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Immigration agricole au Quebec: impact sur le milieu rural et le developpement regional.

Abstract

SIMARD, M.: [??]Immigration agricole au Quebec: Impact sur le milieu rural et le developpement regional [Agricultural Immigration in Quebec: Its Impact on Rural Life and Regional Development][??].

This paper studies the impact of agricultural immigration of the 1970s on Quebec rural life. A global and diachronic approach is used to examine numerous aspects of the insertion of the migrant families into their new communities. The paper discusses economic, social, political and cultural considerations which were significant to the overall impact. Starting from the initial project of economic development which drew the immigrants to the province, the various effects immigration can have on communities and regional development is highlighted.

Resumes

SIMARD, M.: [??]Immigration agricole au Quebec: Impact sur le milieu rural et le developpement regional [Agricultural Immigration in Quebec: Its Impact on Rural Life and Regional Development][??].

Cet article est consacre a l'impact de l'immigration agricole des annees 1970 au Quebec. Une approche diachronique et globale est privilegiee ou sont abordes les domaines varies de l'insertion, tant economique que sociale, politique et culturelle, de meme que l'enracinement de la famille agricole immigrante en milieu rural. Partant du projet initial de promotion economique des entrepreneurs agricoles immigrants, cet article met en evidence les incidences diversifiees de ce type d'immigration sur les communautes locales et le developpement regional..

Deux principales vagues d'immigration agricole sont survenues au Quebec, la premiere apres la deuxieme guerre mondiale et la seconde dans les annees 1970. Bien que l'apport de ce type particulier d'immigration soit indeniable, peu de chercheurs se sont penches sur l'etablissement d'immigrants en milieu rural et leur insertion specifique, comparativement au contexte urbain. Seules quelques etudes historiques soulignent la presence anterieure de certaines communautes culturelles dans l'agriculture, mais ces etudes traitent davantage des provinces de l'Ontario ou de l'Ouest canadien et demeurent trop generales pour degager la contribution precise de ces immigrants dans la societe rurale (Akenson 1984; Burnet et Palmer 1988; Ganzevoort 1988; Lee Whiting 1985; Magee 1987; Petryshyn 1985).

L'objectif de cet article est de mettre en lumiere l'impact regional de l'immigration agricole des annees 1970, a partir des resultats d'une recherche recente de rauteure. Traitant du processus d'insertion d'entrepreneurs agricoles immigrants europeens, cette etude s'est concentree sur les quatre regions agricoles ou ceux-ci se retrouvent en plus grand nombre au Quebec: BoisFrancs, Estrie, Saint-Hyacinthe, sud-ouest de Montreal (voir carte). (1) L'auto-nomie des entrepreneurs agricoles immigrants, leur dynamisme de meme que la diversite des strategies d'insertion ressortent de l'etude. Ces immigrants recourent aux ressources des reseaux tant formels (institutions et professionnels) qu'informels (voisinage, associations locales ...), ethniques que non ethniques, debordant meme le cadre du Quebec pour aller puiser dans le reseau europeen au besoin. (2) Situee dans une perspective diachronique retracant l'insertion sur une periode de quinze ans, depuis l'arrivee en terre d'accueil jusqu'aux annees les plus recentes, la recherche permet de deceler l'apport non seulement au-dela des premieres annees mais egalement dans quelques-unes de ses manifestations multiformes. (3)

[FIGURE 1 OMITTED]

Des indications generales de l'impact de l'immigration agricole, susceptibles de servir de pistes a des investigations futures plus approfondies, seront presentees dans cet article. Une approche globale est privilegiee ou tant les domaines varies de l'insertion, soit economique, social, politique et culturel, que l'apport de la famille agricole immigrante seront consideres. Sans pretendre aborder et epuiser tous les aspects, nous esperons que cette approche contribuera a amorcer et esquisser une vision d'ensemble de l'impact de ce type d'immigration internationale sur le milieu regional.

Apres avoir discute de la complexite d'etudier l'impact global, nous presenterons le projet initial des entrepreneurs agricoles immigrants et leurs itineraires aussi bien migratoires qu'occupationnels. Puis, l'apport plus specifique sur l'agriculture et le developpement regional sera scrute. Enfin, nous terminerons par l'examen de l'enracinement de la famille immigrante en milieu rural, a savoir de la conjointe et des enfants agriculteurs ou pas.

Complexite de l'etude de l'impact global

Cerner avec precision et rigueur l'impact global de l'immigration en region, tant dans ses aspects economiques que sociaux, politiques et culturels est une tache ardue et complexe. Celui-ci semble plus facilement discernable a long terme, au-dela meme d'une premiere generation d'immigrants, surtout pour les elements se manifestant plus tardivement. En outre, la multitude des aspects a considerer complique l'analyse et occasionne plusieurs debats parmi les cher-cheurs, notamment autour de la definition de la notion d'impact et de la signification ou importance de chacune de ses composantes. Suivant l'axe d'analyse adopte, certains aspects sont privilegies alors que d'autres demeurent negliges. Une synthese generale, capable de degager une vision integree, coherente et globale des processus caracterisant l'impact, emerge difficilement de ces divergences paradigmatiques et methodologiques.

Habituellement, les etudes d'impact de l'immigration ne considerent qu'une seule ou deux dimensions, selon l'interet des chercheurs. Elles presentent ainsi le desavantage de demeurer souvent partielles et isolees. En outre, etant princi-palement concentrees sur le contexte urbain, elles laissent dans l'ombre les specificites eventuelles de l'impact dans d'autres types d'espaces, en l'occurrence rural.

Les effets economiques sont davantage scrutes, que ce soit par le biais d'analyses des couts et benefices au niveau notamment du capital humain, du marche du travail et des revenus, ou d'etudes generales sur la croissance economique. Les questions de main-d'oeuvre, de qualification, de capital et d'investissement, de consommation, de chomage, de depenses de l'Etat, de productivite, de revenu national, de conjoncture economique, d'emigration.., sont examinees (De Voretz 1989; Houle 1980; Lamoureux 1987; Le Minh 1974; Malservisi 1973; Matthews 1978; Polese et autres 1978; Rodrigue 1972; Termote et autres 1978). Certaines etudes jettent un eclairage particulier sur rentrepreneuriat ethnique, cherchant a mettre en evidence tant les motivations et difficultes initiales que les strategies, atouts et retombees de ce type d'immi-gration (CCCI 1995; Helly et Ledoyen 1994; Kallen et Kelner 1983; Mendis 1989; Toulouse et Brenner 1988, 1992; Waldinger 1989, 1990).

Les incidences demographiques et linguistiques sont egalement etudiees, particulierement sous les volets fecondite, taille et composition de la population, taux de croissance demographique, equilibre demo-linguistique (De Rosa et Poulin 1986; Kalbach 1974; Ledent 1992; MCCI 1990; Veltman 1985). Les themes de renouvellement de la population ainsi que de l'integration et transfert Iinguistiques retiennent particulierement l'attention des chercheurs.

