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Mentalite ouvriere et developpement local.

Abstracts: "Worker Mentality and Local Development" [Mentalite ouvriere et developpment local]. This article is inspired by the traditional Quebec monograph. It describes how the arrival of a cotton manufacturing industry at the foot of the Montmorency Falls, towards the end of the nineteenth century, led rapidly to the emergence of a culture that typified the single industry village. The research thus illustrates how factory life and the work culture that it gave rise to shaped local identity, the particularity of social relationships, economic conditions and the socio-political evolution of this small worker community. The article then shows the multiple effects of de-industrialisation on this social entity and observes that the stigmatism associated with the industrial identity survived the closure of the factory. The author argues that this phenomenon has contributed to the passive acceptation of the definitive disappearance of manufacturing from local life. Looked at in this way, the survival of the local worker mentality is seen as an obstacle to community economic development.

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Le repertoire des monographies quebecoises est tres riche et s'enracine dans une tradition maintenant seculaire. Des moments forts marquent le parcours de cette oeuvre litteraire. Sans etre exhaustif, rappelons que des la premiere moitie du [20.sup.e] siecle, les sociologues Leon Gerin (1937) et Horace Miner (1939) suggerent un portrait folk society d'un Canada francais massivement catholique, rural et agricole, au sein duquel la famille et la paroisse constituent les premieres et principales cellules sociales. A l'aube de la Deuxieme Guerre Mondiale, Everett Hugues (1944) presente le Canada francais dans un etet de transition, a michemin entre la tradition et la modernite. Pour reprendre une expression desormais consacree, Hugues decrit la rencontre de deux mondes. La ruralite agricole cede lentement le pas a l'urbanite industrielle. Un quart de siecle plus tard, Colette Moreux (1982) presente comme inexorable le ravage de la modernite sur la tradition, dans une ville a l'image de Montmorency, marquee par la presence de l'industrie textile et la proximite immediate de la campagne. [much less than] Acceptation sans nostalgie [much greater than], la ville s'est proletarisee et a pris la [much less than] physionomie impersonelle de l'urbanisme [much greater than].

Mais voila que depuis la fin des [much less than] trente glorieuses [much greater than], le paysage economique du Quebec s'est largement transforme, amenant des bouleversements dans l'ensemble de la societe. A partir des annees 1970, l'economie quebecoise a connu un important mouvement de desindustrialisation et de tertiarisation. Depuis lors, la Grande industrie nous a habitues a une rationalisation et souveent a une relocalisation, a l'exteriieur de nos frontieres nationales, de ses modes de production, ce qui a souvent pour consequence des mises a pied massives ou des fermetures definitives d'usines, qui ont longtemps constitue de puissant moteurs d'integration et de cohesion communautaires.

Quelques etudes traitant du rapport industrie et communaute

Ce changement dans le paysage economique du Quebec n'a pourtant pas encore suscite la redaction denombreuses monographies s'employant specifiquement a decrire les consequences de la marginalisation du travail industriel sur des communautes a forte tradition ouvrier. A vrai dire, il faut aller voir hors du Quebec pour repertorier des monographies s'interessant a ce sujet.

Rappelons d'abord la celebre enquete pionniere menee par Lazarsfeld, Jahoda et Zezel dans le village de Marienthal en Autriche, au debut des annees trente. Le temps n'efface en rien la pertinence de cette etude monographique. Comme le rappellent Bodson et Roy (1984:2):

[much less than] Il ressort que les conclusions de P. Lazarsfeld et de son equipe restent fondamentalement valides a notre epoque, tant au niveau des reactions individuelles et sociales du chomeur qu'au niveau des phases par lesquelles passe le chomeur au cours de la periode de chomage. [much greater than]

Marienthal, comme Montmorency, est un village de type mono-industriel qui subit la fermeture de son usine de textile. Lazarsfeld est particulierement interpelle par la temporalite sociale des habitants de la communaute. Alors qu'il peut disposer d'heures qu'il prenait pour travailler a l'usine, l'ouvrier devrait par consequent detenir theoriquement plus de temps libre qu'il pourrait consacrer soit a ses loisirs, soit a des emplois d'utilite collective, soit a son instruction. Mais tel n'est pas le cas.

A titre d'illustration, Lazarsfeld raconte qu'a la suite de la fermeture de l'usine, le jardin public est devenu meconnaissable tellement on negligeait son entretien. Meme la bibliotheque municipale a connu une baisse de sa frequentation et de son volume de prets. Etrangement, le temps de lecture diminue alors que le temps disponible pour s'y adonner augmente. L'effondrement du [much less than] temps industriel [much greater than] participe a l'effritement de la vie sociale et des identites collectives. Le loisir, le jeu et le temps libre qui se definissent par rapport au temps de travail perdent des lors leurs significations et leurs fonctions sociales.

Cette enquete monographique demeure toutefois une observation post-factum de la dimension industrielle du village. Le lecteur n'a qu'une idee tres floue de ce qu'etait la petite localite du temps de la vie a l'usine et de l'enchevetrement de la structure sociale du travail a la manufacture. Voila pourquoi toute comparaison entre l'epoque post-industrielle demeure difficile a operationnaliser quant au role du travail industriel dans la configuration d'un lien social local.

Le declin du secteur manufacturier aux Etats-Unis depuis la fin des annees cinquante -- la branche du textile offre une brillante illustration -- a donne naissance a une abondante litterature americaine traitant des consequences socioeconomiques de la desindustrialisation. A elle seule, une these de doctorat ne suffirait pas epuiser la recension et l'analyse de tels ouvrages. Limitons-nous toutefois a rappeler trois grands courants de recherche qui se rapprochent de notre centre d'interet.

Il y a d'une part de nombreuses enquetes qui traitent des consequences personnelles--et par extension familiale--d'une fermeture d'usine (Kinichi 1985). Mais I'addition des trajectoires individuelles des nouveaux chomeurs laisse neanmoins le sociologue sur son appetit. Ce faisant, les chercheurs occultent les consequences de la desindustrialisation sur la cohesion communautaire.

Il y a d'autre part des auteurs comme Bluestone et Harrison (1982) et Perrucci et Targ (1988) qui depassent le strict univers individuel des travailleurs mis a pied. Ils s'interessent davantage a l'aspect communautaire de la devitalization economique qui resulte d'une fermeture d'usine. Ces auteurs traitent ainsi de phenomenes aussi varies que les mouvements de population, les effets sur le taux local de chomage, la requalification des chomeurs, la detresse economique des habiants, la variation de l'epargne personnelle, les changements dans les habitudes de consommation et les impacts que ceux-ci entrainent pour les commercants locaux, la diminution des revenus fiscaux pour les municipalites, le delabrement des infrastructures locales. (1)

Il y a enfin d'autres chercheurs qui ont pour champ d'etude la restructuration socio-economique des villes industrielles americaines. [much less than] La nature des ajustements socio-economiques et urbains qui prevalent lorsqu'une ville industrielle connait des desequilibres structurels importants [much greater than] et la reaction des principaux acteurs locaux a ce phenomene font l'objet de longues descriptions monographiques (Champagne 1995 ii). Le pole industriel et urbain de Pittsburgh a sans contredit genere une des plus imposantes litteratures a cet egard (Lamonde et Martineau 1992).

