Printer Friendly

"Le chapitre de Jenlain," ou la mise en abyme fantasmatique de Germinal.

Dans un roman qui depeint les abus endures par les mineurs asservis aux lois de la societe industrielle et decrit l'avenement progressif d'une conscience politique au sein de la classe proletaire, le <<chapitre de Jenlain>> ou <<chapitre de fantaisie>> (Ebauche, f 467/64), ainsi que Zola nomme le sixieme chapitre de la quatrieme partie de Germinal, figure une parenthese, un a cote du recit. (1) De fait, alors que la communaute miniere est en pleine periode de greve, ce chapitre offre la particularite d'evacuer le reel, de tourner le dos a la question sociale, et si les mefaits et jeux de trois gamins et la partie de crosse d'un groupe de mineurs peuvent pretendre s'inscrire dans le projet naturaliste en documentant tant les actions d'enfants livres a eux-memes que les distractions des hommes au pays minier, ils nous propulsent avant tout dans un univers a la fois ludique et onirique, marque par la jouissance et le paroxysme ("Jamais ils [les enfants] n'avaient tant ri"[13731). Le lecteur serait toutefois mal venu de traiter ces pages avec desinvolture. Les travaux de Colette Becker nous enseignent en effet que la fantaisie zolienne est a prendre au serieux et que c'est plus precisement dans la situation onirique que 'Tinconscient affleure sous forme d'images, de gestes, de scenes" ("Logique" 488). (2) Ignorer la portee de ces pages pour le roman reviendrait, comme nous nous proposons de le demontrer, a ignorer les ramifications d'un reve pour le moi. En effet, comine dans un reve ou, par le biais de deplacements et de condensations, l'essentiel passe a travers le futile et l'anodin tandis que le dormeur oublie temporairement ses contraintes quotidiennes, ce ne sont rien moins que les fantasmes structurants du recit qui s'engouffrent dans ces pages de fantaisie alors que le recit ferme temporairement les yeux sur la question sociale. Situe dans le coeur meme de Germinal, dans son "pli" median (Mahieu 43), le chapitre de Jeanlin est un haut-lieu du sens qui met en abyme la structure fantasmatique du recit et permet de porter un eclairage singulier sur le roman. (3)

L'action sur laquelle s'ouvre le chapitre nous projette d'emblee dans le coeur du sujet. C'est la tombee de la nuit et, sur la route du puits abandonne de Requillart, le jeune Jeanlin Maheu decide de faire voler a son camarade Bebert une morue accrochee a la porte d'une epicerie tenue par une vieille femme:
   Et, la route enfin etant libre, il lanca Bebert.
  --Hardi! tire sur la queue! ... Et mefie-toi, la vieille a son
   balai.
   Heureusement, la nuit se faisait noire. Bebert, d'un bond, s'etait
   pendu a la morue, dont la ficelle cassa. (1364)


L'episode, qui pourrait sembler de prime abord d'un interet negligeable, s'avere en realite jouer dans le recit un role structural d'envergure. De fait, qu'est-ce que ce passage ou il s'agit, par un violent effort, de saisir et d'arracher un objet convoite sinon l'annonce, l'anticipation de la scene sans doute la plus memorable du roman, si ce n'est des Rougon-Macquart, a savoir la fameuse scene de la castration de Maigrat destinee a se jouer quelques chapitres plus avant (chapitre 6, cinquieme partie)? L'on rapportera ici le passage memorable de ce que Zola, dans le dossier preparatoire du roman, appelle pudiquement 'Toperation" (f 275):
   Et la Brule, de ses mains seches de vieille, ecarta les cuisses
   nues, empoigna cette virilite morte. Elle tenait tout, arrachant,
   dans un effort qui tendait sa maigre echine et faisait craquer ses
   grands bras. Les peaux molles resistaient, elle dut s'y reprendre,
   elle finit par emporter le lambeau, un paquet de chair velue et
   sanglante, qu'elle agita, avec un rire de triomphe. (1453)


Outre le fait que ces deux scenes se font l'echo l'une de |'autre a travers la gestuelle qui les met en oeuvre, l'on note qu'elles sont egalement suivies d'une meme action, les agresseurs s'enfuyant au galop avec un trophee qu'ils agitent et paradent par l'entremise d'un objet specifique (ficelle pour les enfants, baton pour les femmes):
   Il [Bebert] prit sa course, en l'agitant [la morue] comme un
   cerf-volant, suivi par les deux autres, galopant tous les trois.
   (1364)

   elle finit par emporter ... un paquet de chair velue et sanglante,
   qu'elle [la Brule] agita, avec un rire de triomphe (1453)
   la bande des femmes galopa, avec la bete mauvaise, la bete ecrasee,
   au bout du baton. (1453)


En annoncant cet episode inoubliable de Germinal, la scene proleptique du vol de la morue s'apparente a un reve premonitoire. Comme dans la situation onirique en effet, c'est en vertu d'une serie de deplacements qu'il est donne a un fait apparemment anodin (un vol commis par des gamins) de recouvrir un fantasme specifique (la castration). De la scene figuree a la scene litterale plusieurs inversions se produisent. C'est d'une part sous les especes d'une epiciere demunie et innocente, c'est a dire d'une figure de victime d'inspiration maternelle, que se voit annonce un epicier nanti et monstrueux (Maigrat), qui est quant a lui une figure de pere victimisateur. C'est, de meme, au terme d'un deplacement que l'objet de la mutilation, les parties genitales de Maigrat, prend la forme innocente d'une morue et de sa queue--l'on rejoint a ce propos le sens argotique de ce dernier terme--tandis que le balai de l'epiciere redoute par les gamins ("Et mefie-toi, la vieille a son balai." [1364]) confirme, si besoin etait, la dimension phallique de la vieille femme.