Quant aux repercussions sociologiques, psychologiques et culturelles, c'est principalement par le biais d'etudes sur l'insertion des immigrants et les changements socio-culturels qu'elles sont abordees. Certains auteurs considerent cette question de facon plus generale, insistant davantage sur les grandes tendances reliees aux themes de mobilite sociale, occupationnelle et spatiale, transformations des valeurs et cultures, identites, relations interethniques, discrimination et racisme, sante mentale, evaluation des services d'accueil et d'aide ... (Bonneau et Tremblay 1993; Breton et autres 1990, 1974; Darroch 1981; Deschamps 1990, 1985, 1982; Dumont 1991; Girard et Manegre 1989; Laperriere 1989; Ledoyen 1992; Portes et Manning 1985). D'autres preferent se concentrer sur des categories sociales precises, tels les enfants relativement a la socialisation et l'integration scolaire, les femmes immigrantes, les refugies ... afin d'en degager les specificites (Berthelot 1990; Brochu et Chalom 1984; Dorais 1989; Labelle et autres 1987; Laferriere 1983; Laperriere 1984).

Tous ces ecrits, presentes ici de facon nullement exhaustive, font prendre conscience de la multiplicite des dimensions utilisees pour mettre en relief la portee de l'immigration internationale. En depit de ces contributions, il demeure difficile de degager une vue d'ensemble ou la complexite et la totalite des incidences de l'immigration seraient en evidence. S'agissant d'un processus dynamique, les interactions y sont multiples et variees. Divers aspects peuvent ainsi servir a apprecier l'impact de l'entrepreneur agricole immigrant: expertise, savoir-faire particulier, formation, investissement global, creation d'emplois, reseaux internationaux, releve agricole, implication dans la societe rurale, innovations, diversification, entrepreneuriat local et regional, dynamisation du milieu rural. Ces aspects sont susceptibles de varier avec le temps, certains prenant quelques annees avant de produire des effets significatifs. Ils peuvent s'articuler a d'autres facteurs, entrainant des incidences inattendues. De plus, ils ne sont pas toujours specifiques aux seuls agriculteurs immigres.

Grace a l'exemple des entrepreneurs agricoles d'origine europeenne, la complexite et le caractere multiforme de la notion d'impact seront mis en evidence. Il permettra d'illustrer les diverses facettes sous-jacentes dans une etude d'impact global de l'immigration, en contexte rural.

Projet de promotion economique et parcours migratoires et professionnels

Une raison majeure, d'ordre economique, est a la base de la decision d'immigrer pour la plupart des entrepreneurs agricoles de l'etude. Il s'agit du desir de mobilite economique pour eux-memes et leur releve, compte tenu du contexte agricole europeen difficile. Quelques rares exceptions immigrent pour des raisons d'ordre familial liees a un conflit ou a un mariage. Generalement maries, ces agriculteurs etrangers arrivent au Quebec avec leurs conjointes et enfants, alors qu'ils sont dans la trentaine avancee.

Le manque d'opportunites economiques et/ou professionnelles dans le pays d'origine les incita clairement a immigrer. Les limitations du systeme agricole, autant de la France que de la Belgique ou de la Suisse, furent des facteurs determinants. Morcellement des terres rendant le travail d'agriculteur penible, impossibilite d'expansion en raison du faible nombre de terres disponibles et de leur prix inabordable, terres trop petites pour faire vivre decemment la famille et assurer un avenir a la releve ... figurent parmi les motifs les plus frequents. A ceci s'ajoute la precarite de leur statut en Europe puisque plusieurs sont locataires de terres appartenant a des financiers ou a des professionnels urbains. Ces agriculteurs europeens se disent insecures et vulnerables par rapport a la speculation fonciere et aux expropriations liees aux projets d'urbanisation, risquant constamment de perdre leurs investissements en batiments, machineries et betails en cas de non-renouvellement du bail de location.

Le projet de ces immigrants comporte deux volets: 1) pratiquer le metier d'agriculteur au Quebec et ceci, comme proprietaire, pour eviter la precarite et rinsecurite vecues en Europe; 2) offrir, lorsque pertinent, des possibilites d'etablissement pour les enfants desireux de prendre la releve agricole. Longuement reflechi, ce projet a clairement comme objectif la promotion et la reussite economiques par l'amelioration des conditions financieres, tout en poursuivant la meme occupation. Il y a ici nette volonte de continuite profes-sionnelle tout en visant une bonification economique.

Presque tous ont en tete une immigration permanente. Prenant generale-ment de un a trois ans pour concretiser leur immigration, ils s'assurent entre-temps d'une assise solide en venant effectuer un voyage exploratoire. Celui-ci, d'une duree moyenne de 15 jours, est destine a prospecter quelques regions agricoles du Quebec et visiter une vingtaine de fermes en compagnie, pour la plupart, d'agents immobiliers et/ou de compatriotes agissant a titre de [??]parrain informel[??]. (4) Peu d'immigrants viennent explorer seuls, par leurs propres moyens. Des voyages exploratoires supplementaires sont effectues au besoin, par une minorite, afin de s'assurer de l'accord de la conjointe ou des enfants absents du precedent voyage ou de la justesse du choix dans le cas d'une production complexe avec systeme de contingentement.

Rares sont ceux qui n'ont pas considere la possibilite d'immigrer dans d'autres pays. La France, l'Amerique du Sud, la Nouvelle-Zelande, l'Australie, l'Afrique du Sud, les anciennes colonies francaises et les Etats-Unis sont les pays les plus frequemment signales. Egalement, d'autres provinces du Canada (Ontario, Manitoba, Ouest Canadien) furent envisagees. Si le Quebec constitue le choix final, c'est principalement en raison de la langue francaise et de la proximite culturelle avec le pays d'origine. D'autres motifs se combinent: temoignages positifs d'immigrants, nombreuses possibilites en agriculture, disponibilite de terres fertiles, stabilite politique, conseils d'agents immobiliers.

Motives par leur projet de mobilite economique, les agriculteurs interroges immigrent au Quebec, munis d'une experience et d'un savoir-faire non negligeageables. Majoritairement issus de famille d'agriculteurs, la plupart exercaient le meme metier que leurs peres avant d'immigrer. Le lien avec l'occupation agricole paternelle est d'autant plus marque qu'en general, les agriculteurs immigrants poursuivent dans la meme production qu'eux. Ils detiennent habituellement une longue experience, en moyenne 18 ans, acquise principalement sur l'entreprise paternelle, en France, Suisse ou Belgique, ou sur une autre entreprise agricole. Leur itineraire occupationnel est marque par une stabilite remarquable, demeurant generalement dans la meme entreprise agricole jusqu'a leur immigration, soit comme releve de l'entreprise familiale, soit comme travailleur autonome sur une ferme louee ou achetee.

Des l'arrivee, la quasi-totalite des immigrants s'etablissent immediatement comme proprietaires agricoles dans la meme production, contingentee ou pas, qu'en Europe. La filiere contingentee est regie par un systeme national de gestion de l'offre (lait, oeufs, volaille), alors que la filiere non contingentee est moins reglementee et protegee, les producteurs devant s'occuper eux-memes de la mise en marche, de la transformation et de la promotion des produits, tout en etant plus vulnerables quant aux aleas du marche et sans revenu garanti. La moitie se situe dans la filiere contingentee (production laitiere) et l'autre, dans celle non contingentee (productions horticoles: maraichere, serriculture, horticulture ornementale; productions marginales: ovine, veaux et bouvillons). Seuls les Suisses sont absents des productions marginales, ceux-ci se concentrant presqu'exclusivement dans la production laitiere au Quebec (Tableau 1).