Mais ces deux derniers regards sur la desindustrialisation en rapport avec la communaute negligent d'analyser le travail industriel comme un fondement potentiellement constitutif d'un lien social de type communautaire. Plus encore, ces discours ne traitent pas en profondeur des ruptures et des discontinuites sociologiques associees a la marginalisation du travail industriel au sein de communautes a forte tradition ouvriere.

A travers un regard sociologique, cet article a justement pour objet le role de la mentalite ouvriere sur le developpement local a travers l'etude d'une communaute qui a vecu un declin classique de l'ere industrielle. Il s'agit de Saint-Gregoire de Montmorency.

Synthese historique

Montmorency est une petite localite de pres de 2500 ames situee a quelques kilometres au nord-est de la ville de Quebec, au pied de la majestueuse chute du meme nom. Son histoire se subdivise en trois grandes epoques. La premiere est de nature pre-industrielle et pre-communautaire. Elle couvre la pdriode qui s'echelonne du milieu du [19.sup.e] siecle a 1889. La deuxieme periode est de nature industrielle et communautaire. Elle s'etend de 1890 a 1986. Enfin, la derniere periode est denature post-industrielle. Elle s'amorce avec la fermeture de l'usine et se poursuit depuis.

En proposant cette triple periodisation--qui associe etroitement l'histoire de Montmorency a la presence de la filature de coton--nous depassons la classique dichotomie opposant le monde urbain au monde rural comme modele global d'explication de la societe canadienne-francaise. A l'instar de Langlois (1982:228), nous rejoignons l'analyse qui ouvre [much less than] la voie a un autre paradigme definissant le Quebec en termes de culture pre-industrielle, industrielle et post-industrielle.

Premiere periode I'ere pre-industrielle et pre-communautaire (1812-1889)

L'ere prd-industrielle de Moatmorency remonte a l'ouverture du moulin a scie fonde par le baron de l'industrie Peter Patterson vers 1812. Patterson est attire par la puissance hydraulique de la chute Montmorency. Les habitants de la Cote-de-Beauport, de l'Ile d'Orleans et de la Cote-de-Beaupre qui travaillent l'ete au celebre chantier vivent dans un systeme economique que l'on pourrait grosso modo qualifier d'agro-forestier. Les travailleurs changent d'occupation au rythme des saisons, alternant le champ et le moulin a scie. S'il nous est permis de reprendre a notre compte, en en changeant le sens, une expression suggeree par Mercure (1996), c'est en quelque sorte l'epoque d'un [much less than] travail deracine [much greater than], l'epoque ou le type d'emploi que l'on occupe n'a pas encore marque de maniere indelebile le terroir, l'epoque ou son gagne-pain ne debouche pas sur une culture du travail constitutive du lien social local. Bref, c'est l'epoque ou le travail remplit sa fonction de production et de r emuneration, sans pour autant deboucher sur une fonction d'integration, de modelisation et de socialisation communautaire. Car l'emploi offert par le chantier est mais recurrent. C'est pourquoi il n'y aura pas d'etablissement relativement stable de la population avant 1860, c'est-a-dire avant le boom de l'exportation des produits forestiers et l'accroissement des besoins de main-d'oeuvre que cela implique.

La specificite des activites economiques locales, l'accroissement de la population qui en decoule, l'enclavement territorial joint a l'emergence balbutiante d'institutions typiquement locales va contribuer a singulariser les habitants du Bas-du-Sault du reste de la Cote-de-Beauport. Au premier chef, l'inauguration d'une desserte paroissiale en 1870 va grandement faciliter le mouvement d'autonomisation de la petite agglomeration.

Melgre une distanciation identitaire certaine du reste de la Cote-de-Beauport, la petite collectivite sise au pied de la Chute Montmorency conservera un caractere per-communautaire jusqu'a l'arrivee de la filature de coton coincide avec l'erection canonique de la paroisse Saint-Gregoire-de-Montmorency et l'arrivee d'une ligne de chemin de fer.

A l'epoque du moulin scie, cette petite localite sera l'objet d'une etroite complicite, pour ne pas dire carrement d'une forme de collusion, entre le pouvoir financier local et le pouvoir clerical. Le cure Tremblay exerce une influence considerable dans les relations de travail et l'embauche au chantier. En retour, l'industriel Benson Hall, gendre du fondateur P. Patterson, supporte financierement l'epanouissement spirituel de Ia crypto-paroisse. D'ailleurs, cette relation naissante entre I'industrie et le clereg local va perdurer sous des formes multiples jusqu'au lendemain de la deuxieme Guerre Mondiale. Des sa genese, Montmorency est marquee par une double allegeance, par une double appartenance : une l'usine, l'autre la paroisse. Les formes elementaires de l'identit locale sont jetees.

Jusqu'en 1889, le [much lesser than]Bas-du-Sault[much greater than] n'est pas encore une paroisse proprement dite, le [much lesser than] Bas-du-Sault [much greater than] ne vit au rythme de l'industrie que sur une base estivale, la petite agglomeration de familles qui s'y crouve n'est a toutes fins pratiques, sur le plan civil, qu'une excroissance de celle de Beauport. Par contre, nous sommes deja incontestablement en presence d'un isolat social [much lesser than] en voie de communautarisation [much greater than]. L'identification naissante a la chute Montmorency, l'enclavement geographique, l'intimite de la vie au chantier, la jouissance commune d'une desserte paroissiale, l'homogeneite des conditions de vie procuree par une economie de subsistance dans un [much lesser than] village [much greater than] socialement peipherique a Beauport, le partage d'un [much lesser than] imago local [much greater than] incarne par l'industriel Hall et le cuid de Beauport constituent autant de dimensions qui rapprochent des individus initialement heterogenes dans leur trajectoire de vie. Mais la communaute de travail et la communaute de residences ne debouchent pas encore sur des pratiques de solidarites collectives suffisamment denses et significatives pour permettre ce que le Pare Delos (1944 :93) appelait: [much lesser than] le passage de la communaute de conscience a la conscience de former une communaute. [much greater than]

En quoi la future communautd de Saint-Gnigoire de Montinorency s'edifiant autour de la filature de coton sera-t-elle tributaire de ce qui s'est vecu au Bas-duSaultjusqu'en 1889? Aucrement dit, quel heritage social la vie au Bas-du-Sault legue-t-elle et la nouvelle paroisse de Montinorency?

