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Lire dans le parcours d'une creation (a partir de la surate XCVI du Coran) *.

The article offers a new reading of the Qur'an by examining the linguistic structure of the sacred text, starting with the multiple and varied lexical occurrence of "reading" in the Qur'an. The article moves from the notion of reading as it figures in the first revealed sura--which opens with the imperative form of the verb: "Read"--to the notion of reading inherent in the very term of "Qur'an." The article explores "reading" in the Qur'an in terms of its first reader/receiver, Prophet Muhammad, as well as in terms of potential readers. There are sixteen instances of the verb "read" in the Qur'an in different tenses. These verbs are analyzed in their textual context as well as in their relations and the web of meaning they produce. Finally, the article looks into the Qur'anic meaning of reading and writing and what makes the Qur'an a text for all times and all readers.

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Et la terre a resplendi de la lumiere de son seigneur et le livre a ete depose ...

Coran XXXIX, 69

Or s'il y a, au jour d'aujourd'hui, une autre "question de la religion", une donne actuelle et nouvelle, une reapparition inouie de cette chose sans age, et mondiale et planetaire, il y va de la langue, certes--plus precisement de l'idiome, de la litteralite, de l'ecriture, qui forment l'element de toute revelation et de toute croyance, un element en derniere instance irreductible et intraduisible ...

Jacques Derrida, Foi et savoir

La voix de la revelation est la Voix qui se fait entendre dans le parcours du monotheisme. C'est la Voix qui rompt le silence apres la "rupture des Tables" (Derrida, L'ecriture, 103). Dieu parlera seulement a un seul prophete, directement, Moise. (1) Il lui donnera Sa parole, sans intermediaire. Il l'interpellera, le conjurera, et lui donnera les Tables dans lesquelles seront inscrites les paroles de Dieu d'une inscription unique et privilegiee. Mais Moise, trahi dans la foi par son peuple, envahi par la colere, jettera ces Tables. Et c'est alors qu'aura lieu le Silence. Ce silence sera rompu de facon majeure deux fois: par le don d'une Parole, Jesus soutenu par l'Esprit Saint, l'ange Gabriel (III, 45: Quand les anges ont dit: Marie, Dieu t'annonce une parole de Lui appelee le Messie Jesus fils de Marie, respectable dans le monde et dans l'au-dela et il est parmi les rapproches [de Dieu]) et par le don du Coran, dicte au prophete (Muhammad) par l'ange Gabriel.

Ce recit schematique est le recit du deploiement de la Voix divine dans le silence humain. Voix qui donne sens a la vie et qui mene l'homme vers l'essence de son etant humain. Il est aussi le recit du trajet monotheiste qui se deploiera avec Ibrahim/Abraham a travers trois etapes majeures, a savoir le judaisme, le christianisme et l'islam. Le noyau de ce trajet est surement la Parole, donnee, repetee, reformulee et repercutee dans l'espace-temps humain. L'homme-sujet (2) recoit cette Parole de diverses facons et l'assimilera a travers plusieurs modules: religions plurielles, conflits, refus, rejet, adhesion. C'est toute l'histoire de l'homme dans son rapport avec le religieux dans sa vie, concept et instinct inherents et inseparables de la constitution humaine. Le "religieux" sera alors vecu differemment, conflictuellement et/ou pacifiquement. Mais il demeure un trait ineluctable et essentiel de l'humain.

L'essence de la religion islamique est la presence, concomitante et continue, du miraculeux dans la vie courante de tous les jours. Le texte du Coran est un texte dicte, enonce--au sens de produit par un sujet de l'enonciation--par Dieu, reproduit par la voix du prophete et inscrit, enregistre par des mains humaines. Texte au statut unique, meme envisage d'un point de vue exterieur a la foi ou a toute croyance religieuse. Car le programme enonciatif de ce texte implique et ordonne une lecture dans laquelle le lecteur doit prendre en consideration que la donne initiale, originale est celle-ci: Dieu a donne ce texte, dans ses paroles, sa lecture, ses moindres signes, sa structure et bien sur son sens. Miracle originel, unique et final dans l'elaboration du monotheisme, le Texte est le monde du musulman, mais aussi de tous les hommes (XVIII, 54: Et Nous avons deploye en ce Coran pour les gens de tous les exemples et l'homme est le plus contestable de/contestataire en toute chose), meme si ceux-ci ne le reconnaissent pas ou n'y croient pas. Et, si notre lecture part d'une foi et d'une croyance, nous tenons a preciser qu'a chaque pas nous essayons de nous en tenir le plus exactement a la lettre, au signe dans sa presence objective au sein du texte. Nous partons de la foi mais nous ne tenons pas a la prouver ou a l'illustrer, moins encore a y appeler. Car, exceptionnellement--et ceci est d'une autre portee tout a fait differente-la foi est ce qui est ou n'est pas. Aussi simplement et categoriquement.

La dictee du Coran a lieu par un appel au prophete Muhammad. L'appel est lance par l'ange Gabriel, intermediaire et voix (non sujet producteur) d'une enonciation specifiee comme etant l'inspiration (alwahy). (3) Le premier mot de cet appel--mot qui sera inclus, assimile dans le texte dicte--sera l'imperatif Lis, inscrit dans le texte et inscrit dans une temporalite essentielle a la religion islamique. Et comme le souligne Derrida:
 A la difference d'autres experiences de la "foi", du
 "saint", de l'"indemne" et du "sauf", du "sacre" et du
 "divin", a la difference d'autres structures qu'on serait
 tente d'appeler par analogie douteuse "religions", les
 revelations testamentaires et coranique sont inseparables
 d'une historicite de la revelation meme. (Foi et savoir,
 18-19)


1. a. Precision de lieu

La sourate XCVI du Coran est justement le debut de la dictee de l'enonciation du texte coranique. Debut invagine plus tard dans le corps meme du texte, cette sourate est le commencement de la revelation mais non pas celui du texte final. L'ordre et la structure du texte sont en relation avec un sens depassant celui de la revelation, de la dictee, de toute la mission du prophete Muhammad. Le texte est ainsi pose dans un espace-temps different, autre par rapport a l'historicite de son apparition dans le monde humain. Car le temps de la dictee/enonciation n'est pas celui de la composition du Coran. Le texte est dicte selon un certain ordre (dans l'espace-temps de la vie du prophete) puis seront dictes toujours une organisation, une mise en place et un ajustement de chaque sourate et de chaque verset. L'ordre du texte est ainsi totalement different de l'ordre de sa production par la voix dictante. Cette superposition d'un ordre a un autre et cet ajustement d'une Realite aux depens d'une autre instaurent un Texte, unique il est vrai, mais ayant une structure, un sens, une portee faisant Sens. Le geste du don pour ce texte est par la, de meme, sens en soi.

Qui dit dictee, dit production a partir d'un autre texte. Et qui dit "Lis" implique un texte lu par un sujet lisant. Donner a lire ici signifie la presence d'un texte initial et d'une vision superieure lisant dans un texte invisible--aux yeux du prophete analphabete mais autrement inaccessible aussi. Cette voix qui dicte pour donner a lire est intermediaire mais elle est, du meme coup, puissante de par la puissance meme que lui donne son role, son lieu et sa presence essentielle pour la production d'un tel texte. D'ou la necessite du mode imperatif, seul mode qui exclut le rapport personnel, l'echange, le retour de la parole. Desormais la parole est produite dans un sens unique, quitte a la repercuter, a la faire proliferer--ou a lui repondre, mais sous des modes differents, autres que le dialogue entre un je/tu. Sens irreversible, ce n'est plus l'echange de l'interrogation ou du dialogue comme auparavant, aux premiers temps de la Revelation avec Ibrahim (II, 260: Et quand Ibrahim a dit: Mon seigneur montre-moi comment Vous ressuscitez les morts; Il a dit: N'as-tu pas la foi? Si, mais pour que mon coeur soit tranquille; Il a dit: Prends donc quatre oiseaux, puis coupe-les en ta direction, ensuite fais qu'une partie de chacun soit sur une montagne; ensuite appelle-les, ils te viendront en vitesse; et sache que Dieu est puissant et sage) ou avec Moise (cf. VII, 143: Fais-moi voir que je Te regarde ... Tu ne Me verrais pas, mais ...) ou avec Jesus (V, 116: Et quand Dieu a dit: Jesus fils de Marie, est-ce toi qui a dit aux gens: Prenez-moi ainsi que ma mere en tant que divinites independamment de Dieu?, il a dit: Gloire a Vous, je n'ai pas a dire ce qui ne m'est pas la verite; si je l'ai dit Vous le savez; Vous savez ce qui est en moi et je ne sais pas ce qui est en Vous; Vous le grand connaisseur des inconnus).

L'injonction a la lecture est alors pour le prophete Muhammad un don pour une prise sans retour, sans reponse, du texte coranique. Prends pour transmettre, prends pour re-donner. C'est une lecture unique, originelle si l'on peut ainsi la qualifier. Car c'est une lecture qui depasse la lettre pour ce prophete analphabete. (4) Muhammad ne savait ni lire ni ecrire dans et a partir des livres deja presents en son temps. Fait historique reconnu et fait inscrit dans le texte qu'il transmet (XXIX, 48: Et tu ne recitais pas avant cela de livre et tu n'en inscrivais point avec ta main droite; sinon ceux qui nient la verite auraient eu des doutes). Ce pourrait etre aussi une des raisons de la dictee. Mais en fait l'analphabetisme n'est ici qu'un element secondaire pour le non-acces direct au Texte d'origine qui, de loin et par bien d'aspects, depasse son (ses) recepteur(s).