Apport pour l'agriculture et le developpement regional

Nous avons vu a quel point l'impact global pouvait s'exprimer par une diversite de phenomenes heteroclites. Nous inspirant des diverses etudes sur l'impact de l'immigration, nous chercherons a deborder leur vision trop souvent partielle en integrant plusieurs aspects complementaires. Ceci permettra de camper l'analyse dans son contexte specifique, en l'occurrence rural, et de couvrir simultanement les multiples manifestations de l'apport des immigrants arrives au Quebec lors de la deuxieme vague d'immigration agricole, soit dans les annees 1970. Celui-ci peut se situer globalement a cinq niveaux: 1) valorisation du capital humain; 2) investissement d'un capital financier; 3) elargissement des reseaux; 4) diversification et innovations; 5) revitalisation du milieu rural. Il convient d'examiner chacun plus attentivement.

Valorisation du capital humain

La question de l'impact ne peut etre dissociee du bagage scolaire et profession-nel apporte par l'immigrant Iorsqu'il arrive dans son nouveau pays d'accueil. Celui-ci se traduit notamment par une formation elevee avec specialisation en agriculture et une solide experience accompagnee frequemment d'une expertise et de savoir-faire particuliers et inedits. Cette qualification professionnelle des entrepreneurs agricoles immigrants merite d'etre approfondie puisqu'elle semble caracteriser ce type d'immigration.

La plupart des immigrants ont depasse le niveau primaire, la moitie ayant complete des etudes secondaires incluant en general une specialisation de un a deux ans en agriculture et le quart, des etudes universitaires en medecine veterinaire et en agronomie ou des etudes de niveau postsecondaire generale-ment specialisees dans la production vers laquelle ils se dirigent. (5) Fait interessant, c'est dans la filiere non contingentee que se situe le plus grand nombre d'individus ayant complete des etudes postsecondaires, en l'occurrence dans la production horticole. Sans doute, une preparation professionnelle plus poussee fait partie des strategies de ces horticulteurs pour etre davantage habilites a affronter un contexte risque et a developper des creneaux innovateurs susceptibles d'assurer une percee dans un marche concurrentiel.

Une minorite d'immigrants, tant dans la production laitiere qu'horticole, sont arrives au Quebec sans aucune etude directe en agriculture. Ils ont generalement pu compenser cette absence d'etude specialisee par une experience acquise sur la ferme familiale en Europe pendant plusieurs annees.

La formation relativement elevee des agriculteurs immigrants, comprenant des etudes secondaires ou postsecondaires avec specialisation en agriculture, se demarque de la formation des agriculteurs du Quebec. Parmi ces derniers, moins du tiers a des etudes de niveau secondaire (9 a 12 ans), alors que 42,3% ont moins de 9 ans d'etude (Tableau 2). La faiblesse de la formation des agriculteurs quebecois est particulierement evidente Iorsqu'elle est comparee a celle des autres provinces canadiennes. Des mesures de rattrapage durent etre entreprises. (6) Un taux important de decrochage avant la fin du secondaire, du notamment a l'attrait du patrimoine familial et d'un travail immediat, de meme que l'absence d'une formation agricole de base et/ou specialisee contribuent a cette deficience. Celle-ci se manifeste tant au niveau des producteurs deja etablis qu'au niveau de la releve agricole, ainsi que l'ont constate certaines etudes. Scolarisation moyenne faible, peu d'etudes agricoles a temps plein, formation sur le tas aupres de parents agriculteurs, scolarite inferieure aux autres freres et soeurs, sur-representation dans les niveaux scolaires non ter-mines.., y furent releves (Hamel et Morisset 1993).

La qualification professionnelle elevee ne se limite pas au principal exploi-tant de la ferme puisqu'elle s'etend aussi au reste de la famille immigrante, a savoir la conjointe, la releve agricole et les autres enfants. La plupart des conjointes ont, en effet, un haut niveau de scolarite, soit secondaire avec specialisation en commerce, administration ou agriculture, soit postsecondaire ou universitaire. En outre, plusieurs dans le non-contingente detiennent une expertise complementaire a celles des maris, permettant ainsi de diversifier plus facilement les activites de l'entreprise. Cette qualification elevee et directement pertinente des conjointes figurent comme des atouts pour la concretisation du projet de promotion economique des immigrants.

A l'image de leurs parents, la releve agricole immigrante est bien formee ayant des etudes secondaires avec specialisation en agriculture ou dans un domaine connexe (foresterie, mecanique agricole ...), ou postsecondaires. (7) Dans ce dernier cas, la releve est frequemment allee completer, surtout dans la filiere non contingentee, ses etudes postsecondaires en Europe dans des ecoles specialisees en agriculture. Plusieurs etaient encore a parachever leur education. Ils sont donc davantage scolarises que la releve agricole native. Cette qualification elevee est un atout dans le contexte actuel de restructuration agraire et de liberalisation des marches, alors que la profession d'agriculteur exige un niveau accru de connaissances et de competences.

Une bonne formation caracterise egalement les autres enfants en age d'avoir termine leur instruction. (8) Presque tous ont poursuivi les etudes au-dela du secondaire. Les etudes universitaires dominent clairement, surtout chez les filles qui sont en plus grand nombre. Les domaines choisis sont varies: droit, administration, polytechnique, science veterinaire, pharmacie, medecine, education physique, pedagogie, meteorologie. Les autres ont des diplomes d'etudes collegiales (DEC) specialises ou pas. Cette deuxieme generation en region, composee d'enfants d'immigrants agriculteurs, semble donc peu con-naitre de "decrochage scolaire", detenant generalement des diplomes au-dela du secondaire. Se remarque une claire reproduction du modele de scolarisation des parents. (9)

L'ensemble de la famille agricole immigrante contribue donc a valoriser le potentiel humain en region. Plus specifiquement, le groupe etudie incluant la conjointe et la releve agricole est plus scolarise et mieux forme en agricul-ture, par comparaison aux agriculteurs natifs. Ces elements figurent comme des avantages dans un contexte de modernisation et de specialisation agricoles, assurant des travailleurs qualifies, aptes a etre competitifs et dynamiques. Ceci contribue a l'enrichissement du potentiel humain dans le secteur bioalimentaire dont la relance, centrale pour l'economie du Quebec, passe inevitablement par une main-d'oeuvre de premiere qualite et une meilleure productivite. La place privilegiee de la formation, dans le contexte de concurrence mondiale accrue, est relevee par plusieurs. Elle serait l'un des facteurs determinants dans le succes de l'etablissement des jeunes en agriculture au Quebec. Elle entrainerait une utilisation judicieuse et plus frequente des services des divers conseillers du milieu agricole (Hamel et Morisset 1993; Muzzi et Morisset 1987). En outre, elle serait une condition et un "prealable" importants dans une politique de developpement regional (Conseil des affaires sociales 1992: 109-124). L'amelioration des ressources humaines permet non seulement de rehausser les competences et la capacite d'innovation et de resolution de problemes, mais aussi de tirer partie des nouvelles technologies et de leurs retombees (Julien 1994: 135). Elle permet egalement de mieux maitriser l'avenir ainsi que les transformations socio-economiques et de faire face au nouveau contexte de liberalisation des marches de rALENA et du GATT.