Assurdinent, le teinps et les evenements n'ont pas encore forge de memoire collective locale au sens symbolique du terme. Par contre, d'un point de vue morphologique, force nous est de constater que la filature voit le jour dans une paroisse deje constituee, dans un espace social deje autonome, jouissant d'un interlocuteur privilegie en la personne du premier cuni de la paroisse l'abbe Ruel. Un cuni qui d'ailleurs connait bien son milieu pour y avoir officie longtemps a titre de vicaire du temps ou Montmorency etait encore integre a la paroisse de Beauport Un cuni qui das son arrivee sait que sa jeune paroisse est en peril. Il est fort vraisemblable que la paroisse aurait fait long feu si la filature de coton ne s'y etait pas etablie. A defaut de l'alternative economique qu'offre l'industrie textile, le declin des activities du moulin a scie annoncait un declin demographique qui aurait Pu etre fatal pour la petite localite. Nous avons vu que ce mouvement de population s'etait deja amorce et qu'il fut d'aille urs amplifie par l'arrivee d'une desserte du chemin de fer. C'est ainsi que le leader paroissial va cautionner l'epanouissement de la Montmorency Cotton et en quelque sorte benir le changement d'ere qui s'annonce...

Deuxieme periode : I'ere industrielle et communautaire (1890-1986)

La deuxieme grande periode s'echelonne de 1890 a 1986. Elle couvre ce que nous appelons l'ere industrielle et communautaire de Saint-Gregoire-de-Montmorency. De par le nombre d'annees qu'elle comprend (pres d'un siecle) et la signification des evenements qui s'y deroulent, elle s'impose comme la plus importante periode de l'histoire de Montmorency. Deux grands mouvements se succedent dans cette meme periode. II se produit d'abordune dynamique au cours de laquelle on assiste a une montee de Ia cohesion communautaire. De 1890 au lendemain de la Deuxieme Guerre Mondiale, Montmorency connait l'apogee de son [much less than] autarcie communautaire [much greater than]. Montmorency vit alors ce que nous appelons un [much less than] exil interrieur [much greater than] Des la fin du deuxieme conflit mondial, les changements economiques et culturels qui surviennent au Quebec rejoignent Montmorency et erodent silencieusement les fondements de son agregation communautaire. Des lors, la substantifique moelle locale du viv re ensemble est en voie d'evanescence. A l'instar du Quebec tout entier, Montmorency connait un double mouvement de desindustrialisation-tertiarisation. Montmorency subit un exode lent mais soutenu. Simultanement, un a un, les grands reperes institutionnels locaux s'effondrent. On compte, bien sur, parmi les decombres, la fermeture definitive de l'usine en 1986. Recapitulons en detail chacune de ces deux grandes tendances.

Un [much less than] exil interieur [much greater than] : 1890-1947

La decroissance des activites du moulin A scie reflete les chambardements que vit l'ensemble de l'economie canadienne-francaise clans le dernier quart du 19C siecle. C'est la fm d'une economie de type colonial et avec Ia consolidation du marche interieur canadien, la societe quebecoise connait une vague d'industrialisation (Rouillard 1973 :193) clans laquelle les activities manufacturieres de la Montmorency Cotton Mills Company Ltd. s'inscriront d'emblee.

Comme clans le cas de Patterson, le fondateur de la filature Whitehead est particulierement attire par le pouvoir hydro-electrique de Ia chute Montmorency. De plus, le climat est humide et la localite beneficie de la presence d'une desserte du reseau ferroviaire. Depuis la fermeture definitive du chantier (qui offre une main-d'ceuvre immediatement disponible, A bon marche et suffisamment abondante), la population locale ne demande qu'a trouver un nouvel emploi... L'endroit est ideal pour y installer une filature de coton.

Il faut d'abord se souvenir que la population qui vient peupler Montmorency s'inscrit dans une migration plus large de Canadiens Francais de tradition rurale et agricole qui s'exilent vers les Etats-Unis, principalement vers la Nouvelle-Angleterre. Ce mouvement de population n'est pas banal. Dumont (1997 : 445) dira en effet que: [much less than]l'emigration vers les Etats-Unis aura ete un des phenomenes les plus importants qui aient marque l'histoire du Quebec moderne [much greater than]. Dumont (1998 : 445) poursuit: [much less than] on mesure la portee de cette saignee si on observe que le nombre de Franco-Americains habitant la Nouvelle-Angleterre au debut du [20.sup.e] siecle equivaut a presque la moitie de la population francophone du Quebec. Comme ils le font Montmorency, les Canadiens Francais, qui constituent une main-d'ceuvre docile et non-specialisee, trouvent aux Etats-Unis un emploi dans les grandes usines de textile.

A Montmorency, comme a Montreal, l'industrialisation est synonyme d'urbanisation. La rapidite avec laquelle s'effectue ce double mouvement va conferer a la paroisse une identite et une morphologie socio-economique unique sur la Cote-de-Beauport et la Cote-de-Beaupre. Or, voila que malgre l'urbanisation et l'industrialisation, la paroisse de Montmorency garde les grands traits communautaires de ce que Leon Gerin (1937), avait observe chez l'habitant casanier du cours mitoyen du fleuve. Dans ce terroir unitaire, fonde sur une misere [much greater than] productrice d'identite et de solidarite locale, la densite de la population, la contiguite du territoire et la proximite de l'autre, determinent une organisation des rapports internes et une structure sociale qui rappellent cependant ce qui se vit a la campagne. Les habitants de Montmorency ont troque le champ pour l'usine tout en conservant une certaine mentalite de type agricole. Il y aura ce que Dumont (1968) appelle [much less than] un reamenagement [much gr eater than] de cette mentalite paysanne.

Surtout a partir des annees vingt, le vagabondage de la main-d'aeuvre semble s'attenuer. Petit a petit, la population locale s'ancre definitivement dans le terroir. Meme si la majorite de la population est originaire de municipalites situees a proximite immediate de Montmorency, un clivage socioculturel important se cree rapidement entre Saint-Gregoire de Montmorency et le reste de la Cote-de-Beauport, de l'Ile d'Orleans et de la Cote-de-Beaupre. Ce clivage est a ce point intense que la communaute naissante vit une forme d'exil interieur par ce rapport a la communaute regionale.

Geographiquement enclavee et composee d'une population travaillant massivement a la filature de coton, Montmorency devient rapidement un isolat social de type industriel, en rupture complete avec la vocation agricole qui domine encore sur les deux cotes voisines et l'Ile d'Orleans. Alors que les localites voisines conservent un amenagement cadastral plus traditionnel, qui remonte au regime seigneurial, le territoire paroissial se structure comme une ville qui atteint une densite de population plus elevee que celle que l'on connait a Quebec ou a Montreal.

Le caractere urbain et industriel de Montmorency concourre donc a l'emergence d'une sous-culture d'appartenance communautaire. Montmorency se forge une identite tout fait singuliere. Indentite qui jouit d'ailleurs, I'exterieur de la paroisse, d'une reputation fort peu envieuse. Faut-il s'en surprendre? La mefiance du clerge quebecois l'egard de l'urbanisation va perdurer jusque dans les annees cinquante. Ce dernier redoute les influences palennes de la cite. Il ne s'agit que de lire les propos du pere Gariepy (1953 : 76-97) sur [much less than] la paroisse urbaine [much greater than] pour se convaincre que l'urbanite est associee a Ia depravation des moeurs, au relachement du sens communautaire a la desacralisation de la societe. Bref, Saint-Gregoire-de-Montmorency n'est pas le modele a suivre par les paroisses consoeurs de la Cote-de-Beauport.

