pulsion de mort: il suffit de penser au perroquet empaille, ronge par les vers mais neanmoins cheri. Le langage legendaire ne parvenant a la comprehension de l'homme moderne que degrade par le temps, il n'est pas surprenant que, dans le conte, l'expression de ce legendaire inaccessible porte principalement sur une tradition melant la mort au quotidien. Le legendaire larve, production originale de l'age historique, est figure dans "Un Coeur simple" par la survivance denaturee d'une croyance religieuse antique dont la pratique repose deja sur un culte des morts et du passe.

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Boulder, co 80309-0238

NOTES

(1) Guiguiaut est avant tout connu pour sa traduction et son adaptation de la Symbolique de Creuzer dont les theses sont en partie reprises dans cet article, selon Frank Paul Bowman.

(2) Parmi les legendes que recueille George Sand dans sa tentative pour preserver le patrimoine traditionnel francais, on compte celle "des Lavandieres" qu'elle publie dans Les Legendes rustiques en 1858. Il est difficile de determiner si Flaubert connait "Les Lavandieres" grace a George Sand ou grace a des recherches anterieures sur la Bretagne (pour l'ecriture de Par les champs et par les greves, par exemple). Salammbo evoque deja cette legende, puisque les femmes des Barbares s'acharnant sur les depouilles des prisonniers carthaginois sont deja comparees a des lavandieres: "[...] puis, inclinees sur ces pauvres corps, elles les frappaient a tour de bras comme des lavandieres qui battent des linges; en hutlant le nom de leurs epoux, elles les dechiraient sous leurs ongles; elles leur creverent les yeux avec les aiguilles de leurs chevelures" (333).

(3) Comme l'indique d'ailleurs P.-M. de Biasi dans son edition: "si l'on se reporte a la suite du recit, le moment de cette description initiale doit se situer apres le depart des enfants de Mme Aubain, avant ou apres la mort de la petite Virginie" (note 6, 48).

(4) Rien de surprenant du reste dans cette repartition qui doit beaucoup a certains lieux communs romantiques sur la domesticite. Lamartine, par exemple, dans son hommage aux domestiques, considere qu'ils sont parfois plus devoues a la maison que les maitres eux-memes: "L'humanite devrait un monument eternel a la domesticite. Et le coeur des familles, des enfants, des vieillards, que ne lui doit-il pas? Et la politique ellemime, que ne lui devrait-elle pas, si elle savait considerer le domestique a sa vraie place dans la civilisation?" (85).

(5) En plus d'une localite normande, ce nom evoque egalement celui du capitaine "Aubin" dans Paul et Virginie, comme le note Brigitte Le Juez, (16).

(6) Les signes diacritiques partiellement reproduits dans cet article appartiennent a l'edition Bonaccorso: 1) italique: variantes interlineaires (nous mettons de cote les distinctions entre lignes superieures et lignes inferieures dont l'edition Bonaccorso rend compte avec une grande precision); 2) <...>: ratures; 3) 1/sa: surcharge; 4) [...] reconstitution, entiere ou partielle, d'un mot; 5) *: lecture conjecturale; 6)//: fin de ligne.

(7) Sur l'importance de la Symbolique de Creuzer dans l'oeuvre de Flaubert, voir notamment Jean Sezaec et Frank Paul Bowman.

(8) On sait que Flaubert se renseigne aupres des eminents mythologues que sont Frederic Baudry et Alfred Maury pour constituer la liste de cette multitude de petits dieux familiers. Jean Seznec a rendu compte des recherches qu'ont poursuivies les deux savants dans le but de repondre aux questions de l'auteur (142).

(9) Raymonde Debray Genette trouve deja dans le recit de voyage Par les champs et par les greves, ecrit avec Du Camp, la meme reticence flaubertienne vis-a-vis du discours didactique du guide: "Il faut [...] renoncer a la perspective romanesque si l'on veut justement comprendre la force propre de la description flaubertienne, sa dynamique interne, tout ce qu'il ne lui faut pas etre pour exister. Et justement, proprement flaubertien deja, le rejet du discours didactique, du discours de guide. Decrire avec fidelite, meme dans un recit de voyage, ce n'est pas enumerer, ni meme classer, ce serait, somme toute, paraphraser l'objet, parler a cote de lui. On ne doit pas non plus s'en tirer par cette sorte de parabole narrative qu'est son historique" (239).

OUVRAGES CITES

Bonaccorso, Giovanni et collaborateurs. Corpus flaubertianum, I.: "Un Coeur simple," en appendice Edition diplomatique et genetique des manuscrits. Paris: Les Belles Lettres, coll. les textes francais, 1983.

Bowman, Frank Paul. "Flaubert dans l'intertexte des discours sur le mythe." Gustave Flaubert 2: Mythes et religions (1). Textes reunis par Bernard Masson. Paris: Minard, Lettres Modernes, 1986. 5-57.

Creuzer, Georg Friedrich. Religions de l'antiquite, considerees principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques. Traduit, refondu en partie, complete et developpe par J. D. Gnigniaut. Paris: 10 vols. 1825-1851.

Debray Genette, Raymonde. Metamorphoses du recit: Autour de Flaubert. Paris: Seuil, 1988.

Flaubert, Gustave. Carnets de travail, Edition critique et genetique etablie par Pierre-Marc de Biasi. France: Balland, 1988.

--. "Un Coeur simple." Trois Contes. Introduction et notes par Pierre-Marc de Biasi, Paris: Le Livre de Poche, 1999.

--. Salammbo. Paris: Gallimard, 1970.

--. La Tentation de saint Antaine. Paris: Flammarion, 1967.

--. La Tentation de saint Antoine. Version 1849. CEuvres Completes. Presentation et notes de Bernard Masson. Paris: Seuil, 1964. Guigniaut, J. D. "Mythologie, Ercyclopedie des gens du monde, repertoire universel des sciences, des lettres et des arts. Paris: 1844.

Herbelot, D'. Bibliotheque orientale ou dictionnaire universel [...]. Maestricht: 1776. Lamartine, Alphonse de. Genevieve: Histoire d'une servante. Paris: [s.d., premiere edition 1850].

Le Juez, Brigitte. Le Papegai et le Papelard dans "Un Coeur simple" de Gustave Flaubert. Amsterdam: Rodopi, 1999.

Michelet, Jules. Histoire romaine. Seconde edition. Paris: Hachette, 1833.

--. Le Peuple. Paris: Flammarion, 1974.

Millet, Claude. Le Legendaire au dix-neuvieme siecle: Poesie, mythe et verite. Paris: PUP, 1997.

Neefs, Jacques. "Le recit et l'edifice des croyances: Trois Contes" Flaubert: La dimension du texte. Communications du congres de Manchester presentees par P. M. Wetherill, Manchester, Eng.: Manchester UP, 1982. 121-40.

Quinet, Edgar. Histoire de la poesie. Paris: Edition Pagnerre, 1986.

Sand, George. Legendes rustiques. Paris: Libres-Hallier, 1980.

--. Promenade dans le Berry: Moeurs, coutumes, legendes. Bruxelles: Complexe, 1992.

Seznec, Jean. Les sources de l'episode des dieux dans La Tentation de saint Antoine (premiere version, 5849). Paris: Vrin, 1940.
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Author:Matthey, Cecile
Publication:Nineteenth-Century French Studies
Article Type:Critical Essay
Date:Mar 22, 2004
Words:6356
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