Investissement d'un capital financier

L'impact au niveau du capital financier est plus difficile a cerner, les questions d'ordre financier ayant ete reduites en raison de la reticence des immigrants a repondre avec precision sur ce sujet. Neanmoins deux types d'informations, soit l'investissement global et le capital de depart personnel, permettent deja de percevoir un apport non negligeable. Un investissement important depuis l'arrivee se remarque, ayant permis une expansion progressive au niveau des terres, de la machinerie ou du betail de meme qu'une amelioration de la per-formance de l'entreprise agricole. Cet investissement est generalement con-centre dans le seul secteur agricole. Les rares individus ayant investi ailleurs, le font generalement dans des secteurs connexes, tels l'amenagement paysager ou l'insemination animale. Peu de difference marquee n'apparait quant a cet investissement global effectue par l'ensemble des immigrants, le montant total investi etant en moyenne de 382 000 $ dans le contingente et de 316 000 $ dans le non contingente sur une periode, rappelons-le, de quinze ans. Tant le capital personnel que les societes de credit agricole, les programmes gouvernementaux d'aide aux agriculteurs, les institutions financieres et meme le capital familial en Europe pour certains en productions marginales, sont utilises. (10) L'appui financier de l'Etat semble ici un outil important pour les immigrants dans la reussite du projet initial de mobilite economique, creant des conditions favora-bles a la croissance et a l'enracinement. L'intervention de l'Etat dans le secteur agricole, compose essentiellement d'exploitations familiales, serait attribuable notamment a la forte intensite en capital de l'agriculture et a des conditions de sous-remuneration et de faible mobilite des ressources de production.

Quant au capital de depart personnel, il est en moyenne de 128 000 $ (mediane: 130 000 $) dans la filiere contingentee. Seul un quart des individus y a investi moins de 100 000 $. Dans la filiere non contingentee, le capital de depart moyen est de 160 000 $, avec cependant de fortes disparites (mediane: 65 000 $). Une minime proportion des immigrants dans l'horticulture et les productions marginales ont, en effet, un capital au-dela de 400 000 $ alors que le tiers, parmi les plus jeunes, ont soit aucun capital de depart, soit un montant d'a peine 10 000 $ a investir. Ces jeunes individus connaitront un etablissement moins rapide et direct comme proprietaires, travaillant entre-temps comme employes agricoles ou locataires de fermes pour se constituer un capital subs-tantiel. Certains acheteront des terres abandonnees peu couteuses pour monter leur entreprise horticole. A noter toutefois que ce ne sont pas tous les jeunes qui connaissent un tel desavantage financier, le tiers d'entre eux detenant un capital de depart important, variant de 85 000 $ a 230 000 $.

Elargissement des reseaux

Dans le contexte de mondialisation de l'economie ou les echanges sont en expansion, les reseaux occupent une place strategique. Ils ne manquent pas d'entrainer des incidences favorables pour la region et le pays dans son ensemble. Celles-ci se revelent par l'ouverture de nouveaux canaux d'appui locaux, un rayonnement des activites debordant la region immediate (Montreal, Quebec, autres provinces canadiennes, Europe, Etats-Unis) et le recours a un reseau international de contacts et d'echanges d'informations ou de techno-logies.

Ce sont davantage les immigrants dans les productions non contingentees qui recourent a des reseaux supplementaires afin d'elargir leurs sources d'infor-mation ou d'initiatives et contrer leur isolement. Il faut rappeler, qu'a l'epoque, de nombreuses ressources sont disponibles dans la production laitiere (structures syndicales, programmes de subventions, experts ...), celle-ci etant historique-ment bien ancree au Quebec et preponderante. Par contre, peu de ressources existent dans les reseaux institutionnels officiels pour les productions inhabituelles. Les savoirs et habiletes des conseillers s'averent souvent non pertinents lorsque des producteurs veulent s'eloigner des sentiers battus. Ces derniers doivent donc compenser les deficiences dans l'acces et la disponibilite des ressources de la societe d'accueil. Des canaux d'appui differents aux niveaux institutionnel et professionnel de meme que le reseau europeen figurent parmi les voies complementaires choisies par les immigrants.

Ainsi, certaines institutions d'enseignement agricole, telles l'Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe (ITA) ou encore les departements universitaires specialises, sont consultees par des producteurs horticoles, lors-qu'ils desirent introduire de nouveaux produits inconnus au Quebec. Egalement, certaines associations professionnelles specialisees, telles l'Asso-ciation en biodynamie et le Regroupement de l'agriculture biologique, sont mises sur pied et utilisees par les immigrants dans les productions non contingentees pour briser leur isolement.

Quant a l'elargissement des reseaux locaux au circuit europeen, il est effectue presque exclusivement par les agriculteurs dans les productions non contingentees. Quatre types de ressources sont exploitees: 1e expertise d'anciens voisins ou amis agriculteurs europeens bien au fait des nouveaux develop-pements dans la production; 2e revues ou journaux europeens specialises dans leur production, principalement comme source d'inspiration majeure des innovations subsequentes; 3e ecoles d'agriculture specialisees en Europe, lorsque l'information au Quebec n'existe pas; 4e stagiaires etrangers venant faire un sejour d'etude sur la ferme au Quebec. Cette derniere ressource suscite un echange d'information et un acces indirect a des techniques particulieres introduites en Europe (par exemple, biodynamie). A noter toutefois que l'utilisation des stagiaires n'est pas propre a la filiere non contingentee, car une minorite d'immigrants du contingente y ont egalement recours. En fait, un tiers de l'ensemble des entrepreneurs agricoles immigrants utilisent des stagiaires etrangers.

Tous ces nouveaux canaux d'appui se revelent cruciaux face a l'ouverture des marches et la concurrence mondiale. L'importance strategique de ces reseaux quant a la diffusion des recentes decouvertes et a l'innovation fut maintes fois relevee. Dans la perspective de developpement regional, ces reseaux constituent un outil essentiel pour rendre disponible l'information scientifique et technique, de niveaux tant national qu'international, sur laquelle s'appuie le dynamisme et les innovations des entreprises locales (Conseil des affaires sociales 1992: 155-156; Julien 1994: 134-135; Malservisi 1973:113-114).

Diversification et innovations

L'impact se remarque au niveau de la diversification et des innovations, par le developpement de nouveaux secteurs originaux, la redynamisation d'autres deja etablis, la creation de creneaux inedits de marche de meme que par les effets d'entrainement sur tous les producteurs.

L'ensemble des immigrants de la filiere non contingentee adoptent des pratiques innovatrices. Cela ne signifie pas que l'innovation est totalement absente chez les autres puisqu'une minorite du contingente, moins du quart, y apportent egalement des nouveautes au niveau soit de la diversification de leur production, soit de l'introduction de nouvelles techniques peu connues au Quebec. (11) Mais, en raison des contraintes structurelles de leur production (reseau de transformation et de mise en marche du lait reglemente, quota ...) et de leur expertise directement transposable et rentable au Quebec, les innova-tions y sont plus limitees et secondaires.

Par contre, pour les immigrants dans le non contingente, la creativite devient essentielle s'ils veulent realiser leur projet initial de promotion econo-mique et mettre a profit leur expertise particuliere. Avantages par leur forma-tion plus elevee que les agriculteurs quebecois et par leur reseau europeen, ils recherchent alors des solutions aux deficiences des ressources de la societe d'accueil et aux problemes de commercialisation par des strategies multiples. Celles-ci suivent deux voies etroitement articulees a des nouveautes: d'abord, la rentabilisation d'expertise particuliere, acquise anterieurement en Europe, par l'introduction d'innovations; ensuite, la diversification de la mise en marche et la commercialisation artisanale adaptee au produit. Il convient de s'arreter brievement sur chacune.