Ce qui repugne donc au clerge, c'est l'emergence d'un homo urbanus, homme civilise qui comme l'exprime Paul Valery [much less than] a l'etat sauvage - c'est-a-dire isole, parce que le mecanisme social lui permet d'oublier la necessite de la communaute et de perdre les sentiments de lien entre individus, autrefois reveilles incessamment par le besoin. [much greater than] (2)

En definitive, l'exil interieur devient la condition communautaire de Montmorency. L'espace interieru l'emporte sur l'espace exterieur. L'univers de vie des habitants ne depasse pas l'horizon paroissial. Nous avons vu a cet egard que la symbiose usine-paroisse confere sur le plan du travail une autonomie complete aux habitants de Montmorency. Pendant tres longtemps, l'usine embauchera tous les fils de la paroisse qui veulent entrer a l'usine. Sur le plan de l'organisation sociale, Montmorency administre par elle-meme et pour elle-meme ses structures civiles, municipales et scolaires.

D'un point de vue symbolique, les paroissiens s identifient explicitement et se reconnaissent mutuellement comme des habitants de [much less than] Montmorency [much greater than]

De 1937 A 1947, l'identite collective locale, depuis toujours stigmatisee par des conditions de travail A la limite de l'abject, sera un puissant additif, et parfois meme un ferment, au syndicalisme (catholique) comme mouvement d'emancipation socio-economique. En retour, l'action politique ouvriere leguera a la communaute des institutions comme, par exemple, une caisse populaire et une cooperative d'achat.

La decommunautarisation tranquille: 1948-1986

A la fin des annees quarante, le double mouvement d'urbanisation et d'industrialisation qu'a connu Montmorency depuis 1890 plafonne. Le territoire municipal est presque pleinement occupe et l'usine a desormais fait le plein des employes qu'elle pouvait embaucher.

Cette saturation de la capacite d'embauche a l'usine n'est pas un phenomene banal pour Montmorency. Il est meme capital pour comprendre l'amorce du processus d'evanescence de la cohesion communautaire. Alors que la societe occidentale industrialisee entreprend au lendemain de la Deuxieme Guerre Mondiale ce que l'economiste Jean Fourastie appellera [much greater than] les trente glorieuses [much less than] et que d'un point de vue social, le marche de 1'emploi est en pleine croissance, le marche local de 1'emploi est quant a lui deja sature. Meme chez celles et ceux qui auraient evisage de travailler a la filature, l'acces a l'emploi devient la preoccupation determinante des plus jeunes. Dorenavant, decrocher un emploi implique forcement devoir depasser l'horizon communautaire et s'affranchir du poids de la tradition locale.

Ainsi, des le debut des annees cinquante s'instaure une nouvelle dynamique communautaire marquee par le double mouvement de tertiarisation et de desindustrialisation. La main-d'oeuvre totale occupant un empioi a l'usine ne cessera de decroitre jusqu'a la fermeture definitive de l'usine. Des 1972 employes qu'embauchait l'usine en 1949, il n'en reste plus que 400 en 1986. En 1971, a peine 26% de la main-d'oeuvre totale de Montmorency occupait encore un emploi dans le secteur industriel. Meme si les ouvriers travaillant a l'usine continuent d'etre Ia communaute de reference identitaire, son poids objectif dans l'activite economique locale ne cesse de s'amoindrir.

Les transformations observees dans la structure locale de l'emploi s'accompagnent d'une integration socio-economique constante a l'aire metropolitaine de Quebec. Montmorency se transforme... d'une [much greater than] communaute de travail [much less than], elle passe lentement a une [much greater than] communaute de residence [much less than]. Le phenomene de banlieue et de ville-dortoir s'accentue avec la construction de l'autoroute Dufferin-Montmorency, ce qui a pour consequence immediate de tuer le centreville de Montmorency et de rapprocher les Gregoriens d'un autre centre-ville: celui de Quebec.

Ce changement d'ere prend aussi d'autres visages. Montmorency connait une profonde reconfiguration de ses cadres sociaux traditionnels. Dans la foulee de la Revolution tranquille, le Quebec tout entier regionalise ses commissions scolaires, releguant aux oubliettes la commission scolaire locale. Desormais, les jeunes adolescents de Montmorency doivent suivre leur cours secondaire a l'exterieur de la communaute, plus precisement a Courville, un la-bas qu'on jugeait encore comme [much greater than] etranger [much less than], peu de temps auparavant.

Autre element fondamental a rappeler, Montmorency sera partie prenante d'une des plus importantes fusions municipales des annees 1970. En 1976, la ville s'integre au Grand Beauport.

Parmi les causes qui expliquent cette fusion, tenons-nous en ici a rememorer la crainte, sinon la hantise, qu'exercait la fermeture eventuelle de la Dominion Textile sur les elus municipaux de l'epoque. Ceux-ci redoutaient les consequences catastrophiques que cela entrainerait sur le plan de la fiscalite municipale, chez une petite ville deja lourdement endettee. Pour plusieurs, la fusion etait envisagee comme une espece de bouee de sauvetage economique. Peu a peu, dans la foulee de la fusion, l'identite de Montmorency va se fondre dans celle de Beauport, sans jamais s'y diluer totalement.

Troisieme periode : une ere a la recherche de nouveaux reperes, l'epoque post-industrielle (1987 a nos jours)

Nous voici arrives a la troisieme et derniere grande phase de l'histoire de Montmorency: l'epoque post-industrielle. Une epoque qui nous amene vers les derniers retranchements du lien social de type communautaire.

S'il ne fallait se fier qu'a la nostalgie des propos qui se degage des habitants de Montmorency, nous serions enclins a croire que les residus de la vie communautaire couvent comme une braise chaude qui ne demande qu'a reprendre feu. Sur le plan de l'organisation sociale, l'esprit de la communaute s'est replie dans l'intimite de la vie familiale, associative et para-religieuse.

Incontestablement, il y a toujours un fort sentiment d'appartenance identitaire. Mais il s'agit d'une identite qui a regresse sur le plan dimensionnel. Pour reprendre la typologie utilisee par Bassand (1981), il y a bien dans Montmorency presence d'une identite historique et patrimoniale, d'une identite liee au vecu et au quotidien, mais il y a absence d'une identite projective, liee a des strategies, en l'occurrence syndicale et para-syndicale, comme cela etait encore le cas, vingt ans plus tot.

Meme attenuee ou amortie, le maintien de cette identite, notamment reperable A travers la reconnaissance d'un heritage ouvrier commun, a des consequences. La distanciation latente avec l'etranger persiste dans la difference que les natifs de l'endroit suggerent encore entre eux et les nouveaux arrivants. [much less than] C'est comme si tout leur etait du [much greater than] avons-nous entendu au presbytere de Montmorency A propos des nouveaux residants qui sollicitent le soutien des ceuvres charitables. [much less than]Generalement, les gens qui sont nes ici s'organisent entre eux, plutot que de venir nous voir [much greater than] souligne une autre. Une certaine solidarite mecanique semble encore animer les aines de la place, mais cette sorte de solidarite leur semble exclusive. Les nouveaux locataires empruntent davantage aux pratiques associees a Ia solidarite organique. C'est ainsi que dans le meme quartier cohabite, sans pour autant se rencontrer, un reseau de citoyens encore relativement integre et partageant les memes references communes avec ia culture du travail industriel comme centralite fantome, et un nombre grandissant et non integre de nouveaux arrivants qui s'averent ignorants ou tout simplement indifferents a la memoire collective locale.