La mise a jour de l'acte de castration sous sa forme figuree n'est en fait que le moment le plus saillant d'un fantasme qui s'avere informer l'ensemble du chapitre. Si le couteau avec lequel le gamin nettoie le poisson provient, ainsi que nous l'apprenons plus tard dans l'episode, d'une taverne qui a pour nom "la Tete coupee" (1369), l'on arguerait que c'est cette "tete coupee," substitut metaphorique du phallus castre, qu'esquissent les deux objets qui, dans la deuxieme partie du chapitre, constituent l'enjeu de la partie de crosse de Zacharie et ses camarades. Par le biais de la "casquette neuve et [du] foulard rouge" (1372) que doit remporter le vainqueur, ce sont en effet les deux extremites d'une tete decollee--le crane, suggere par la casquette, et le cou sanglant, evoque par le foulard rouge--qui se voient delimitees. (4) Enjeu symbolique donc que celui des jeux des adultes puisque ce n'est rien moins que le phallus du pere que les joueurs de crosse se disputent, le double trophee destine au vainqueur de la partie annoncant, comme la morue volee, "l'abominable trophee" (1453) conquis par le personnage de la Brule.

Enfin il s'avere egalement que, par un phenomene d'echo et toujours sous l'apparence d'un jeu d'enfants, la scene de castration metaphorique sur laquelle s'ouvre le chapitre de fantaisie se voit reiteree a la fin de celui-ci. Le sort de la lapine Pologne que Jeanlin a volee au tavernier Rasseneur est a ce propos revelateur. Non seulement l'animal que les enfants s'amusent a poursuivre, est-il, comine la morue, un objet vole et attache a une ficelle tenue par un gamin, mais les jeux cruels des enfants qui lui jettent des pierres debouchent sur un nouvel acte de castration figuree: "une pierre lui pela le dos, une autre lui coupa la queue ..." (1374). A l'issue d'une nouvelle serie de deplacements, la malheureuse lapine, figure de victime de sexe femelle et instance maternelle--elle a en effet, dans ce chapitre, "un commencement de grossesse" (1373)--se fait la replique animalisee de l'epiciere et renvoie indirectement elle-aussi, a travers la castration metaphorique dont elle fait l'objet, a la figure du pere ogre, Maigrat. (5) C'est ainsi que le deplacement de la figure haie du pere sur un animal inoffensif permet le controle absolu de l'instance paternelle redoutee. Aussi inattendue qu'elle puisse paraitre, l'association de l'animal a la figure du pere est en fait etablie au seuil meme du roman dans la premiere evocation de Bonnemort, le "grand-pere" et l'aieul du recit: "Tournant le dos au brasier, le charretier etait debout, un vieillard vetu d'un tricot de laine violette, coiffe d'une casquette en poil de lapin ..." (1134).

Or, le fantasme de la castration qui informe l'ensemble du chapitre de Jeanlin et met en abyme les horreurs du chapitre de Maigrat n'est en realite que l'un de deux fantasmes reperables dans le chapitre, ou, plus exactement, il represente l'etape preparatoire a un second fantasme qu'il nous importe a present de mettre a jour. Il ne nous aura pas echappe en effet que l'objet qui se substitue au phallus est un aliment. Ce rapport implicite entre le pere et la nourriture ne saurait etre gratuit lorsque l'on considere que c'est precisement durant la preparation culinaire du poisson que la valeur phallique de celui-ci est implicitement confirmee--la reference a l'auberge de "la Tete coupee" d'ou provient le couteau apparait en effet lorsque Jeanlin nettoie la morue avant de la faire griller. L'on comprendra des lors que l'ingestion du poisson par Jeanlin et Etienne Lantier, le protaganiste, qui a suivi le gamin dans cette demeure improvisee qu'est le puits abandonne de Requillart, est un acte pourvu d'une signification bien specifique. De fait, si l'on se refere aux theories que Freud expose dans Totem et tabou, l'absorption du poisson equivaudrait a l'absorption de "l'animal totemique [qui] sert de substitut au pere" (162). Derriere la fantaisie du modeste repas qui se deroule dans la "caverne scelerate" (1369) de Jeanlin aurait lieu l'esquisse d'un festin totemique. Ainsi, s'approprier le phallus ne suffit-il pas; encore faut-il l'assimiler pour en tirer le plein benefice symbolique et s'introjecter la puissance paternelle.

L'episode du vol de la morue se faisant prolepse ou encore repetition, au sens theatral du terme, de l'episode de la castration de l'epicier Maigrat, il convient, en toute logique, de se demander si le chapitre de Maigrat, lequel developpe, comme on developpe une photographie, l'acte de castration en le faisant passer de l'inconscient au conscient du texte, ne porte pas trace des autres enseignements que prodigue le chapitre de fantaisie. Plus specifiquement, si le phallus n'a pas ete ingere par les agresseuses de Maigrat comme l'a ete la morue par Jeanlin et Etienne Lantier, la scene du repas totemique est-elle pour autant absente du chapitre? Et, seconde interrogation, qu'advient-il dans le chapitre de Maigrat de la double figure du pere? Ou encore, si l'epiciere renvoie a l'epicier, l'epicier a-t-il a son tour partie liee avec une figure feminine?

Les evenements qui se deroulent dans le chapitre de Maigrat--engouffrement de la foule sur les routes du pays minier, attaque de l'epicerie de Maigrat, chute mortelle du commercant du toit de sa maison, castration de l'epicier, arrivee au galop des gendarmes--s'averent d'une telle puissance evocatrice, qu'on en oublierait presque l'existence d'une seconde intrigue, laquelle se deroule parallelement a l'intrigue principale et se trouve precisement centree sur la thematique du repas. C'est ainsi que le jour ou se deroulent les evenements tragiques a l'intant evoques, doit avoir lieu chez le directeur du puits du Voreux, M. Hennebeau, et sa femme, un repas ou sont invites les notables des environs. Or, si c'est la faim, le manque a manger, qui precipite les mineurs sur les routes, c'est, dirait-on, le manque a manger trop bien qui met en revolution les cuisines des Hennebeau. (6) Ecoutons la cuisiniere des bourgeois:
   Elle declara qu'elle n'acceptait plus la responsabilite du diner,
   car elle attendait, de chez le patissier de Marchiennes, des
   croutes de vol-au-vent, qu'elle avait demandees pour quatre heures.

