Printer Friendly

La richesse des femmes: Patrimoines et gestion a Manosque au XIVe siecle.

Dans ce livre riche en details sur la vie manosquine Andree Courtemanche publie les fruits de sa these de doctorat soutenue a l'Universite Laval en 1987. Il s'agit d'une etude approfondie de la vie et de la fortune des femmes a Manosque et de leurs familles d'origine, de leurs belles familles, et de leurs familles conjugales. L'optique de l'auteur est plus large que le titre ne suggere, avec le resultat benefique que l'analyse de la richesse des femmes est presentee dans un context comparatif, invoquant l'experience des hommes de Manosque aussi.

Des le debut de son etude l'auteur etablit un dialogue, pousse parfois jusqu'a la polemique, avec les historiens du droit sur la position de la femme par rapport au matrimoine et au patrimoine. De facon assez convaincante elle met en evidence une influence importante des femmes, surtout dans le domaine conjugal. A la fin de son livre, elle se demande si "La participation des femmes a la vie familiale telle que percue au [XIV.sup.e] siecle constitue-t-elle les ultimes moments du 'mariage meridional de type associatif?" (p. 299). Avec le [XV.sup.e] siecle l'influence du droit romain engendre un declin dans l'autonomie des femmes en Provence.

Son etude repose sur une base documentaire variee. De 1290 a 1369 elle a pu consulte soixante-quinze registres de notaire, vingt-trois registres de la cour civile et quarante-six de la cour criminelle. Ceci represente une documentation extremement riche pour cette epoque dans le sud de la France, une documentation deja utilisee en partie par d'autres historiens a des fins differentes.

En introduction Andree Courtemanche reconstruit les contours de la famille manosquine, avec tres peu de commentaire sur la vie economique et politique. La peste du mi-siecle servira comme grand tournant dans son commentaire par la suite. Avec une population d'environ 5500 au debut du [XIV.sup.e] siecle, Manosque aurait subi selon une hypothese, une perte de 85 per cent de ses effectifs entre 1300 et 1471. Courtemanche etablit un coefficient familial bas a partir des testaments de Manosque, avec pres de la moitie des couples sans enfants apres 1340.

Les strategies d'heritage et de dot vont etre evoquees ici et souvent ensuite dans des chapitres qui les adressent comme moyens d'acces des filles au patrimoine, et qui visent la gestion du matrimoine, celle du menage et du patrimoine, et le sort des veuves, leurs options et leur influence. La pratique testamentaire a Manosque se conforme pour la plupart au statut du comte de Forcalquier de 1162 selon lequel les files dotees sont exclues de la succession de leur pere, de leur mere et de leurs freres et soeurs. Les filles celibataires sont genereusement dotees dans bon nombre de testaments. Il se peut que la mere fasse une contribution a la dot a partir de son matrimoine ainsi que d'autres parents par des legs ou des dons supplementaires. Dans une analyse qui reste tres pres des documents, Courtemanche met a l'epreuve certaines hypotheses comme celle de M.-Th. Lorcin qui avance "un modele 'nobiliaire'" ou les filles recoivent une dot en argent qui les ecartent du patrimoine foncier et immobilier (p. 109). Courtemanche trouve, en effet, une preponderance de dots en numeraire ou un melange de numeraire et de propriete fonciere, 106 des 169 contrats survivants, surtout pour les filles de position sociale elevee. Elle caracterise la dot en fin de compte comme une "assurance-vie" pour les femmes mariees (p. 127).

Dans le chapitre suivant, Courtemanche trace le role des epouses dans la gestion des biens. Elle les trouve engagees dans les operations foncieres, surtout en ce qui concerne leur matrimoine, exercant un "controle que les historiens du droit ont generalement place exclusivement entre les mains de leur conjoint" (p. 139). Cependant, a partir du mi-siecle, l'autonomie des epouses decline d'apres les actes notaries. L'interpretation de ce tournant reste quelque peu ambigueuse. Courtemanche fait etat d'autres sortes d'investissements des femmes mariees et etudie aussi leurs occupations. Bien que sa discussion des nourrices soit forte interessante, elle ne situe pas ce sujet dans un contexte bibliographique qui porte sur le sud de la France. Les testaments des femmes mariees representent encore une occasion pour Courtemanche de suivre les techniques de gestion. En analysant le reseau de legs, sa perspective reste bornee aux parents et ne prend pas en compte les dons charitables et pieux. Courtemanche detecte un "retour vers les origines," c'est a dire a la famille de naissance, et dans les legs et dans les lieux de sepulture, surtout pour les femmes maries sans descendance directe (p. 167).

Courtemanche entoure son etude de la gestion du menage par une invocation de la litterature prescriptive de la bonne menagere et un examen des cas de delits de parole qui pourraient mener au deshonneur des femmes. Entre deux, elle passe en revue l'action des conjoints dans les ventes de biens, dans le paiement de dettes, dans les alliances matrimoniales. Le nombre important d'orphelins et orphelines frappe l'auteur. Elle fait etat d'occasions quand la puissance paternelle ne semble pas s'exercer au premier plan. Courtemanche decrit une evolution lente et difficile a suivre en detail d'un "mariage a caractere associatif" au "primaute du droit paternel" (p. 230).

Son dernier chapitre explore l'experience des veuves dans la societe manosquine. Pour les veuves Courtemanche voit deux choix: "Elles reprennent leur dot et se remarient, ou elles acceptent les conditions inscrites dans le testament marital et demeurent veuves" (p. 248). Si elles optent pour le remariage, elles sont obligees d'abandonner leurs enfants et les biens du patrimoine, en diminuant ce dernier par le remboursement de la dot. Courtemanche trouve en fin de compte que presque la moitie des veuves ont des possibilites d'influencer le sort du patrimoine de la famille. Le systeme lignager a Manosque ne se revele pas tres cohesif. Seule l'existence d'une progeniture assure un lien du matrimoine au patrimoine.

Si l'histoire de droit se voit invoquee souvent dans cette etude, la perspective du Languedoc manque parfois aux arguments. L'analyse sociale est genee par l'omission frequente d'occupation des participants dans les actes notaries. A certaines reprises Courtemanche omet de donner le chiffre de base de ses tableaux (Tableau 10), et il arrive qu'elle les identifie de facon trop imprecise. Le livre manque d'indexe, ce qui rend son utilisation quelque peu difficile. Cependant, ce livre d'Andree Courtemanche rejoint les explorations interessantes du Midi medieval issues recemment de l'Universite Laval.
COPYRIGHT 1993 Canadian Journal of History
No portion of this article can be reproduced without the express written permission from the copyright holder.
Copyright 1993 Gale, Cengage Learning. All rights reserved.

Article Details
Printer friendly Cite/link Email Feedback
Author:Reyerson, Kathryn L.
Publication:Canadian Journal of History
Article Type:Book Review
Date:Dec 1, 1993
Words:1062
Previous Article:English and French Towns in Feudal Society: A Comparative Study.
Next Article:Discovering the Roman Family: Studies in Roman Social History.
Topics:

Terms of use | Copyright © 2016 Farlex, Inc. | Feedback | For webmasters