Les references communes et les cadres locaux continuent de s'effriter. La reconfiguration des cadres locaux s'est poursuivie avec le regroupement de la paroisse A ses voisines et la fusion de la caisse populaire avec celles de Boischatel, Villeneuve et Courville. De communaute residentielle, Montmorency est resolument devenue un quartier residential avec Ia fermeture de l'usine en 1986. La source locale de l'emploi s'est dfeinitivement tarie. La grande entreprise autour de laquelle s'etait constituee Montmorency n'est plus. Depuis lors, le temps social semble s'etre arrete.

L'usine n'existe plus. Meme les vieux batiments ont disparu. Ils ont ete incendies.

Dans les mois qui suivent Ia fermeture, ia communaute adopte une attitude Que Leborgne et Lipietz (1992) qualifieraient de [much less than] flexibilite defensive[much greater than]. Selon ces auteurs, la reponse-adaptation d'une communaute a sa devitalisation economique, ce qu'ils appellent la [much less than] flexibilite [much greater than], peut emprunter deux grandes voies : une flexibilite offensive ou une flexibilite defensive. La flexibilite est de nature defensive lorsque les investissements et les projets de developpment sont portes par des acteurs externes a la communaute et ou celle-ci ne peut que subir les effets de ces acteurs et de ces projets. Quelques tentatives de reconversion commerciales du site seront bien envisagees par des promoteurs qui ne sont pas de Montmorency. Mais celles-ci tomberont chaque fois al eau. Il faudra attendre pres d'une decennie apres la fermeture de l'usine pour voir poindre a l'horizon une forme de developpement economique communautaire, incarne par le CODEM.

Au demeurant, ce qui retient le plus notre attention de cette derniere periode est l'apparente acceptation tranquille que mainfeste la communaute, a l'egard de la fermeture de l'usine.

Acceptation tranquille de la fermeture de l'usine

Nous avons montre au cours des pages precedentes comment la manufacture de coton a ete le fondement economique, structurel, culturel et symbolique de la vie communautaire de Montmorency. Longtemps, la perpetuation de la communaute aura ete le fondement economique, structurel, culturel et symbolique de la vie communautaire de Montmorency. Longtemps, la perpetuation de la communaute aura ete historiquement at sociologiquement inexplicable sans la presence de l'usine. Des lors, malgre une lente et continuelle marginalisation du travail industriel dans Montmorency, la fermeture definitive des activities de la Dominion Textile demeure neanmoins un phenomene extrordinaire dans la vie locale. Pourtant, cet evenement ne debouche sur acucune forme de mobilisation communautaire ou d'action collective locale, soit pour sauver l'usine, soit pour la reconvertir industriellemnt, soit encore pour relancer le developpment economique communautaire sur de nouvelles bases.

Nous avons en effet constate une apparente acceptation tranquille des residants de Montmorency a la desindustrilisation don't ils on ete ;'objet, processus qui s' est d'ailleurs poursuivi avec la fermeture de la cimenterie Saint-Laurent en 1995. Comment expliquer que la precarisation economique que subit Montmorency ne suscite pas davantage de reactions communautaires que ce que nous avons observees? Serait-ce la confirmation des theories d'Olson (1978) selon laquelle la communaute d'interet in'est pas suffisante a la communaute d'action? Et si tant est que ce soit effectivement le cas, encore faudrait-il expliquer pourquoi.

Car pendant longtemps, communaute d'interet et communaute d'action allaient de pair dans cette localite proletaire. Nous n'avons qu'a rappeler a cet egard la vitalite de l'action syndicale qu'a connue Montmorency au cours des annees 30, 40, 50 et 60. Alors, comment se fait-il qu'une communaute qui, quelques decennies plus tot, a montre a plusieeurs reprises la capacite de se mobiliser pour ameliorer sa condition socio-economique, ait reagi avec une relative indifference a la mort de ce qui etait encore le coeur de son identite communautaire et un important moteur de son activite economique locale? Pourquoi la presence d'une identite patrimoniale aussi forte que celle de Montmorency ne s'accompagne pas aussi d'une identite projective, notamment en matiere de developpement economique? Autrement dit, pour reprendre des concepts chers a Fernand Dumont (1996), comment rationnaliser cette apparente coupure entre la memoire et l'utopie?

Du moment que le sociologue est interpelle par cette question, il pose, de facto, le rapport au temps et le rapport a l'action comme dimensions constitutives du developpement economique communautaire.

Reflexions sur la dynamique du developpement local

Il convient desormais de s'interroger sur la dynamique du developpement local dans son rapport au temps et a l'action.

Depuis le debut des annees 1970 s'est articule un discours scientifique s'employant a decrire comment les consequences economiques de la desindustrialisation peuvent etre inflechies, du moins partiellement, par la mise a contribution de cet [much less than] atout [much greater than] collectif que constitue la communaute locale, a la fois comme espace de vie associative, comme conscience d'appartenance identitaire et comme premiere unite de la vie economique (Klein 1996). Dans cette perspective, La memoire, c'est-a-dire l'heritage commun, est vue comme un ferment de l'utopie.

Une longue serie de travaux regroupes sous differentes appellations -- developpement local, developpement rural integre, developpement endogene, developpement mesogene, developpement par La base, developpement economique communautaire -- convergent tous vers un meme ethos de developpement social: le mieux-etre social et economique d'une communaute locale serait tributaire de son dynamisme interne (Benko et Lipietz 1992 :24). Une vaste litterature monographique s'emploie plus particulierement decrire les conditions d'emergence de cet entrepreneurship social, culturel et economique clans des quartiers ou des localites economiquement precaires, notamment par le truchement des corporations de developpement local et communautaire (Hamel 1991; Fontan 1991; Lamonde et Martineau 1992; Morin 1995; Favreau et Saucier 1996). Parmi ces conditions, il appert, comme l'exprime Bernard Vachon (1993 : 4), que:

[much less than]le potentiel d'un territoire ou d'une collectivite ne reside plus (...) dans leur seule capacite de se conformer aux regles du jeu des grands circuits economiques externes, mais aussi, et surtout, dans leurs aptitudes inventer et a promouvoir une dynamique de societe locale qui permette l'innovation et la realisation de projets et, de ce fait, la creation d'espace d'autonomie. Dans cette vision du developpement local, ce n'est pas la ressource qui cree le projet, mais le projet qui cree la ressource. [much greater than]

Ainsi, la reaction d'une communaute economiquement devitalisee n'est donc pas seulement de nature productive, elle presente egalement des dimensions d'ordre social, politique et meme identitaire. [much less than] Elles concernent en fait les modalites les plus golbales de regulation des rapports sociaux [much greater than] (Klein et Waaub 1996: 499).