La rentabilisation de l'expertise s'effectue par l'introduction de plusieurs innovations, afin d'exploiter des creneaux peu developpes au Quebec. Celles-ci concernent aussi bien des productions et techniques nouvelles empruntees de l'Europe (fines herbes, legumes hydroponiques ou biologiques, endives, biody-namie, hydroponie, echographie ...) que de l'appareillage specialise pour des productions inedites, telle ovine. Dans les cas de nondisponibilite au Quebec et de cout eleve d'importation, l'immigrant n'hesitera pas a inventer de la machinerie ou de l'equipement specifiques, telles des machines a sarcler les endives. Dans l'introduction de ces innovations, le reseau europeen est utilise au maximum, les agriculteurs immigrants y cherchant des informations et des technologies d'avant-garde afin de s'assurer une percee et des debouches dans un marche concurrentiel.

Il est interessant de souligner les reactions de la population rurale a l'egard de ces innovations. Le support et l'accueil s'effectueraient en deux temps: d'abord, scepticisme jusqu'a preuve evidente de resultats positifs; par la suite, effet d'entrainement aupres des agronomes et des autres agriculteurs, se tradui-sant notamment par la diffusion de l'information par les experts et des journees de visite ou de demonstration sur la ferme a l'intention des agriculteurs et des ecoles specialisees.

La difficulte majeure pour l'ensemble des immigrants du non contingente demeure le developpement d'un marche. Pour y repondre, tous utilisent une strategie de diversification de la mise en marche. Selon les caracteristiques du produit, une variete de points de vente sont exploites: a la ferme, marches locaux, montrealais et, de facon plus minime, provincial ou canadien. Tant les cooperatives que les marches d'alimentation reguliers, les foires publiques, les restaurants, les magasins naturels et les epiceries fines sont mises a profit. Le marche ethnique constitue une partie importante du reseau d'ecoulement des produits. La moitie des immigrants dans le non contingente, surtout les produc-teurs ovins et certains maraichers plus orientes vers les produits exotiques, y ont recours. La proximite du bassin de consommateurs montrealais, notamment la population pluriethnique, offre des possibilites interessantes de mise en marche, alors que la recherche de denrees de qualite superieure parait devenir prioritaire.

L'impact positif des diverses pratiques innovatrices des immigrants agricul-teurs est indeniable, ceux-ci etant frequemment les premiers a introduire de telles nouveautes dans leur milieu. Non seulement elles ont un effet d'entraine-ment aupres des autres agriculteurs, mais encore elles favorisent l'emergence de nouveaux produits ou marches au niveau local, provincial et meme international. Cet impact va au-dela de la production visee et profite a l'ensemble du secteur agricole de meme qu'au developpement regional. Le lien entre l'innovation et l'esprit d'entreprise a d'ailleurs ete maintes fois souligne dans la litterature (Drucker 1985: 149; Malservisi 1973; Schumpeter 1989).

Revitalisation du milieu rural

Decoulant largement des aspects precedents, l'impact s'exprime egalement au niveau de la revitalisation du milieu rural puisque les immigrants agriculteurs contribuent clairement a relever le defi du developpement local et regional sous les volets economique, social et politique. Lance par les Etats generaux du monde rural en 1991, puis par le Sommet sur l'agriculture quebecoise, ce defi visait a contrecarrer la crise globale de la societe rurale et agricole et mettre en place des structures de concertation entre l'ensemble des partenaires du secteur agro-alimentaire. (12) En cela, il etait appuye par la recente politique de developpement regional qui cherchait a bonifier les conditions economiques, sociales et culturelles des milieux regionaux par une demarche [??]d'accompagnement[??] du dynamisme des regions. (13)

Outre les initiatives deja mentionnees dans les sections anterieures, il faut rajouter l'implication active et polyvalente des immigrants agriculteurs dans les divers organismes de la societe rurale. Ceux-ci ne demeurent nullement isoles de la participation communautaire, valorisee en contexte rural. Une gradation se remarque. La plupart s'impliquent a titre de membre regulier, puis de membre du conseil d'administration ou de comites particuliers lorsqu'ils devien-nent plus familiers avec le milieu rural quebecois. Les domaines privilegies sont d'abord economique, professionnel et syndical, des l'arrivee. Apres six a dix ans, les domaines sociaux, puis politiques sont ensuite investis. L'implication est toutefois plus tardive pour les producteurs du non contingente, ceux-ci devant collaborer frequemment a la mise sur pied de structures ou ressources qui etaient, a l'epoque, inexistantes dans cette filiere. Cet engagement actif de tous dans la vie locale ne manquera pas d'avoir des incidences variees sur le milieu de sorte qu'il vaut la peine de s'y attarder.

Ce sont les institutions economiques, professionnelles et syndicales qui retiennent l'attention de la quasi totalite des immigrants, des le demarrage. Il n'y a rien d'etonnant a cela, les premieres annees etant davantage accaparees par le projet d'etablissement professionnel et la consolidation de l'entreprise. Toute la panoplie de cette categorie d'organismes est visee, tels les cercles professionnels, cooperatives agricoles, syndicats de base de tous les agriculteurs du voisinage, syndicats specialises des individus de la meme production. Seuls les organismes d'affaires de la region sont delaisses, etant juges peu represen-tatifs des agriculteurs et peu articules a leur realite. Ceci occasionne peu de contacts avec d'autres types d'entrepreneurs du monde rural. La contribution des immigrants, a titre de membre regulier ou de membre du conseil d'adminis-tration, est multiple, s'agissant de promouvoir la production, de regrouper des producteurs ou de constituer des groupes de pression contre des projets de developpement routier ou de depotoir. (14) Liee a la realisation de leur projet initial, leur implication permet la constitution d'un reseau d'information et de contacts, l'organisation de la production et de la mise en marche, la protection des terres agricoles de meme que le developpement de la region.

Les institutions sociales sont egalement investies par la moitie des immi-grants, mais plus tardivement, autour de six ans apres l'arrivee. Surtout presents dans les associations de loisirs et de sports afin de developper de nou-veaux liens dans le voisinage, ils s'impliquent egalement dans les comites de parents, les groupes religieux et les clubs sociaux (Lions, Optimistes). Peu s'engagent dans un conseil d'administration. Leur contribution concerne l'orga-nisation de loisirs, la sensibilisation a l'environnement et les echanges interculturels. L'apport des conjointes doit etre souligne, celles-ci ayant une implication dans les institutions sociales plus intense et plus diversifiee que les maris. Ceci est important puisque les femmes ont souvent ete identifiees dans la litterature comme des personnes-charnieres et des relais dans la communication de la famille avec le reseau social exterieur. Les femmes immigrantes privilegient tant les organismes scolaires (comites de parents ou d'ecoles) que paroissiaux (cercles de fermieres, groupes d'economie familiale, chorales, scouts et guides ...) et, dans une moindre proportion, des associations religieuses. Peu actives dans les organismes economiques ou professionnels, elles ont en fait une participation complementaire a celles des maris, encouragee nul doute par une division sexuelle du travail. A deux, ils s'assurent d'une implication complete dans le milieu rural, couvrant tous les domaines d'action.