   Evidemment, le patissier s'etait egare en chemin, pris de la peur
   de ces bandits. Peut-etre meme avait-on pille ses mannes. Elle
   voyait les vol-au-vent bloques derriere un buisson, assieges,
   gonflant les ventres des trois mille miserables qui demandaient du
   pain. En tout cas, Monsieur etait prevenu, elle preferait flanquer
   son diner au feu, si elle le ratait, a cause de la revolution.
   (1444)


En faisant de la crise qui se deroule sur les routes l'origine de la crise qui a lieu aux cuisines, les craintes de la cuisiniere quant a l'arrivee a bon port des vol-au-vent lient l'une a l'autre l'intrigue culinaire et l'intrigue Maigrat. Or, cette parente entre les deux intrigues va bien au-dela d'un simple rapport de causalite. De fait, objets tous deux du desir (inconscient ou presume) de la foule, le phallus et l'aliment occupent dans le recit une position structurale identique qui les rend fictivement equivalents l'un a l'autre. En doublant la crise qui entraine la foule dechainee sur les routes et culmine dans l'obtention du penis paternel, la crise qui se joue dans les cuisines des Hennebeau et debouche sur l'obtention des vol-au-vent octroie implicitement a l'intrigue Maigrat une tonalite alimentaire. Or, c'est bien de fait l'hypothese d'une parente entre l'epicier et le mets des bourgeois que le texte renforce. Tandis que le sort fictif des vol-auvent que la cuisiniere imagine "[B]loques derriere un buisson, assieges" se fait l'echo du sort de Maigrat qui, face au siege de sa boutique, se refugie dans un premier temps--et le choix de l'endroit est significatif--dans sa cuisine, la pretendue capacite de l'aliment a "gonfler les ventres des trois mille miserables qui demandaient du pain"(1444) rejoint plus specifiquement l'abilite du penis de Maigrat a gonfler un autre type de ventre: "--Ah! bougre, tu n'empliras plus nos filies!" s'ecrie l'une des assaillantes de l'epicier apres la castration (1453). (7) Cette equivalence implicite entre les deux objets se trouve indirectement confirmee dans les paragraphes clausules du recit ou, a l'evocation du corps de Maigrat qu'on sair marque par le manque, succede la description de l'arrivee de l'aliment venu precisement combler un manque: "la voiture du patissier de Marchiennes arrivait enfin, une carriole d'ou sauta un marmiton, qui se mit d'un air tranquille a deballer les croutes des vol-au-vent" (1455). Aussi est-ce en toute logique que l'aliment attendu par les bourgeois conjure l'aliment totemique du chapitre de Jeanlin. Ainsi les "vol-au-vent" apportes par le "marmiton," c'est-a-dire a l'origine "un petit garcon" (Littre), evoquent-ils tant par leur signifie litteral ("voler dans le vent") que leur signifiant phonique ([v lova]) ce "cerf-volant" (volant [v la]) auquel est comparee la morue emportee par ce jeune garcon qu'est Bebert ("Il prit sa course l'agitant comme un cerf-volant" [1364]).

L'on ne s'etonnera pas, au vu des remarques qui precedent, qu'il revienne au terme "vol-au-vent" de conclure non seulement le chapitre de Maigrat mais la sixieme partie du roman. Au-dela du cruel effet d'ironie que cette position strategique du terme produit a la surface du texte--un aliment qui n'est pas destine a combler la faim conclut un chapitre ou l'on meurt de faim--cet emplacement de choix signale une verite bien plus profonde, laquelle rejoint l'histoire de l'humanite. L'on reconnaitrait ainsi dans les faits et gestes de la "horde aux grands gestes furieux" (1424) annoncee dans le chapitre de fantaisie par cette "horde sauvage" (1364) qu'est le trio de garnements "Jeanlin, Bebert, Lydie" les faits et gestes de la borde primitive des debuts de l'humanite, ainsi decrits par Freud: "un jour, les freres chasses se sont reunis, ont tue et mange le pere, ce qui a mis fin a l'existence de la horde paternelle ..." (Freud 163). (8)

Le destin implicitement alimentaire du phallus de Maigrat que les rapports structuraux entre les deux intrigues permettent d'etablir se voit d'ailleurs, notons-le, suggere de maniere plus directe a la surface du texte. Il est evoque tant dans l'episode de la castration ou les parties genitales de l'epicier sont comparees a "un dechet de viande a l'etal d'un boucher" (1453) que dans le discours des bourgeoises qui, a l'abri derriere les persiennes de la demeure des Hennebeau, tentent d'identifier la sinistre banniere autour de laquelle les femmes de mineurs se pressent:

--Qu'ont-elles donc au bout de ce baton? demanda Cecile, qui s'etait enhardie jusqu'a regarder. Lucie et Jeanne declarerent que ce devait etre une peau de lapin.

--Non, non, murmura Mme Hennebeau, ils auront pille la charcuterie. On dirait un debris de porc. (1454)

Si, dans le chapitre de Jeanlin, c'est l'animal "lapin"qui a partie liee avec les organes du pere, c'est par un mouvement inverse et en toute logique que dans le chapitre de Maigrat le phallus de l'analogue du (mauvais) pere renvoie a ce meme animal.