Nous allons maintenant nous employer a mieux comprendre l'absence de development economique communautaire dans Montmorency suite a la fermeture de l'usine.

Il s'agit d'esquisser quelques elements susceptibles de conduire l'elaboration d'une hypothese exploratoire en vue d'evaluer, d'une part, le rapport au temps de Dumont, caracterise par la memoire et l'utopie, et d'autre part, la nature de l'action, tantot individuelle, tantot collective, dans la dynamique du developpement local.

Le croisement de ces deux dimensions, soit le rapport au temps et le type d'action, nous permet de rendre compte de quatre facteurs susceptibles d'expliquer l'absence de developpement economique communautaire. Ces facteurs sont les suivants l'anemie de l'entrepreneurship local, l'ere de la retraite communautaire, Ia proximite d'un substitut l'emploi local et, enfin, le rejet des stigmates de l'identite ouvriere. Dans le schema hypothetique ci-dessous, nous ordonnons ces facteurs, comme nous l'avons dit prealablement, sous l'angle du rapport au temps, que nous pouvons decomposer selon la memoire et l'utopie, avec la nature de l'action, qu'elle soit individuelle ou collective.

Le developpment local dans son rapport au temps et a l'action

Le rapport au temps : memoire et utopie

En ce qui concerne les deux categories de la premiere dimension, rappelons que Fernand Dumont (1972) aimait souligner qu' : [much less than] il n'y a pas de pays sans memoire [much greater than]. La memoire s'affirme le moteur du processus de socialisation d'une communaute. Souvent avec patience, parfois avec empressement, la memoire amene la societe a l'homme. D'abord ancree dans ce rapport qui unit le nourrisson a sa mere, la memoire est ce par quoi [much less than] hier [much greater than] participe a la societe d'aujourd'hui, consciemment ou pas. Mais cette memoire, selon Dumont, n'est pas suffisante pour assurer le devenir d'une societe. A l'agonie des mythes fondateurs doivent se substituer de nouvelles references communes.

A Montmorency, la conscience historique se porte bien. Mais la reference au passe industriel n'est pas suffisante pour que la communaute survive a la disparition de ses lieux communs et a la banalisation de ses fondements identitaires. L'elargissement, puis le depassement des references se produit par la projection de soi dans un nouvel ideal communautaire. L'utopie, c'est-a-dire le [much less than] projet commun [much greater than], est ici la base de la communaute a venir.

La nature de l'action : individuelle et collective

Ce faisant, nous avons constate que le recours a l'utopie -- d'un developpement economique communautaire -- se voyait en concurrence avec deux autres visions du monde qui conditionnent la strategie de recherche d'emploi des chomeurs de l'ancienne usine et la logique de l'action collective locale. Un marche d'emploi immediatement disponible et accessible s'offre a la main-d'ceuvre active de Montmorency. Pourquoi deployer autant d'efforts pour creer son propre emploi a Montmorency, alors qu'un autre s'offre a quelques kilometres de chez soi. Consciemment ou non, c'est l'utopie du quartier residentiel, de la [much less than] villedortoir [much greater than] et du phenomene de banlieue qui l'emporte sur celui du developpement economique communautaire. L'utopie ne reussit pas non plus a s'incarner dans une action collective locale. C'est que les veterans et leaders de l'usine vivent un double deuil. La fermeture de l'usine s'accompagne de leur passage a la retraite. Le projet qui mobilise une majorite de nouveaux chomeurs, c'est celui d'apprivoiser une nouvelle vie et de vivre l'euphorie de jouir d'une prime de separation qui, pour plusieurs, s'avere la plus grosse somme qu'ils n'aient jamais recue de leur vie. Ainsi, l'utopie se voit en competition avec l'utopie. Autrement dit, ce qui tue l'utopie, c'est l'utopie. Comme le dit Aristote dans la Physique: [much less than] aussi est-ce plutot le mouvement qui est contraire au mouvement, et non le repos. [much greater than]

Le developpement economique communautaire emprunte deux grandes trajectoires pour se realiser : l'initiative individuelle et l'action collective. Dans notre effort de synthese, nous avons croise ces deux grandes voies d'articulation du development local aux dimensions que sont la memoire et l'utopie.

L'utopie du developpement economique communautaire se voit aussi battue en breche par la memoire. Comme nous l'avons montre a partir des observations de Claude Dubar (1991), l'initiative individuelle se voit inhibee par une culture industrielle du travail qui a favorise des vertus comme celle de l'execution aux depens de celle de l'entrepreneurship. L'action collective aussi se voit inhibee par la memoire locale. Nous avons paradoxalement observe que ce qui est au coeur de l'identite communautaire sape inconsciemment les motivations d'une mobilisation locale. Parce que l'identite industrielle est porteuse de stigmates qui blessent l'imaginaire local et qui sont associees a des conditions et des souvenirs que l'on ne veut plus jamais revivre, la communaute refuse d'endosser un mouvement pouvant potentiellement perpetuer ce qui l'a meurtrie. Si, comme Dumont le dit, la memoire n'est pas suffisante pour batir la communaute politique et que cette meme communaute devait avoir recours a l'utopie pour se construire, force nous est de constater qu'il y a des memoires qui repoussent certaines utopies et qui, ce faisant, entravent, sinon empechent, la naissance de la communaute politique.

Voyons maintenant plus en detail chacun de ces facteurs expliquant l'absence de developpement economique communautaire suite a la fermeture de l'usine en 1986.

Anemie de l'entrepreneurship local

La presence seculaire d'une entreprise industrielle fortement hierarchisee comme la Dominion Textile, a fortement conditionne la culture et le comportement des habitants de Montmorency. Cette culture ne disparait pas spontanement avec la fermeture de l'usine. Elle laisse des traces sur la capacite de developpement de l'entrepreneurship local.

Plusieurs chercheurs, dont Claude Dubar (1991) est l'un des plus illustres representants, ont esquisse l'archetype d'une configuration identitaire accentuant les risques d'exclusion sociale des salaries eventuellement mis a pied. Parmi les caracteristiques culturelles predisposant a l'anemie de l'initiative personnelle et de l'entrepreneurship local, mentionnons un fort attachement a la stabilite de l'emploi, une valorisation de la [much less than] chance [much greater than] comme facteur de promotion, une origine ouvriere assortie d'un faible niveau de scolarite ainsi qu'une valorisation de l'apprentissage sur le tas et l'absence de formation volontaire.

En somme, les salaries qui vivent une forte identite de classe, c'est-a-dire une identite ou predomine le sentiment d'appartenance ouvriere dans le processus de socialisation, et au sein de laquelle s'est notamment developpee une identite d'executant et de dependance (hierarchique), sont particulierement affectes par leur licenciement. Les ouvriers percoiven leur chomage comme une forme de [much less than] decheance [much greater than], de rejet et d'exclusion sociale.

L'ouvrier est victime d'un environnement social et industriel qui ne lui a pas permis de mettre profit ses qualities d'entrepreneur. La memoire, gage de l'heritage communautaire, inhibe l'action individuelle.

