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Du Racisme dans les Rapports entre Groupes Nationaux au Canada et en Belgique?

RESUME/ABSTRACT

Vers le milieu des annees 1990, le Canada et la Belgique ont connu une forte recrudescence de "derapages racistes" entre les deux principaux groupes nationaux dans ces pays, c'est-a-dire entre francophones et anglophones au Canada et entre Flamands et francophones en Belgique. Ces derapages, souvent banalises, debordent largement aujourd'hui Des debats classiques qui animent les rapports entre ces groupes depuis des decennies, comme les questions constitutionnelles et linguistiques. Depuis quelques annees, plusieurs evenements ou faits divers rapportes par des journalistes sont parfois culturalises ou politises indument par les acteurs impliques, faisant intervenir de facon etonnante le rapport a "l'Autre," ou son origine, sans lien apparent avec le sujet traite. Dans cet article, nous presentons deux faits divers qui, dans chacun de ces pays, ont pris une ampleur politique etonnante, ont donne lieu a des manifestations tres explicites de racisme et ont ete transformes--surtout dans le cas canadien--en veritables "affaires" par les medias. L'objectif est de saisir, dans les discours des acteurs impliques dans ces affaires, la presence ou l'absence des mecanismes qui soustendent la rhetorique raciste, degages par les theoriciens contemporains du racisme et les analystes de discours. A partir de la couverture mediatique de ces faits divers, cet article fournit donc quelques illustrations de ces mecanismes dans les discours des acteurs.

Toward the middle of the 1990s, Canada and Belgium experienced a significant increase in "racist slips" between the two main national groups in these countries, that is, between Anglophones and Francophones in Canada and between Flemings and Francophones in Belgium. These slips, often trivialized, extend beyond the classic, troublesome debates regarding constitutional and linguistic issues that have disturbed the relationship between these groups for decades. Over the past few years, several events or news items reported by journalists have sometimes been unduly "culturalized" or politicized by the actors involved. In a surprising manner, the relationship to "the Other," or its origin, was sometimes introduced without any apparent link to the issue at hand. In this article, we present two news items which, in each of these countries, have taken on a surprising political importance, have led to very explicit manifestations of racism, and have been transformed--especially in the Canadian case into genuine "affairs" by the media. The objective is to identify, in the discourse of the actors involved in these affairs, the presence or absence of the mechanisms that underlie racist rhetoric as described by contemporary theorists of racism and discourse analysis. Based on the media coverage of these news items, this article provides a few illustrations of how these mechanisms are manifested in the actors' discourse.

INTRODUCTION

Vers le milieu des annees 1990, le Canada et la Belgique ont connu une forte recrudescence de "derapages" racistes entre les deux principaux groupes nationaux dans ces pays. (1) Sans le savoir, nos analyses des discours racistes dans les rapports entre ces groupes ont ete publiees au meme moment dans nos pays respectifs (Potvin 1999, 2000; Morelli et al. 1998). Lors d'une rencontre tenue en mai 2002 a Gand (Belgique) sur les relations entre les deux communautes linguistiques et les enjeux de l'education dans ces pays, nous avons constate qu'en depit des differences de contextes, d'evenements et d'acteurs, la rhetorique raciste etait la meme dans les deux cas.

En outre, nous nous sommes apercues que ces derapages debordaient largement aujourd'hui des debats classiques qui animent les rapports entre ces groupes depuis des decennies, comme les questions constitutionnelles et linguistiques. Certes, ces derapages restent alimentes, de part et d'autre, par leurs nombreuses dissensions historiques, qui atteignent leur identite nationale respective. Mais depuis quelques annees, plusieurs evenements ou faits divers rapportes par des journalistes sont parfois culturalises ou politises indument par les acteurs impliques, faisant intervenir de facon etonnante le rapport a "l'Autre," ou son origine, sans lien apparent avec le sujet traite. En outre, certains medias ont contribue a donner un statut d'evenement a des faits divers qui, sans eux, ne l'etaient absolument pas. Ces derapages reviennent avec recurrence, en Belgique comme au Canada, mais sont souvent banalises et suscitent generalement peu de reactions critiques ou de condamnations publiques.

Dans cet article au contraire, nous presentons deux faits divers qui, dans chacun de ces pays, ont pris une ampleur politique etonnante, ont donne lieu a des manifestations tres explicites de racisme et ont ete transformes en veritables affaires nationales par les medias. A l'instar de nos analyses precedentes (Morelli, et al. 1998; Potvin 1999, 2000, 2001), notre objectif est de saisir, dans les discours des acteurs impliques dans ces affaires, la presence ou l'absence des mecanismes qui sous-tendent la rhetorique raciste, degages par les theoriciens contemporains du racisme et les analystes de discours (Guillaumin 1972; Windish 1978; Memmi 1982; van Dijk 1993, 2000, 2001; Aphteker 1992; Bowser 1995; Henry et Tator 2000). Plus specifiquement, il s'agit de decouvrir, dans la couverture mediatique de ces faits divers, des illustrations de ces mecanismes dans les discours des acteurs, mecanismes que nous preciserons plus loin.

En Belgique, un petit incident de decembre 2002 ayant pour cadre la vie paroissiale d'une commune flamande dite "a facilites" (2) dans la peripherie bruxelloise, nous servira de test pour verifier l'hypothese d'un racisme latent entre les deux communautes linguistiques. Pour situer les faits, il s'agit en bref du remplacement, par le cardinal archeveque, d'un cure qui aurait eu une attitude hostile envers ses paroissiens francophones. Nous comparerons l'echo de ce fait divers dans deux quotidiens et un hebdomadaire francophones (Le Soir, La Libre Belgique, et Le Vif/L'Express) et dans un quotidien neerlandophone (De Standaard), en faisant ressortir l'usage ou non des mecanismes du racisme.

Au Canada, nous retracons brievement "l'Affaire Levine" survenue en 1998, afin de faire le parallele avec la Belgique. En mai 1998, David Levine, (3) un administrateur tres connu dans le milieu de la sante au Quebec, a ete choisi par le Conseil d'administration de l'Hopital d'Ottawa pour devenir Directeur general du nouvel hopital fusionne de la capitale. Cette candidature a ete contestee, d'abord par le journal Ottawa Citizen, puis par certains politiciens et citoyens federalistes, parce que David Levine a ete candidat pour le Parti quebecois aux elections de 1979. Ces acteurs supposaient que son passe souverainiste pouvait entacher son comportement dans ses nouvelles fonctions. Les discours des journalistes, politiciens, ou simples citoyens impliques dans cette affaire sont analyses a travers leurs traitements par des quotidiens aux opinions tres opposees: deux anglophones (Ottawa Citizen et Gazette) et deux francophones (La Presse et Le Devoir).

Le choix de ce fait divers deja ancien se justifie par l'ampleur des derapages racistes auxquels il a donne lieu dans l'opinion publique d'Ottawa, la presse, et le milieu politique. Il a conduit a d'importantes mobilisations populaires et a une certaine legitimation politique de la discrimination a l'egard de Levine (Marlin 1998; Potvin 1999, 2000, 2001). Ce fait divers, qui durera pres de deux mois, a ete transforme en veritable "crise national" (ibid.), faisant intervenir l'Assemblee Nationale du Quebec, le Premier ministre du Canada, et plusieurs ministres et deputes. Selon Marlin (1998), qui a publie un ouvrage sur cette affaire, certains medias (Ottawa Citizen, Ottawa Sun, CFRA Radio) ont non seulement declenche l'evenement mais ont aussi entretenu un climat de tension en alimentant certaines peurs on prejuges (lies a la destruction du Canada, au separatisme, au bilinguisme) et en favorisant leur expression, leur banalisation, et leur legitimation. (4) Marlin reprend meme la comparaison d'un lecteur (Chartrand 1998, 25) avec l'Affaire Dreyfus, survenue en France en 1898:
 There are obvious differences in these cases, but the hatreds and
 fears evoked were similar. A form of nationalist or patriotic pride
 was at the centre of both. And in both cases dispassionate concern
 for refined truth gave way to flag-waving insistence on an
 overriding verity the nation. (...) In both cases, concerns for
 truth or civil liberties got steamrolled under the crowd's paramount
 concern for the integrity (moral in one case, territorial in the
 other) of the nation. Once a mob is excited and has a rallying focal
 point, raising skeptical doubts has no impact. The skeptic is simply
 lumped in with the enemy. (Marlin 1998, 4)


Dans cet article, les auteures ont cherche a rendre systematiquement les points de vue des medias des deux groupes linguistiques. Au risque de faire des mises en garde simplistes, il ne s'agit pas de generaliser les reactions ou les opinions des acteurs impliques dans ces affaires a l'ensemble des medias ou d'une population (francophones, anglophones, ou neerlandophones), ou encore a un ensemble de situations conflictuelles, mais bien d'illustrer comment, lors de ces affaires, certains discours ont adopte une rhetorique raciste et comportaient des mecanismes identifiables a cette rhetorique. Des lors, dans l'espace restreint de cet article, nous avons selectionnes les articles (editoriaux, reportages et lettres des lecteurs) qui illustraient le mieux l'expression de ces mecanismes, en raison du vocabulaire utilise, de l'organisation du texte, des liens entre les idees et du corps d'images qui s'en degagent. Ceci dit, nous avons aussi souligne les moments ou il n'y avait pas de convergence avec les mecanismes decrits.

Notre demarche s'inspire du modele d'analyse de van Dijk (l'Analyse Critique du Discours) (1993, 2000, 2001; voir aussi Fairclough 1995a et 1995b), (5) une approche qui se penche sur la production, la reproduction, et la contestation de la domination, et des inegalites sociales a travers differents types de discours. En tant que forme d'action sociale, les discours sont constitutifs des relations de pouvoir, de l'histoire, des ideologies, des problemes sociaux, et de la culture. Cette perspective ne s'interesse pas a la simple description des structures du discours mais cherche a les expliquer, en termes de proprietes des interactions sociales et de la structure sociale. Elle met l'accent sur la facon dont les structures et mecanismes discursifs servent a construire, legitimer, reproduire ou contester les relations de pouvoir et de domination dans un contexte sociopolitique donne. Elle s'appuie donc avant tout sur la realite empirique--les problemes sociaux et politiques concrets, qui sont mediatises par les discours--plutot que sur des modeles et des paradigmes (van Dijk 2001).

LES CONTEXTES CANADIEN ET BELGE

En Belgique comme au Canada, la dynamique des relations est celle de deux groupes qui s'estiment "universaliste" et majoritaire sur leur coin de territoire et qui ont une conception nationale de leur identite collective respective, mais qui n'est pas reciproque. (6) Il ne s'agit pas d'identites figees ou d'essences mais de processus, de reformulations, d'espaces discursifs, et evolutifs fondes autant sur des consensus que sur des dissensus.

Les federations canadienne et belge sont toutes deux des Etats pluralistes (multiculturels), (7) bilingues, (8) et multinationaux. (9) Elles comportent plusieurs communautes "nationales" qui, pour des raisons historiques, possedent des droits constitutionnels et leurs propres institutions:au Canada, les francophones, les anglophones, et les Autochtones; en Belgique, les Flamands, les francophones, et les germanophones. Par contre, les communautes linguistiques en Belgique sont delimitees territorialement, alors que ce n'est pas le cas au Canada, sauf en ce qui concerne les territoires des Autochtones (art. 27 de la Constitution). En effet, outre la forte concentration des francophones dans la province de Quebec, ou ils composent plus de quatre-vingt pour cent de la population, il existe plusieurs minorites francophones dans les autres provinces canadiennes. La Loi sur les langues officielles du Canada, adoptee a la suite de la Commission Royale d'Enquete sur le Bilinguisme et le Biculturalisme (1963-1970), a d'ailleurs consacre juridiquement l'existence des individus anglophones et francophones, donc l'egalite entre deux langues au sein d'un Etat bilingue, evacuant la conception historique fondee sur l'egalite entre les deux "peuples fondateurs" de la Confederation (la binationalite, chere aux francophones mais decriee au Canada anglais, McRoberts, 1995). (10) En 1982, le rapatriement de la constitution canadienne (que le Quebec a refuse de signer) et l'enchassement de la Charte des droits et libertes dans la Constitution, vont consacrer l'egalite de deux langues officielles, des droits des individus et des provinces (McRoberts 1997; Laforest 1992), jalons du "patriotisme constitutionnel" de l'ancien Premier ministre, Pierre E. Trudeau. L'enchassement de la Charte fut, selon certains, "le principal materiau dans une strategie visant a cimenter la nation canadienne" (Laforest 1992, 177) autour de valeurs universelles (Leydet 1992).