De meme que le vol de la morue offre une premiere version--version ludique--de l'acte de castration destine a se jouer deux chapitres plus avant, le repas auquel le gamin et Etienne Lantier prennent part dans le chapitre de fantaisie n'annonce rien moins que le fantasme du repas totemique qui s'inscrit au coeur du chapitre de Maigrat. Il y acertes dans cette partie du roman, ainsi que le suggere Lawrence Schehr, "the implication that we are all potentially cannibals" (350). Lorsque la Maheude remplit de terre la bouche du cadavre "encore chaud" (1452.) en s'ecriant, "Attends! Attends! il faut que je t'engraisse encore" (1452), elle traite l'epicier comme un animal qu'on engraisse pour la consommation. Aussi le "mange, mange, toi qui nous mangeais!" (1452) qu'elle profere, resonne-t-il implicitement comme un "c'est maintenant a nous de te manger, toi qui nous mangeais"--acte de manducation que miment d'ailleurs les femmes dechainees qui "crach[ent]" sur le sinistre trophee en "avanc[ant] leurs machoires" (1453). (9)

Si, dans le chapitre de Maigrat, la castration vise une figure de pere ogre, victimisateur, imago du pere envisagee a travers le prisme du courant de haine, l'on sait que dans l'epure de cet acte (le vol de la morue) l'instance paternelle est plus specifiquement envisagee a travers le prisme du courant tendre puisqu'elle apparait sous les traits d'une femme victimisee (l'epiciere). Or, qu'advient-il dans le chapitre Maigrat de cette double dimension paternelle subsumee dans la figure hieratique de l'epiciere? Le chapitre donne-til a lire, comme le chapitre de fantaisie, une "attitude affective ambivalente" (Freud 162) a l'endroit de la figure du pere, et si oui, est-ce alors sous sa double forme que la figure du pere est ingeree?

L'on examinera a ce propos les circonstances qui conduisent a l'emasculation de Maigrat. Si la foule affamee s'elance sur les routes du pays minier en quete d'une victime quisera Maigrat, il s'avere que l'epicier, en depit du sort spectaculaire qui lui est reserve, n'est point la victime originelle de la horde de mineurs. La violence que ces derniers dirigent a l'encontre du commercant n'est autre en effet que le deplacement d'une violence initialement manifestee a l'encontre d'un personnage de nature fort different. C'est en effet la jeune bourgeoise Cecile Gregoire, laquelle ale malheur de se retrouver prisonniere de la foule lors d'une promenade qu'elle fait avec ses compagnes, qui devait d'abord etre la proie des assaillants de Maigrat. Ce n'est de fait qu'a la derniere minute, lorsque le pire est a craindre pour la jeune fille--la foule s'apprete a la mettre a nu--que la violence se deporte sur Maigrat et que l'epicier se substitue de facto a Cecile:
   De son cote, Etienne, bouleverse de ces represailles contre une
   enfant, s'efforcait de faire lacher prise a la bande. Il eut une
   inspiration, il brandit la hache qu'il avait arrachee des poings de
   Levaque.

   --Chez Maigrat, nom de Dieu! ... Il y a du pain, la-dedans.
   Foutons la baraque a Maigrat par terre! (1448)


Or, si l'innocente Cecile anticipe le personnage de Maigrat de par son role de victime, elle rejoint plus encore l'epicier par le biais de l'agression qu'elle subit. Au-dela du viol metaphorique auquel son aventure equivaut--"Elle n'avait aucun mal, pas meme une egratignure: sa voilette seule etait perdue" (1449)--l'epreuve de la jeune femme peut se lire en effet comine un acte de castration. (10) Le fait que durant l'aventure cauchemardesque de Cecile le vieux Bonnemort, doyen des mineurs, est fascine par le "cou blanc de jeune fille" et qu'il y porte les mains ("des mains froides venaient de la prendre au cou" [1447]) est a ce propos significatif si l'on considere, avec Sylvie Collot, que le cou, de par "sa capacite de gonflement, [et] sa turgescence intermittente" (30), est pourvu dans l'imaginaire zolien d'une valeur indirectement phallique. C'est bien d'ailleurs cette dimension implicitement phallique de la jeune fille que connote la "plume blanche" (1447) que Cecile porte a son chapeau et qui ale don, avec ses autres vetements, d'exasperer les femmes vengeresses. Valeur castratrice de l'agression qui est d'ailleurs confirmee par le fait que la foule initie sur la jeune fille une action qu'elle achevera plus tard sur Maigrat. En effet, l'on arguerait d'autant plus que le deculottage de la jeune fille desire par la foule--"le cul a l'air! le cul a l'air!" (1447)--mais interrompu par l'arrivee du sauveur de Cecile (le directeur de mine Deneulin) trouve son aboutissement dans le deculottage de Maigrat, que les deux episodes sont rendus par une meme construction syntaxique: "Deja, on la tiraillait, ses vetements craquaient" (1448) / "Deja, la Mouquette le deculottait, tirait le pantalon ..." (1453). De meme enfin que c'est une "femme [qui] [a] dechire la voilette" de Cecile (1448), l'on note que c'est une femme qui arrachera le phallus de Maigrat ("Elle tenait tout, arrachant, dans un effort ..." [1453]).

Subsumee dans le chapitre de Jeanlin a l'interieur du personnage "hermaphrodite" de l'epiciere, la double imago paternelle se dedouble dans le chapitre de Maigrat en deux personnages qui se font l'envers l'un de l'autre. Demeure des lors une question. Si le personnage de Cecile, comine le personnage de l'epicier dont il est l'envers innocent, fait l'objet d'une castration metaphorique, se voitil lui aussi implique dans un rituel totemique?