L'ere de la retraite communautaire

Nous avons deja montre au chapitre sept que 219 des 440 employes mis pied lors de La fermeture de l'usine avaient pu s'inscrire a un programme de preretraite offert par l'Office d'adaptation des travailleurs (Ouellet 1984).

C'est ainsi que plusieurs residents de Montmorency vivent avec la fermeture de I'usine un double deuil. Celui de la fermeture l'usine en lui-meme, mais aussi celui de la sortie de la vie professionnelle, ou encore [much less than] le passage d'un travail a temps plein a un temps plein de temps libres [much greater than] (Gaullier 1988 : 290). L'entree dans la vie post-professionnelle amene alors l'ouvrier retraite [much less than]a se redefinir une nouvelle identite sociale basee sur des valeurs autres que le travail. [much greater than] (Dorion et al 1988:18). Propulse en dehors du travail productif, tout se deroule comme si les retraites de l'usine, an coeur de la vie sociale locale, avaient exerce un effet d'entrainement, amenant avec eux Montmorency dans une phase de [much less than]retraite communautaire [much greater than].

En excluant les retraites, les ouvriers qui se sont reclasses et ceux qui ont ete relocalises dans une autre usine, le nombre global de chomeurs qui projettent de demeurer actifs sur le marche du travail est largement diminue, ce qui dilue d'autant l'urgence communautaire de se mobiliser et la masse d'ouvriers vraiment justifies de le faire. L'action collective est ici inhibee par l'utopie. Le projet potentiellement mobilisateur de sauver l'usine est detourne vers une utopie concurrente: l'apprivoisement de la retraite.

Une autre utopie est aussi en concurrence directe avec le projet potentiel de se mobiliser pour sauver la vie de l'usine. Cette utopie se retrouve dans le discours politique et economique dominant an moment de la fermeture de l'usine. Lamonde et Martineau (1992) ont clairement montre comment la theorie americaine de restructuration economique des villes touchees par la desindustrialisation insistaient sur la necessite de moderniser l'appareil de production, pour relancer un secteur devitalise. Ce qui s' avere structurellement impossible a realiser dans les vieux edifices de l'usine de la Dominion Textile, compte tenu de la complete desuetude de ces batiments. Cette meme theorie economique insiste par ailleurs sur l'importance d'elargir la base economique d'une localite desindustrialisee vers le secteur tertiaire. Et pourquoi trouver chez soi, ce que l'on peut trouver chez le voisin?

Proximite d'un substitut a l'emploi local

A l'anemie de l'entrepreneurship local et l'entree dans la retraite communautaire s'ajoute un autre facteur qui contribue considerablement a l'absence de developpement economique communautaire la suite de la fermeture de l'usine. Il s'agit du positionnement de Montmorency dans l'agglomeration urbaine de Quebec. Par l'autoroute, Montmorency n'est plus qu'a quelques minutes de la ville centre. Nous avons d'ailleurs montre qu'il y avait an moment de la fermeture de l'usine, davantage de residants de Montmorency qui travaillaient hors du quartier, qu'il y en avait travaillant a l'usine. Au cours des annees soixante-dix, Montmorency est silencieusement devenu une banlieue residentielle. Les nouveaux chomeurs de l'usine peuvent donc trouver un substitut a l'emploi recemment perdu, en cherchant clans la grande region metropolitaine de recensement de Quebec.

Ce reflexe de trouver un emploi a proximite de [much less than] chez soi [much greater than], plutot que d'assister la naissance d'un developpement economique communautaire pour combler localement cette meme perte d'emploi, a d'ailleurs deja ete observe par Devino et al (1966) dans une enquete portant sur le declin de l'industrie du textile dans cinq villes de la Nouvelle-Angleterre, a la fin des annees cinquante. Les chercheurs ont remarque qu'une fermeture d'usine a d'autant moins d'impact socio-economique que la localite industrielle se trouve a peu de distance d'une agglomeration urbaine. Certaines communautes plus affectees et plus eloignees que d'autres ont malgre tout vu leur population se maintenir etant entendu la composition et le comportement social de la population locale. [much less than] FrenchCanadian, and other ethnic groups exhibited family and social ties tending to keep them together and inhibiting migration to other areas. [much greater than] (Devino et al 1966: 147). La region de Quebec est culturellement tres homogene. Ce faisant, la langue ne represente pas un handicap dans la recherche d'un nouvel emploi.

Ainsi, l'absence de developpement economique communautaire s' explique notamment par l'accessibilite d'un substitut a l'emploi local. Dans le present cas de figure, l'utopie (de pouvoir trouver un emploi [much less than] chez soi [much greater than]) se voit facilement remplacee par la possibilite qu'a le chomeur, dans sa strategie de recherche d'emploi, de se trouver un travail a l'exterieur de la paroisse.

Rejet des stigmates de l'identite ouvriere

Nous evoquerons ici un dernier element de reflexion exploratoire. Nous emettons l'hypothese que l'absence de developpement economique communautaire observe au lendemain de l'annonce de la fermeture de l'usine, resulte d'un rejet des stigmates de l'identite ouvriere.

Nous avons clairement demontre, dans le livre: [much less than] Histoire d'une communaute ouvri ere [much greater than] (Simard 2001) que dans les annees soixante, Montmo-rency vit a sa maniere, sa propre [much less than] revolution tranquille [much greater than]. I1 se produit alors un vaste deblocage des aspirations sociales locales, notamment en ce qui concerne la representation que les ouvriers entretiennent a l'egard de leur pietre condition economique.

Rejet du lumpenproletariat

Ce deblocage n'est pas spontane. Nous avons observe qu'il s'est manifeste des revendications d'ordre salarial tout le long de l'histoire de Montmorency et tout particulierement lors des greves successives de 1937 et 1938.

Si le salaire constitue un indicateur qui stigmatise depuis toujours les ouvriers de l'usine, les annees soixante amenent avec elles des changements dans le sens que les ouvriers donnent leur condition sociale. Il apparait un important changement dans la structure de l'emploi, tant au niveau local, regional que national. Le travail industriel, jusque la dominant, cede beaucoup de terrain au secteur tertiaire. Le plafonnement de l'embauche a l'usine, la devalorisation du machinisme industriel et l'integration plus poussee de Montmorency a la region metropolitaine de Quebec encouragent les jeunes a travailler a l'exterieur de la paroisse. I1 s'agit la de la premiere phase de la [much less than] revolution tranquille [much greater than] de la communaute. Les plus jeunes se sont emancipes d'une condition sous-proletareinne qui jusque la etait presque innee pour quiconque etait natif de Montmorency. Mais ce faisant, les plus vieux qui continuent de travailler a l'usine ressentent avec d'autant plus d'acuite leur identite ouvriere. Ceux-ci vivent desormais dans un monde appartenant a une culture econmique largement tertiarisee. D'un point de vue salarial, le proletaire se sent subjectivement et se sait objectivement declasse par les autres secteurs de l'economie. Nous avons en effet montre que les ouvriers travaillant dans le secteur du textile ont historiquement toujours ete les moins bien remuneres de l'ensemble du secteur industriel.