Or, au Quebec, la conception identitaire des francophones est passee de minoritaire a majoritaire depuis les annees 1960, transformant radicalement les rapports avec l'Autre universalisme, celui du "Canada anglais," appele couramment le rest of Canada dans les milieux journalistiques et intellectuels. (11) En effet, l'edification nationale du Quebec a connu une transformation et une expansion a partir de la "Revolution tranquille" des annees 1960, qui marque le debut d'une identite nationale "quebecoise" qui s'emancipe d'une conception ethnique et minoritaire dans laquelle l'ont maintenu ses rapports au Canada (Rioux [1974] 1987; Rocher 1999), et s'articule autour d'un projet politique qui genere une concurrence croissante entre deux nations qui se veulent civiques. A partir de ce moment, l'Etat quebecois s'impose comme l'outil du developpement et du "rattrapage" (notamment economique), mais aussi comme le representant legitime, le defenseur et l'autorite moderne de la "communaute nationale," de moins en moins definie "comme culture" et de plus en plus comme societe "globale," industrielle, et moderne (Rioux [1974] 1987; Balthazar 1986, 126-27). Ce "nationalisme etatiste" va marquer le passage d'une vision minoritaire, ethnique et religieuse a une vision majoritaire, territoriale, civique, et etatique de l'identite quebecoise (ibid.; Theriault 1994). Par ces changements, les rapports Canada-Quebec se transforment en identites universalistes concurrentes.

Ainsi, peu de temps apres l'adoption du bilinguisme canadien, et en raison de l'anglicisation des immigrants au Quebec, (12) le gouvernement du Quebec decide d'adopter sa propre politique linguistique (Waddell 1986). Apres plusieurs lois, la Charte de la langue francaise (Loi 101), adoptee en 1977, fera du francais la seule langue officielle au Quebec, touchant "l'ensemble de la vie en commun," c'est-a-dire "la langue de l'Etat et de la loi aussi bien que la langue du travail, de l'enseignement, (13) des communications, du commerce, et des affaires" (Preambule, 1). Meme si cette Charte reconnait officiellement le pluralisme de la societe quebecoise (Preambule, 1), et affirme le respect des institutions et des droits linguistiques des nations autochtones et de la minorite anglo-quebecoise, (14) elle a provoque des tensions linguistiques importantes, en obligeant les enfants (d')immigrants a frequenter l'ecole francaise. (15) Le recourse a l'unilinguisme au Quebec, alors que le Canada avait entrepris de se faire bilingue, et le premier Referendum sur la souverainete (1980) ont suscite, chez certains anglophones et allophones, une crainte de voir leurs droits affectes, voire meme leur depart du Quebec.

Pour les francophones au Quebec, la Loi 101 va conforter le passage vers leur definition comme majoritaire au Quebec. Les francophones controleront rapidement les institutions publiques et les principaux domaines de la vie sociale quebecoise, sauf certains secteurs d'emploi. Par cette loi, les frontieres de la communaute nationale se redefinissent en excluant les Canadiens-francais vivant hors Quebec, mais en incluant les "minorites" du Quebec (Anglo-Quebecois, nations autochtones, et "communautes culturelles"). Ce processus de differenciation preside a l'edification d'une nouvelle communaute nationale, majoritaire et territorialisee, formee de "Quebecois." Ainsi, meme si le Quebec occupe un statut (symbolique et materiel) de minoritaire au Canada, la dialectique identitaire entretenue depuis la Conquete par les "deux peuples fondateurs" a genere le developpement parallele de deux formules nationales, se traduisant par des histoires autoreferentielles, des rapports societaux, et des formes institutionnelles, politiques, et culturelles a la fois distinctes et interreliees.

Depuis une trentaine d'annees, le statut du Quebec (comme "fait national," societe distincte, peuple, pays, etc.) est l'enjeu politique central des reformes linguistiques et constitutionnelles, dont plusieurs ont avortees (Meech et Charlottetown, Declaration de Calgary, Referendums sur la souverainete du Quebec de 1980 et 1995). Les echecs constitutionnels repetes, qui ont attises les dissensions entre le Quebec et le rest of Canada, expliquent en partie l'exacerbation des nationalismes dans l'affaire Levine, qu'il faut resituer dans le contexte politique qui l'a vu emerger: une periode politique tourmentee, post-referendaire, divisive, periode qualifiee par Jeffrey Simpson de veritable "psychose de l'unite nationale," (16) en raison de la succession de derapages qu'elle connait, (17) de la montee du mouvement partitionniste chez les federalistes quebecois, (18) et de la strategie de la "ligne dure" du gouvernement federal ("Plan B") a l'egard du gouvernement souverainiste a Quebec (Noel 2000). (19)

Quant a la Belgique, elle existe depuis 1830 et se compose de trois communautes linguistiques (francophone, neerlandophone, et germanophone) mais etant donne la faiblesse numerique de la communaute germanophone (70 000 personnes sur 10 millions), l'affrontement linguistique concerne essentiellement les francophones et les neerlandophones. Historiquement l'elite sociale du pays etait francophone et detenait le pouvoir, par rapport a des Flamands parlant des dialectes germaniques en Flandre, et par rapport a des Wallons parlant des dialectes romans en Wallonie. Le wallon a, depuis le debut du vingtieme siecle, pratiquement disparu au profit du francais, et les dialectes flamands ont, dans la deuxieme la moitie du vingtieme siecle, fait place, dans la plupart des situations, a une langue standard, le neerlandais (Willemyns et Daniels 2003, 303-05). Pendant le vingt et unieme siecle et la premiere moitie du vingtieme, les deux langues auront, dans tout le pays, une connotation sociale:le francais sera associe a la langue des elites economiques, sociales, et politiques alors que le flamand sera considere comme la langue des "classes inferieures." Mais au cours de la deuxieme moitie du vingtieme siecle, la situation economique se renverse (Witte et Van Velthoven 1999, 29). La Flandre devient la partie la plus prospere du pays et les classes aisees qui s'y constituent vont proner l'usage exclusif du neerlandais en Flandre et dans la peripherie bruxelloise (de Vlaamse Rand: territoire flamand ou vivent un nombre important de francophones, voir Koppen et al. 2002).

Officiellement la Belgique est un Etat federal ou les droits de chacun sont garantis et ou les differentes communautes entretiennent des relations courtoises de bon voisinage. En realite le poids des stereotypes reciproques reste lourd:ils enveniment les relations inter-communautaires et resurgissent a chaque crise sociale, politique, ou economique plus ou moins importante. Les francophones gardent un mepris souverain de la langue et de la culture de leurs voisins flamands et les Flamands meprisent les Wallons comme des "sous-developpes" economiques, qu'ils doivent assister, et qui vivent dans un systeme politique de clientelisme archaique (Morelli et al. 1998, 38).

La concurrence et les luttes de pouvoir a laquelle ces groupes se livrent, tant au Canada qu'en Belgique, conduisent ponctuellement a des derapages, qui naissent de l'incapacite a se reconnaitre mutuellement "egaux" dans leur "pretention universaliste."

UN SUJET TABOU : LE RACISME ENTRE DEUX SOLITUDES

On convient generalement qu'il s'agit bien de racisme lorsque Juifs et Arabes s'affrontent en Israel, Serbes et Croates en Yougoslavie, et Hutus et Tutsis au Rwanda. Mais curieusement, lorsque anglophones et francophones s'insultent au Canada et lorsque Flamands et francophones font de meme en Belgique, il ne s'agirait pas de racisme parce qu'il n'y aurait pas d'affrontements meurtriers? Le racisme serait-il donc a mesurer au nombre des victimes directes? N'y a-t-il pas, plus generalement, une serie de mecanismes a l'oeuvre qui permettent de determiner si des comportements ou des discours sont ou non de caractere raciste?

Le racisme entre francophones et anglophones au Canada, entre Flamands et francophones en Belgique, est aujourd'hui largement occulte. Le terme de racisme evoque encore spontanement dans les esprits soit un rapport fonde sur une difference de "couleur de peau," dans son sens biologique le plus "classique," soit les formes historiques extremes qu'il a pu prendre:le nazisme, l'Apartheid, l'esclavage, bref, les justifications ideologiques et institutionnalisees d'actes d'inferiorisation, d'exclusion, d'exploitation, ou de destruction, menes au nom de differences reelles ou supposees.

Les rapports entre les deux principaux groupes nationaux au Canada et en Belgique, bien qu'ils aient ete empreints de violences historiques, ne peuvent plus etre definis par ce racisme "classique." Alors, pourquoi s'interesser a quelques derapages discursifs dans les relations entre groupes "nationaux," alors que d'autres groupes sont victimes d'un racisme au quotidien et connaissent des situations d'inegalites plus apparentes ? Parce que le racisme a connu des mutations et ne se manifeste pas seulement par des violences meurtrieres ou par des discriminations a l'endroit des membres des "minorites visibles" au sein de ces societes (Mc Andrew et Potvin 1996). Il prend aussi la forme d'insultes ou d'accusations mutuelles que s'adressent regulierement les francophones et anglophones au Canada, les Flamands et les francophones en Belgique, notamment par l'intermediaire des medias. D'autant plus que l'un n'exclut pas l'autre et alimente l'autre:le racisme entre les deux groupes nationaux affecte leurs rapports avec les immigrants et les autres "minoritaires" (Bataille, McAndrew, et Potvin 1998), comme en temoignent les propos de l'ex-Premier ministre Parizeau le soir du referendum de 1995. Le racisme est fonde sur un rapport de pouvoir, un rapport majoritaire-minoritaire et, sur le plan analytique, tous les derapages racistes precedent d'un certain nombre de processus ou de mecanismes (Guillaumin 1972; Memmi 1982), definis ci-apres.

LE "NEORACISME" ET SES MECANISMES

Les travaux sur le racisme contemporain ont montre comment les societes occidentales "egalitaires" sont passees, depuis la Seconde Guerre Mondiale, d'un racisme "classique," systematise sous forme d'idees, de theories, et de doctrines reposant sur la presomption de l'existence de "races" inegales entre elles, a un "nouveau racisme" (Barker 1981) ou "neoracisme" (Balibar 1988) des droits de la personne, plus implicite et fonde sur des criteres de differenciation a l'apparence plus "legitime." Dans ce neoracisme, les minoritaires ne sont plus biologiquement inferieurs mais irremediablement differents, et ces differences, reelles ou imaginaires, de culture, de langues, de moeurs, de modes de vie, apparaissent pathologiques, deviantes et irreductibles, voire "naturelles," au meme titre que l'etaient les presumees "races" d'hier (Taguieff 1987). Le racisme, qui est illegitime et illegal, s'est donc metamorphose en termes ideologiques (dans ses criteres de base, par le deplacement de la race [pure] vers la culture [authentique,] de l'inegalite vers la difference) et dans ses manifestations empiriques et ses modes discursifs d'implicite, l'indirect, le symbolique) (Taguieff 1991). Ce neoracisme se veut antiraciste, democratique, et respectable. De la l'idee de "derapages." Il repose sur la negation du racisme, qui, lui, serait le propre de l'extreme droite et des neonazis. Il sert moins a justifier la domination sur d'autres continents que la preservation des "acquis" de l'histoire ou de l'unite nationale, et se fonde sur la presomption d'une existence nationale plutot que sur la presomption de l'existence de faces. Ses manifestations dans les discours populaires, souvent dans les situations conflictuelles, illustrent bien ces mutations:il se definit comme une reaction normale de citoyens en etat de legitime defense contre l'imposition, par les minoritaires, de cultures "inassimilables" qui decomposeraient les acquis de l'histoire, l'ordre des choses, l'identite nationale ou son unite presumee. Sous le couvert de 'Tuniversalisme" de la nation, le neoracisme trouve ses justifications dans des arguments "irreprochables," puises a meme la conception contractuelle de la nation.

Malgre ses metamorphoses ideologiques et, surtout, empiriques, la structure fondamentale du racisme, tout comme la fonction et les mecanismes qui le soustendent, restent inchanges sur le plan analytique. Le racisme demeure un processus: la construction de differences irreductibles decoulant d'un rapport de pouvoir et servant a justifier une inferiorisation de l'Autre pour legitimer une dominance. Il comporte deux grandes logiques, la differenciation et l'inferiorisation (Wieviorka 1998), ayant pour fonction de baliser et de legitimer une dominance (Memmi 1982), a partir d'elements variables et souvent reifies (elements de l'histoire, valeurs "nationales," etc.) et de plusieurs mecanismes, que nous verrons plus loin:la dichotomisation Nous-Eux, la generalisation, la diabolisation, l'essentialisation, et d'autres. La structure du discours raciste est circulaire et sans autocritique. La legitimation d'une domination ou des privileges s'appuie sur des prejuges reciproques et sur des arguments (moraux, historiques, culturels, sociaux) essentialises. Le sous-bassement de ces justifications est emotionnel:le sentiment d'etre menace dans ses privileges, son prestige, ses biens, sa securite, son identite nationale ... qui se traduit par un desir de detruire, d'inferioriser ou d'exclure la menace pour defendre son "du," reel ou potentiel.

Cette structure fondamentale du racisme prend des formes variables, car le phenomene peut atteindre difterents "paliers" d'expression ou de legitimation sous certaines conditions socio-historiques, passant d'espaces marginaux a des espaces plus formalises dans un processus de cristallisation ideologique (Wieviorka 1991, 1998). Aujourd'hui, dans sa forme la plus courante (l'ideologie quotidienne ou perception populaire)--forme spontanee fondee sur la presomption d'une homogeneite du groupe national--la categorisation raciste de base s'exprime moins par une hierarchisation des faces qu'a partir de criteres culturels a l'apparence plus legitime (les assimilables contre les inassimilables). A un second palier, celui de l'explication et de la legitimation politiques, cette nouvelle categorisation (les inassimilables) est legitimee a partir de l'ideologie pluraliste et universaliste plutot qu'a partir de l'ideologie raciste classique. Ainsi, certains arguments universalistes irreprochables sont utilises pour denoncer les particularismes des minoritaires. Enfin, la forme la plus formalisee de l'ideologie raciste, qui renvoie au systeme juridique, fait d'une difference une categorie du droit ou du non-droit (par exemple, l'Etat nazi, l'Apartheid) (Guillaumin 1972).