La lecture (Lis) dans cette sourate premiere est la lecture religieuse par excellence. Lecture en reference a un enonciateur supreme, mais surtout lecture comme adherence au texte lu. Texte donne et acquis d'autant plus qu'il depasse son lecteur, le transgresse continuellement, a l'infini de la lecture. Le Sujet de l'enonciation le donne sans lacher prise, le faconne sans y laisser aucune liberte pour le lecteur, mais le donne pour liberer dans l'iteration de la prise, a chaque lecteur, a chaque croyant et aussi a chaque auditeur. Ce texte doit aussi etre recite. La voix qui l'a dicte genere de par sa proferation, une proliferation incommensurable. Jusqu'a la fin des temps puisque ce texte sera "garde" jusqu'au (par le) dernier croyant et aussi par une force intrinseque qui est en son essence, en sa presence meme (XV, 9: En fait c'est Nous qui avons fait descendre la relation [au sens de narration et de temoignage garde en memoire] et c'est Nous qui en sommes les gardiens). Cette garde est aussi en rapport avec l'origine de ce Coran, sa reference premiere, a savoir le Texte premier, present chez Dieu, dans une "Table conservee" (LXXXV, 21-22: Mais c'est un Coran glorieux dans une Table conservee). Dieu-enonciateur est ainsi par le don, par le texte et par la lecture, transcendant et immanent, present et donnant par 1' absence. Position et role uniques.

1. b. Lis, doublement

Guide, dirige et oblige vers et par la lecture, le lecteur-prophete doit lire oralement. Il le doit, en premier lieu, etant analphabete, et ensuite comme etant lecteur premier d'un "texte" non-vu, texte en relation avec "l'invisible absolu" pour rememorer, garder et transmettre. Ce texte essentiel afflue vers l'essence humaine par le son, l'oralite de la voix. Il demeurera, se maintiendra dans l'histoire et l'espace humains, par l'inscription absolue dans le visible abstrait (LXXXVII, 6: Nous te ferons lire, n'oublie donc pas): par l'activite et le pouvoir de la memoire. C'est a partir de ce don que naitra la responsabilite du lecteur-prophete d'abord mais de tout lecteur potentiel par la suite. Et le texte deviendra le lieu de la garde, de la memorisation et de la demeure. Cette "invisibilite absolue", Derrida la cernera astucieusement et autre part en disant:
 L'absolu de l'invisibilite, ce serait plutot ce qui n'est pas
 de structure visible, la voix, par exemple, ce qui se dit ou
 veut dire, et le son. (...) Dieu me voit, il voit dans le
 secret en moi, mais je ne le vois pas, je ne le vois pas me
 voir. (...) Comme je ne le vois pas me voir, je peux ou je
 dois seulement l'entendre. Mais le plus souvent on doit
 me le donner a entendre, je m'entends dire ce qu'il me dit
 par la voix d'un autre, d'un autre autre, un messager, un
 ange, un prophete, un messie ou un facteur, un porteur de
 nouvelles (...) Dieu me regarde et je ne le vois pas, et
 c'est depuis ce regard qui me regarde que ma responsabilite
 s'initie. ("Donner la mort", 85-87)


Et c'est a partir de ce texte invisible, dicte, enonce, repris que la responsabilite est endossee, portee par chacun.

"Lis" est le premier mot de cette sourate et le premier mot de la revelation du texte coranique. En echo, deux versets plus loin, ce meme imperatif est repete. Deux ordres de lecture, identiques grammaticalement et phonetiquement, mais a portee assez differente: Lis au nom de ton seigneur et Lis et ton seigneur est le plus genereux.

Lire au nom de, c'est invoquer, presentifier mais c'est aussi rememorer et nommer le responsable du texte lu. Lire, et plus tard ecrire, et plus loin reciter, relire et reiterer le Texte au nom de Dieu. Par ce renvoi incessant et inherent au texte du Nom, Dieu repond de ce texte, et par lui. Responsabilite absolue et unique, presence au-dela de (ou inherente a?) l'absence, le Nom, par le Texte et en lui, etablit l'immense difference avec tout autre texte profane dans lequel l'auteur, malgre sa maitrise et son pouvoir "unique", est absent des l'achevement du texte. Si Jabes dans son Livre des questions souligne que "Ecrire, c'est avoir la passion de l'origine" (360) c'est justement de par l'absence de tout scripteur a son texte. Absence et detachement de l'ecrit des la consommation du don de l'ecriture, et retour, repetition d'une recherche de soi et de l'origine. Absence par 1' achevement du geste scripteur alors que par le texte du Coran, Dieu se laisse dire, se fait etre par le Nom, par le son et par le sens. Mais Il se fait etre surtout par l'adherence au Nom lors de chaque lecture. Par la foi.

Les Tables donnees a Moise pour etre lues ont ete brisees dans un moment de courroux. L'homme perd ainsi une chance liee a la vision. Cette chance lui est re-offerte mais par la voix, car ce texte lu, le Coran, demeure dans la Voix. Il est donne par elle et il perdure en elle. "Lis" ici est un ordre de vision d'apres nos criteres courants: lis dans un livre. Et d'ailleurs c'est desormais un texte ecrit, garde par l'ecriture, mais simultanement c'est un texte qui ne prend toutes ses dimensions que dans l'oralite, la reproduction vocale, al-tartil. Ce terme arabe en relation etroite avec le Coran signifie organiser, arranger harmonieusement et avec precaution, terme apres terme, element apres element, par la voix et en elle. "Lis" doit etre pris ici comme il est donne: l'ange Gabriel, parlant sans etre vu, voix imperieuse generant la voix du prophete, repercutant le texte depuis lors par la voix. Lis apres moi, selon moi. Cette voix de l'imperatif est en fait de source. Elle produit une parole de source, la Parole a sa source pour un texte final et ressourcant. Texte d'origine et de cloture.

Lis au nom de ton seigneur: le possessif ici a ete souligne par les exegetes arabes. Ainsi al-Razi souligne l'appartenance du sujet a son seigneur, mais souligne aussi que la racine rbb, d'ou est tiree le mot rabb (seigneur) signifie: entourer de soins, soigner pour faire murir, faire croitre (14). Le rapport ici est donc de domination mais attentive, soigneuse, de tendresse. De meme, rabb est un nom de Dieu, non pas nom d'etant mais ce qu'al-Razi nomme nom d'action, d'activite divine. Ainsi "Allah" ou Dieu est nom absolu d'etant, tandis que rabb est nom d'une action positive envers l'homme, action d'enrichissement et de developpement. L'imperatif ici ne somme pas a lire au nom d'Allah (Dieu) comme il est recommande pour chaque lecture du Coran. Mais le lien avec le Nom en ce seuil est un lien d'appartenance, d'amour, de reconnaissance. Lien de foi: relation personnelle, possessive, intime et reconnaissante. L'appartenance ici souligne la necessite du Nom et de son effet, et l'intimite du Nom avec l'effet. Dans ce rabbi-ka, nous lisons--et le prophete y entend--une proximite non pas seulement absolue mais necessaire, de la necessite de l'etre a son etant createur. D'ailleurs dans le texte du Coran, nous lisons tres souvent ce possessif et son pendant, a savoir "mon sujet" ou "mes sujets": 'abdi ou 'ibadi. Ces deux possessifs etablissent la relation infinie entre le seigneur et son sujet, dans un circuit de reciprocite. L'un appartenant a l'autre, (se) demandant l'autre a soi.

La premiere lecture doit donc se faire au Nom de "ton seigneur", mais surtout de ton seigneur createur. L'absolu de la creation est souligne ici dans ces versets liminaires. Creation non pas de toi, sujet, ou meme du texte, ou de la creation, des terres et des cieux, mais par Celui qui a cree. Don absolu, sans reference et assimilant du meme geste, le plus large, toute reference, toute production et a toutes les dimensions. Avant de preciser dans le verset suivant Il a cree l'homme, Il installe la creation en soi, comme geste premier du don du faire-etre absolu. Car creer c'est donner a etre, pour toute creation quelle qu'elle soit. Donner a etre a partir d'un non-etre. Non pas a partir d'une absence, car l'absence implique une presence absente, retiree. Alors que faire-etre c'est donner sans elements presents, donner d'un don absolu a partir de soi uniquement et du pouvoir de soi. Croire a ce don, y adherer, c'est deja la foi.

1. c. Lis pour etre

Viendra ensuite, dans un moment consequent au moment de la creation initiale, la creation de l'homme. Cette creation ici annoncee est en fait un moment de lecture ambigue. Car le texte coranique dit que la creation de l'homme a lieu a partir d'un 'alaq. Ce terme est present uniquement dans ce verset. Il est proche--mais non identique--du terme 'alaqa, substantif feminin signifiant "adherence", premier moment dans la generation de l'etre, le foetus. Ce terme est present dans les versets relatant la generation de l'homme a partir d'un microcosme minuscule, adherant a l'uterus pour se developper ensuite en etre vivant. La ressemblance des deux termes a un phoneme pres tend a les identifier dans certaines exegeses. Mais, unanimement, il y a un doute en suspens ne donnant pas a ce terme un sens definitif. Une tendance linguistique differente penche pour voir dans ce terme, origine de l'homme cree, un anagramme de 'aql, signifiant la raison. Le terme "alaq serait alors une reconstitution phonetique de "aql ou une proximite phonetique de 'alaq? Ou bien la construction d'un mot mixte, origine ambigue de l'homme? Suspense de la creation de l'homme entre le microcosme infini et insignifiant, et la raison source reelle, insondable et demesuree, de l'homme--veridicite et unicite de son etant. (5)

"Lis" en second lieu est l'ordre de lecture associe, coordonne avec "Ton seigneur le plus genereux". Bien sur l'absolu de la generosite ici est l'echo de l'absolu de la creation. Mais il est aussi, du meme coup, un passage vers Celui "qui a enseigne par le calame (la plume)". Enseigner dans ce verset est exprime par le verbe arabe 'allama, au sens tres precis de donner la science, apprendre, donner le savoir, toujours dans un sens absolu, sans complement. Savoir et science sans precision de leur objet mais en precisant l'outil: le calame, la plume, l'outil de l'ecriture et de l'enregistrement. Ce meme terme survient dans un autre verset du Coran en relation directe avec l'ecriture, l'alignement sur le papier, dans un serment fait par Dieu: Noun, par le calame et par ce qu'ils alignent [ecrivent sur des lignes] (LII, 1). Cet infini de la science et cette precision de l'outil conjuguent un aspect bien particulier, essentiel, de la generosite de Dieu.