L'on nous permettra, pour les besoins de la demonstration, de sortir temporairement des limites du chapitre Maigrat afin d'examiner la toute premiere evocation de la jeune femme. Au-dela de la teneur alimentaire quelque peu cliche dont est empreinte la description initiale de Cecile--celle-ci, "trop saine ... mure a dix-huit ans," possede "une chair superbe, une fraicheur de lait" (1196)--la jeune bourgeoise se voit liee a la thematique de l'alimentation de maniere organique. Il est ainsi significatif que lorsqu'elle est mentionnee pour la premiere fois dans le recit, Cecile le soit dans un contexte alimentaire: "--Melanie, dit-elle [Mme Gregoire] a la cuisiniere, si vous faisiez la brioche ce matin, puisque la pate est prete. Mademoiselle ne se levera pas avant une demi-heure, et elle en mangerait avec son chocolat ..." (1194). Si la contiguite syntagmatique de la brioche et de la jeune fille, ainsi que la relation de causalite qui les unir (la brioche est pour Cecile) rapprochent l'aliment et la bourgeoise endormie, le fait que la cuisson de la brioche se deroule parallelement au sommeil de la jeune fille et s'acheve avec le reveil de celle-ci suggererait une sorte d'equivalence entre la jeune femme et l'aliment en intimant que ce corps au repos, semblable a une pate au repos, est destine a la cuisson. Cecile, qui donne ce matin-la de la brioche aux enfants Maheu venus faire l'aumone avec leur mere, ferait des lors implicitement, comine le Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, l'offrande de son corps. C'est bien de fait cette hypothese que renforce Honorine, la femme de chambre, lorsqu'elle s'exclame a l'intention des Gregoire: "--Oh! si Monsieur et Madame voyaient Mademoiselle! ... Elle dort, oh! elle dort, ainsi qu'un Jesus ..." (1196). Investie de la dimension sacrificielle du Christ dont le corps est donne aux croyants, Cecile, que ses parents "regard[ent] avec adoration" (1196), se trouve implicitement associee au mystere de la Sainte-Trinite et a Dieu le pere. Remarquablement, c'est a ce moment du recit que l'equivalence implicite existant entre Cecile et Maigrat peut etre etablie pour la premiere fois. L'on arguerait en effet qu'en donnant aux Maheu la nourriture dont l'epicier vient de priver les malheureux--il a refuse de leur faire credit--la jeune fille se substitue pour la premiere fois a Maigrat.

Or, c'est bien cette thematique alimentaire a laquelle est associee Cecile qui informe de maniere indirecte la depiction de l'agression de la jeune fille dans le chapitre de Maigrat: "Et les femmes, dans cette rivalite sauvage, s'etouffaient, allongeaient leurs guenilles, voulaient chacune un morceau de cette fille de riche. Sans doute qu'elle n'avait pas le derriere mieux fait qu'une autre. Plus d'une meme etait pourrie, sous ses fanfreluches" (1447). Allie au fait que le terme "pourri" renvoie au champ semantique de l'alimentation, ce desir des assaillantes de posseder, plutot qu'un article vestimentaire, "un morceau" de Cecile, donnerait d'autant plus a lire le spectacle d'une curee que les femmes presentent des dispositions canines (elles ont "les dents et les ongles dehors, aboyantes comine des chiennes" [1443]). Cecile que ses parents "ne trouvaient jamais assez bien nourrie, jamais assez grasse" (1561) ne semblait-elle pas d'ailleurs, ainsi qu'un animal, avoir ete engraissee a des fins alimentaires? L'on ne s'etonnera pas des lors qu'a l'instar de Maigrat, dont le phallus est pris de loin pour une peau de lapin, la jeune fille rejoigne semantiquement l'animal totemique. Il est tout d'abord a noter que Cecile joue vis-a-vis du trio d'enfants "Jeanlin-Bebert-Lydie" un role semblable a celui que joue la malheureuse lapine dans le chapitre de fantaisie. Comme Pologne dans le chapitre de Jeanlin, la jeune fille est l'objet de divertissements sadiques de la part des trois galopins puisque ceux-ci, "[a] quatre partes"--l'expression conjure d'ailleurs la thematique de l'animalite--et "conduits par Jeanlin, se gliss[ent] entre les jupes, pour voir le derriere a la dame" [1448]. Il est a souligner d'autre part que la cruelle aventure de la jeune bourgeoise se termine de maniere similaire a celle de l'animal. A l'instar de Pologne qui est sauvee de son supplice in extremis ("elle y serait restee, si les galopins n'avaient apercu, au centre d'une clairiere, etienne et Maheu debout" [1374]), Cecile ne doit son salut qu'a l'arrivee miraculeuse du directeur de mine, Deneulin: "Deja, on la tiraillait, ses vetements craquaient, lorsqu'un homme a cheval parut, poussant sa bete, cravachant ceux qui ne se rangeaient pas assez vite ... C'etait Deneulin" [1448]. Sauvetage bien entendu illusoire puisque dans chaque cas la castration est realisee sur un mode metaphorique: Pologne a la queue coupee, Cecile, sa voilette arrachee.

L'on ajouterait enfin que l'equivalence implicite entre Cecile et l'animal que permet d'etablir la parente structurale unissant les scenes de persecution et les scenes de sauvetage se voit discretement confirmee a partir de certains details vestimentaires ayant trait a la jeune femme. Plus specifiquement, les semes de la soie et de la fourrure qui appartiennent au champ semantique de la lapine (Souvarine aime ainsi a caresser "la soie grise d[u] ... poil" de l'animal [1254]) sont des semes associes a la jeune fille. Le fait que Cecile porte, le jour de son agression, une "robe de soie" et un "manteau de fourrure" [1447] qui incitent les femmes envieuses a la violence ("sa robe de soie [et] son manteau de fourrure, jusqu'a la plume blanche de son chapeau exasperaient ..." [1447]) lie d'autant plus la jeune fille a la lapine que ses assaillantes, en reprochant aux bourgeoises dont Cecile est la representante de "se colle[r] du poil sur la peau" (1447), animalisent la jeune bourgeoise.

Au vu tout a la fois de ce ceremonial totemique dont Cecile, comine Maigrat, fait l'objet, et de la parente organique que les deux personnages entretiennent avec la lapine Pologne, l'on comprendra que le destin de l'animal ne saurait laisser indifferent. Le court echange qui, quelques semaines apres les evenements a l'instant commentes, a lieu un soir entre l'anarchiste Souvarine et son logeur, le cabaretier Rasseneur, merite a ce propos d'etre cite:

--Ou donc est Pologne? demanda-t-il [Souvarine].