Aujourd'hui, presque toutes les formes formalisees du racisme sont amoindries ou ont disparu, du moins dans les discours explicites. Meme les partis politiques d'extreme droite dans les pays occidentaux evitent de se revendiquer ouvertement comme racistes sur le plan philosophique ou doctrinaire. Cependant, la progression du racisme d'un palier a un autre--par exemple, le passage de la perception populaire a la legitimation politique--peut se declencher dans certaines situations, comme ce fut Ie cas dans l'affaire Levine au Canada.

Notre analyse de discours vise a degager la presence et parfois l'articulation des mecanismes de la rhetorique raciste dans les discours mediatises, mecanismes repertories dans plusieurs etudes empiriques et essais theoriques deja cites, que nous illustrons a partir de la couverture mediatique des deux faits divers. Ces mecanismes discursifs, qui s'amalgament souvent, sont dits "socio-cognitifs" (Windish 1978), parce qu'ils referent a la fois au raisonnement et a la pensee d'individus et aux determinations politiques, ideologiques, historiques, economiques, culturelles, ou sociales propres a un contexte donne, Il s'agit de:

* la differenciation et la categorisation des individus (Nous-Eux);

* la generalisation de certains traits ou comportements individuels au groupe;

* l'ignorance entretenue de la realite de l'Autre;

* l'inferiorisation de l'Autre;

* l'essentialisation ou la biologisation de l'Autre;

* la victimisation de Soi;

* la legitimation politique;

* la diabolisation de l'Autre;

* la construction de scenarios catastrophiques;

* le desir d'expulsion.

La recherche etabli les liens entre discours reels et categories d'analyse en partant du materiel empirique, riche en significations sociologiques. Si les mecanismes du discours raciste sont definis d'entree de jeu, les donnees empiriques permettent de voir comment ils s'appliquent ou non au materiau. Ils sont degages de maniere inductive, dans les termes memes des acteurs et non pas a partir de schemas theoriques rigides. Cette approche nous permet de saisir la facon dont ces acteurs se representent les enjeux politiques et selectionnent certains elements de l'histoire ou de l'actualite.

ILLUSTRATION DES MECANISMES DE LA RHETORIQUE RACISTE DANS LES DISCOURS

La Differenciation et la Categorisation

Ces deux mecanismes consistent a differencier ou categoriser des individus en fonction de leur appartenance supposee ou reelle a un groupe (ou a une option politique identifiee a ce groupe), ce qui engendre une dichotomisation et le maintien des frontieres Nous/Eux (l'In-group et l'Out-group).

On releve ces mecanismes dans les deux cas analyses. En Belgique, lors du conflit paroissial dans la commune de Wezembeek, qui voit s'opposer un pretre activiste flamand et l'archeveque, tant la presse flamande que francophone utilise pour designer ses partisans ou adversaires linguistiques des articles definis qui enferment dans une meme categorie tous les flamands ou tous les francophones, ce qui presuppose une homogeneite des groupes linguistiques. Le Soir evoque "les crovants flamands," ou "les francophones" (30 decembre 2002, 3), Le Vif/L'Express titre: "Mon cure chez les Flamands" (1 janvier 2003) et la presse flamande reagit de meme, en categorisant linguistiquement et inevocablement les adversaires (De Standaard, 28 et 29 decembre 2002). En outre, lorsque le Standaard relaye le point de vue flamand, il emploie le pronom personnel defini nous: "(...) Je trouve cela effectivement injuste. Nous (Flamands" ndlr) sommes deja une minorite" (a Wezembeek-Oppem). Nous sommes discrimines de toutes parts" (Jos Verstraeten, cite dans De Standaard 28 decembre 2002). (20) Jos Verstraeten declare lui que la decision du cardinal est "une giffie dans la figure des Flamands." (21)

Au Canada, l'affaire David Levine debute 1er mai 1998, lorsque le Ottawa Citizen fait un scoop par un article qu'il titre: "PQ's envoy to head hospital: A former political candidate for the Parti quebecois is poised to become the president of the new amalgamated Ottawa hospital" (Bohuslawsky 1998, A1). Cet article laisse entendre que la candidature de Levine est illegitime parce qu'il a ete souverainiste dans les annees 1970 (et candidat pour le Parti quebecois aux elections de 1979) et que, de ce fait, la decision du Conseil d'administration de l'hopital, deja prise a son egard, doit etre remise en question. Levine est, d'entree de jeu, categorise comme souverainiste, une position politique qui viserait a detruire le Canada. Il met l'accent sur son passe souverainiste, sans s'attarder sur son experience d'administrateur, et ne cite que ceux qui s'opposent a cette candidature, notamment Gary Guzzo, le depute de Ottawa-Rideau, qui soutient: "I'd want the board to be satisfied that his loyalties lie with Canada, and to the government that's paying his salary and not to a government whose goal (is) the breakup of this country" (ibid.).

Toujours dans le Ottawa Citizen, les editoriaux de John Robson etablissent une frontiere Nous-Eux, qui est a la fois politique, linguistique, et territorialisee: "In Quebec, federalism and sovereignty are just two political options. On this side of the Ottawa River it doesn't work that way. Over here, Liberal, Conservative, Reform, and NDP are political options" (Robson 1998). Robson soutient que le separatisme est une position "qui offense la communaute" (sans specifier quelle communaute). Des lors, il en conclut qu'un ex-separatiste, presume encore associe a cette option, ne peut legitimement etre a la tete d'une institution qui sert cette communaute. Cette opinion sera partagee par Mike Harris, le Premier ministre de l'Ontario de l'epoque, qui a affirme sur les ondes d'une radio torontoise, qu'il etait "du cote des gens" qui croient que l'argent des contribuables ne devrait par payer un "separatiste":
 Given his background, if that's what he still believes in, he
 wouldn't have been out first choice(...)Surely, there is an
 administrative capability within Ontario, or at least within
 Canada, or even a non-Canadian, who believes in Canada and keeping
 Canada together. (McDonald 1998)


Meme si Levine est bilingue, et que le nouvel hopital d'Ottawa doit offrir ses services dans les deux langues, "he may not be the best person to deal with the touchv language issues facing the hospital" (Ottawa Citizen 4 mai 1998), selon Robson, en raison de sa presumee orientation politique. Il rappelle que Levine n'est pas un resident d'Ottawa et qu'il ne paie pas ses taxes en Ontario. Il est donc situe a l'exterieur du "Nous" (considere homogene et bien delimite) et juge plus favorable aux interets du Quebec qu'a ceux de l'Ontario (Voisr aussi Ottawa Citizen 13 mai 1998a) ou du Canada, interets que l'auteur presume opposes et mutuellement exclusifs. La frontiere qu'il etablit entre "chez nous" et "chez eux "fait du Quebec un territoire etranger, voire ennemi. Dans ce discours, le "Nous" est pose comme un fait irrefutable, qui amalgame a la fois la communaute, le Canada et le federalisme comme des valeurs intrinseques. La communaute semble incarner le federalisme, et la presomption de remise en cause de la legitimite du federalisme (par le souverainisme dont serait porteur Levine) porterait atteinte a l'identite de cette communaute. Implicitement, le discours de Robson indique que les Quebecois ne peuvent (plus) etre a la fois l'Autre (le different) et le Meme (l'egal) et continuer a naviguer sur une frontiere Nous-Eux ambigue:ils doivent dire s'ils sont des "vrais" et des "faux" Canadiens, categorisant les souverainistes du cote des deviants et des coupables, et les federalistes du cote de la norme et des victimes.

De maniere repetitive, jusqu'a la fin du mois de mai, les editoriaux et lettres des lecteurs publies dans ce journal demandent a Levine de faire la preuve de sa loyaute envers le Canada, en declarant publiquement s'il est ou non encore en faveur de la souverainete du Quebec. Ce journal va contribuer a la manifestation hargneuse du 19 mai 1998, alors que plus de 500 citoyens se rassemblent devant le Conseil d'administration de l'Hopital au Centre administratif d'Ottawa pour s'opposer avec virulence a Levine et demander la tete des administrateurs.

La position du Citizen n'est pas partagee par toute la presse anglophone, notamment par le Gazette et le Globe and Mail. Toutefois, dans le Gazette, certains passages d'un article de Josh Freed vehiculent, implicitement, une idee semblable du Nous. Le 22 mai, Freed fait un portrait de Levine, qu'il "connait personnellement, " en soulignant qu'il a, avant tout, ete attire par les tendances sociales-democrates du Parti quebecois dans les annees 1970 et qu'il a dechire sa carte de membre en 1981 en raison du virage a droite du parti, apres le Referendum de 1980. "He didn't see the real point of independance anymore, which he thought could strengthen Quebec 's vulnerability to the United States. "Levine ne serait plus souverainiste, ce qui sous-entend qu'il est desormais membre du Nous.

Dans la presse francophone, les editorialistes et journalistes de La Presse et Le Devoir rejettent la diflerenciation qui ferait des Quebecois des non-Canadiens:ils denoncent cette distinction entre les vrais canadiens (qui croient en "l'unite canadienne") et les faux canadiens, les souverainistes, qui ne seraient pas completement citoyens canadiens mais "plus etrangers que les' etrangers, "selon "une nouvelle theorie de xenophobie interieure" (Bissonnette 22 mai 1998). Cette distinction, etablie entre autres par les propos du premier ministre de l'Ontario, et fondee sur des opinions politiques, va a l'encontre de la Charte canadienne des droits et libertes, rappelent ces quotidiens. La presse francophone s'inquiete donc de la polarisation qu'entraine la reaction anti-souverainiste a Ottawa. (22) (Fraser 14 mai 1998, A8) Dans Le Devoir, Fraser fait ressortir, a l'instar de Marlin (1998), les enjeux du bilinguisme qui predominent dans cette affaire:le projet d'amalgame des hopitaux Civic (anglophone) et General (bilingue) au sein du nouvel Hopital d'Ottawa aurait fait craindre la "bilinguisation" obligatoire de tous les travailleurs. Ainsi, de nombreux opposants a Levine ont exprime, en fait, leur refus du bilinguisme en Ontario, percu comme des "privileges" octroyes aux francophones (Fraser, Le Devoir 28 mai 1998; voir aussi Le Devoir 31 mai 1998). S'adressant a Levine, Fraser mentionne:
 Beaucoup de gens sont convaincus que votre nomination rime avec
 le remplacement des unilingues anglophones par des gens bilingues,
 ce qui veut dire, dans leur esprit, par des francophones. Ils
 croient que leur lieu de travail sera "Bilingual Today, French
 Tomorrow." (...) Ces peurs existent, et elles sont profondes.
 (ibid.)


Si les editorialistes et journalistes s'indignent de la difterenciation Nous-Eux, plusieurs lettres de lecteurs reprennent abondamment cette dichotomisation. Un lecteur souligne:
 Jusqu'a nouvel ordre, les Quebecois sont citoyens canadiens, comme
 l'est David Levine. Nous payons nos impots au Canada, comme
 David Levine. Et, comme les residants du Canada anglais
 n'hesitent pas un instant a nous le rappeler, nous sommes
 assujettis aux lois canadiennes, tout comme David Levine. (Adams
 1998, A10)


Dans une autre lettre, le President de la societe Saint-Jean-Baptiste soutient:
 Les federalistes d'Ottawa aimeraient voir David Levine a genoux
 (...) Dans cette affaire, nous sommes tous menaces (...) nous
 sommes tous des David Levine en puissance. Courage David. Le Quebec
 tout entier te soutient, car il sait, il voit, il comprend ce qui
 est en train d'arriver. (Bouthillier 1998, B2)


L'ecrivain Claude Jasmin ajoutera que l'affaire Levine montre que "(...) la personne qui favorise l'independance du Quebec n'est pas a sa place en pays etranger. Il y a deux pays, il y a deux nations : l'affaire Levine vient de souligner cette realite a gros traits. Et alors? Place aux deux loyautes!" (Jasmin 1998, B2). Certains politiciens du Quebec usent egalement de ce mecanisme : pour Bernard Landry, alors vice-premier ministre, les reactions d'hostilite a l'egard de Levine confirment l'existence de deux nations au pays, "La notre et la leur" (Robitaille 1988, A6).

La Generalisation

Il s'agit de la generalisation de certains traits, comportements, manieres d'etre, et de penser a un groupe de personnes, qui ont en commun le fait d'habiter tel territoire ou de parler telle ou telle langue. Ce mecanisme conduit a l'homogeneisation d'une population. Le Nous, comme le Eux, parle d'une seule voix, n'est pas divise en interets varies, occulte les divergences au sein du groupe pour se concentrer sur un seul ennemi, qui est extraneise ou situe hors du Nous.