Quant aux associations politiques, le quart des immigrants s'y impliquent apres une moyenne de dix ans. Presque tous y detiennent des postes de deci-sion, soit a titre de conseillers municipaux ou de responsables de groupes d'interet locaux sur l'environnement ou le developpement regional. La duree moyenne de participation dans les postes de decision est de quatre ans. Seuls les niveaux municipal ou regional sont investis, personne n'ayant deborde au niveau provincial. Les questions de delai et de gradation semblent ici impor-tantes, certains immigrants manifestant une reserve a s'engager rapidement dans les associations politiques et se montrant desireux de faire reconnaitre auparavant leur credibilite. Les principales contributions touchent deux domaines nouveaux a l'epoque au Quebec: la protection de l'environnement et le controle de l'amenagement du territoire (assainissement des eaux, comites d'urbanisme, aqueduc ...). Sensibilises aux effets negatifs du developpement urbain sur l'agriculture par leur experience en Europe, ces immigrants furent des pionniers a cet egard, militant activement pour la defense des terres agricoles. Leur apport est ici indeniable, introduisant une critique du developpement sauvage par leur insistance sur la valeur de la terre.

Peu d'immigrants s'impliquent dans les associations ethniques de la region. Majoritairement des Suisses, ils frequentent occasionnellement un regroupement religieux (Eglise Unie Protestante) ou des associations de loisirs et sportives (chorales, fetes champetres, club de tir, comite d'accueil international ...), principalement pour retrouver des compatriotes et preserver la culture d'ori-gine. Les contributions concernent tant les activites sociales, culturelles et sportives que l'aide aux nouveaux arrivants et la defense des droits des immi-grants. A l'oppose, la majorite n'est aucunement active dans les associations ethniques des regions concernees pour deux raisons principales, soit l'absence d'impact positif sur l'integration et le peu de besoin ou priorite ressentis par l'immigrant. La participation dans les associations ethniques en milieu rural ne semble pas avantagee, certains y voyant meme un frein a l'insertion et se montrant clairement reticents. Le contexte rural encouragerait l'immigrant a s'appuyer davantage sur les institutions ou associations locales de sorte que ce dernier va toujours accompagner son implication dans les associations ethniques d'une participation aux organismes locaux. Les etudes sur l'elite immigrante qualifiee ont d'ailleurs demontre que celle-ci s'engage peu dans la creation de communautes ethniques locales (Portes et Manning 1985). (15)

Grace a des qualites pertinentes pour la revitalisation du milieu rural, telles la formation elevee, la competence, l'esprit d'initiative et d'innovation, la determination, l'autonomie et la capacite d'adaptation, les immigrants agricul-teurs ont donc su dynamiser la region par des strategies diversifiees. Maintien et/ou creation d'emplois en region, soustraction des terres de l'abandon, innovations, mise sur pied de projets locaux varies tels ceux en agrotourisme, developpement et consolidation de PME familiales en agriculture par l'etablissement d'une releve qualifiee, amorce d'un decloisonnement du milieu agricole et intensification des contacts internationaux, implication polyvalente dans la societe locale, actions visant a proteger l'environnement et a controler son amenagement ... sont autant d'initiatives contribuant a l'essor de la societe rurale. (16)

Dans la mesure ou l'entrepreneuriat local et regional represente une solu-tion innovatrice au declin du monde rural, les immigrants agriculteurs jouent un role appreciable par leur dynamisme. Ils contribuent a creer un environnement agricole stimulant, l'agriculture demeurant un [??]element structurant[??] important du milieu rural, notamment au niveau de la vitalite regionale, de l'entretien des paysages et de l'occupation du territoire (Jean 1991: 598-599). Leur comportement correspond aux nouvelles valeurs d'autonomie, de creativite, de solidarite et de flexibilite valorisees par plusieurs acteurs du developpement regional. Cet apport positif est d'ailleurs appele a se poursuivre, les immigrants etant encore dans la force de l'age au debut de la decennie 90 avec un age moyen d'a peine cinquante ans.

Enracinement de la famille immigrante

L'etablissement d'immigrants agriculteurs en region doit etre considere avant tout comme un [??]processus familial[??] ou conjointes et enfants ont un role a jouer. La famille comme facteur de socialisation et d'integration a ete relevee dans la litterature, que ce soit par le biais de sa force cohesive, stabilisatrice ou d'ani-mation de la vie locale (Dumont 1991; Fortin 1988; OPDQ 1990). Premier lieu d'apprentissage et de transmission des valeurs et normes sociales, elle contribue a attenuer le choc de l'immigration, a enraciner ses membres dans le milieu et a faciliter leur adaptation. La philosophie de base de la politique de l'immigra-tion s'appuie, d'ailleurs, sur ce role central de la famille comme voie privilegiee pour l'integration sociale et facteur d'une immigration stable et permanente.

Le rapport particulier de l'agriculteur a l'egard de l'entreprise de type familial, la logique de sauvegarder le patrimoine familial en sus de celle de couvrir les couts de production, la valeur paysanne europeenne de la famille ne peuvent etre ignores. Le projet d'immigrer en agriculture est avant tout un projet familial ou l'etablissement d'une releve agricole joue un role non negligeable.

Une analyse des incidences de l'immigration agricole sur le milieu rural ne peut donc passer sous silence cet aspect. Avant de terminer, il convient de tenter de degager une esquisse de l'apport de la famille de l'immigrant a partir des quelques donnees fournies par l'etude. (17) La dynamique familiale qui s'en degage permet de cerner davantage l'impact global de ce type d'immigration dans la collectivite locale.

Les quelques informations deja presentees sur la qualification profession-nelle de la conjointe et des enfants ont permis d'entrevoir leur contribution positive quant au capital humain. De plus, outre l'implication de la conjointe dans les institutions sociales, il faut rajouter l'apport des enfants sous cet aspect. Ceux-ci font deja preuve d'un sentiment d'appartenance au milieu local en participant principalement dans les organisations de loisirs, et plus timidement dans les organismes professionnels ou syndicaux malgre leur jeunesse. Leur insertion globale parait plus facile que leurs parents, a la faveur du reseau de sociabilite constitue a l'ecole et de leur jeune age a l'arrivee. Ils faciliteraient l'integration des parents par leurs activites scolaires et sportives, les initiant frequemment a la culture de leur nouveau milieu. Ces enfants se ma-rient generalement avec des Quebecois(es) natif(ve)s et plus rarement avec des compatriotes. La distance sociale avec les Quebecois natifs, eprouvee par les parents, semble peu les toucher, en coherence avec les resultats d'une etude sur le rapprochement entre Quebecois francophones et membres des com-munautes culturelles pour la deuxieme generation (Deschamps 1990: 7).

Bien sur, l'impact de la famille immigrante quant a l'emploi en region n'est pas a negliger. Outre la reprise de la ferme familiale par la releve, il faut souligner la contribution active non seulement des conjointes mais egalement des autres enfants dans leurs champs d'activites specifiques. (18)

Les conjointes sont toutes actives sur la ferme familiale, fournissant une main-d'oeuvre agricole competente non negligeable. Une minorite a un emploi hors ferme pour y chercher un salaire d'appoint. Travaillant directement sur la ferme entre 20 et 50 heures par semaine selon les saisons, l'age et les etudes des enfants ainsi que la presence d'associes apparentes (4 cas), les responsa-bilites des conjointes sont variees et couvrent toute la gamme des travaux exiges sur une ferme. Elles y effectuent tant des taches directes (travaux aux champs et dans les batiments, soin des animaux, comptabilite, recherche d'informations, relations avec les fournisseurs ...) que des taches indirectes (travail domestique, soin des enfants ...). (19) Leur situation ressemble a celle de leurs consoeurs agricultrices natives, participant de facon diversifiee a l'entreprise agricole et servant frequemment de main-d'oeuvre d'appoint selon les saisons (Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme 1987; Simard et St-Cyr 1990). Elles constituent un maillon central non seulement pour le fonction-nement et la stabilite de la ferme familiale mais egalement pour le dynamisme regional.