C'est toute la prolematique de l'integration sociale par le biais du salariat qui est ici en cause. Des lors que Montmorency se concoit comme une societe salariale, le lien social local est impensable sans la possibilite pour un individu d'etre inscrit convenablement dans le circuit economique par le biais de son pouvoir d'achat. La montee du fordisme en Amerique du nord correspond a une transformation de la conception de l'egalite : l'egalite monetaire detronant l'egalite civique. Autrement dit, le pouvoir d'achat donne acces a un bien-etre normatif qui ne peut plus etre garanti par la seule appartenance a sa communaute natale.

Or, dans une societe essentiellement marchande ou l'individu est [much less than] roiconsommateur [much greater than], accepter un pouvoir d'achat structurellement inferieur s'avere, en quelque sorte, accepter une identite inferiorisee. Les ouvriers de Montmorency savent pertinemment qu'ils sont en bas de l'echelle socio-economique et qu'ils constituent ce qu'on appelle, dans le langage marxiste, le [much less than]lumpenproletariat [much greater than]. Ils savent aussi que cette situation va se perpetuer tant et aussi longtemps que l'usine durera.

Dans un article de journal qui remonte a la greve de 1966, la journaliste Evelyne Dumas-Gagnon precise en effet qu' : [much less than] il y a une solution radicale au probleme permanent du textile, solution que chuchotent sans oser le formuler presque tous les permanents syndicaux qui ont frequente ce secteur : (...) forcer l'industrie a se moderniser suffisamment pour etre en mesure d'offrir des conditions de travail comparables aux autres industries (...) ou alors a disparaitre et faire place a des entreprises plus rentables pour la main-d'aeuvre. Le probleme, c'est que dans les regions concernees, il y a a peine l'embryon d'une industrie de rechange. [much greater than] (3)

Rejet du machinisme industriel

Avec les annees soixante apparait une discontinuite historique dans les revendications des travailleurs. Parce que dans les annees 30, travailler en usine, plutot qu'au champ, etait synonyme de progres dans l'echelle sociale. Alors qu'a la fin des annees 60, le machinisme industriel est dorenavant percu comme degradant pour l'etre humain. Le travail a l'usine est plus que jamais devalorise et considere comme alienant, parce que la finalite et le mode de production echappent totalement au salarie. De cele0bres auteurs, comme le sociologue americain C.W. Mills (1966 : 229), voi0ent dans l'ouvrier a la chaine un [much greater then] fetiche [much less the0n]qui n'est plus libre d'organiser son travail et qui n'a plus la possibilite de developper ses facultes intellectuelles en les utilisant [much greater then] parce qu'il est l'otage de la [much greater then] centralisation des decisions et de la rationalisation bureaucratique [much greater then]

Changer d'air en changeant d'ere...

Si les ouvriers ne reagissent pas davantage a la fermeture de l'usine, ce n'est pas par apathie ou parce qu'ils sont les prisonniers d'une lethargie sociale ou encore, les victimes d'une forme collective de resignation acquise. Ils sont loin de ces ouvriers du textile qui suite a la fermeture de la seule usine du village: [much greater then] laissent les choses suivre leur cours avec indifference, sans essayer de sauver quoi que ce soit d'une ruine a laquelle ils semblent assister en temoins passifs et sans energie. [much greater then], dont Lazarsfeld (1952: 89) avait, jadis, fait l'observation dans le village de Marienthal, en banlieue de Vienne.

Au contraire, si la communaute ne reagit pas davantage, c'est parce qu'elle voit dans la fermeture definitive de l'usine, la seule assurance valable d'en finir une fois pour toutes avec les stigmates dont elle est l'objet. En ce sens, nous assistons non pas un rejet de l'identite ouvriere, mais plutot a un refus de perpetuer les conditions economiques et sociales de cette meme identite ouvriere.

L'action collective est ici sapee par la memoire d'un metier devalorise, d'un salaire minable qui laisse au seuil de la pauvrete, de la poussiere a l'usine qui cause des bronchites a repetitition, des vrombissements du plancher qui torturent le dos, de l'humidite qui provoque le rhumatisme et des bruits de machine qui rendent fous...

Paradoxalement, l'apparente absence de mobilisation pour sauver l'usine est en fait une mobilisation communautaire plus ou moins consciente pour eradiquer une vie que l'on veut desormais non pas oubliee, mais revolue. Pour y parvenir, une seule solution: changer d'air en changeant d'ere. Dire non a la reouverture de l'usine, c'est en quelque sorte operer la deuxieme phase de la [much greater then] revolution tranquille [much greater then] de Montmorency en assurant desormais son ancrage economique au secteur tertiaire et son appartenance civique a l'agglomeration de Quebec.

Conclusion

Identite locale et developpement local: une association a repenser

Il est generalement admis dans la litterature en sciences regionales qu'une forte identite locale et qu'un sentiment d'appartenance et d'enracinement developpe contribuent activement a la dynamique de prise en charge du milieu par luimeme. Or, notre these montre que l'existence d'une conscience communautaire peut, dans certaines circonstances, inhiber ou voire meme totalement saper, la dynamique de developpement local, tel qu'on l'observe parfois se constituer chez d'autres communautes locales economiquement devitalisees.

L'identite communautaire n'est donc pas forcement un ferment du developpement local, elle peut meme en etre l'inverse. Dans la mesure ou une communaute voit, dans un projet potentiel de reconversion industrielle, la perception de ce qu'elle ne veut plus etre, elle peut se refuser, ou se soustraire, consciemment ou pas, a un certain type de developpement socio-economique. C'est en ce sens qu'une identite patrimoniale, definie en fonction de l'heritage commun, peut ne pas directement deboucher sur une identite projective, elle-meme definie en fonction des projets a realiser en commun. Nous sommes donc les temoins a travers l'experience observee a Montmorency, d'une memoire dont [much less then] l'imaginaire [est] agglomere autour de grands mythes organisateurs du passe [much greater then] (Dumont 1995 : 41), mais qui pourtant refusent de se prolonger dans un certain type d'utopie.

Dans Montmorency, la mort de l'usine constitue en quelque sorte une liberation collective et l'occasion d'une renaissance autour de nouvelles references communes.
TABLEAU 1

Absence de developpement economique communautaire

 Type d'action

 Individuel Collectif

Rapport au Memoire Anemie de Rejet des stigmates
temps de I'entrepreneurship local de l'identite ouvriere
Dumont
 Utopie Proximite d'un substitut a L'ere de la retraite
 l'emploi local communautaire


(1.) Une excellente recension de cette litterature est d'ailleurs proposee par Perucci et Targ (1988).

(2.) Tel que cite par Thullier (1995 :105).

(3.) Dumas-Gagnon, E. 1966. [much less than] Meme reglee, la greve du textile laisse en suspens deux questions: comment affranchir une region qui depend d'une seule industrie? Comment assainir les conditions de travail? [much greater than]. Le Devoir, 22 aout: 1.

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Author:Simard, Jean-Francois
Publication:Canadian Journal of Regional Science
Geographic Code:1CANA
Date:Jun 22, 2001
Words:9819
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