En Belgique, selon la presse francophone, l'abbe Jos Verstraeten, qui a ete deplace par l'archeveque, est bien caracteristique du caractere des Flamands. Il est intransigeant et extremiste (Le Soir 7 janvier 2003). Comme tout Flamand, il est nationaliste, violent, et intolerant. Il est d'un flamingantisme avere (Le Vif/L'Express 1 mars 2003). Les Flamands cherchent l'affrontement et sont des provocateurs. L'abbe Verstraeten a provoque les francophones lors de sa derniere messe car il "a entonne un vibrant 'Vlaamse Leeuw'" (idem.) (chant nationaliste flamand). Selon Le Soit', l'interpretation de ce chant "etait plutot musclee sous des oriflammes jaune et noir agressifs(...)" (30 decembre 2002, 3). Selon le Standaard, evidemment les responsabilites sont inverses. Ce sont les francophones qui ont fait monter la tension linguistique dans la paroisse en s'opposant de plus en plus au pretre (4 janvier 2003): "(...) De plus les francophones criaient haut et fort. Ils etaient soutenus par le bourgemestre Francois Van Hoorbrouck (MR), partisan notoire des facilites linguistiques" (De Standaard 4 janvier 2003). (23)

Au Canada, le discours des opposants a Levine temoigne d'une perception homogene des "separatistes." Selon le Ottawa Citizen, il a "a significant handicap in that he has affiliated himself with a political organization that has a history of diminishing anglophones' rights" (Ottawa Citizen 15 mai 1998, C4). Mais le cas Levine parait paradoxal:David Levine est Juif anglophone et n'a pas le profil classique des souverainistes ou de l'electeur moyen du Parti quebecois (francophone de "vieille souche"). Un lecteur se dit perplexe qu'un membre de la communaute juive de Montreal (majoritairement federaliste) supporte les separatistes' alors que cette communaute subirait "leurs attaques" (Ottawa Citizen 12 mai 1998). Des lors, il n'aurait pas la confiance du public (ibid.; Ottawa Citizen 13 mai 1998b) parce qu'il partagerait les caracteristiques negatives attribuees aux souverainistes. Ainsi, on soupconne que dans ses fonctions, il fera preuve de favoritisme envers les francophones et remplira l'hopital d'administrateurs souverainistes afin de detruire le pays (Garry Guzzo) (Bohuslawsky 1998, A1). A la suite d'importantes manifestations populaires contre Levine, Robson du Ottawa Citizen generalise sans nuances, passant des separatistes aux Quebecois:
 If English Canadians are finally mad enough about separatism to
 start vocally denouncing it, even if they aren't bilingual
 elitists who are accustomed to microphones and sound good in
 public meetings, it's not just understandable. It's commendable.
 Quebecers might even respect us for it.(...). (Robson 1998)


Dans la presse francophone, tout comme dans le Gazette et le Globe and Mail, on condamne abondamment les manifestations d'intolerance de citoyens, de la presse populaire d'Ottawa (le Ottawa Citizen et le Ottawa Sun en tete) et de politiciens federalistes, et a l'exception de certaines lettres de lecteurs (dont celles citees precedemment), les journalistes prennent garde de ne pas generaliser ces reactions a l'ensemble d'une population. "Aucun peuple n'a le monopole de la vertu," affirme Lysiane Gagnon de La Presse (1988, B3), qui rappele les travers passes et actuels des souverainistes. Lise Bissonnette, du Le Devoir, souligne: "La meute stupide qui criait sa haine aux membres du conseil d'administration de l'hopital, mardi soir, ne saurait evidemment etre consideree comme un echantillon representatif de la population ontarienne" (1998, A10). On reconnait que les manifestations de haine sont le fait d'une minorite de gens "toques" (Globe and Mail 22 mai 1998), cibles comme une "foule agee et ignorante qui etalait ses prejuges et revelait la panique qu'a provoquee, chez les Anglo-Canadiens plus vulnerables, la menace souverainiste" (Dubuc 1998, B2). Afin de contredire les donnees du sondage maison du Ottawa Citizen qui montraient que la moitie de la population d'Ottawa favorisait la demission de Levine-ces quotidiens mentionnent le nombre important d'appels de citoyens anglophones aupres des medias ou des hopitaux d'Ottawa, qui se disent scandalises par les manifestations de haine et qui appuient la nomination de Levine (Le Devoir 21 mai, A1). Enfin, le president de l'Assemblee nationale du Quebec, lorsqu'il presente la motion adoptee pour condamner l'intolerance a l'egard de Levine, fait aussi observer que la societe quebecoise n'est elle-meme pas a l'abri des manifestations d'intolerance (Normand 1998, B4).

L'Ignorance Entretenue de la Realite de l'Autre

Ce mecanisme se manifeste dans le fait-divers belge par le manque total d'interet porte au point de vue des francophones par De Standaard et au point de vue des paroissiens flamands par la presse francophone. Seul le point de vue du pretre demis de ses fonctions--ineluctable--represente le point de vue flamand dans la presse francophone. Dans la presse neerlandophone, l'avis de l'archeveque--egalement incontournable--represente le point de vue des adversaires francophones meme si lui-meme est flamand d'origine et incarne la hierarchie de l'eglise, tant francophone que neerlandophone en Belgique.

Au Canada, le point de vue des opposants a Levine occupe tout l'espace dans le Ottawa Citizen jusqu'a la mi-mai. Le Citizen publiera ensuite quelques lettres de lecteurs qui condamnent les derapages, ou qui accusent ce journal d'avoir mis de l'huile sur le feu :
 David Levine has been vilified and targeted by a media attack, led
 by the Citizen, to the immense shame of that once respected
 newspaper. That the Citizen would conduct a poll, call it news, and
 make it the headline on May 18, thus essentially manufacturing the
 very news that it is purporting to report, would be merely
 outrageously bad journalism, were it not actually dangerous and
 destructive to the unity of our country. (Norman Levine 1998)


Pour leur part, les editorialistes de la presse francophone accordent d'abord peu d'attention a cette affaire, et les reactions editoriales sont assez tardives (deux semaines plus tard, soit a partir du 14 mai). Le premier editorial du Devoir sur cette affaire ridiculise les "denonciations exagerees" et "risibles" des opposants a Levine (Fraser 14 mai 1998, A8). Mais des le 15 mai, le "haussement d'epaule" et le "sourire" devant le caractere "ridicule et grossier" des "denonciations rageuses de quelques obscurs deputes" feront place a l'indignation generale: "le mouvement a pris une telle ampleur qu'on ne peut plus l'ignorer(...), " souligne La Presse (Gravel 1998, B2). Dans l'ensemble, les grands journaux anglophones (Globe and Mail et Gazette), ainsi que la presse francophone, vont largement faire place aux opinions des acteurs anglophones comme francophones, souverainistes comme federalistes, et rappellent a grands traits les derapages racistes ayant marque les rapports historiques entre anglophones et francophones (Hebert 1998, B3).

Malgre l'attention respective portee par les medias des deux groupes linguistiques dans cette affaire, de nombreux editorialistes (federalistes comme souverainistes) vont denoncer non seulement "l'ignorance entretenue de la realite de l'Autre" par la presse populaire d'Ottawa, mais surtout l'occultation de la montee du "nationalisme canadien" dans l'histoire des relations Canada-Quebec (Dubuc 1998, B2). Selon Alain Dubuc, le "mal profond de l'ame canadienne," qu'illustre l'affaire Levine, reside dans :
 (...)la montee d'un nationalisme canadien qui s'ignore, et qui ne
 dispose pas des mecanismes necessaires pour en contenir les
 inevitables exces(...)A force de montrer du doigt le nationalisme
 quebecois, le Canada n'a pas vu monter le sien. Ses penseurs,
 diserts quand il s'agit de denicher les carences du nationalisme
 quebecois, oublient d'appliquer les memes grilles pour analyser le
 leur. (ibid.)


L'Inferiorisation du Groupe Autre et la Survalorisation de Soi

Le mecanisme d'inferiorisation consiste a devaloriser les comportements, les moeurs, la langue, ou les institutions de l'Autre et a delegitimer ses choix, ses courants politiques ou ses elites. Il genere une survalorisation de son propre groupe ou une surevaluation des differences Eux-Nous. Ce comparatisme dans l'evaluation des comportements ou des agissements de l'Autre s'effectue en fonction de "soi," qui fixe la normalite par rapport a la deviance.

En Belgique, l'interiorisation du point de vue flamand se manifeste notamment par l'ironie dans la presse francophone. Le Soir, parodiant le roman de Gabriel Chevallier (Clochemerle 1934), qui decrivait la mesquinerie des conflits dans un petit village, titre "Caroussel pastoral au Clochermerle flamand" (7 janvier 2003). Un autre jour, le quotidien bruxellois francophone assure dans son titre qu'a Wezembeek, "Dieu ne pouvait plus etre bilingue" (Le Soir 30 decembre 2002). Quelques mois plus tard, Le Soir titre : "Le pere Verstraeten rate son grand retour" (Le Soir 15 avril 2003) et le quotidien ironise sur l'echec du pretre demis, qui aurait voulu faire une entree triomphale comparable a celle du Christ :
 La tradition rapporte que le dimanche de Paques, le Christ est
 entre triomphalement dans Jerusalem. Le pere Jos Verstraeten,
 l'ex-cure de Wezembeek-Oppem mute a Vossem (une bourgade encore
 plus petite, ndla) par le Cardinal Danneels, aurait voulu en
 faire autant en ce dimanche des Rameaux. Pas de chance:il a
 completement rate son pelerinage dans son ancienne paroisse.
 (Le Soir 15 avril 2003)


Quant a l'hebdomadaire Le Vif/L'Express, il parodie Henri IV en titrant "Wezembeek vaut bien une messe" (3 janvier 2003). Ee mecanisme d'inferiorisation se traduit, de maniere recurrente, par la designation du cure par son seul prenom. La Libre Belgique parle familierement de Jos (diminutif de Joseph) et fait sourire de dedain les francophones (30 decembre 2002). La presse francophone presente le cure flamand comme un etre vulgaire (a l'instar de tous les Flamands, ajoutera le lecteur francophone), qui emploie des mots peu choisis, aurait joue "un jeu degueulasse" (Le Soir 2 janvier 2003) et se montre grossier et dedaigneux en qualifiant la messe alternative des francophones de "masturbation liturgique" (Le Soir 31 decembre 2002).

D'un point de vue flamand, l'Eglise, qui soutiendrait la cause des francophones, est arrieree, alors que les Flamands, eux, vont dans le sens de la modernite qu'est l'affirmation des droits des Flamands (De Standaard 30 decembre 2002).

Au Canada, l'inferiorisation de Levine dans le Ottawa Citizen ou dans les discours de ses opposants, a pris plusieurs formes:l'occultation de ses competences d'administrateur, pour mettre en avant son "passe souverainiste"; l'accusation (Marrisal 1998, A1) de traitre et d'ennemi du Canada (destruction du pays);sa definition comme faux canadien:la presomption de son affiliation a un groupe considere illegitime (les souverainistes), qui aurait, historiquement, mal traite les anglophones et reduit leurs droits (Ottawa Citizen 4 mai 1998). Comme Levine partage les caracteristiques negatives attribuees aux "separatistes," ses opposants presument qu'il fera necessairement preuve de manipulation (envers les administrateurs de l'hopital), d'un agenda cache, voire d'une conspiration (detruire le pays), de favoritisme (envers les francophones ou les souverainistes) ou de conduites dictatoriales, donc antidemocratiques (imposer le bilinguisme). (24) Meme le Conseil d'administration de l'hopital, qui maintient Levine a son poste, sent le besoin de s'excuser "aupres de la collectivite" pour avoir "avive par inadvertance des blessures sur la delicate question de l'unite canadienne" (Le Devoir 22 mai 1998).

Pour le Ottawa Citizen et ses opposants, Levine restera douteux et traitre tant qu'il n'aura pas fait acte de foi envers l'unite canadienne et le federalisme, qui sont survalorises. Dans leurs discours, seul le federalisme apparait comme universaliste, jouit d'une superiorite morale et est en mesure de garantir l'egalite et le respect des droits de la personne. La nation canadienne devient ainsi un "fait moral," qui transcende les velleites minoritaires.

Dans la presse francophone, la majorite des editoriaux rappellent avec mesure l'importance des principes democratiques et des droits et libertes, mais certains editoriaux et lettres de lecteurs font plutot une lecon de morale et de democratie aux Canadiens anglais sur les principes de la Charte canadienne des droits et libertes: "J'attends avec impatience le prochain sermon en provenance du Canada anglais sur l' 'intolerance' des Quebecois" (Adams 1998, A10), souligne un lecteur. Le vice-premier ministre du Quebec, Bernard Landry, adopte egalement le ton de la superiorite morale du Quebec: "Je me rejouis hautement que de telles choses n'arrivent pas et ne soient pas arrivees au Quebec" (Le Devoir 21 mai, A1).

L'Essentialisation, l'Ethnicisation, ou la Biologisation de l'Autre

Ces mecanismes consistent a naturaliser une difference, reelle ou supposee en la rendant irreductible, permanente, latente, a-historique, non-construite par des rapports sociaux concrets.