Quant aux enfants qui choisissent une autre occupation qu'agriculteur, leur qualification permet une integration professionnelle diversifiee et de qualite. La plupart sont concentres dans le secteur tertiaire (restauration, secretariat, coiffure, communications, notariat, gestion, medecine, enseignement, services sociaux ...). Certains sont dans des secteurs connexes a l'agriculture, tels l'agronomie ou la recherche agricole. La retention en region de ces enfants est remarquable, ceux-ci residant generalement a proximite des parents. Seuls cinq ont quitte pour les grandes villes (Montreal, Ottawa, Quebec). Rares sont ceux qui retournent en Europe. Il en resulte un apport non negligeable a la re-vitalisation de la region.

Conclusion

L'impact de l'immigration agricole sur le milieu rural se manifeste donc sous des formes variees et complexes. Il deborde nettement l'aspect economique, intervenant sur plusieurs plans a la fois economique, social, politique et culturel. Ceci permet d'illustrer a quel point la notion d'impact renvoie a une pluralite de phenomenes heteroclites qui interagissent.

Bien que cette complexite invite a une certaine prudence quant a l'interpre-tation et la generalisation de cet impact, nous pouvons avancer que l'immi-gration agricole joue un role important pour le developpement regional et l'enrichissement de la communaute locale. Elle contribue, dans le contexte de retraction du monde agricole, a assurer la survie et l'entretien d'une partie des terres agricoles, a dynamiser un secteur nevralgique pour l'economie quebecoise et a accroitre la capacite de l'entrepreneuriat local de meme que la vitalite du milieu. Elle participe au renouvellement de la population agricole tout en apportant une ouverture sur le monde.

Cette contribution se realise avec l'etroite collaboration de l'ensemble de la famille immigrante, impliquant tant les conjointes, que la releve agricole et les autres enfants ayant des professions diversifiees en region. Leurs caracteris-tiques favorables entrainent non seulement la reussite du projet initial de pro-motion economique, mais egalement leur enracinement local et leur participation au developpement regional. La presence d'une releve vient, tres certainement, renforcer cet ancrage dans le milieu et soutenir l'etablissement durable dans la communaute.

La reussite des entrepreneurs agricoles immigrants dans les deux filieres, de meme que leur insertion positive dans le milieu rural sur une periode d'une quinzaine d'annees emergent de l'etude. En depit de leur nombre limite en region, ces immigrants ont pu assumer frequemment le leadership sur des aspects decisifs pour le developpement regional, telles l'introduction d'exper-tises originales, la diffusion de nouvelles connaissances ou technologies et la sauvegarde des terres agricoles dans un environnement protege. Ils furent en mesure d'insuffler un nouveau dynamisme local. Avec le contexte de liberalisation des marches creee par l'ALENA et le recent accord du GATT, leurs qualites d'autonomie et de creativite de meme que leur capacite de percer dans un environnement non protege laissent entrevoir un avenir prometteur. La prochaine generation d'immigrants agriculteurs, contrairement a ses predecesseurs, pourra en outre s'appuyer sur les recents services d'accueil et d'integration en region, mis en place avec la politique quebecoise de regionalisation de l'immigration, pour consolider son etablissement professionnel et social et faire face a la mondialisation de l'economie.

Le defi de l'an 2000 demeurera cependant d'accroitre les liens entre les agriculteurs et l'ensemble du monde rural, d'intensifier le [??]maillage[??] entre les partenaires varies du developpement regional, de rapprocher les producteurs agricoles des intermediaires en surmontant la tendance a l'individualisme souvent imputee au secteur agricole. Ceci requiert le decloisonnement et la creation de nouvelles solidarites debordant la profession, de meme qu'une plus grande concertation entre tous les acteurs, afin de definir une strategie de developpement socio-economique de la region et augmenter sa capacite concur-rentielle dans un marche de plus en plus ouvert. L'entrepreneur agricole, immigrant ou natif, y aura un role non negligeable a jouer.
TABLEAU 1 Filieres, types de production et origines
ethniques du groupe etudie

Origines Productions Total

 Contingentee Non Contingentee

Ethniques Laitiere Horticole (1) Marginale (2)

Belge 4 3 2 9
Francaise 3 3 3 9
Suisse 6 3 -- 9
* allemande (2) (2) -- (4)
* romande (4) (1) -- (5)
Total 13 9 5 27

Note: (1.) Culture maraichere, serriculture, horticulture ornementale.

(2.) Production ovine, veaux, bouvillons.

TABLEAU 2 Formation academique des agriculteurs par province (1988)

Formation Moins de 9 ans 9 a 12 ans
 N % N %

Quebec 17 535 42,3 12 320 29,7
Ontario 22 200 30,5 26 400 36,3
Canada 84 160 28,7 112 510 38,4

Formation 13 ans et + Total
 N % N %

Quebec 11 600 28,0 41 450 100,0
Ontario 24 110 33,2 72 710 100,0
Canada 96 415 32,9 293 090 100,0

Source: Statistique Canada, commande speciale pour le ministere de
l'Agriculture, des Pecheries et de l'Alimentation du Quebec (MAPAQ).


Endnotes

(1.) Situees au sud de Montreal, ces quatre regions agricoles sont comparables quant aux caracteristiques bioclimatiques et socio-economiques, affichant une destructuration moins forte que les autres regions. Il ne faut pas confondre les regions agricoles du Quebec, au nombre de 12, avec les regions administratives dont les limites sont differentes. Des 16 regions administratives, deux recoupent approximativement le territoire etudie, soit celles de la Monteregie et de l'Estrie.

(2.) Pour plus de details, se referer au rapport final de recherche (Simard 1994). Le processus d'insertion y est examine a partir de trois aspects: 1) les reseaux d'appui; 2) les pratiques innovatrices; 3) l'implication dans les organismes varies de la societe rurale, soit ceux economiques, professionnels, syndicaux, sociaux, politiques et ethniques. La recherche a ete subventionnee par le ministere des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautes culturelles (MAIICC), le ministere de l'Agriculture, des Pecheries et de l'Alimentation du Quebec (MAPAQ), le Secretariat d'etat (programme du multiculturalisme) et la Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada. Que ces organismes soient ici vivement remercies pour leur appui financier.

(3.) Une methodologie qualitative fut utilisee afin d'obtenir une apprehension plus nuancee du processus d'insertion. Pour couvrir les quinze annees, des entrevues semi-dirigees d'une duree moyenne de trois heures furent conduites aupres de 33 entrepreneurs agricoles d'origines belge, francaise et suisse (romande et allemande): 27 arrives lors de la deuxieme vague d'immigration agricole (fin 70); 6 arrives dans les annees d'apres-guerre et ayant aide certains des immigrants recents a s'etablir grace a un reseau d'entraide par [??]parrainage informel[??]. La presente analyse ne concerne que les 27 immigrants recents.

(4.) Le [??]parrain informel[??] differe ici du [??]parrain[??] ou du [??]garant[??] definis dans les reglements des lois federale ou quebecoise de l'immigration. Les individus appeles [??]parrains informels[??] par les immigrants agriculteurs n'ont aucun statut juridique formel a caractere contraignant. Ils apportent aide, services et support aux aspirants-immigrants sur la base de relations informelles et benevoles (Simard 1993). Seuls deux individus de notre etude, d'origine francaise ou belge, sont parraines officiellement. Ils sont sans expertise en agriculture et s'etabliront en production horticole.