Si Dieu par son don de la creation appelle la foi, dans sa generosite absolue Il indique la priorite de la science et du savoir. L'une ne va pas sans l'autre et les deux--foi et savoir--sont essentiels a l'homme et a son etant. Creer, dans la sourate XCVI, precede apprendre dans le rapport essentiel de l'homme au savoir et a la science. Autrement, et dans un autre verset (LXXVIII, 1-4: Le Misericordieux a enseigne le Coran, a cree l'homme, lui a enseigne le discours), enseigner le Coran precede la creation de l'homme. Car, comme le souligne al-Zamakhshari dans son exegese de cette sourate, le Texte depot de la religion, support de la foi, precede l'homme et le commande comme element dans le tout de la creation. Ainsi, cree, le Coran a la priorite sur l'homme car il le depasse, l'englobe et l'inscrit, la Creation comprenant creation du Livre, de l'homme, de tout. S'installe par la une dynamique generatrice entre foi et savoir, creation et science, nom de Dieu repondant du Texte et plume gardant ce Texte au-dela de la voix dans le geste du savoir.

Ainsi, le "plus genereux" ou plutot le Genereux absolu est Celui qui associe la creation, et en particulier la creation de l'homme, au savoir absolu, et en particulier le savoir par la plume. Ce texte donne par la voix, cette injonction orale adressee au prophete dans sa solitude pour la repercuter dans la multitude, allie ici dans un rapport de rejet constant la voix a l'ecriture, l'oral a la plume qui va mener vers la science, la symbolisant, mais qui fixe aussi cet invisible aerien entendu, percu. A l'origine du Texte et de la Revelation se trouvent donc superposes mais intimement lies deux axes fondamentaux et essentiels: la foi/le savoir et l'oral/l'ecrit. Donnes du meme geste, du meme coup, a partir du silence et du non-etre precedant le Texte. Et nous nous etonnons, simplement, de nous retrouver en questionnement, avec Derrida:
 Peut-etre pourrions-nous essayer de "comprendre" en
 quoi le developpement imperturbable et interminable de
 la raison critique et technoscientifique, loin de s'opposer
 a la religion, la porte, la supporte et la suppose. (Foi et
 savoir, 46)


Et de la, nous le lisons et nous le rejoignons autrement mais malgre tout avec lui:
 Il faudrait demontrer, ce qui ne sera pas simple, que la
 religion et la raison ont la meme source. (...) Religion et
 raison se developpent ensemble, a partir de cette
 ressource commune: le gage testimonial de tout performatif,
 qui engage a repondre aussi bien devant l'autre que
 de la performativite de la technoscience. La meme source
 unique se divise machinalement, automatiquement et
 s'oppose reactivement a elle-meme: d'ou les deux
 sources en une. (Foi et savoir, 46)


La repetition du "Lis" sur une double portee est ainsi en fait une iteration dans la difference en vue d'une edification. Edification de la religion bien sur, mais surtout mise en place du message, de la Parole essentielle, de base, constitutive absolument, et de l'humain en particulier. Et par la, "point de foi, donc, ni d'avenir sans ce qu'une iterabilite suppose de technique, de machinique et d'automatique. En ce sens, la technique est la possibilite, on peut aussi dire la chance, de la foi" (Foi et savoir, 46). Chance et danger du meme coup, comme il le developpe plus loin, selon l'equilibre et la mise en place de l'une visa-vis de l'autre et non au depens l'une de l'autre. Car c'est une "liberte risquee" qui est donnee a l'homme par ce double et unique don: foi et savoir. Risque developpe plus loin d'ailleurs, dans le sixieme verset de la sourate XCVI lorsque l'homme--mais non pas n'importe lequel-abuse: cet "homme" profite a l'exces de ses biens et tombe dans le desequilibre se croyant le plus fort, absolument et impunement.

Dans le sixieme verset de la sourate XCVI, il y a un "non", repete dans les versets 15 et 19. Ces trois "non" grammaticalement identiques, en debut de verset, sont semantiquement assez differents. Ils amorcent, a chacune de leur apparition, une etape dialectique differente dans la dynamique de la reception et de la prise. Les cinq premiers versets (premiers versets au niveau de la Revelation et de cette sourate) sont suivis de 14 versets qui constituent la suite de la sourate et qui sont dictes beaucoup plus tard dans l'historicite de la Revelation. Ces deux strates--du point de vue temporel--de la sourate forment un tout compose d'ajout et d'ajustement pour faire sens. En fait, ces versets "decales" et ajoutes constituent les moments de prise du don de la foi et du savoir. Cette prise est segmentee en trois temps ponctues par les trois "non" (versets 6, 15, 19).

Le facteur commun a ces trois termes de negation est qu'ils sont enonces par Dieu. Le premier "non" est celui allant conie la transgression de l'homme. C'est le refus de l'attitude de l'homme pratiquant une fausse reception, abusant des pouvoirs donnes par Dieu, croyant pouvoir se suffire, pratiquant une vision egocentrique et oubliant que le cercle ne se ferme pas sur lui, mais sur un retour vers Dieu (verset 8). "Non" ici est donc de detournement de cette attitude. Puis s'ensuit un exemplum, une illustration de ce comportement transgressif et par la agressif. L'illustration, la, ne nomme personne, meme si dans les livres d'exegese un personnage bien defini, Abu Jahl, est ce personnage d'une grande agressivite envers le prophete, reniant la religion et menacant de l'attaquer pendant la priere. Le nom du personnage ici est absent, tout comme celui du prophete: "celui qui" et "un sujet quand il prie". Car ce n'est pas une historicite de faits et de noms qui est recherchee, mais plutot l'enregistrement d'une historicite particuliere: a savoir les modules de reception ou de refus, les attitudes d'adhesion ou de transgression. C'est une ponctualite phenomenologique qui est visee et non une histoire de personnages ou de tribus. Ponctualite depassant ainsi temps et espace d'une religion ou d'un prophete en particulier en vue d'une universalisation de concepts et de faits.

Par la, le second "non" est un non de menace et de refus de cette attitude. Car, s'il persiste dans son comportement transgressif, ce personnage, quel qu'il soit, ou et quand il serait, sera saisi. Saisi et puni bien sur, mais saisi pour sa position effrontee. C'est d'ailleurs le terme utilise: il sera saisi "par le front", d'avoir tenu front a Dieu (et non au prophete, car en realite ce n'est pas lui qui est concerne dans cette transgression, dans cet abus de pouvoir), d'avoir affronte Dieu en se comportant en egal avec Lui. Cette attitude de mensonge et de rupture est fautive car elle repose en fait sur un malentendu: d'avoir recu le don du pouvoir--de la science et du pouvoir sur le monde--l'homme peut s'imaginer maitre au-dela du Maitre, oubliant le possessif qui le lie, inextricablement, a la source, a son seigneur. Mais c'est surtout d'avoir oublie l'absolu de la creation par le Createur, possedant et donnant, qu'il sera puni.

Le troisieme "non" est pour le retour par la denegation, negation de l'attitude negative. Denegation en vue d'un triple ordre: Non ne Lui obeis pas, agenouille-toi, rapproche-toi. Apres l'ecart, l'abus, s'agenouiller et prier c'est l'extreme proximite, la presence au juste endroit pres de Dieu, dans Sa portee. L'imperatif du verbe "s'agenouiller" repond, par un autre--et juste--retour a l'imperatif de l'incipit: Lis. S'agenouiller dans la reference islamique est la forme la plus pure de la priere, proximite du corps qui se plie (lie) en accord avec l'ame vers Dieu et en Lui. Par la soumission, mais aussi par la Reconnaissance--dans tous les sens de ce mot--, dans un detachement et un isolement par rapport a l'entourage. Le lieu de priere en Islam est d'ailleurs appele masjid (mosquee), lieu d' agenouillement, du verbe arabe sajada. Ainsi dans le dixieme verset, le verbe "prier" est mentionne non pas comme cet agenouillement, mais comme l'acte d'execution d'un des cinq piliers de la pratique religieuse. S'agenouiller, lui, est autre, au plus proche de Dieu, superieur a la priere. C'est le moment/lieu du Retour dans la foi, a Dieu et non a soi. Et comme le souligne Jean-Luc Nancy: "ce que l'homme s'est approprie et dont il est debiteur vis-avis de Dieu, c'est ce soi qu'il a retourne sur lui-meme. Cela doit etre remis a Dieu et non a soi" (517).

Dans le trajet de cette sourate nous avons, paralleles et tressees, trois dimensions de l'absolu, a des niveaux differents: de Dieu {(Versets 1-2) a cree, (verset 3) le plus genereux, (verset 1) a enseigne, (verset 8) le retour, (verset 14) voit}, de l'homme dans sa verite positive {(verset 1) Lis,(verset 3) Lis, (verset 5) ce qu'il ne sait pas, (verset 19) s'agenouiller, (verset 19) se rapprocher} et de l'homme abusant et transgressant, donc dans sa verite negative {(verset 6) transgresse, (verset 7) se suffire, (verset 9) interdire, (verset 13) mentir, (verset 13) se detourner}. (6) Dans l'intersection de ces trois axes "extremes"--et parfaitement egaux du point de vue structural--se croisent la volonte et le pouvoir de Dieu avec les comportements et les volontes des humains, leur reception du Don, sous tous les aspects possibles.

C'est ainsi qu'a partir de la lecture, prescrite, dictee et effectuee continuellement, puisque le texte la repete jusqu'a nous maintenant, surgira l'etant de l'homme dans sa pluralite, son adhesion et son refus, sa reconnaissance et ses abus. Mais la boucle est refermee--dans l'ouverture--par le rapprochement en dernier verset vers Dieu, Source, Origine et lieu de Retour.