Dans le cas de la Belgique, le fait divers de Wezembeek donne plusieurs exemples de cette attitude. La presse francophone sous-entend que le cure flamand est bien caracteristique du comportement de ses semblables. Il est compare a Cyriel Verschaeven, un pretre famand qui collabora avec les occupants allemands (Le Soir 31 decembre 2002). On rappelle egalement dans la presse francophone que les "petits vicaires" flamands ont toujours ete les moteurs du flamingantisme (ibid.). L'abbe aurait rejoint, de son vivant, les martyrs du nationalisme flamingant et Le Soir rappelle qu'il y a quarante ans les Flamands venaient deja perturber les messes en francais (Le Soir 30 decembre 2002). En 1968, l'Universite catholique de Louvain avait deja ete sacrifiee au slogan flamand "Walen Buiten!" (Wallons dehors!) qui avait entraine la dislocation de cette universite (Le Soir 31 decembre 2002).

De Standaard de son cote, rapporte aussi que les francophones ont des caracteristiques irreductibles. Ainsi, la riche bourgeoisie francophone refuse toujours de s'integrer en region flamande (De Standaard 30 decembre 2002). C'est ce refus de s'integrer qui est toujours a la base de nouveaux conflits linguistiques (De Standaard 29 decembre 2002).

Au Canada, le separatisme sera defini, dans l'affaire Levine, comme une essence, qui prouve qu'il existe des vrais Canadiens et des faux. Le 11 mai 1998, Susan Riley, colomnist au Ottawa Citizen, laisse entendre que Levine est toujours separatiste (souverainiste un jour, souverainiste toujours), qu'il ne peut etre considere comme n'importe quel autre citoyen canadien et qu'il n'est pas le bienvenu :
 There may be no legal, practical or even moral justification for
 revoking David Levine's appointment as head of the new Ottawa
 Hospital, but it still rankles. (...) why should someone who
 prefers an independant Quebec to a united Canada choose to work
 in an alien territory? (Riley 1998)


Le journaliste John Robson, du Ottawa Citizen, se defend bien de faire dans la bigoterie et d'etre raciste (le racisme doit impliquer des Noirs, selon lui). Or son discours (et celui de plusieurs lecteurs enrages) transforme Levine en veritable symbole de "trahison" a l'egard a la fois de "la communaute" juive du Quebec, de la communaute d'Ottawa, de la population anglophone et du Canada, presumees homogenes dans leurs opinions politiques. Il est donc d'autant plus traitre qu'il est a la fois Juif, anglophone, bilingue, et vu comme souverainiste. Le Ottawa Citizen a d'ailleurs rappele a maintes reprises l'anachronisme du profil de Levine, qui ne colle pas a l'image du "nationalisme ethnique" attribuee au mouvement souverainiste :un Juif anglophone du Quebec, qui a appris le francais a vingt-cinq ans et qui a ete candidat pour le PQ en 1979. Les differentes dimensions du citoyen Levine seront mises en evidence comme des "indicateurs" implicites de sa trahison :
 How can it be bigotry? Mr. Levine is an anglophone, albeit a
 bilingual nhe. Anglophones angry at other anglophones over an
 anglophone they hired is hardly anti-French prejudice. As for
 racism, everyone in this story is white. Of course, Mt. Levine is
 of Jewish ancestry. But it isn't Jean Chretien who mutters darkly
 about monied ethnics. It's Jacques Parizeau. And we all know he
 didn't mean Haitians.(...)No, if racism is a problem, it's David
 Levine who associates with bigots, not his critics.(...)Mr. Levine
 is still in bed with intolerant people. (Robson 1998)


Dans la presse francophone, on ne denote pas d'essentialisation ou d'ethnicisation du debat chez les journalistes, bien que le Congres Juif canadien se soit senti oblige de se porter a la defense de la liberte d'opinion et de la candidature de Levine (Le Devoir 19 mai 1998), et a l'exception de certaines lettres de lecteurs, qui soulignent que cette affaire revele "le vrai visage du Canada anglais" (Boucher 1998, B2).

La Victimisation

Dans le processus de victimisation, chacun se proclame victime de l'Autre et estime qu'il doit assurer sa legitime defense et demontrer sa superiorite morale.

En Belgique, les francophones se presentent comme des pacifistes qui endurent un calvaire a Wezembeek. Ils font en outre preuve d'une infinie patience: "Il est tres difficile pour des catholiques francophones de vivre leur foi dans leur langue" (Le Soir 30 decembre 2002) et ils ne peuvent toujours pas pratiquer "sereinement" leur foi. La "seule" messe en francais ayant ete supprimee (Le Vif/L 'Express 3 janvier 2003), ils sont "contraints de se reunir dans un cafe voisin" (La Libre Belgique 30 decembre 2002). Dans une autre commune de la peripherie de Bruxelles (Beauval), les paroissiens francophones "durent se refugier sous une grande toile" (Le Soir 30 decembre 2002). Pourtant, selon la presse francophone, ils ne demandent que des choses raisonnables, et leur patience est telle que Le Soir assure que "les catholiques francophones ont largement gagne leur ciel" (idem.). Ils ne jubilent pas mais sont "rasserenes" par la decision de l'archeveque de deplacer le cure flamand (idem.).

Dans la presse neerlandophone, ce sont les Flamands qui sont presentes comme victimes:l'abbe Verstraeten est "victime d'une injustice" (De Standaard 28 decembre 2002). Il est persuade de ne pas etre un extremiste, de n'avoir jamais fait de politique en chaire de verite et d'avoir ete victime de son appartenance flamande (De Standard 28 et 30 decembre 2002). Pour la presse neerlandophone, l'archeveque soutient les plus forts, c'est-a-dire la riche bourgeoisie francophone, et n'a "jamais entendu" l'explication du pretre flamand (De Standaard 30 decembre 2002). L'archeveque a "deux poids, deux mesures" (De Standaard 1 avril 2003) et Jos Verstraeten, s'il est "amere, " s'incline cependant face a la decision de sa hierarchie. Il est humble et ne s'oppose pas a cette decision car "le Christ aussi a du se plier face a la violence d'Herode" (De Standaard 30 decembre 2002). Pour De Standaard, ce serait d'ailleurs le cas de l'ensemble des Flamands de la peripherie bruxelloise, qui forme une minorite "lourdement discriminee" par des administrations communales francophones comme celle de Wezembeek (De Standaard 28 et 29 decembre 2002).

Dans l'affaire Levine au Canada, le Ottawa Citizen presente les citoyens d'Ottawa, les payeurs de taxes de l'Ontario, les travailleurs de l'hopital, la "communaute," les "Canadiens," et les federalistes comme les victimes des separatistes. A aucun moment ce journal n'a parle de discrimination envers Levine :
 Federalists are offended by the obvious intellectual inconsistency,
 not to mention self-interest, of separatists who argue to break up
 the country while wanting to claim all the rights available to
 Canadians under the Charter of Rights and Freedoms. Separatists
 demand the rights of Canadians without being willing to undertake
 the obligations. It's a weak position from which to claim that one
 is discriminated against. (Ottawa Citizen 15 mai 1998, C4)


Plusieurs articles du Citizen portent sur "l'injustice" que le Quebec fait subir aux Ontariens, en ne payant pas les memes tarifs pour les Quebecois qui viennent se faire soigner en Ontario. Dans son discours, les separatistes font du chantage pour obtenir plus que les autres citoyens, c'est-a-dire un traitement de faveur et des privileges.

Tout au long de cette affaire, alimentee au jour le jour par ce journal, le Ottawa Citizen se fait la voix de la communaute et appelle a la mobilisation des citoyens afin qu'ils se lassent entendre au Conseil d'administration de l'hopital lors de ses reunions publiques. Il mene des sondages aupres des citoyens, donne des indications precises sur les heures et les lieux des reunions du Conseil, publie de nombreuses lettres de lecteurs nettement racistes, met a la Une la montee des protestations et prolonge son appui aux protestataires (Ottawa Citizen 14 mai 1998, A1) :
 If English Canadians are finally mad enough about separatism to
 start vocally denouncing it, even if they aren't bilingual elitists
 who are accustomed to microphones and sounding good in public
 meetings, it's not just understandable, it's commendable. Quebecers
 might even respect us for it.(...) Whether they do or not, though,
 the bottom line is that, if you want to burn my house clown, I
 won't invite you over for dinner. Not even if you promise not to
 bring any matches this time. (Robson 1998)


Le 19 mai 1998, plus de 500 citoyens se rassemblent devant le Conseil d'administration de l'Hopital au Centre administratif d'Ottawa pour s'opposer avec virulence a Levine et demander la tete des administrateurs. Leurs sentiments d'etre pris en otage, rejetes, humilies, marginalises dans le processus decisionnel et victimes d'injustice se doublent d'une perception de la degradation du Canada. Au cours de cette mobilisation populiste, plusieurs, dont de nombreux anciens combattants vetus de leur uniforme militaire et de leurs medailles, vont tenir des discours clairement haineux, de nature anti-souverainisme, anti-bilinguisme, et anti-Quebec :
 This is an avowed separatist. We shouldn't give this person the time
 of day, let alone a $300,000-a-year job. We should no longer be
 polite to these bastards. He should go and tell Lucien (Bouchard)
 he needs a job. (Roger Hull, cite par Ottawa Citizen 20 mai 1998)

 Mr. Levine should be tire& whatever the cost. It's time these people
 paid the cost for their political choice. Our unity group can't
 celebrate Canada Day in Hull. We don't want anti-Canadians in our
 hospitals. (Wade Wallace, director of Solidarite Outatouais
 solidarity, cite par Ottawa Citizen 20 mai 1998a)

 Four famous regiments from Quebec fought in the war, but [Levine]
 has tried to destroy what I fought and bled for. You members of the
 board are no better than him. (Mr. O'Dwyer, citoyen cite, cite par
 Ottawa Citizen 20 mai 1998a)


Au cours de cette reunion, les quelques citoyens qui vont parler en francais, defendre le bilinguisme ou les libertes d'expression et d'opinion au micro sont abondamment hues et insultes (La Presse 20 mai 1998, A1). Les manifestants chantent l'hynme national du Canada avant et apres la reunion et scandent "Levine a la morgue et Levine est un traitre" (ibid.). Ces manifestations bruyantes se reproduisent jusqu'a la fin juillet 1998, a chaque reunion du Conseil d'administration de l'hopital. Ainsi, le 1er juin, 250 personnes protestent a nouveau et une trentaine, admises dans la salle du Conseil, s'opposent encore a l'utilisation du francais : "In English, please ! It is an English meeting and it's an English region. (...) Thes'e bastards" ! Speak English, and if you don't like it, go back to Quebec. That's what will happen if we do nothing, they will dictate to us" (Citoyens cites dans Ebne 1998; Ducas 1998).

Dans la presse francophone, les victimes sont, bien sur, David Levine, les souverainistes, les francophones du Quebec mais surtout, la charte des droits et la democratie. Apres ce rassemblement populiste, qualifie de "crise d'hysterie" collective par le Gazette, La Presse, et Le Devoir, La Presse soutient que l'intolerance entendue de la bouche de ces citoyens sonne les heures les plus noires du debat sur l'unite nationale (Marissal 1998, A1). Selon un lecteur, qui ecrit au ministre Stephane Dion : "Les Quebecois sont decidement condamnes a etre des perdants : c'est nous qui passons pour des intolerants, des nazis et des gens comme vous, issus de notre peuple, ne se genent pas pour en remettre" (Duranleau 1998, B2). Pour un autre lecteur :
 Si des Quebecois avaient fait la moitie de ce dont nous avons ete
 temoins au cours des dernieres semaines, tous les Mordecai (Richler)
 du monde nous auraient accuses de tribalisme et nous nous serions
 peut-etre meme retrouves devant les Nations unies. Ou sont donc les
 defenseurs de la democratie, maintenant ? Ou bien, est-ce que la
 democratie au Canada est unilaterale ? (Page 1998, A10)


La Legitimation Politique

La legitimation politique intervient lorsque certaines personnalites ou autorites publiques appuient un groupe et rentbrcent la legitimite d'un evenement ou d'une position. Ce renforcement ouvre generalement la porte a une expression plus generalisee (ou populaire) du racisme.

En Belgique, l'incident de Wezembeek est l'occasion pour la presse francophone de rappeler que les francophones constituent la majorite des habitants de cette commune (La Libre Belgique 30 decembre 2002; Le Vif/L'Express 1 mars 2003), ce qui affirme leur legitimite dans cette affaire paroissiale. Par contre, elle presente le cure flamand comme exploitant la religion a des fins politiques:sa messe est baclee, sans recueillement, avec un credo recite de maniere expeditive (La Libre Belgique 30 decembre 2002) :
 Le cure recite et parle a toute vitesse: 'lk geloof in God(...)'
 L'assemblee repete avec lui.(...) Le cure, lui, continue son
 marathon: 'Door hem, met Hem, in hem (...)' Il brosse l'homelie,
 expedie la communion, il benit les fideles qui s'appretent a partir.
 Il les retient. La messe est dite. Son discours politique peut
 debuter. (La Libre Belgique 30 decembre 2002)


Dans la presse neerlandophone, le cure flamand assure n'avoir agi que dans la legitimite (De Standaard 28 decembre 2002) et estime n'avoir fait que trop de concessions envers les paroissiens francophones, entre autres a l'occasion de la messe de Noel (De Standaard 29 et 30 decembre 2002). Sa legitimite est en outre confortee par les temoignages de soutien des nationalistes et politiciens flamands venus l'acclamer a la sortie de sa derniere messe a Wezembeek (De Standaard 30 decembre 2002), mais surtout par la petition en sa faveur signee principalement par des gens ordinaires (De Standaard 7 janvier 2003).