Le cabaretier eut un nouveau rire, en regardant sa femme. Apres une courte gene, il se decida.

--Pologne? elle est au chaud. Depuis son aventure avec Jeanlin, la grosse lapine, blessee sans doute, n'avait plus fait que des lapins morts; et, pour ne pas nourrir une bouche inutile, on s'etait resigne, le jour meme, a l'accommoder aux pommes de terre.

--Oui, tu en as mange une cuisse ce soir ... Hein? tu t'en es leche les doigts!

Souvarine n'avait pas compris d'abord. Puis, il devint tres pale, une nausee contracta son menton; tandis que, malgre sa volonte de stoicisme, deux grosses larmes gonflaient ses paupieres. (1482-83)

L'on ne saurait douter, face a la reaction de Souvarine, de la dimension ouvertement anthropophagique que le repas comporte pour lui. (11) C'est que pour l'anarchiste, l'animal a en effet valeur d'etre humain: "Cette lapine, qu'il avait lui-meme appelee Pologne, s'etait mise a l'adorer, venait flairer son pantalon, se dressait, le grattait de ses partes, jusqu'a ce qu'il l'eut prise comme un enfant." (12)

Remarquablement, le moment ou Souvarine prend conscience du triste evenement auquel il a participe a son insu evoque ce moment de prise de conscience qu'est, dans le chapitre de Maigrat, l'instant ou les bourgeoises finissent par identifier l'objet empale sur le baton de la Brule:

--Qu'ont-elles donc au bout de ce baton? demanda Cecile, qui s'etait enhardie jusqu'a regarder.

Lucie et Jeanne declarerent que ce devait etre une peau de lapin.

--Non, non, murmura Mme Hennebeau, ils auront pille la charcuterie, on dirait un debris de porc.

A ce moment, elle tressaillit et elle se tut. Mme Gregoire lui avait donne un coup de genou. Toutes deux resterent beantes. Ces demoiselles, tres pales, ne questionnaient plus.... (1454)

Aliee au fait que l'interrogation de Souvarine "Ou donc est Pologne?" se fait l'echo discret de l'interrogation de Cecile, "Qu'ont-elles donc au bout de ce baton?" (1454), la semblable reaction de l'anarchiste et des bourgeoises vis-a-vis de l'innommable (hesitation, silence, paleur) suggere que l'equivalence lapine/ enfant recouvre en fait l'equivalence lapine/phallus, c'est-a-dire lapine/pere, precedemment etablie et que c'est bien, partant, un festin de nature totemique--celui-la meme qu'aurait fait leanlin s'il avait pu, comme il le desirait, "emporter et ... manger [Pologne], au fond de son trou de Requillart" (1374)--qui se deroule dans la taverne de Rasseneur. Etrange repas qui, en depit de l'ellipse dont il fait l'objet dans le recit, et du sentiment de tristesse qu'il elicite chez Souvarine, n'est autre que le versant du rituel ostensible qu'est le rituel totemique dans le chapitre Maigrat. L'on aurait la, repartis sur ces deux scenes, les deux moments (le deuil et la fete) qui, selon Freud, marquent la scene du repas totemique:
   Dans une occasion solennelle, le clan tue cruellement son animal
   totemique et le consomme tout cru ... L'action accomplie, l'animal
   tue est pleure et regrette. Les plaintes que provoque cette mort
   sont dictees et imposees par la crainte d'un chatiment et ont
   surtout pour bur ... de soustraire le clan a la responsabilite du
   meurtre accompli. Mais ce deuil est suivi de la fete la plus
   bruyante et la plus joyeuse, avec dechainement de tous les
   instincts et acceptation de toutes les satisfactions. (161)


Or, l'ingestion de l'animal totemique par Souvarine ne demeurera pas sans consequences. Si la castration peut s'interpreter comme une etape necessaire vers le repas totemique, il est possible d'arguer que ce repas n'est a son tour qu'une etape vers un autre acte d'envergure symbolique. Les visions qui traversent l'esprit de Souvarine alors qu'il ignore encore le sort de Pologne et qu'il la cherche nerveusement, sont a ce propos revelatrices: "Souvarine, les yeux noyes, tatonnant de ses mains nerveuses, ne semblait pas avoir entendu. Sa face blonde de fille, au nez mince, aux petites dents pointues, s'ensauvageait dans une reverie mystique, ou passaient des visions sanglantes" (1481).

Tout se passe en effet comme si le caractere excessif de ces visions compensait la situation de manque que provoque en Souvarine la disparition de Pologne; ou encore, comme si la presence en lui, sous forme incorporee, de l'animal--la mention des "petites dents pointues" de l'anarchiste semblerait suggerer que celui-ci a pris les traits de l'animal totemique--etait source des images de destruction qui l'investissent. (13) Loin de se contenter d'imaginer cette destruction, Souvarine ira jusqu'au bout de ses fantasmes en provoquant l'ecroulement du puits du Voreux. Sans doute verrait-on la la consequence directe du repas totemique. De fait, si c'est, comme le propose Freud, par "l'acte d'absorption" du pere que les participants au festin totemique "realis[ent] leur identification avec lui, [et] s'appropri[ent] chacun une partie de sa force" 063), il est permis d'arguer que c'est finalement l'introjection de la puissance paternelle sous la forme de l'animal totemique qui permet a Souvarine de porter atteinte au puits du Voreux, incarnation de la loi capitaliste, representation metaphorique du mauvais pere, "monster, ogre, giant, and fierce god" (Brady 25).