2. Lire en extension

Mais le verbe "lire" n'est pas employe uniquement dans cette sourate. Son emploi s'etend a d'autres lieux du texte coranique. La lecture de ces lieux nous semble etre l'indice d'un trajet important de cette activite generatrice et importante qu'est la lecture dans la pratique religieuse islamique. Trajet qui a une structure propre assez particuliere, mais surtout trajet qui nous permet de mieux cerner le sujet et l'objet de la lecture dans le Coran. Car lire n'est intransitif, absolu, comme nous venons de le souligner, que dans l'imperatif liminaire de la Revelation (sourate XCVI). Autrement, "lire" a toujours un objet, une forme grammaticale (passif ou actif, singulier ou pluriel, etc.), et un sujet. Nous suivrons alors pas a pas, au plus proche des mots, cette extension du verbe "lire" dans le texte.

De prime abord, il faut souligner que la lecture ne se trouve dans le texte coranique que sous sa forme verbale. Ainsi il n'y a ni lecteur ni texte lu. Sauf bien sur le terme qur'an, substantif derive du verbe qara'a, livre de lecture, livre lu. Nommer ainsi ce texte de base de l'Islam, le Coran, c'est lui donner deja des marques, des traits et des aspects de cette religion pratiquee dans la lecture, le dechiffrage, la reflexion, l'iteration, la repetition, la recherche, la decouverte, l'ajustement ... Bref, tous les semes en relation avec la lecture des son oralite, sa naissance, jusqu'a son ecriture, son ancrage et sa garde. Le Coran s'avere etre pour tout musulman, ayant la foi, une demeure ou il se retrouve, au sens le plus large de ce mot (retrouver son moi, mais retrouver aussi ce qu'il recherche, ce qui le travaille, ce qu'il peut perdre en cours de route pour un moment, ce qu'il n'a jamais su et qu'il retrouve la, etc.).

1. Commencons par relever dans le texte du Coran toutes les occurrences du verbe "lire", qara'. La premiere fois ou "lire" apparait c'est dans la septieme sourate, verset 204: Et si [quand] le Coran est lu, ecoutez-le donc et appliquez-vous a l'entendre peut-etre seriez-vous absous. En premier lieu s'installent donc l'objet principal de la lecture (le Coran), les recepteurs et le mode de reception. Ce texte, meme s'il est poetique et harmonieux, n'est pas une musique, une pure organisation de sons, une harmonie, une parole enigmatique ecoutee de facon sacree, sans comprehension et sans bonne reception. Mais il y a une insistance sur "ecoutez" et "ecoutez attentivement" afin d'atteindre la misericorde, le pardon absolu. Ecouter est en relation intime, ici, avec comprendre, bien recevoir. La forme grammaticale en valeur ici est le passif, car le lecteur, lui, est recepteur, laissant la premiere place a l'acte meme-et la qualite de cet acte--de lecture et d'ecoute. Et place aussi a Celui qui pardonne, absout. Celui dont la presence est mise en valeur dans le verset suivant (205): Et evoque ton seigneur en toi pieusement, en secret, sans declarer a haute voix a toutes les heures du jour ... Recepteur absolu et final de toute lecture.

2. La deuxieme occurrence du verbe lire se trouve dans X, 94 : Si tu [Muhammad] doutes de ce que Nous t'avons apporte questionne donc ceux qui lisent le livre avant toi; tu as recu la verite de ton seigneur, ne soit donc pas des hesitants. Ici c'est la lecture de ceux qui detiennent deja un livre, a savoir les juifs et les chretiens. Nous noterons en passant un fait capital dans le texte coranique, a savoir la presence massive des livres religieux premiers, la Torah et l'Evangile. Et, c'est dans ces livres d'ailleurs que se trouve l'indication de la venue de Muhammad (VII, 157: Ceux qui suivent le messager prophete analphabete qu'ils trouvent inscrit chez eux dans la Torah et l'Evangile ...). Ainsi ce texte, le Coran inscrit et garde ceux qui le precedent etant tous de source unique.

La lecture de ce verset est lecture dans d'autres livres divins pour confirmer, surmonter le doute. Lecture de reference a l'autre/meme. Croire pour le musulman est un tout indissociable, embrassant tous les messages monotheistes dans leur verite et les confirmant.

3. La troisieme mention du verbe "lire" est dans la sourate XVI, verset 98: Quand tu lis donc le Coran invoque Dieu contre Satan le lapide. Lecture du Coran encore une fois, et conditions du pacte de lecture: comment lire, comment amorcer la lecture, contre et envers qui. Conditions reparties ainsi dans la premiere et la troisieme mentions. Le lecteur, la, est un "tu" virtuel, n'importe qui ayant acces au texte, cherchant lecture mais aussi cherchant a bien lire en rejetant le pouvoir de Satan, seul opposant a la piete. Ce rejet et cette interdiction sont justement rendues possibles par la presentification, l'evocation par le nom de Dieu.

4. Le verbe "lire" est present ensuite dans la sourate XCVII, verset 14: Lis ton livre, tu es surtout responsable aujourd'hui de toi-meme. Le livre lu ici est le livre personnel dont chacun est charge le Jour du jugement. La responsabilite est alors absolument personnelle: chacun par la lecture de son livre--sa vie, ses actes, etc.--est actant et juge. C'est le moment de verite et de responsabilite. Mentir est impossible, chacun repond de soi dans la verite par son livre. Le possessif ici est d'adherence au livre qui est le soi, le meme de l'etant, mais revele et enregistre. Livre intime et particulier, "ton livre" est le lieu d'inscription strictement personnel et chacun est obligatoirement lecteur de son propre livre. Assimilation finale de l'ecriture a la lecture, c'est le jour de publication de chaque livre personnel. Le mode dans ce verset est l'imperatif, avec la precision de l'objet de lecture. D'ailleurs ce "tu" est multiplie dans le verset, sollicite avec insistance (4 occurrences en 7 mots). Le sujet, lieu d'adresse, est ainsi presque agresse, amplifie par l'adequation du livre et de la lecture a leur sujet en ce lieu/moment ultime de la Rencontre finale.

5. Dans la meme sourate (XVII), nous avons la mention suivante du verbe "lire" (verset 45): Et quand tu lis le Coran Nous faisons en sorte qu'il y ait entre toi et ceux qui ne croient pas au Jour Dernier un voile isolant/isole. Et justement, ce lieu/moment de rencontre finale, le Jour Dernier, est partie integrante de la foi du croyant. Lire le Coran etablit alors, par le pouvoir de Dieu, une separation entre croyants et non-croyants. "Tu" est toujours le sujet-lecteur dissocie des "autres"--les non-lecteurs, les non-croyants--par le pouvoir de la lecture. Le pouvoir du "Nous" ici, est pouvoir transcendant au texte et a ses lecteurs mais, simultanement, emanant du Texte. Et c'est ce dernier qui etablit la ligne de partage: excluant et isolant. D'ou l'ambiguite et la richesse du terme "isolant/isole", masturan. Car le voile, en general, a pour fonction de cacher, d'isoler du regard. Or ce voile-ci est cachant mais aussi cache, voile aux regards. Dilemme etrange, qui pose probleme aux exegetes: "On a dit que c'est un voile qu'on ne peut voir car cache; et il est possible aussi que ce soit un voile couvert d'un voile, voile par d'autres voiles" (al-Zamakhshari, II, 451). Voilant/voile, isolant/isole, le meme geste repartit croyants et non-croyants par l'effet de lecture du Coran. Ce blocage par/lors la lecture est en fait une rupture de reception. Seuls sont, seuls peuvent etre recepteurs ceux qui croient, qui veulent ecouter sans renier a priori, et non pas ceux qui refusent deja d'adherer donc ne peuvent pas ecouter. Recepteur isole s'isolant.

6. Toujours dans la meme sourate XVII, le verset 71 donne a lire: Le jour ou Nous inviterons tous les gens par leur chef, celui a qui sera donne son livre par sa droite, ceux-la lisent et ne sont aucunement injustement juges. En ce Jour Dernier, la possibilite de la lecture sera restreinte a une categorie de "lecteurs". Et, il y aura differenciation par la main qui tient le livre. Ceux qui le tiendront par la main droite seront dans la droite voie et pourront avoir acces a la lecture. Conditions bien particulieres de cette situation unique de lecture finale. La marque--la main droite--signe la difference et donne le pouvoir d'acceder a un statut privilegie: voir et lire. Statut herite de leur vie sur terre, et le verset suivant specifie: Celui qui a ete aveugle la [sur terre] est aveugle le Jour Dernier et en pire errance (verset 72).

7. Dans le verset 93 de la meme sourate, nous lisons: Ou bien tu [Muhammad] possedes une maison ornee ou tu t'eleves dans le ciel et nous ne croirons a ton elevation que quand tu fais descendre sur nous un livre que nous lisons; dis: Honore soit mon seigneur, ne suis-je autre chose qu'un humain messager. La lecture ici est condition de defi, celui d'un livre-miracle, preuve de la realite divine demandee par les contestataires. Justement ceux-ci, qui refusent a priori et faconnent de faux arguments, demandent un livre descendu du ciel, depose par le prophete pour prouver sa relation avec le pouvoir divin. Defi lance par des non-voyants qui ont deja decide de ne pas voir, melant foi et preuve materielle, qui demandent du divin en puissance de l'humain. Cette confusion est bien sur une condamnation sans retour.

8. La derniere mention du verbe "lire" dans cette sourate est un aboutissement, un achevement par la lecture du texte (verset 106): Et un Coran que Nous avons structure pour que tu le lises aux gens avec precaution et Nous l'avons fait descendre absolument. Dans ce verset capital se trouve la lecture comme but d'un texte dont sont precises le mode d'enonciation (la structure), les recepteurs (tous les hommes), le but (lire avec precaution) et bien sur le geste du don. Ainsi les "aveugles" deja cites sont des non-voyants volontaires car ce texte est donne a tous les hommes: croyants et non-croyants. Synthese ici des categories de recepteurs mais aussi accomplissement du dispositif de lecture. Dispositif acheve, perfectionne par la mise en evidence de tous ses elements, de toutes ses instances. Le Sujet du don, son Origine, est souligne en debut et en fin de verset: Nous l'avons structure-Nous l'avons fait descendre.