Au Canada, plusieurs politiciens, dont le Premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, vont prendre position contre la candidature de David Levine ou, du moins, vont douter de ce choix, encourageant ainsi l'expression croissante de l'intolerance (McDonald 1998; Ottawa Citizen op. cit. 21 mai 1998). Comme mentionne precedemment, le depute Garry Guzzo a dit craindre que Levine ne remplisse l'administration de l'hopital de separatistes (Bohuslawsky 1998, A1). De meme, la ministre de la sante de l'Ontario, Elizabeth Witmer, s'est demande si le Conseil d'administration de l'Hopital d'Ottawa ne devait pas reconsiderer sa decision etant donne l'impact qu'elle aurait sans doute sur la communaute (ibid.). Ensuite, le maire d'Ottawa, Jim Watson, a soutenu que la candidature de Levine allait affecter les collectes de fonds de l'hopital. Par consequent, David Levine "should do the honourable thing and resign (...)" (Ottawa Citizen 1998a). Enfin, la mairesse de Gloucester s'est demande comment David Levine, qui avait ete au service du Gouvernement du Quebec a New-York et souverainiste :
 could keep his personal political beliefs separate from his role as
 the head of a public institution.(...) His mandate is to run the
 hospital, (but) human nature says he has beliefs that want to
 destroy our country and somehow, somewhere, it infiltrates into your
 persona. He even went to New York for the Quebec government. His
 past background will have a bearing on his job. I think they should
 rescind his appointment and get somebody else. (Ottawa Citizen
 1998a)


Enfin, de maniere plus implicite, le ministre federal des Affaires intergouvemementales, Stephane Dion, a soutenu que les manifestations d'intolerance que subissait Levine etait une situation "deplorable mais explicable," tant que persistait la menace de separation du Quebec. "Je les deplore, cependant je ne les condamne pas (...), " a t-il ajoute (Richer 1998, A6; La Presse 15 mai 1998, A18).

Mais voyant que le Conseil de l'hopital maintenait son choix, que le Premier ministre du Canada se pronocait en faveur de la liberte d'opinion dans une societe democratique, tout comme les syndicats, le leader du Parti liberal du Quebec, l'Assemblee nationale du Quebec (qui va adopter a l'unanimite une motion pour condamner l'intolerance envers Levine), les grands medias et quelques deputes et anciens premiers ministres, le Ottawa Citizen se retracte.

Pour le Gazette, mais aussi La Presse et Le Devoir, cette "chasse aux sorcieres separatistes" prend des allures de McCarthysme (Gazette 1998). De meme, dans la presse francophone, ces multiples reactions de politiciens sont vivement condanmees, particulierement celles du ministre Dion et du Premier ministre Harris. Dans son editorial, Lise Bissonnette du Devoir estime que l'affirmation du ministre Dion, qui trouve les reactions racistes "deplorables mais explicables, "a pour effet de situer la source du probleme dans l'opinion politique de Levine, et d'excuser les derapages (16 mai 1998). Selon elle, ces reactions rejoignent celles des pires annees de francophobie que le pays a connu au cours des siecles derniers (ibid.). Elles tirent leurs sources de la strategie de la "ligne dure" du Gouvernement federal, faconnee par le ministre Dion a la suite du Referendum, qui fait notamment du sentiment d'appartenance au Canada la condition sine qua non de la citoyennete. Mais selon Le Devoir, La Presse, le Gazette, mais aussi le Globe and Mail, les propos de Mike Harris, alors Premier ministre de la plus importante province du pays, ont une portee beaucoup plus grave que ceux de Stephane Dion:en reconnaissant comme legitime le refus d'embaucher un citoyen canadien en raison de ses presumees opinions politiques, il va a l'encontre de la Charte canadienne cles droits et libertes, et contribue plus que tout autre a transformer cette ati'aire en crise nationale majeure (Bissonnette 22 mai 1998: Freed 1998, 2).

La Diabolisation de l'Autre

Ce mecanisme consiste a accuser l'autre de racisme et, plus encore, a le depeindre comme l'incarnation du mal, par l'usage d'analogies, de metaphores, ou de termes tels que Satan, Lucifet; Demon, Hitler, ou Nazi, qui ne sont jamais sans consequence dans le langage politique (Edehnan 1988). Ce procede transforme l'Autre en ennemi. Il est delegitime en tant qu'acteur au sein d'un rapport social et ne possede pas d'independance morale lui permettant d'adopter une position legitime differente dans un debat democratique.

En Belgique, la presse francophone accuse le pretre flamand de Wezembeek d'abus de pouvoir:c'est lui qui a "supprime" les messes en francais (Le Vif/ l'Express avril 1 2003). Le cure infligeait des "brimades" aux francophones, ajoutait, dans la revue paroissiale, "des propos virulents, presque humiliants" (ibid.) et s'en serait meme pris aux enfants, selon un paroissien francophone, dont les propos sont relayes par Le Soir (30 decembre 2002, 3) :
 (...)On a vite senti qu'il ne portait pas les francophones dans son
 coeur(...)des petites brimades sont apparues. Elles feraient sourire
 si elles ne traduisaient pas une animosite particuliere. La chapelle
 etait inaccessible pour les enfants, la sacristie restait fermee,
 l'electricite etait coupee pour que l'on ne puisse utiliser l'orgue
 (...).


Ce meme quotidien cite a nouveau un paroissien, qui explique que "le pere Verstraeten a mannifeste aux Francophones de l'animosite, qui s'est transformee en hargne, puis en haine" (Le Soir 28 avril 2003). "Jos" est assimile clairement par Le Soir aux racistes de l'extreme droite :il serait entoure de supporters vindicatifs aux "oriflammes agressifs," accompagnes par des neo-fascistes (idem.). ll serait d'ailleurs soutenu par Ie parti raciste flamand, le Vlaams Blok, qui lui aurait offert une bouteille de vin frappee a ses couleurs (La Libre Belgique 12 decembre 2002).

Dans la presse neerlandophone, ce sont les francophones qui sont insatiables dans leurs exigences, et qui reduisent les Flamands et leur pretre a la legitime defense. De Standaard souligne que malgre la volonte de pacification de Jos Verstraeten (il avait autorise les francophones a dire une messe de Noel en francais, et ce, a titre exceptionnel et contre l'avis du conseil paroissial), les protestations des francophones se sont poursuivies (De Standaard 29 et 30 decembre 2002). Ce sont donc les francophones qui sont vindicatifs et qui ont envenime la situation en y melant une autorite politique. En effet, les paroissiens francophones auraient ete soutenus par Ie bourgmestre de Wezembeek (De Standaard 30 decembre 2002) et par "l'administration francophone, qui ne fait preuve d'aucune pacification et alimente sans cesse de nouveaux conflits linguistiques "(De Standaard 29 decembre 2002). De meme, l'archeveque aurait cede au lobbying accru de la bourgeoisie catholique francophone (De Standaard 1 janvier 2003). Du point de vue flamand, les francophones sont donc les principaux responsables de la montee des tensions.

En outre, chaque groupe linguistique, par medias interposes, accuse l'autre des pires turpitudes. La presse francophone declare que, "Le pere Jos Vostraeten, excure de, la paroisse Saint-Pierre a Wezembeek, jette de l'huile sur le feu. Mais, pire il ment !," car il aurait accuse a tort le bourgmestre de ne pas avoir paye l'assurance incendie de l'eglise, en guise de represailles, puisque les francophones n'y avaient plus droit a des offices dans leur langue (Le Soir 2 janvier 2003). Il aurait meme soutenu que les fideles francophones auraient "detourne les produits de la quete" (idem.). Pour sa part, la presse neerlandophone fait echo au dementi du cure flamand, qui assure n'avoir fait aucun mauvais usage de la chaire. Les accusations politiques a son egard seraient non fondees (De Standaard 30 decembre 2002).

Au Canada, Levine est diabolise par ses opposants comme le symbole du separatisme, qui est l'ennemi dans cette affaire (Marlin 1998, 4). La diabolisation se manifeste, entre autres, par le recours a l'analogie entre souverainistes et nazis dans le Citizen. (25) Pour J. Robson (Ottawa Citizen), le fait que Levine ait ete souverainiste, et le fait de ne pas savoir s'il l'est toujours, place celui-ci dans le camp des ennemis: "Not knowing he is one isn't the same thing as knowing he isn't one. (...) lf you ran for the Nazis in 1979, never repudiated them, and won't say if you 're one now, you are one. Right ?" (Robson 1998). C'est sur cette base qu'il emet un doute sur les comportements que kevine pourrait avoir envers la clientele de l'hopital d'Ottawa. L'analogie avec le nazisme (et non pas avec le communisme, par exemple, ce qui aurait ete le cas a l'epoque du FLQ) apparait alors comme procede de justification de son argumentation, et ce, a plusieurs reprises dans son article:
 One can claim that political beliefs should have nothing to de with
 one's job. But if you hire someone with outrageous beliefs, you
 outrage the community. Obviously. How many Levine supporters
 think it would be OK if he was a Nazi ? (...)What we de know is that
 Jean-Louis Roux(who supports Mr. Levine)had to step down as
 lieutenant-governor of Quebec because he once drew a swastika on his
 sleeve in a moment of youthful folly (....) Separatists want to
 destroy out home and native land. That's why, although separatism is
 clearly not Nazism, it's equally clearly on the wrong side of the
 line dividing opinions that don't outrage the community from ones
 that de. (ibid.)


Parlant au nom de la communaute, Robson soutient que souverainisme et nazisme sont aussi outrageants et illegitimes l'un que l'autre. De maniere repetitive et banalisee, le parallele semble simposer naturellement dans les pages du Citizen, comme si les souverainistes avaient historiquement atteint le meme degre d'atrocite que les nazis, ou que les actions des nazis etaient reductibles a celles des souverainistes. Dans un autre editorial, le Citizen se defend de confondre separatistes et nazis en affirmant que l'analogie ne sert qu'a illustrer les limites qu'il faut imposer a la liberte d'opinion :
 This is not to equate the Parti quebecois with the Nazi Party, but
 merely to test the definition of what is meant by the political
 beliefs that are to have no role in judging a person's suitability
 for appointed office. Hard cases may make bad law but, as the
 country found out last week, hard cases are the only way to test
 principles.(...)When is it legitimate to refuse a person public
 employment because of his beliefs ? (Ottawa Citizen 26 mai 1998)


Dans la presse francophone, il est clair que les separatistes sont traites comme des ennemis plutot que comme des adversaires politiques legitimes dans un debat democratique. Les politiciens et citoyens qui s'insurgent avec virulence contre la candidature de Levine et tiennent des propos discriminatoires sont traites d'hysteriques, de racistes et de MacChartystes dans plusieurs editoriaux et lettres de lecteurs. Comme nous l'avons vu precedemment, ce sont les derapages des deputes et ministres--elus pour incarner la democratie liberale et ses principes--qui sont vertement critiquees, mais sans faire l'objet d'une diabolisation semblable a celle de Levine. A l'Instar du Premier ministre du Quebec, Le Devoir met la responsabilite sur la strategie de la ligne dure (ou du Plan B) du Gouvernement federal, qui entretient l'idee que la separation du Quebec est illegale, donc que ceux qui defendent cette option sont des hors-la-loi (Bissonnette 1998a; O'Neill 1998, A 1). Dans les lettres de lecteurs, ce fait divers alimente des accusations inversees :
 Il nous reste de ne plus caindre l'epithete traitre, de l'accoler
 sans crainte, a notre tour, a tous ceux qui nuisent a la venue d'un
 Quebec souverain. Longue liste de traitres, n'est-ce pas ?
 L'Ontario, Ottawa, nous autorisent (avec M. Harris en tete) a
 l'emploi de ce simple qualificatif qui dit ce qui est. (Jasmin
 1998, B2)


Le Catastrophisme

Le catastrophisme consiste a predire l'aggravation de la situation a travers une vision pessimiste de l'avenir.