(5.) Selon le pays d'origine, le primaire comprend six a huit ans d'etude et le secondaire, 11 ou 12 ans. La majorite des individus n'ayant termine que les etudes primaires completent leur formation par des cours en agriculture pendant deux ou trois hivers consecutifs.

(6.) Pour corriger cette situation, il fut decide d'adopter au Quebec des mesures incitatives, comme d'autres pays, et de lier l'acces aux subventions d'etablissement a l'obligation de formation agricole. Ainsi, a partir d'avril 1994, un diplome d'etude collegiale agricole est obligatoire, pour tout aspirant-agriculteur, afin de beneficier pleinement de la prime a l'etablissement. Un secondaire agricole donne droit a une subvention moindre. a noter qu'une formation agricole elevee se remarque egalement aux etats-Unis et dans les pays europeens, par opposition au Quebec.

(7.) Plus de la moitie des agriculteurs immigrants de l'etude ont, en 1992, une releve assuree generalement par un enfant ou parfois deux ages de 20 a 35 ans. Une minorite declare n'avoir aucune releve (5 cas). Certains sont encore incertains, les enfants etant trop jeunes pour connaitre leur interet reel pour l'agriculture.

(8.) Les fils sont peu nombreux ici, compte tenu qu'ils se dirigent habituellement dans une occupation agricole a titre de releve.

(9.) Rappelons que pour le niveau collegial, le taux brut d'abandon au Quebec est respectivement de 26 % au preuniversitaire et de 34 % a la formation technique, au debut de la decennie 90. Hamel et Morisset constatent le meme phenomene de reproduction dans leur etude sur la formation agricole dans les productions laitiere et porcine. Ils affirment que [??]le recours a la scolarisation et a la formation agricole est un phenomene qui se poursuit de generation en generation, les parents scolarises ayant des enfants encore plus scolarises qu'eux-memes et que les enfants des parents moins scolarises[??] (Hamel et Morisset 1993: 76).

(10.) A titre indicatif et avec toutes les precautions necessaires dans ce type de comparaison sur des donnees financieres, mentionnons les resultats d'une etude sur les immigrants admis durant la periode 1968-1975. Les fonds apportes, a leur arrivee, par les immigrants entrepreneurs potentiels (toutes categories professionnelles confondues) seraient de l'ordre de 80 000 $, avec neanmoins d'enormes differences selon le pays d'origine (de 203 000 $ a 1 200 $). Quant a l'investissement moyen des immigrants entrepreneurs apres une periode de six mois a un an de residence, il est estime a 76 907 $ (Polese et autres 1978: 27-30, 56-57).

(11.) Il s'agit notamment de la transplantation embryonnaire, de l'exportation d'embryons en Europe, des techniques de stabulation libre et de redoublement des coupes de foin. Les producteurs laitiers ayant introduit ces innovations ne se differencient pas de leurs collegues immigrants de la meme production, tous ayant des caracteristiques socio-economiques similaires. Une experience agricole europeenne legerement plus diversifiee les aurait incites a experimenter ces nouveautes, qui surviennent habituellement a la suite d'un voyage a l'etranger ou d'une reorganisation de l'entreprise (feu). L'objectif d'amelioration de la productivite domine ces activites.

(12.) Le Sommet sur l'agriculture quebecoise, tenu en 1992, marque un tournant dans la politique agro-alimentaire quebecoise. Deux objectifs principaux furent a la base de ses reflexions: 1) faire le point sur la politique agricole de l'etat et degager des consensus sur les reorientations a effectuer, selon de nouvelles priorites tenant compte du contexte actuel de mutation; 2) poser les bases d'une concertation etroite entre les divers partenaires afin de renforcer le secteur agro-alimentaire pour qu'il soit competitif, generateur d'emplois et dynamisant pour les economies regionales. Une vision commune de la [??]conquete des marches[??] fut degagee. L'[??]approche filiere[??] y est centrale, ou les divers partenaires (producteurs, transformateurs, distributeurs et detaillants, fournisseurs des produits et services, consommateurs ...) ont un role essentiel a jouer pour relever les defis de l'avenir.

(13.) Cette politique, adoptee en decembre 1991, se veut une reponse concrete a la volonte des regions de prendre en main leur propre developpement, dans une perspective de concertation et de partenariat. Elle a retenu, entre autres, deux defis a relever par des actions intersectorielles: 1) la concentration de la population immigrante dans la region metropolitaine de Montreal; 2) la destructuration des milieux ruraux (Secretariat aux Affaires regionales 1992).

(14.) La moitie occupent des postes dans les conseils d'administration apres quelques annees. La duree de leur implication dans ces postes de direction est en moyenne de cinq ans.

(15.) Le terme [??]elite[??] se refere ici au sens donne par le sociologue italien Pareto, c'est-a-dire des individus ayant des caracteristiques elevees dans leur sphere d'activite.

(16.) Outre la main-d'oeuvre familiale, une main-d'oeuvre complementaire reguliere, c'est-a-dire travaillant a plein temps sur l'entreprise, est recrutee localement par certains producteurs, surtout horticoles. De plus, selon les periodes de pointe et les besoins de l'entreprise, un personnel saisonnier irregulier se rajoute chez plus de la moitie des repondants: voisins, jeunes de la region, stagiaires quebecois, stagiaires etrangers provenant principalement d'Europe, travailleurs immigrants transportes quotidiennement de Montreal a la ferme pendant la forte saison horticole.

(17.) Bien que centree sur l'insertion du principal exploitant agricole immigrant, la recherche examina brievement l'insertion globale de la conjointe et des enfants. Le nombre important de non-reponses sur cet aspect final du questionnaire exige d'etre prudent dans les conclusions a tirer et de se limiter aux tendances globales. Des donnees de base supplementaires sur la conjointe et les enfants quant a la formation, l'occupation et les mariages ont en outre ete utilisees. A noter que la moyenne d'enfants par famille est de trois, variant de huit a un. L'age se situe entre un an et 20 ans. Dans certains cas, les aines sont demeures en Europe.

(18.) L'integration formelle de la releve familiale est soit achevee, soit en voie de l'etre par des modalites de copropriete. A l'arrivee, les enfants, generalement de jeunes adolescents, n'ont pas encore de statut juridique reconnu, ni la conjointe qui agit principalement comme [??]collaboratrice[??]. Ce n'est qu'apres une moyenne de sept ans que le statut juridique des trois quarts des entreprises se modifie, surtout pour integrer conjointe et releve. La quasi totalite opte alors pour la copropriete, etant repartie egalement entre les societes et les compagnies. Ce changement en faveur de la coexploitation reflete un triple mouvement: 1) d'abord l'orientation des programmes financiers de l'Etat, dans les annees 80, encourageant le partage de la propriete agricole; 2) ensuite, les recentes revendications des agricultrices pour acceder a un statut plus egalitaire; 3) enfin, la crise de la tradition patrilineaire de transmission des terres a un proprietaire unique, exacerbee par un contexte economique defavorable.

(19.) Une definition elargie du travail agricole est adoptee afin d'inclure la variete et la polyvalence du travail de l'agricultrice. Une grande partie de la contribution de ces dernieres risque de demeurer invisible sans cette definition extensive.

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Professeure Myriam Simard

INRS-Culture et Societe

Universite du Quebec a Montreal

Montreal, PQ H2Y 2B6
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Author:Simard, Myriam
Publication:Canadian Journal of Regional Science
Date:Sep 22, 1995
Words:10364
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