9. Le verset 199 de la sourate XXVI presente le verbe "lire" dans un rejet: Qu'il le leur lise ils n'y croient pas. Les pronoms remplacent des termes absents, presents dans les versets precedents mais non precises ici, a savoir le prophete (il), le Coran (le, y), ceux qui ne parlent pas de facon comprehensible (ils). (7) Le verset est compose d'absences rendant ainsi le contexte essentiel pour la comprehension. La difference d'un "langage comprehensible" est presentee comme un obstacle a la lecture, et non pas la difference de peuple ou de langue. Car dans les versets precedents, il a ete precise que les savants des fils d'Israel (peuple et langues autres) avaient deja la preuve de la legitimite de Muhammad et de son message--et y croyaient. L'absence de langue arabe n'est donc pas l'absence du moyen de croire, car le verset precise "ils ne le croiront pas" et non "ils ne le comprendront pas".

10. Dans la sourate LXIX, nous lisons au verset 19: Quant a celui qui a recu son livre avec sa main droite, il dit: tenez lisez mon livre. La lecture ici est toujours du livre propre, tenu en main droite, lors du Jour Dernier. C'est le Jour de l'Evidence, ou tout parait dans sa verite, inscrit, pour le perdant comme pour le gagnant. Ce dernier serait alors soulage de pouvoir donner a lire un livre qu'il sait positif.

11. et 12. Dans le long verset 20 de la sourate LXXIII, nous avons une double et identique mention du verbe "lire": Ton seigneur sait que tu te leves [pendant une periode] moins des deux tiers de la nuit, sa moitie et son tiers, ainsi qu'un groupe de ceux qui sont avec toi; et Dieu juge [bien] la nuit et le jour et il a su que vous ne pourrez pas evaluer [la juste portion de la nuit]; Il pardonne donc; lisez alors ce qui vous est possible du Coran, Il a su qu'il y aurait parmi vous des malades; et d'autres qui travaillent la terre cherchant les biens de Dieu; et d'autres qui combattent dans la voie de Dieu; lisez donc ce dont vous etes capables, faites la priere, donnez l'aumone, pretez a Dieu d'un pret genereux, et ce que vous presentez de bien a vous-memes, vous le retrouvez chez Dieu en bien et en meilleure gratification; repentez-vous a Dieu car Dieu est Celui qui pardonne le Misericordieux. La lecture ici est presentee comme devoir religieux equivalent a la priere et a l'aumone, c'est la lecture particuliere du Coran durant une portion de la nuit, lecture en solitude, sans temoins, activite de foi au plus intime de la vie humaine. Le mode ici est l'imperatif, mais pluriel et associe a un "donc", impliquant toutes les difficultes d'une telle lecture. Le texte lu, en priere, est bien sur le Coran.

13. Dans le verset 18 de la sourate LXXV, Dieu assure: Et quand nous le lisons suis sa "lecture". Le terme "lecture" ici est qur'an et non qira'a, qui est le substantif courant du verbe qara'a (lire). Ainsi le Coran est le texte de lecture par excellence-ou alors le texte lu n'est que le Coran. Ce verset est en relation avec la situation d'enonciation et de dictee du Coran. Le verset precedent precisait au prophete de ne pas s'empresser pour retenir par coeur: Ne fais pas bouger ta langue pour t'empresser a le lire. Cette ponderation recommandee de la lecture est un conseil assurant que le texte est la, le prophete ne peut pas le rater, le perdre. Il suffit d'avoir confiance, foi, de repeter apres avoir ecoute. Ici, l'assimilation de "lecture" a "Coran" n'est pas un simple fait de langue, les deux termes etant corrects. Mais c'est pour instituer que par la lecture-reception du prophete a la suite de la lecture-enonciation de Dieu par l'intermediaire de l'ange Gabriel, le texte est Coran, texte absolu, de lecture finale.

14. Le verbe "lire" est mentionne une fois de plus au passif, sans sujet dans le verset 21 de la sourate LXXXIV: Et quand leur est lu le Coran ils ne s'agenouillent pas. Ces infideles n'ont pas la foi et ne reconnaissent pas la proximite a Dieu dans le fait de s'agenouiller. Le verset precedent posait la question: Qu'ont-ils a ne pas croire. Foi et lecture sont toujours ainsi en relation, dans un retour, a genoux, vers Dieu.

15. Dans le verset 6 de LXXXVII: Nous te ferons lire, n'oublie doncpas, l'impact de la lecture est la en son apogee. Le futur allie a la formule "Nous te" implique une volonte incontournable. C'est un ordre et une evidence. C'est une lecture, fait accompli, pour la memoire, la garde. La memoire (n'oublie pas) est la absolue. Cette sourate, vers la fin du Livre, debute par: Venere le nom de ton seigneur le plus superieur. Meme coordination du superlatif absolu avec l'intime de la relation par le possessif. Dans cette sourate, l'incipit--assez proche de celui du debut de la Revelation (sourate XCVI)--developpe une dynamique et une strategie de la memoire en relation avec la lecture. Ainsi ce verset 6 impose, conjugue inextricablement le faire-lire avec le rejet--par la negation--de l'oubli. Le verset suivant (7) introduit une exception (donc la possibilite de l'oubli mais sous certaines conditions): Sauf ce que Dieu veut; c'est Lui qui sait le declare et ce qui est cache. Par la, n'oublie pas absolument, mais oublie dans l'ordre du dispositif instaure par Dieu. Et, Rappelle si le rappel est utile (10)--Se rappellera celui qui craint (10)--Et l'evitera le plus malheureux (11). Et enfin: Ceci est dans les premieres Tables (18)--Les Tables d'Abraham et de Moise (19). Fin de la sourate. La lecture est donc un dispositif bien agence, en relation intrinseque et necessaire avec la dynamique de la memoire. La dictee se fait selon un ordre comprenant et memoire et oubli. L'une est necessaire a l'autre, l'une conditionne l'autre, l'une n'est pas possible sans l'autre. Ainsi la lecture mene a ce double necessaire, memoire/oubli, pour susciter le rappel (tout n'est-il pas deja en memoire?) car tout est deja inscrit dans les premieres Tables. Ecriture unique, de source, revitalisee et ressourcee par la lecture, la mise en action du dispositif et de sa dynamique mnemotechnique, par la repetition.

16. et 17. Et nous aboutissons ici a la double finale du verbe "lire" a l'incipit de la Revelation du texte coranique: sourate XCVI, versets 1 et 3. Ce double imperatif, absolu et intemporel, amorce, recapitule, parfait, et paracheve toute la composition de l'activite de lecture. Comme nous l'avons vu plus haut, le double "Lis" conjugue la foi (au nom de Dieu) et la science (Qui a enseigne) et appelle la plume et l'ecriture. Lire pour inscrire un texte deja "ecrit", "texte premier", pour le garder ici-bas et le donner incessamment et infiniment aux lecteurs.

Apres cette revue de toutes les occurrences du verbe "lire", nous pouvons, la, deceler un trajet et une structure ayant un sens (au double sens de ce mot: direction et signification) et donnant sens pour la prise du texte comme Tout. Si nous mettons a part les deux dernieres occurrences (sourate XCVI) au statut particulier (deux imperatifs absolus), nous avons une serie de 15 mentions du verbe "lire" en activite avec leur contexte. Le noyau de cette serie serait la huitieme occurrence (XVII, 106). Les six premieres mentions debutent avec le verbe "lire" au passif puis alternent regulierement, comme objet de lecture, le Coran (occurrences 1, 3, 5) et le livre particulier, propre ou demande par certaines personnes (occurrences 2, 4, 6). La septieme occurrence presente comme objet de lecture "un" livre divin, commande par les contestataires, qui n'est bien sur pas le Coran (car ils n'y croient pas). Dans la neuvieme occurrence, nous avons le verset elliptique (XVI, 199) ou le pronom personnel complement (le) ne renvoie pas explicitement au Coran mais a Une deposition [un apport qui a ete descendu] du seigneur du monde entier (verset 192)--Descendue par l'ame fidele [l'ange Gabriel] (verset 193)--Sur ton coeur afin que tu sois de ceux qui previennent (verset 194)--En langue arabe evidente (verset 195)--Et ceci est dans les Livres des predecesseurs [des premiers] (verset 196). Donc pro-nom pour un Nom non precise. Ces trois occurrences (7, 8, 9) semblent former un noyau du dispositif, focalisant en son centre (8) les instances de la lecture et de la production d'un Livre structure, donne a tous. Les occurrences 7 et 9 presentent une extension du divin, de la sacralite du livre. Defi lance par les contestataires ou livre-deposition, inspiration, hors-livre, plutot message et Texte superieur, "descendu", deplace d'un lieu superieur vers des lieux inferieurs: la terre, les hommes, le coeur du prophete. Strates relativement disposees selon une repartition "autre".

La troisieme section de la serie de 17 occurrences s'etend de la dixieme a la quinzieme. Cette derniere est "Nous te ferons", ordre, verite et fait accompli de par son enonciation. De meme, comme nous l'avons vu, le verbe "lire" est en rapport de generation, de production du processus de la memoire. Lire pour garder donc, parachevement d'un trajet de lecture, production dynamique, mais aussi retour et rappel d'une garde originelle. La lecture dans cette troisieme section est surtout lecture du Coran sauf pour la dixieme occurrence ou elle est lecture du livre personnel, eleve au statut d'un livre de delivrance, livre positif, donne a lire par son proprietaire aux autres, aux temoins du Jour Dernier.