Semblable a la fameuse lettre cachee du conte eponyme de Poe porteuse d'un contenu de la plus haute importance mais que son apparence ingrate soustrair aux yeux inquisiteurs quand bien meme elle s'affiche a eux, le chapitre de Jeanlin, alors meme qu'il occupe cette position prominente qu'est le centre du recit, occulte les enseignements essentiels qui sont les siens sous une apparence fantaisiste. (14) Pourtant, en denommant ce chapitre "chapitre de fantaisie," et en le placant au coeur meme du recit, Zola n'en devinait-il pas obscurement la portee symbolique? Chapitre de fantaisie, en effet, si l'on accorde au terme le sens de "fantasme"; chapitre meritant, de meme, d'occuper le centre du recit des lors que son contenu est "central" a l'ensemble de Germinal. Si, le temps d'un chapitre, l'urgence de la question sociale cede le pas a la fantaisie, c'est parce que cette derniere est apte a communiquer d'autres verites, verites plus intimes, plus lointaines lesquelles structurent tant l'univers psychique zolien que, selon Freud, l'enfance de l'humanite. (15)

Tout comme un lapsus ou un geste apparemment anodin rendent possible l'acces a notre moi le plus profond, ce sont un personnage et des faits apparemment "insignifiants," qui, par le biais de ce chapitre de mise en abyme, permettent de mettre a jour la structure fantasmatique du roman. Un simple personnage comparse (l'epiciere anonyme) ou encore, comme dans un conte de fee, un animal (la lapine) renvoient ainsi a une verite psychique (l'ambivalence du complexe paternel) tandis que, derriere leur apparence ludique, des mefaits d'enfants ou des jeux (le vol de la morue, le traitement cruel de la lapine, la partie de crosse) ebauchent des fantasmes specifiques (la castration et le repas totemique). (16)

La localisation de la scene patrophagique au centre meme de Germinal n'est pas sans inflechir notre comprehension du roman et de la serie. Non seulement porte-t-elle atteinte au discours de l'infantophagie ouvertement revendique par le recit (le puits/ogre avale ses enfants comme l'univers capitaliste devore les proletaires), substituant une parole dialogique, parcourue de tensions, a une parole monologique, mais elle suggere aussi une nouvelle voie d'interpretation pour Les Rougon-Macquart. Si l'on reflechit que dans cette serie romanesque qui s'attache a decrire "le debordement des appetits" d'une famille (Fortune 3) nombreux sont les romans parcourus d'une teneur anthropophagique--l'on ne compte plus en effet les personnages de la serie qui se mangent les uns les autres--il est permis d'avancer que les enseignements du chapitre de fantaisie depassent peut-etre bien les limites de Germinai. (17) Positionne en plein coeur d'un roman reconnu lui-meme comme le "chef-d'oeuvre" (au sens etymologique du terme) de la serie, le chapitre de Jeanlin ne semble-t-il pas suggerer que la scene patrophagique informe l'ensemble des Rougon-Macquart?

OUVRAGES CITES

Armstrong, Marie-Sophie. "Totem et tabou dans La Fortune des Rougon." Excavatio 14.1-2 (200l): 73-85.

Becker, Colette. Emile Zola La Fabrique de Germinai. Paris: SEDES, 1986.

--. "Feerie et fantasmes dans les Contes a Ninon." La Fantaisie post-romantique. Eds. J-L Cabanes et J-Pierre Saidah. Toulouse-Le Mirail: Presses Universitaires du Mirail, 2003.329-41.

--. "Logique, fantaisie, jeu. Retour sur la methode de travail de Zola." La Pensee du paradoxe. Approches du romantisme: Hommage a Michel Crouzet. Eds. Fabienne Bercegol et Didier Philippot. Paris: Sorbonne, 2006. 486-98.

--. Le Saut dans les etoiles. Paris: Sorbonne nouvelle, 2002.

--. "Therese Raquin. La Science comme sujet, le fantasme comme aveu." L'Autre. Du roman a la fiction. Etudes Romanesques 4. Ed. Jean Bessiere. Paris: Lettres modernes, 1996. 191-203.

Beizer, Janet. "The Body in Question: Anatomy, Textuality, and Fetishism in Zola" L'Esprit Createur 29.1 (1989): 50-59.

Brady, Patrick. "Birth Trauma, Infant Anality, and Castration Anxiety in Germinal and The Sound and the Fury." Excavatio 1 (1992): 25-30.

Collot, Sylvie. Les Lieux du desir. Paris: Hachette, 1992.

Fuller, Carol. "The Infertile Rabbit: Ambiguities of Creation and Destruction in Germinal." Nineteenth-Century French Studies 10: 3-4 (1982): 340-59.

Freud, Sigmund. Totem et tabou. Paris: Payot, 1980.

Lanoux, Armand. "Emile Zola et Les Rougon-Macquart." Les Rougon-Macquart. Paris: Gallimard (Bibliotheque de la Pleiade), 1960 iX--LViii.

Mahieu, Raymond. "Le Pli du texte balzacien." Balzac: une poetique du roman. Ed. Stephane Vachon. Saint-Denis/Montreal: Presses Universitaires de Vincennes/XYZ, 1996. 43-53.

Mitterand, Henri. Preface a L'Opera des Rougon-Macquart. Auguste Dezalay. Paris: Klincksieck, 1983.

Mossman, Carol. "Etchings in the Earth: Speech and Writing in Germinal." L'Esprit Createur. 25.4 (1985): 30-41.

Poe, Edgar Allen. "The Purloined Letter." Tales of Mystery and Imagination. New York: Barnes & Noble, 2003. 220-44.

Ponterio, Robert. "Souvarine and his Rabbit: Using Images to Define Character in Germinal." West Virginia University Philological Papers 35 (1989): 37-45.

Schehr, Lawrence R. "Deipnomachy, or Cooking with Zola." Nineteenth-Century French Studies 34:3-4 (2006): 338-54.

Zola, Emile. La Fortune des Rougon: Les Rougon-Macquart. Paris: Gallimard (Bibliotheque de la Pleiade), 1960. 3-315.

--. Germinal: Les Rougon-Macquart. Paris: Gallimard (Bibliotheque de la Pleiade), 1964. 1131-591.