En Belgique, a l'occasion du fait divers de Wezembeek, Le Standaard neerlandophone ne tombe pas dans les scenarios catastrophes mais la presse francophone predit par contre que l'affaire va deborder: "le linguistique empoisonne aussi les relations ecclesiales et le monde politique flamand exploite deja l'affaire" (Le Soir 30 decembre 2002). Pour La Libre Belgique, cette affaire va assurement etre exploitee lors de la prochaine campagne electorale. Elle en veut pour preuve que, lors de la derniere messe de l'abbe Verstraeten a Wezembeek, les personnalites politiques flamandes se sont installees "sans vergogne au premier rang. Campagne electorale oblige !" (30 decembre 2002). Quelques semaines plus tard, Le Soir annonce que: "dans sa derniere livraison, le parti neo-fasciste delaisse son fonds de commerce raciste et securitaire pour faire ses choux gras de l'affaire Verstraeten, en escomptant un profit electoral" (Le Soir 28 mars 2003). Le pretre flamand serait deja pressenti pour figurer sur les listes electorales d'un "vrai parti flamand, "c'est-a-dire un parti qui exploitera ce nationalisme (2 janvier 2003). Selon ce journal, cette affaire pourrait avoir des suites graves pour les francophones car si la region des Fourons a fini par etre cedee a la Flandre, c'est a cause du cure Veltmans, qui y agitait les Flamands :
 (...)nomme a Fourons-St-Martin, il (Veltmans) embrasse la cause
 flamande. Veltmans entretent des rapports etroits avec Flor
 Grammens, le celebre "barbouilleur" de la frontiere linguistique qui
 s'en prit aux plaques (routieres) qui faisaient la part belle au
 francais (...) beaucoup estiment que sans lui, les Foutons
 n'auraient pas ete remis a la Flandre. (Le Soir 31 decembre 2002)


La presse francophone suit avec inquietude les rebondissements du fait divers de Wezembeek, qu'elle couvre largement, entre autres la petition de soutien au pretre flamand (La Libre Belgique 7 janvier 2003) et le chahut organise par ses partisans a l'occasion du jubile de l'archeveque a la cathedrale de Bruxelles (Le Soir 13 janvier 2003).

Au Canada, de nombreux opposants a Levine vont presenter des scenarios catastrophes de cette nomination : Levine va remplir l'administration de l'Hopital de separatistes et l'entrainer dans un "agenda politique" cache visant a detruire le pays (Garry Guzzo, cite par Fraser 1998, A8); cette candidature aura des effets sur la communaute d'Ottawa, qui sera moins bien traitee parce qu'elle est federaliste; l'hopital aura des difficultes a recueillir des fonds pour se financer (Ottawa Citizen 1998b). Le ministre Dion declare au le Globe and Mail (14 mai): "aussi longtemps que la menace separatiste existera, ce type de probleme se reproduira. " Dans Ie meme sens, le Premier ministre du Canada, Jean Chretien, ajoutera: "Si on pouvait regler la question de l'independance (du Quebec), on aurait plus ces problemesla" (Comellier 1998b, A2). Le directeur executif de la Civic Hospital Foundation, Tom Hewitt, affinile avoir recu 250 appels de donateurs pour protester contre la nomination de Levine. De meme, Gary Guzzo pretend avoir recu une cinquantaine d'appels de donateurs ayant affirme ne plus vouloir appuyer financierement l'hopital. Un extrait d'une lettre envoyee a la Civic Hospital Foundation par un donateur est publie dans Ie Ottawa Citizen :
 Please remove my name from the list of donors to the Foundation. I
 have lost my confidence in the board of directors of the Ottawa
 Hospital and my most effective means of protest is to withdraw my
 support from any agency connected with the Ottawa Hospital. The
 board has selected a CEO who has a serious conflict of interest. He
 has made it clear that his loyalty lies with Quebec. The Ottawa
 Hospital is an Ontario institution which also makes available
 services to citizens of Quebec. Someone who puts Quebec's interests
 first, whether currently politically active or not, cannot be an
 impartial CEO of an Ontario hospital. (Ottawa Citizen 1998a)


De nombreuses lettres de lecteurs pames dans Ie Citizen reposent sur la conviction que le projet souverainiste ne pourra se realiser "sans souffrances" (Ottawa Citizen 15 mai 1998, 17'4). Lors des manifestations contre Levine, des militants affirment qu' "il est temps que les pequistes paient le prix de leur decision." (26) Comme l'entend Ie ministre Dion, si les Quebecois persistent dans le "menace separatiste, " ils devront en subir les consequences. Cette perception repose sur une vision catastrophique de l'avenir, amalgamant des peurs et des ressentiments lies a diflerents facteurs (passes et actuels) du contexte politique de cette periode: Plan B du gouvememeut federal;menace d'un troisieme reterendum ;laxisme dont auraient tait preuve les politiciens federaux a l'endroit des souverainistes et des demandes du Quebec depuis trente ans;lois linguistiques du Quebec ; erosion du systeme de sante et des programmes sociaux;acces des Quebecois aux hopitaux ontariens sans en payer le prix ; bilinguisme "'elitiste", etc. (Sarra-Bournet 1995; Lacombe 1998: Marlin 1998: Potvin 1999, 2000, 2001).

Dans la presse francophone, Le Devoir craint que "les francophones en paient le prix, " car chaque decision que prendra Levine pour respecter les orientations de la Commission de restructuration des services de sante en Ontario dont celle d'offrir en permanence des services en francais dans le nouvel Hopital d'Ottawa--pourraient etre "consideree comme suspecte par ses opposants" (Comellier 23 mai 1998, Al). Plus largement, Graham Fraser (dans Le Devoir) estime avec pessimisme, comme d'autres observateurs, que la polarisation politique qui s'est cristallisee autour du mouvement partitionniste, et lors de l'affaire Levine, indique qu'un "comportement autodestructeur" serait tout a fait possible chez les Canadiens anglais si l'independance du Quebec se produisait (Fraser 14 mai 1998, AS). Enfin, un sondage de la firme Leger et leger, mene entre le 21 et le 27 mai 1998, conclut que l'affaire Levine a "renforce les perceptions negatives de plusieurs Quebecois quant aux attitudes des Canadiens anglais" (Mackie 1998, 1).

Le Desir d'Expulser l'Autre

En Belgique, cette attitude apparait a l'occasion du fait divers de Wezembeek, lorsque les francophones se rejouissent de voir chasse de leur commune le pretre flamand, ce qui augure favorablement pour tous les autres Flamands intransigeants: "le cardinal a frappe un grand coup: il a ecarte l'abbe Jos Verstraeten" (Le Soir 30 decembre 2002). Ce n'est, du point de vue francophone, qu'une juste revanche puisque l'abbe flamand "boutait les francophones hors de l'eglise" (Le Soir 7 janvier 2002).

En echo, dans la presse neerlandophone, l'abbe Verstraeten se plaint de la volonte repetee des francophones de se debarasser de lui, de l'eliminer (De Standaard 30 decembre 2002): "depuis le debut, certains se heurtent a ma presence a Wezenbeek. Dans milieux francophones cela fait longtemps que l'on crie dans l'espoir de se debarasser de moi" (De Standaard 30 decembre 2002).

Au Canada, nous avons vu que des le premier jour du declenchement de l' affaire, les opposants a Levine demandaient son expulsion, y compris plusieurs politiciens. Jusqu'a la fin juin, des manifestations se poursuivront devant l'Hopital d'Ottawa dans le but d'exiger la demission de David Levine, ainsi que des membres du Conseil d'administration de l'Hopital. Levine et certains dirigeants du Conseil recevront des menaces de mort et Ie commerce d'un membre du conseil sera l'objet d'une campagne de boycottage et d'intimidation pendant plusieurs jours par des protestataires, venus "hurler" aux employes du magasin: "You people are working for a separatist" (Vardi 1998). A l'arrivee de Levine pour sa premiere journee de travail comme patron de l'Hopital d'Ottawa, le 17 juin 1998, "environ 250 manifestants bruyants" l'accueillent par des "injures et attaques personnelles," reclamant sa tete et brandissant des affiches clamant "La democratie est bafouee, dictateurs" ou "Je refuse d'embrasser le derriere d'un separatiste" (La Presse 17 juin, B1). Plus la controverse prendra de l'ampleur, plus le Ottawa Citizen demandera au Conseil d'administration d'expulser Levine, afin de mettre un terme a la crise qui resultait, selon ce journal, du seul comportement de Levine, c'est-a-dire de son retils d'afficher son orientation politique. Malgre le maintien de la decision du Conseil d'administration de l'Hopital et l'appel au calme du Premier ministre du Canada, une cinquantaine de citoyens, membres d'un regroupement nomme Solidarite Canada Solidarity, poursuivent leurs manifestations devant le Parlement de l'Ontario jusqu'a la fin juin en clamant que Levine est "l'homme le plus deteste au Canada" (La Presse 30 juin 1998, E8; Ottawa Citizen 29 juin 1998, C2 et C8).

Ce desir d'expulsion prend son sens dans le contexte politique de la ligne dure (ou Plan B) du gouvernement federal durant cette periode. Il temoigne de la "fatigue" et du sentiment de "revanche" qui ont mene a une politique d'intransigeance envers le Quebec, pendant la campagne referendaire et apres le Referendum de 1995, comme l'ont souleve plusieurs analystes politiques des rapports Canada-Quebec (Sarra-Bournet 1995; Lacombe 1998; Noel 2000).

CONCLUSION

Cet article a montre que les relations entre les deux communautes linguistiques au Canada et en Belgique n'evitent pas la rhetorique raciste, tout en niant generalement qu'il puisse s'agir d'autre chose que de faits objectifs qui naissent au coeur d'une aimable rivalite. Notre analyse a permis de constater un certain parallellisme dans l'utilisation des mecanismes racisants au sein des discours mediatises des differentes parties, lors des faits divers survenus au Canada et en Belgique. Ce constat est plus apparent dans le cas belge, ou l'on denote un meme usage, a des degres variables, de tous les mecanismes classiques du discours raciste, alors que dans le cas canadien, la presse francophone et anglophone analysee est beaucoup plus divisee: on denote la presence de tous les mecanismes de la rhetorique raciste dans le Ottawa Citizen, alors que le Gazette, Le Devoir, et La Presse reagissent a cette affaire en evitant generalement de reprendre les categories du racisme, voire en adoptant une rhetorique antiraciste, sauf dans quelques lettres de lecteurs et discours de differents acteurs, rapportes par ces journaux. Ceci est peut-etre attribuable a la division ideologique qui traverse la societe quebecoise--ou le federalisme et le souverainisme sont des options politiques tout aussi legitimes--et qui contribue sans doute a une certaine vigileance critique des medias dans la couverture des evenements (et faits divers) aux couleurs politiques.

En Belgique, l'epoque des heurts violents entre communautes, ou les Wallons etaient expulses de l'Universite catholique de Louvain aux cris de Walen buiten (Wallons dehors), est certes revolue. Cependant, tant a l'occasion de faits divers benins qu'en ce qui concerne les problemes economiques ou sociaux (la rationalisation du rail, la regionalisation de l'aeroport, ou de la securite sociale), les clivages linguistiques resurgissent de part et d'autre. Ceux-ci se manifestent via un discours racisant qui divise irremediablement Flamands et francophones jusque dans des conflits de niveau paroissial.

Au Canada, l'affaire Levine doit etre resituee dans le contexte politique plus large de cette periode postreferendaire, particulierement propice aux derapages. Un ensemble de conditions politiques paraissaient reunies pour permettre au Ottawa Citizen, et a une certaine population hostile, de depeindre David Levine comme un traitre et un ennemi de la nation canadienne, de vouloir lui refuser toute liberte d'opinion et tout rapport social par l'exclusion, et de croire qu'il ferait souffrir d'injustice les citoyens federalistes et donnerait des privileges aux francophones en devenant directeur d'un hopital. Paradoxalement, les arguments universalistes ont servi dans cette affaire a des fins de delegitimation de l'Autre. Les principes de la Charte canadienne des droits et libertes, au fondement de la nation et du federalisme canadiens, ont ete "inverses" pour montrer leur face la plus sombre. Ceux qui, lederalistes ou souverainistes, ont defendu David Levine, les libertes d'expression et d'opinion, la legitimite de l'option souverainiste dans une democratie, le bilinguisme, et le statut du francais au Canada ont ete suspectes et accuses d'etre des traitres, des souverainistes et des "faux canadiens," qui veulent detruire le Canada par leurs aspirations antidemocratiques, irrationnelles, ethnicistes, ou immorales. Dans cette rhetorique, les libertes ont ete soumises a l'integrite territoriale, aux preuves de loyaute envers le Canada et a la legitimite morale du federalisme.

On retrouve donc dans les discours anti-Levine cites des elements reifies de l'identite nationale et une inversion des valeurs democratiques et principes constitutionnels auxquels, paradoxalement, ces citoyens semblent etre attaches. En effet, ces elements sont deformes par la peur d'une destruction du Canada et par la recherche d'un bouc emissaire, pour donner sens a une situation complexe a travers des images simplifiees et abusives de "ce qui va mal." Ils renferment dans l'ensemble les principaux mecanismes du racisme, aussi presents, explicitement et implicitement, dans les propos revanchards sur les "votes ethniques" et l'argent de l'ex-Premier ministre du Quebec, Jacques Parizeau, le soir du Referendum de 1995. De meme, les Belges, qui s'autoproclament pacifistes et tolerants, refusent de se voir en miroir, comme pratiquant entre eux une rhetorique qu'il faut bien, en fin d'analyse, considerer comme raciste.

Ces faits divers mettent en contradiction l'autoperception de democratisme, d'universalisme et de tolerance que se font d'eux-memes les Canadiens et les Belges des deux groupes linguistiques, et font ressortir les difficultes de l'antiracisme. Ils montrent comment les rhetoriques racistes et antiracistes, qui puisent a meme les arguments universalistes et democratiques, se font echo et s'annulent, bien souvent.

NOTES

(1.) Il s'agit des rapports historico-politiques entre francophones et anglophones au Canada et entre Flamands et francophones en Belgique. Les rapports avec les Autochtones au Canada, et les germanophones en Belgique, ne font pas partie de l'analyse.

(2.) Une commune a facilites est une commune officiellement unilingue ou l'on permet toutefois a des habitants qui ne relevent pas du regime linguistique officiel d'etre traites dans leur langue au plan administratif et scolaire. Ceci se limite au francais et au neerlandais et a des droits strictement personnels (voir Witte 1993, 189-95; Koppen, Distehnans, and Janssens 2002), 22-25.

(3.) David Levine a ete directeur du Centre hospitalier de Verdun pendant dix ans, president de l'Association quebecoise des directeurs d'hopitaux, enseignant en administration de la sante a l'Universite Concordia, et directeur de l'Hopital Notre-Dame entre 1992 et 1997. Il a ete candidat du Parti quebecois en 1979, puis delegue general du Quebec a New York.

(4.) The media did not invent the generalized fear and resentment, but they did exacerbate these emotions and establish their flimsy connection to Levine, R. Marlin (1998), 156. There was incitement (by the medias), but there was also a set of pre-existing attitudes that were surprisingly receptive to such incitement (ibid.), 15.

(5.) Notons que la plupart des analyses critiques des discours sur le racisme, l'antisemitisme et les prejuges se sont interessees aux discours dominants portant sur les Juifs, les immigrants et les minoritaires issus de l'immigration, ainsi qu'au role que jouent ces discours dans le maintien ou la reproduction des relations de pouvoir et des prejuges. A notre connaissance, aucune n'a porte sur les rapports entre majorites et minorites dites nationales.

(6.) Par exemple, pas plus tard que le 29 octobre 2003 dernier, l'Assemblee nationale du Quebec adoptait a l'unanimite une motion reaffirmant que le peuple quebecois forme une nation, en reponse au rejet, par les deputes federaux, d'une motion semblable presentee a la Chambre des communes a Ottawa par le Bloc quebecois, mais qui abordait aussi l'entente sur l'union sociale et le droit de retrait (La Presse, 30 octobre 2003), A5. La non-reconnaissance du peuple quebecois comme nation par le Reste du Canada est un enjeu pollitique et historique majeur qui teinte les rapports Canada-Quebec.

(7.) Le Canada adopte sa Politique sur le Multiculturalisme en 1971 et sa Loi sur le Multiculturalisme en 1988.

(8.) Le Canada est officiellement bilingue, alors que la Belgique l'est socialement (diglossie). Le Canada adopte en 1969 la Loi sur les langues officielles afin d'assurer une representation egalitaire des deux langues et de favoriser l'acces des francophones aux postes de la fonction publique federale, bien que l'Acte de l'Amerique du Nord britannique (1867) specifiait deja que les institutions federales devaient etre bilingues et les documents officiels, publies dans les deux langues (see K. McRoberts, 1995)

(9.) Le caractere multinational du Canada (Kymlicka, 1995) n'est ni reconnu officiellement, ni assume politiquement, car seuls les Autochtones sont consideres comme des nations a l'article 27 de la Constitution.

(10.) En garantissant l'egalite aux individus de langue francaise, selon Jenson (1998:240) ils n'auraient plus droit a aucune autre distinction, puisqu'ils jouiraient du meme traitement accorde a tous les autres Canadiens. N'etant pas reconnu comme nation, le Quebec est considere comme un ensemble d'individus parlant francais, une abstraction numerique, une minorite ethnique (Meisel, Rocher, et Silver, 1999) ou un rapport demographique singulier (Bourque et Duschastel, 1996).

(11.) Nous utilisons parfois les termes globalisants de Quebec ou de Quebecois (qui referent a tous les habitants du territoire du Quebec) et de Canada anglais (qui renvoie au Reste du Canada ou ROC) afin de simplifier le texte et de faciliter la comprehension, meme si le Quebec et le ROC sont loin d'etre des entites homogenes. Cependant, l'opposition ideologique entre souveramisme quebecois et federalisme canadien participe a cette dynamique entre deux societes globales (S. Lacombe, 1998). Le federalisme est sans conteste l'option politique dominante au Canada anglais, malgre des points de vues diversifies sur la Question du Quebec chez les intellectuels, alors que la societe quebecoise est nettement plus divisee a cet egard, comme en temoignent les resultats du Referendum de 1995 et l'existence de medias federalistes et souverainistes.

(12.) A Montreal, ou se concentraient 85 percent de l'immigration, 90 percent des enfants de parents immigres (allophones) etudiaient a l'ecole anglaise jusqu'aux annees 1960 (Rioux 1987), 158.

(13.) Le francais est la langue d'enseignement dans les classes maternelles, les ecoles primaires et secondaires des commissions scolaires et les etablissements d'enseignement prives declares d'interet public ou reconnus pour fins de subventions. Les reseaux de l'enseignement collegial et universitaire, de meme que celui de l'enseignement prive non subventionne, ne sont pas soumis aux dispositions de la Charte. La Loi 101 va exercer un renversement complet de la situation en matiere de frequentation scolaire:80 percent des eleves allophones frequentent maintenant l'ecole francaise au primaire et au secondaire.

(14.) Des dispositions de la Charte precisent que les nations autochtones peuvent choisir leur langue d'enseignement et ont acces a des services sociaux et de sante dans leur langue. La communaute anglo-quebecoise jouit d'acquis historiques et dispose d'un reseau scolaire, d'institutions de sante et de services sociaux et d'etablissements post-secondaires anglophones.

(15.) Un enfant est admissible a l'ecole anglaise au Quebec si lui-meme, l'un de ses parents ou son frere ou sa soeur ont recu la majeure partie de leur enseignement primaire ou secondaire en anglais au Canada. Tout nouveau venu au Quebec devra frequenter une ecole (primaire ou secondaire) de langue francaise, sauf pour certaines exceptions (enfants handicapes, et ceux dont les parents ne resident que temporairement au Quebec). L'enseignement recu dans un etablissement prive de langue anglaise au Quebec ne constitue pas tin critere d'acces a l'enseignement public en anglais (Office de la langue francaise, Reperes et jalons historiques, Gouvernement du Quebec, http://www.oqlf.gouv.qc.ca [mise a jour 29 avril 2003]).

(16.) Journaliste au le Globe and Mail, interroge a l'emission Le Point de Radio-Canada, le 11 septembre 1997. Cette psychose post-reterendaire trouve ses sources dans une serie d'evenements qui ont renforce la division entre deux visions nationales:echec de l'Accord du Lac Meech (1990);fondation du Bloc quebecois en 1990;commission Belanger-Campeau; negociations in extremis de l'Accord de Charlottetown (1992) et son rejet par la population canadienne;election massive de deputes du Bloc quebecois a la Chambre des communes en 1993, puis du Parti quebecois a Quebec, en 1994;Reterendum de 1995 sur la souverainete du Quebec, et la quasi-egalite des deux options (50,4 percent Non contre 49,6 percent Oui);montee du mouvement partitionniste chez les lederalistes du Quebec, etc.

(17.) En plus des propos sur les votes ethniques et l'argent de Jacques Parizeau, ex-Premier ministre du Quebec, plusieurs derives ont occupes l'espace public entre 1995 et 1998 dans le ROC, derives qui n'ont pas emergees des milieux populaires et qui ne se sont pas limitees a quelques sorties publiques de personnalites polemistes notoires (ex. Mordecai Richler) ou d'extremistes (ex. le Mouvement de liberation nationale du Quebec, de Raymond Villeneuve) (Potvin 1999, 2000, 2001). Elles ont ete avant tout le fait d'experts, de politiciens et de journalistes qui ont suscite d'importantes controverses. Rappelons, par exemple, les memos et le profil psychologique de Lucien Bouchard du psychiatre Vivian Rakoff;la biographie de Lucien Bouchard du journaliste Lawrence Martin;la sortie de l'ancien ministre federal de l'Immigration, Gerry Weiner, sur les politiques d'immigrations quebecoises, taxees de racistes;les ouvrages, editoriaux, et articles de Diane Francis au The Financial Post, qui a mene une vaste campagne de promotion du partitionnisme et de delegitimation du separatisme quebecois;les positions du ministre federal Doug Young, qui signalait au depute souverainiste Osvaldo Nunez a la Chambre des Communes qu'en tant qu'immigrant, il devrait se trouver un autre pays au lieu de venir detruire le Canada. Le contexte se caracterisait aussi par une nazification des souverainistes dans les lettres de lecteurs et sur internet, et par les blagues racistes sur les francophones de Howard Stern, a la radio CHOM-FM de Montreal. Si, durant cette periode, les discours marginaux semblaient avoir fait place a une opinion plus repandue et a une violence verbale suffisamment repetitive pour que le probleme ne soit plus juge secondaire, il est difficile de savoir dans quelle mesure ces derapages ont ete representatifs de l'opinion publique au Canada anglais.

(18.) Ce mouvement debute en 1995 avec la parution du livre Partition de Bill Shaw. En 1996, la partition est l'objet d'une conterence organisee a l'Universite McGill, ou le ministre Stephane Dion reaffirme que si le Canada est divisible, le Quebec l'est aussi. Rapidement, le Comite quebecois pour le Canada mobilise des citoyens et fait adopter des resolutions pour rester Canadiens par un ensemble de municipalites du Quebec. Aujourd'hui, le debat sur la partition, ainsi que la question linguistique, hantent a nouveau le debat sur les defusions des petites municipalites qui ont ete integrees aux grandes villes sous le gouvernement pequiste.

(19.) Cette strategie du Plan B s'est caracterisee par une mise en doute systematique des verites incontestables partagees par plusieurs Quebecois (souverainistes et federalistes), notamment: 1) la legalite de la secession et l'idee du droit a l'autodetermination du Quebec (campagne devant la Cour supreme, Arret de la Cour supreme du 20 aout 1998);2) l'integrite territoriale du Quebec (ou sa divisibilite): certains parlent de partition du territoire et de guerre civile, remettent en question l'acquisition de l'Abitibi et de l'Ungava par le Quebec lors de son entree dans la Confederation, et pronent le droit des citoyens (ou des municipalites) de rester rattaches au Canada (mouvement partitionniste et sa legitimation par le gouvernement federal); 3) la legitimite de la majorite des votes etablie a 50 percent plus un pour proclamer l'independance, qui suscite un debat autour d'une barre acceptable dans les cas de referendums sur la secession de territoires; 4) la reconnaissance du Quebec comme peuple, nation, foyer de culture francaise, entourant notamment la signature de la Declaration de Calgary (1997).

(20.) Ik vind het uiteraard onterecht. Wij (Vlamingen nvdr) zijn al een minderheid (in Wezembeek-Oppem). Wij worden langs aile kanten gediscrimineerd (De Standaard 28 decembre 2002).

(21.) Jos Verstraeten noemt zijn afzetting 'een slag in het gezicht van de Vlamingen', (De Standaard 28 decembre 2002).

(22.) Graham Fraser est aussi a journaliste au le Globe and Mail.

(23.) De Franstaligen riepen bovendien luid. Zij kregen steun van de burgemecster Francois Van Hoorbrouck (MR), notoir voorstander van de faciliteiten (...) (De Standaard 4 janvier 2003).

(24.) Certains analystes ont fait ressortir, dans d'autres discours d'intellectuels ou de journalistes du reste du Canada, certaines representations negatives des souverainistes et de leurs elites (voir notamment Francis, 1996 et Johnson, 1991): manipulateurs, faussaires habiles, avides de pouvoir, capables d'obtenir la complicite des medias francophones, d'aliener la population du Quebec et d'obtenir une legitimite politique par un complot, une conspiration et une desinformation bien orchestres. Ils sont soupconnes d'antidemocratisme, de masquer la realite, d'etre irrationnels, de conduire la population quebecoise dans un projet sans objectivite materielle, de cacher leurs interets de classes, leurs intentions racistes et leur intolerance a l'egard de certains groupes (Siegel 1976; Denis 1993; Lacombe 1998; Sarra-Bournet 1995; McRoberts 1993; Potvin 1999, 2000, 2001).

(25.) Cette analogie est apparue dans d'autres derapages survenus entre 1995 et 1998 (Potvin op. cit).

(26.) Propos de Wade Wallace, directeur du groupe federaliste Solidarite Outaouais Solidarity (SOS), rapportes dans Le Devoir, l'opposition a l'embauche de Levine s'amplifie (20 mai 1998), A10.

(27.) Propos de Aubrey Trenholm, une manifestante de ce regroupement, citee dans La Presse, David Levine est la cible d'attaques verbales (30 juin 1998), ES;Ottawa Citizen, Group wants Levine to resign (29 juin 1998), C2; Anti-Levine protesters picket another hospital trustee (29 juin 1998), C8.

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Author:Potvin, Maryse; Morelli, Anne; Mettewie, Laurence
Publication:Canadian Ethnic Studies Journal
Geographic Code:4EUBL
Date:Sep 22, 2004
Words:17615
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