Ainsi nous pouvons lire une structure particuliere de ces 17 occurrences reparties regulierement obeissant a un ordre et dependant pour chaque section d'une certaine homogeneite. Structure virtuelle, comme toute structure d'ailleurs, mais en fin de compte, nous lisons, la, un ordre du livre. Ordre au sens d'organisation et de structure par le maitre de l'oeuvre, et ordre aussi au sens d'injonction a lire une ponctuation, certaine et signifiante, par le maitre toujours. Et, lire jette alors la lumiere sur l'objet de lecture, le texte dans toutes ses dimensions, comme il etablit le lien avec l'ecriture par le calame.

3. Lire/ecrire le livre

Le "Lis", imperatif double comme incipit de la Revelation et plus tard invagine dans le texte, est un enonce a double portee creant un mouvement bien particulier. Il rompt le silence, declenche la Parole et met en place un Texte. Mais du meme mouvement, il est situe a la fin de ce texte et en dernier lieu de l'enonciation du verbe "lire". L'incipit de la sourate XCVI etablit ainsi une boucle de recuperation, d'agencement, d'extension et de developpement du verbe "lire". Et il produit, par ce mouvement, une dynamique impliquant et la memoire et le livre, tous deux structurants et structures.

3. a. Qu'en est-il de la langue?

Si nous considerons toutes les recurrences du verbe "lire", nous pouvons voir que la lecture, quand elle n'est pas absolue (sourate XCVI), elle est lecture de deux livres possibles: le Coran et le livre personnel. Mais "lire", il ne faut surtout pas l'oublier, est originairement en relation essentielle avec la langue (lire en quelle langue?) et avec le savoir. La sourate XCVI en avait presente l'aspect fondamental en etablissant le lien avec "apprendre quoi" et apprendre pour ecrire, en ecrivant. Comme le precise Benveniste:
 Le langage est dans la nature de l'homme, qui ne l'a pas
 fabrique. Nous sommes toujours enclins a cette imagination
 naive d'une periode originelle ou un homme complet
 se decouvrirait un semblable, egalement complet, et entre
 eux, peu a peu, le langage s'elaborerait. C'est la pure fiction.
 Nous n'atteignons jamais l'homme separe du langage
 et nous ne le voyons jamais l'inventant. Nous n'atteignons
 jamais l'homme reduit a lui-meme et s'ingeniant
 a concevoir l'existence de l'autre. C'est un homme
 parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant
 a un autre homme, et le langage enseigne la definition
 meme de l'homme. (259)


Le langage est ainsi essentiel a (avec) l'homme. Du don de son etre et de son existence depend le don du langage et du savoir. Mais quoi de la langue? En quelle langue a-t-il d'abord eu acces au savoir, a la communication? Puisque nous parlons de Texte, de message, de Revelation, d'ecriture et de science, il nous faut penser, au moins, l'esquisse de la problematique d'une langue originelle. Nous ne pretendons aucunement resoudre cette problematique, mais nous nous devons de la poser: quelle serait cette langue a l'origine de toutes les langues et du savoir en general et pourquoi cette variete en ce qu'on reconnait actuellement comme le "phenomene de Babel"? Une hypothese semblant assez plausible et presentant en realite un aspect veritable de l'essentialite d'une langue originelle s'offre a nous. Cette hypothese est celle d'Ibn Hazm, presentee et commentee par Umberto Eco: (8)
 C'est que les langues ne peuvent pas etre nees par convention,
 puisque, pour en accorder les regles les hommes
 auraient eu besoin d'une langue qui precede celles-ci;
 mais, si cette langue existait, pour quelle raison les
 hommes auraient-ils du se donner la peine d'en construire
 d'autres, entreprise injustifiee et penible? Il ne reste
 pour Ibn Hazm qu'une seule explication: la langue originaire
 comprenait toutes les langues.

 La division successive (que le Coran voyait deja,
 d'ailleurs, comme un evenement naturel et non comme
 une malediction (...) n'a pas ete provoquee par l'invention
 de nouvelles langues, mais par la fragmentation de
 cette langue unique qui existait ab initio dans laquelle
 toutes les autres etaient contenues....

 Essayons d'accepter cette suggestion qui nous vient
 de loin. La langue mere n'etait pas une langue unique,
 mais l'ensemble de toutes les langues. (396-97)


Benveniste et Ibn Hazm (et Eco) se rejoignent donc pour reconnaitre l'essentialite du langage et d'une langue a l'etre humain. Le plurilinguisme actuel devant etre compris comme etant une diversite dans le meme afin de permettre a l'homme d'exister dans une dynamique de l'echange et de la difference (Vous les hommes Nous vous avons crees de male et de femelle et Nous vous avons fait etre peuples et tribus pour que vous vous connaissiez; le plus superieur d'entre vous est le plus pieux [craignant Dieu]; Dieu est Celui qui sait, le connaisseur [XLIX, 13]).

L'homme possede alors essentiellement la parole et dans la meme "essence" il possede le savoir. Car Dieu a donne a l'homme, des son origine avec Adam, la parole et la science, le situant ainsi a un degre superieur a toutes les autres creatures, meme aux anges, pour en faire son khalifa, son representant sur terre. Superiorite et originalite --donc responsabilite--de la creature humaine par le savoir et par la foi de Dieu en ses sujets: Et quand ton seigneur a dit aux anges: J'ai fait etre sur terre un khalifa [un lieu-tenant], ils ont dit: Tu y [sur terre] fais etre qui la deteriore et y repand le sang alors que nous Te venerons en te remerciant, en te sanctifiant; Il a dit: Je sais ce que vous ne savez pas (30). Et Il a enseigne/appris a Adam tous les noms puis Il les a presentes aux anges et a dit: informez-Moi des noms de ceux-ci si vous etes sinceres (31). Ils ont dit: par ta veneration nous n'avons le savoir que de ce que Tu nous a appris; Tu es Celui qui sait le plus sage (32). Il a dit: Adam informe-les de leurs noms, et ainsi quand il les a informes de leurs noms Il a dit: ne vous ai-Je pas dit que Je sais l'inconnu des cieux et de la terre et Je sais ce que vous manifestez et ce que vous etouffez (33) (sourate II). Et, comme resultat de cette superiorite donnee a l'homme, tous les anges, sauf Satan, s'agenouillent devant lui. Reconnaissance et adherence des uns et responsabilite des autres--les humains--la science est alors un don faisant etre superieur. Et par la, l'homme acquiert le langage pour communiquer, lire, ecrire, reconnaitre et enoncer.

3. b. Quel livre? Quelle ecriture?

Dans le Coran, l'homme lit dans deux livres possibles: le Coran, les livres divins et le livre personnel (livre dans lequel s'inscrit le propre de chacun). L'ecriture, elle, depasse le livre et le transgresse. Car "ecrire" dans le texte du Coran est une activite qui s'inscrit sur deux plans. "Ecrire" a son premier sens, materiel et commun d'ecrire avec un outil sur une surface de reception pour garder. Inscription donc sur et par, pour sauver au-dela du temps et de l'espace. Cette ecriture prolifere et se dissemine sur une large etendue. Elle a lieu, tres prosaiquement, dans le verset qui instaure l'importance d'enregistrer toute dette, fut-elle minime, pour etablir la justice entre les gens. Dans le plus long verset du Coran (IL 282) (9) sont inscrits tous les aspects de cette ecriture capitale (car elle sauve de l'injustice), et sont alors enseignees les procedures par lesquelles doit passer le scripteur, katib, pour enregistrer les clauses du contrat, la dette, les droits du creancier et du debiteur. Toutes les instances sont la presentes: la dette, l'endettement, l'ecriture, le scripteur, la dictee, le debiteur, le creancier, les temoins, le temoignage, le rappel, la memoire et le pardon au cas ou le creancier laisse tomber la dette. Et, couvrant le tout, sont presents Dieu, principal temoin et creancier, et la justice dans le cadre de la responsabilite.

Ecrire ici est present sous une forme elementaire d'un engagement et d'une garde, presence unique d'ailleurs dans le texte quant a la forme (verset le plus long), au signifie (la materialite de l'ecriture) mais aussi quant a la presence unique de l'actant scripteur. Le scripteur n'est present nulle autre part dans le texte du Coran. De meme le verbe "ecrire" a la troisieme personne du singulier (il ecrit) est present uniquement dans ce verset comme activite du scripteur ecrivant selon les regles et la justice de Dieu, sous la dictee des protagonistes et la presence des temoins. Ce statut et cette forme "primaires" de l'ecriture dans la cloture de la premiere sourate capitale du Coran (apres la sourate de "l'Ouverture", incipit du Livre) semble presenter un cas a part, marginal, de l'ecriture de par sa particularite et son elementarite. Mais en fait, nous reconnaissons, la, dans les instances de ce "cas particulier" toutes les instances de l'ecriture--en son sens le plus large--telle que la concoit le texte du Coran et comme nous le verrons maintenant.

Dans le texte coranique, ecrire prolifere selon deux axes. Le premier de ces axes est celui de l'ecriture materielle, comme nous l'avons deja note plus haut: ecrire sur (par exemple en VII, 145: Et Nous lui [Moise] avons ecrit sur les Tables de toute chose comme sermon et en detail pour toute chose ... et en XXI, 105: Et Nous avons ecrit dans le Zabour ... et en VII, 157: Ceux qui suivent le messager prophete analphabete qu'ils trouvent inscrit dans la Torah et l'Evangile ...), ecrire avec (par exemple en VII, 79: Gare alors a ceux qui ecrivent le livre par leurs mains puis disent: ceci est de Dieu pour gagner un prix modeste ... et meme sens en II, 79: Gare a eux alors de ce que leurs mains ont ecrit ... et en LXVIII, 1: Noun et par le calame [la plume] et par ce qu'ils alignent [ce qu'ils ecrivent sur les lignes]), ecrire un temoignage pour le garder dans l'au-dela, et cette ecriture-la est intermediaire entre production et acte humains et pouvoir divin (par exemple en III, 181: Dieu a entendu le discours de ceux qui ont dit: Dieu est pauvre et nous sommes riches; Nous ecrirons ce qu'ils ont dit et leur massacre des prophetes injustement ... et en XXXVI, 12: Nous ressuscitons les morts et Nous ecrivons ce qu'ils ont presente et leurs traces, et toute chose Nous l'avons enregistree dans un texte-chef evident ... et en III, 53: Notre seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre et nous avons suivi le messager, ecris-nous donc parmi les temoins ... et en XLIII, 19: Et ils ont fait des anges, qui sont des sujets du Misericordieux, des femelles; ont-ils vu leur creation [de ces anges]?; leur temoignage sera ecrit et ils en repondront). Ecrire en ce sens est de meme employe au passif: se faire ecrire par quelqu'un (comme en XXV, 5: Et ils ont dit: legendes des premiers qu'il [le prophete] s'est fait ecrire, car elles lui sont dictees nuit et jour). L'ecriture sur cet axe, est enregistrement, inscription pour la garde et le classement, sorte d'engagement et de contrat (pour un bilan final?). Cette ecriture-la peut aussi avoir lieu a partir de. Donc, elle refere a une origine, une source premiere qui l'alimente et lui donne sa raison d'etre (comme en LII, 41: Ou bien possedent-ils l'inconnu et alors ils ecrivent, ceci dans une serie de versets enumerant des defis lances par Dieu a ceux qui dementent le prophete) et verset repris identiquement en LXVIII, 47.

Selon un autre axe, l'ecriture est le pouvoir unique de Dieu. C'est un pouvoir absolu d'engagement, de sceau impose, de marque et de responsabilite. Il est exprime par l'expression d'"ecrire sur/en/pour quelqu'un". Cette ecriture est un sceau indelebile, pose par Dieu et engageant, rendant responsable tel ou tel etre humain. Nous le retrouvons dans le texte sous differentes formes, mais sa forme absolue, la plus pure et la plus superieure est celle de Dieu s'engageant, obligation supreme du Pouvoir: Dieu a ecrit sur Lui-meme la pitie (XI, 12 et 54). Il s'est engage a, Il a decide d'etre compassion et pitie, pardon absolu. Car Il est misericorde et absolution. Il est le Pardon. Ecriture majeure et absolue de Dieu a partir de laquelle se developpe l'autre axe de l'ecriture:donner aux humains des formes particulieres de leur etre, des engagements, des responsabilites dont ils doivent repondre. Ainsi, Dieu a ecrit a certains une terre, un pays, comme le dit Moise a son peuple: Mon peuple, entrez en terre sainte que Dieu vous a ecrite ... (V, 21), appel lance mais refuse, rejete, ecriture non assumee, quitte a en payer le prix.

De meme, Dieu a ecrit pour les croyants certaines obligations pour parfaire leur pratique religieuse, comme dans V, 32: Pour ce, Nous avons ecrit sur [pour] les fils d'Israel que quiconque tue une ame sans qu'elle soit fautive de meurtre ou de degat sur terre c'est comme s'il avait tue tous les gens, et quiconque lui [a une ame] permet la vie c'est comme s'il avait permis la vie a tous les gens et dans V, 45: Nous leur y [dans la Torah] avons ecrit que ame pour ame, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent et les blessures en dette de justice; qui en fait alors aumone [ou dispense de cette dette] c'est une dispense et qui ne juge pas par ce que Dieu a fait descendre, ceuxla sont les injustes. De meme, les pratiques de la religion sont ecrites pour les croyants: Vous qui croyez, il vous a ete ecrit le jeun comme il a ete ecrit a ceux qui vous ont precede, pourvu que vous craignez [Dieu] (II, 183); Il vous a ete ecrit le combat; c'est detestable pour vous, pourvu que vous detestez une chose qui vous soit un bien et pourvu que vous aimez une chose qui vous soit un mal: et Dieu sait et vous ne savez pas (II, 216). L'ecriture la est un engagement, une responsabilite endossee (d'ou ecrire sur, pour). Responsabilite morale--volontairement acceptee ou non--en rapport parfois avec l'essence meme de la foi, et parfois avec l'etant meme de la creature (XXII, 2: Et parmi les hommes il y en a qui discutent en Dieu sans savoir et qui suivent tout Satan rebelle (3) Il lui [a Satan] a ete ecrit que quiconque le suivra, il l'egarera et le guidera vers la souffrance de l'enfer). Cette ecriture est un don recu, don qui conditionne son recepteur, l'engage, espece de contrat implicite dont doit repondre le debiteur.

Les deux genres de livres que nous avons pu voir dans le texte du Coran semblent etre des consequences logiques a ces deux formes d'ecriture. Livre divin, superieur, et livre personnel, repondant de son proprietaire. Mais en fait, la reference finale de ces livres et de ces ecritures est unique, c'est la "mere du Livre" (XIII, 39: Dieu efface ce qu'il veut et fixe; et chez Lui est la mere du Livre. Livre supreme donc en une Table conservee. LXXXV, 21-22: Mais c'est un Coran glorieux. En une Table conservee). C'est le Texte dans toute sa purete tel que le precise les versets (77) et (78) de la sourate LVI: C'est un verbe [qur'an] genereux/dans un livre bien garde. Ici, le terme qur'an est assez ambigu comme le precise Miquel:
 Faut-il traduire, ici, qur'an par "le Coran"? Le texte sacre
 de l'Islam, au moment ou se fait cette predication (pour
 cette sourate: a la Mekke), n'a pas encore recu, de la part
 d'une communaute unanime, le statut et le nom que nous
 lui connaissons et reconnaissons. Et que dire de la traduction
 par "un Coran", litterale certes, mais encore moins
 recevable? Il faut, semble-t-il, prendre ici qur'an au sens
 originel de lecture prechee, annoncee alors comme telle
 avant de devenir la Lecture, le Coran. (...) Purete originelle
 d'un livre non cree, purete d'un contenu veridique
 et parfait, statut exceptionnel, grandeur genereuse du don
 exemplaire de Dieu a ses creature.... (321-22)


Se trouvent donc, en ce Texte unique, le recensement absolu et la garde supreme du Tout (VI, 59: Chez Lui sont les cles de l'inconnu que Lui seul connait; et Il sait ce qu'il y a sur terre et sur mer, et nulle feuille ne tombe que Lui ne connait, ni nulle graine dans les obscurites de la terre, ni nul humide [chose] ou sec qui ne se trouvent dans un livre evident). C'est donc un Livre-source et un Livre-retour puisque tout en part et tout y revient, inscription dans l'indelebile. Et par la, l'ecriture est ecriture d'origine et d'aboutissement, pacte et gage, contrat et don, garde et temoignage. Les deux sens--si ce n'est tous les sens possibles--fusionnent en ce sens premier, apparemment elementaire et prosaique que nous avons lu dans la sourate II, verset 282. Ce verset le plus long serait ainsi le plus signifiant quant a tous les sens d'ecrire et de recevoir une ecriture comme etant un pacte, un contrat a remplir obligatoirement. Et le Livre-chef serait par excellence un livre atemporel, completement exterieur et etranger a tout circuit historique. La lecture, elle, en etablit la possibilite et la temporalite humaines par la ponctualite de sa realisation. A chaque prise du livre-Coran s'effectue une lecture qui parseme l'espace-temps humain de la presence du sens. Cette mobilite et cette iteration dans l'histoire et la geographie humaines font etre, rendent possibles le Texte dans une realisation virtuelle, particuliere, en reference constante a un Presence unique.

Et se referme alors la boucle de la lecture sur ce qu'elle cherchait, a savoir le Sens, le texte lu, signifiant et donnant sens--en livre(s) ou en ecriture(s). Elle se referme en une large ouverture de la structure meme du lu et de l'etre (se) cherchant a lire (dans) un texte donne, texte ecrit a priori mais en presence continue, par la lecture, a l'infini. De se deployer ainsi, le lecteur lisant et l'ecriture lue conjuguent l'ouverture de la recherche et la boucle du Retour. Et peut-etre pouvons-nous terminer avec Jean-Luc Nancy et sa reflexion a propos d'une "autre" religion, d'une autre pratique--toujours dans le meme:
 Il s'agirait de penser la limite (...), le trace singulier qui
 "boucle" exactement une existence, mais qui la boucle
 selon le graphe complique d'une ouverture, ne revenant
 pas sur soi ("soi" etant ce non-retour meme), ou selon
 l'inscription d'un sens qu'aucune religion, aucune croyance,
 aucun savoir non plus--et bien sur, aucune servilite
 niaucun ascetisme--ne peut saturer ni assurer, qu'aucune
 eglise ne peut pretendre rassembler et benir. Pour
 cela, il ne nous reste ni culte ni priere, mais l'exercice
 strict et severe, sobre et pourtant aussi joyeux, de ce
 qu'on nomme la pensee. (518)


Et, c'est la pensee, qui s'elance et s'epanouit alors dans la portee et l'elan de la voix qui brise pour toujours--une fois pour toutes -le silence et qui illumine pour donner a voir, a entendre, a saisir.

Notes

* Nous evitons, bien sur et systematiquement, de parler de "traduction" de sourate, le concept meme etant impossible a envisager, ici plus que nulle part ailleurs. Impossibilite de reproduire l'aspect formel du texte (surtout le cote linguistique avec toutes ses implications), son aspect poetique (rythme, sonorites, "rimes", etc.) et enfin son sens, ses meandres, ses nuances, ses ramifications et toute la richesse semantique de chaque signe, car comme le dit Miquel, "le Coran, texte lu, recite, psalmodie, avec son rythme et ses sonorites propres, est aussi, est d'abord, un texte de sens" (390). Nous nous contraignons donc a proposer simplement, le long de notre travail, une "presentation" des versets du Coran. Et, nous nous soumettons, avec Miquel toujours, pour affirmer: "Pas de texte plus souverain, plus libre de toute contrainte, de tout modele, que celui-la" (390). Cette presentation en francais de la sourate XCVI est la mienne. Dans cet article au croisement de la lecture personnelle et de la recherche academique, j'ai juge preferable de rendre les citations coraniques dans ma langue et dans ma comprehension. Pour eclairer le sens tel que je le comprends, j'ai donne quelques precisions entre crochets.

(1) Lis au nom de ton seigneur qui a cree

(2) Cree l'homme a partir de 'alaq

(3) Lis et ton seigneur est le plus genereux

(4) Celui qui a enseigne par le calame [la plume]

(5) Il a appris a l'homme ce qu'il ne savait pas

(6) Non l'homme transgresse [abuse]

(7) Quand il se voit se suffire

(8) C'est vers ton seigneur qu 'a lieu le retour

(9) As-tu vu celui qui interdit

(10) Un sujet quand il prie

(11) As-tu vu s'il est guide

(12) Ou s'il ordonne la crainte [de Dieu]

(13) As-tu vu s'il ment et se detourne

(14) Ne sait-il pas que Dieu voit

(15) Non s'il n'en finit pas Nous le tiendrons par le front

(16) Front menteur et fautif

(17) Qu'il convoque son clan

(18) Nous convoquerons les anges de l'enfer

(19) Non ne lui obeis pas et agenouille-toi et rapproche-toi

Nous essayons donc de presenter la une "transposition" d'une langue en une autre, quitte a garder en suspense certains termes dans leur ambiguite originelle, et quitte a se referer au corps meme de notre lecture.

(1) Coran, IV, 164 : Et des prophetes que Nous t'avons racontes avant cela et des prophetes que Nous ne t'avons pas racontes; et Dieu a parle a Moise de paroles.

VII, 143: Et quand Moise est arrive a Notre temps/lieu [terme arabe 'mikat' conjuguant une ponctualite temporelle et spatiale] precis et que son seigneur lui parla, il dit: mon seigneur, fais-moi voir que je Te regarde [expression aussi inusitee et particuliere en arabe qu'en francais]; Il dit: tu ne Me verras pas, mais regarde la montagne si elle demeure a sa place tu Me verras; quand son seigneur se revela a la montagne Il la terrassa et Moise s'effondra foudroye; quand il reprit conscience il dit: Dieu tout-puissant je me repens et je suis le premier des croyants.

(2) Nous adoptons dans ce travail le terme "sujet" au sens de sujet de Dieu, sens donne en arabe par le terme "abd : qui adore, prie et se soumet a Dieu. Sens en fait etymologique du terme "sujet" en francais: "ce qui est soumis, subordonne a" (cf. Le Robert), dans une acception humaine, en relation avec la sujetion, mais denuee, pour l'arabe, de l'injustice ou de la violence.

(3) Al-wahy ou l'Inspiration divine qui a permis de faire parvenir le texte du Coran au prophete est en fait, d'apres un hadith ou parole du prophete, le miracle particulier a Muhammad et a sa mission. Inspiration fondatrice, a l'origine du Livre et de l'Islam.

(4) La question de l'analphabetisme du prophete Muhammad a fait couler beau coup d'encre depuis les ecrits des premiers exegetes jusqu'a nos jours, "analphabete" etant pris par certains au sens de "n'ayant pas acces aux textes religieux deja presents, a savoir la Torah et l'Evangile et non pas ne sachant ni lire ni ecrire". Nous nous en tiendrons ici au sens donne par le texte meme du Coran tel qu'il se trouve dans ce verset: etre analphabete signifie ne pas reciter et ne pas ecrire avec la main droite, donc ne pas avoir acces aux textes et a l'ecriture. Pour plus de details, cf. Jawwad 'Ali: Tarikh al-'arab qabl al-islam (Histoire des Arabes avant l'Islam), tome VIII: 90-110.

(5) Selon une etude tres interessante de la presence de termes etrangers dans le Coran, termes jusque la obscurs pour les exegetes et les linguistes arabes, le mot 'alaq serait un terme egyptien ancien signifiant "la raison, la comprehension, l'entendement". La these de cette etude est que le texte du Coran est produit en langue arabe, mais maintient dans sa texture certains termes issus d'autres langues plus anciennes, comme par exemple les debuts enigmatiques de certaines sourates en pures lettres, epelees et sans signifies evidents. Ici bien sur, nous pouvons evoquer la these d'une langue originelle dont ferait partie la langue arabe. Et les termes "etrangers" seraient les traces de cette langue, gardees et maintenues par le texte du Coran (cf. al-'Adl, 30).

(6) Par "absolu" ici, nous entendons le sens "parfait" du mot (comme le souligne al-Zamakhshari pour le terme "le plus genereux"). Ainsi, les verbes sont pris en leur sens parfait, sans complement direct, meme si leur emploi courant requiert un tel complement, comme pour "creer", "enseigner", "voir", "lire", "transgresser", "interdire". De meme des verbes comme "se detourner", "se rapprocher" exigent dans la plupart des cas une precision intransitive comme "se detourner de ...", etc. Pour d'autres termes, nous avons un trait superlatif comme pour le cas de "ce qu'il ne sait pas" ou "le plus genereux". Quant au substantif ruj'a "le retour", c'est une forme accomplie du verbe raja 'a, "retourner", prise ici au sens de Retour ultime, aboutissement final et infini.

(7) Pour les exegetes, le terme 'ajami renvoie en general a ceux qui ne parlent pas l'arabe, les etrangers. Mais selon Mu'jam alfaz al-Qur'an (Dictionnaire des termes du Coran), ce terme signifie precisement "celui qui ne parle pas, qui ne produit pas de son, qui est muet; ou n'importe quel etre humain ne produisant pas de langage comprehensible". Est a'jam aussi, par extension, "celui qui possede dans son langage une deformation rendant incomprehensible sa parole, qu'il soit arabe ou non" (412).

(8) Dans le chapitre 4 du tome 1 de son livre Al-Ihkam fi usul al-ahkam, intit ule "De l'apparition des langues", Ibn Hazm developpe l'hypothese d'un monolinguisme originel anterieur au plurilinguisme actuel: les diverses langues connues n'auraient ete a l'origine qu'une seule langue. De la, il affirme qu'aucune langue n'a la precellence sur les autres, meme si certaines communautes considerent qu'elles possedent une langue superieure. Ibn Hazm precise que "Dieu n'a fait descendre le Coran en langue arabe que pour que le peuple du prophete le comprenne". Chaque prophete a oecu son message dans la langue de son peuple, et aucune langue n'est superieure a l'autre.

(9) Autre presentation ou "transposition" dans II, 282: Vous qui avez la foi, si vous etes endettes pour un temps defini, ecrivez la dette, et qu'un scripteur ecrive entre vous avec justice, et aucun scripteur ne refusera d'ecrire comme Dieu lui a appris, qu'il ecrive et que lui dicte celui a qui revient le droit [de toucher la dette], qu'il craigne Dieu son seigneur et qu'il n'y [dans l'enregistrement de la dette] neglige rien; si celui a qui revient le droit est idiot ou faible ou ne peut pas dicter, que son tuteur, lui, dicte avec justice; et prenez comme temoins deux de vos hommes, s'ils ne sont pas deux hommes que ce soient un homme et deux femmes de ceux que vous acceptez comme temoins au cas ou l'une des deux s'egarera l'autre lui rappellera; et les temoins ne refusent pas s'ils sont convoques; et ne vous genez pas de l'ecrire [la dette] minime ou importante a son terme, ceci est plus equitable chez Dieu, plus correct pour le temoignage et pour eviter le moindre doute; ne fusse alors un commerce present en activite entre vous, alors vous n'aurez pas tort de ne pas l'ecrire, et prenez des temoins quand vous faites des echanges commerciaux; et nul dommage n'atteint le scripteur ou le temoin; et si ceci a lieu, c'est une dehiscence [une transgression] de votre part, craignez Dieu, Il vous enseigne; et Dieu est connaisseur de toute chose.

Le verset suivant presente le cas ou il est impossible de trouver un scripteur-support essentiel du contrat et de l'ecriture. A la place, Dieu propose la solution d'un gage touche et rendu lors de l'expiration de la dette.

Bibliographie

Sources francaises

Benveniste, Emile. Problemes de linguistique generale. Paris: Gallimard, 1966.

Derrida, Jacques. L'ecriture et la difference. Paris: Le Seuil, 1967.

--. Marges de la philosophie. Paris: Minuit, coll. Critique, 1972.

--. "Donner la mort". L'ethique du don. Jacques Derrida et la pensee du don. Colloque de Royaumont, decembre 1990. Paris: Metailie, Transition, 1992.

--. Foi et savoir. Paris: Le Seuil, 2000.

Eco, Umberto. La Recherche de la langue parfaite dans la culture europeenne. Paris: Le Seuil, 1994.

Jabes, Edmond. Le Livre des Questions I. Paris: Gallimard, 1995.

Miquel, Andre. L'evenement. Le Coran: Sourate LVI. Paris: Odile Jacob, 1992.

Nancy, Jean-Lus. "La deconstruction du christianisme". Les etudes philosophiques 4 (1998): 503-18.

Sources arabes

Mu'jam alfaz al-Qur'an. Le Caire: Dar al-Shuruq, 1981.

Al-Razi. Al-Tafsir al-kabir. Tome 32. Le Caire: Al-Matba'a al-Bahiyya al-Misriyya, 1934.

Al-Zamakhshari, Al-Kashshaf. Le Caire: Al-Matba'a al-Bahiyya al-Misriyya, 1924.

Al-'Adl, Sa'd 'Abd al-Muttalib. Al-Hirughlifiyya tufassir al-Qur'an al-Karim. Le Caire: Matba'at al-amal, 1999.

'Ali, Jawwad. Tarikh al-'arab qabl al-islam. Vol. VIII. Beyrouth: Dar al-'ilm lil-malayin, 1980.

Ibn Hazm, Al-Ihkam fi usul al-ahkam. Le Caire: Matba'at al-'asima, 1978.
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Title Annotation:abstract in English; text in French
Author:Machhour, Heba
Publication:Alif: Journal of Comparative Poetics
Article Type:Critical Essay
Date:Jan 1, 2003
Words:12941
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