NOTES

(1) Mes renvois aux folios du dossier preparatoire de Germinal se font par le biais de l'edition de celui-ci etablie par Colette Becker.

(2) Les notions de fantaisie et de fantasme chez Zola ont fait l'objet de plusieurs travaux de Colette Becker. Voir ainsi "Logique, fantaisie, jeu. Retour sur la methode de travail de Zola" (488-90), "Feerie et fantasmes dans les Contes a Ninon," "Therese Raquin. La science comine sujet, le fantasme comine aveu."

(3) Les pages du"chapitre de Jenlain" sont a mon sens parmi les plus riches de la serie des Rougon-Macquart. J'ai ainsi demontre ailleurs comment le chapitre met egalement en abyme la problematique de l'ecriture zolienne envisagee dans son rapport a Victor Hugo. J'ai aussi suggere l'influence de Lewis Carroll sur ces pages. Voir respectivement "Ou le petit Zola tire parti de Hugo le grand et du dilemne qui en resulte" et "Germinal, ou les aventures de Zola au pays des merveilles."

(4) A noter que le jeu de crosse lui-meme est parcouru par la menace de castration. C'est ainsi que les enfants "coup[ent] le jeu" des choleurs (1373) et que Zacharie "[a] failli fendre le crane de son frere" (1373).

(5) La lapine Pologne n'a pas laisse la critique indifferente. Carol Fuller reconnait "a deeply thematic, symbolic and structural significance in the apparently insignificant rabbit, who in fact figures in much ofthe opposing tensions of creation and destruction" (341).

(6) Nous rejoignons ici l'etude que Lawrence Schehr a consacree au systeme alimentaire dans Germinal. Pour les riches en effet, "it is in the surplus value of taste, rareness, and exquisite flavor" (343) que reside la valeur de la nourriture.

(7) L'existence d'une relation entre l'epicier et l'aliment attendu se voit implicitement renforcee lorsqu'immediatement apres l'exposition des craintes de la cuisiniere et l'admonition a la patience de la part de Hennebeau, Maigrat surgit en personne dans le recit:
   Un peu de patience, dit M. Hennebeau. Rien n'est perdu, le
   patissier peut venir. Et, comme il se retournait vers Mme Gregoire,
   en ouvrant lui-meme la porte du salon, il fut tres surpris
   d'apercevoir, assis sur la banquette du vestibule, un homme qu'il
   n'avait pas distingue jusque-la , dans l'ombre croissante.
   --Tiens! c'est vous, Maigrat, qu'y a-t-il donc? (1445)


(8) Origines qui sont aussi celles des Rougon-Macquart si l'on en croit Armand Lanoux lequel reconnait dans ces "corteges apocalyptiques" que forme le flor des mineurs l'actualisation du flot des insurges republicains deferlant dans la campagne provencale au seuil du premier chapitre de La fortune des Rougon. Voir Preface, Les Rougon-Macquart (xxi).

(9) Notons que notre interpretation du passage s'oppose a celle de Lawrence Schehr qui voit dans l'exclamation des femmes leur refus de cannibaliser Maigrat: "If he [Maigrat] was a cannibal--"toi qui nous mangeais"--they [les femmes] will not be like him" (351).

(10) L'inseparabilite du viol et de la castration feminine dans l'univers fictionnel de Zola a ete soulignee par Sylvie Collot (36). Voir egalement les commentaires de Janet Beizer sur le corps de Louise et la castration feminine dans La Joie de vivre (57-58).

(11) La dimension anthropophagique du repas a ete discreternent relevee par Carol Mossman qui mentionne dans une note le fait que "Souvarine Mil partake ofher flesh [the rabbit's] in a sort of totem feast" (36, note). De meme Robert Pontiero signale-t-il que le malaise de Souvarine provient d'un tabou contre le cannibalisme (43).

(12) Carol Mossman a note le role de pere que joue Souvarine vis-a-vis de l'animal (351).

(13) Carol Fuller a remarque cette correlation entre l'absence de l'animal et les visions de destruction qui s'emparent de l'anarchiste: "Pologne's absence ... provides for a gradual build-up of tensions in Souvarine as his 'reves' take on the form of bloody visions" (344).

(14) Citons Poe: "the soiled and torn condition of the paper ... so suggestive of a design to delude the beholder into an idea of the worthlessness of the document ... with the hyper-obstrusive situation of this document ... were strongly corroborative of suspicion, in one who came with the intention to suspect ..." (241).

(15) Certes Zola est-il, comme l'affirme Henri Mitterand, "le porte-parole des obsessions et des peurs les plus archaiques de l'humanite" (5).

(16) A propos de la dimension conte de fees des romans de Zola, voir Le Saut dans les etoiles de Colette Becker, section "Fantaisie" (209-11).

(17) C'est ainsi que La Fortune des Rougon, le roman liminaire de la serie, est parcouru par la thematique du repas totemique (Armstrong). Sans doute l'exemple le plus eclatant de cette patrophagie figuree se trouve-t-il dans La Terre: "une colere grandissait en lui [le vieux Fouan], devant l'enragement de cette chair, qui etait la sienne, a s'engraisser de sa chair, a lui sucer le sang, vivant encore. Il oubliait qu'il avait mange son pere ainsi." (389).

Marie-Sophie Armstrong

Department of Modern Languages and Literatures

Lehigh University

Bethlehem, PA 18015
COPYRIGHT 2008 University of Nebraska Press
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 2008 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Title Annotation:analysis of chapter 16 of Emile Zola's novel, 'Germinal'
Author:Armstrong, Marie-Sophie
Publication:Nineteenth-Century French Studies
Article Type:Critical essay
Date:Sep 22, 2008
Words:6962
Previous Article:Spousal collaborations in naturalist fiction and in practice.
Next Article:Osmazomes (Huysmans).
Topics:

Terms of use | Privacy policy | Copyright © 2019 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters