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Agir contre la pauvrete dans une ville de taille moyenne : les representations des intervenants locaux (1).

Abstract

This article presents some of the data gathered during the research phase or a local roundtable on poverty. Informants were asked about their vision of the causes of poverty and of the ways to eliminate it. Causes were seen as belonging to two categories: collective (or structural) and individual causes, the latter being understood as more accessible and, hence, as more pertinent to the informants' work. The answers to questions about the means to be used in trying to eliminate poverty were much less clear bur were also dichotomized in individual and collective means. Taken together, causes and tools made a coherent whole, bur were quite similar to those proposed by the Quebec state, which is somewhat surprising coming from people quite critical of that State and seeing themselves as belonging to "civil society." They were remarkable by their silence about politics and it is quite possible that this indicates a disillusion about political struggles and a scepticism about the real possibility of ending poverty.

Keywords: framing, poverty, community organizations, Quebec

Resume

Cet article rend compte d'une recherche entreprise aupres d'intervenants participant a une table locale de concertation sur la lutte a la pauvrete. Son objectif etait de voir comment ces personnes concevaient les causes et les moyens de la lutte a la pauvrete. Les informateurs rangent les causes en deux categories : structurelles ou collectives, d'une part, et individuelles, d'autre part, celles-ci prenant souvent le pas sur les premieres parce que plus accessibles. Nous les avons aussi interroges sur les solutions a apporter a la pauvrete. Les reponses sont beaucoup moins claires, mais sont, elles aussi, concues comme distinguant les moyens collectifs des moyens individuels. Bien que causes et moyens soient coherents et forment une vision complexe et subtile de la lutte a la pauvrete, il est frappant de constater que les conceptions de ces personnes, dont la plupart se voient comme formant la << societe civile >>, ne se distinguent guere de celles proposees par l'Etat quebecois. Elles sont aussi marquees par un silence quant a la place du politique, ce qui semble signifier que nos informateurs, malgre les critiques qu'ils peuvent falte a l'Etat, ne voient guere de pertinence a la lutte politique et sont sceptiques quant a la possibilite d'eliminer la pauvrete.

Mots cles : interpretation, pauvrete, organisations communautaires, Quebec

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La lutte a la pauvrete est un bel exemple des difficultes a agir sur les facteurs qui modelent les changements de nos societes. En effet, elle est un enjeu national, surtout depuis que la promulgation en decembre 2002, par l'Assemblee nationale du Quebec, de la Loi 112 sur l'elimination de la pauvrete et de l'exclusion sociale a fait de la lutte a cette forme particuliere d'inegalite un objectif social et politique devant encadrer les actions de l'Etat quebecois. Cependant, l'evolution des politiques publiques et, surtout, de la gouvernance sociale favorise une action par le milieu local, ce dont temoignent les diverses politiques municipales de developpement social que preparent plusieurs villes quebecoises. Si l'action par l'Etat central peut aisement se concevoir, car elle s'inscrit dans la foulee des annees d'Etat-providence, celle par les milieux locaux a plus de difficulte a etre envisagee par les diverses personnes concernees, qu'elles soient du milieu politico-administratif municipal ou qu'elles appartiennent a la societe civile. Explorer certains aspects de cette localisation est l'objet de ce texte. Apres avoir aborde les questions theoriques sous-jacentes a une etude de la lutte locale a la pauvrete, nous presenterons quelques-unes des dimensions structurant la representation que se font, des pauvres et de la pauvrete, les participants a une table locale de concertation. La section finale reflechira sur ces dimensions et sur la part minime qu'y occupent les questions politiques.

L'interrogation fondamentale de cette recherche etait : comment ces personnes voient-elles les causes et les moyens de la lutte a la pauvrete? Il ressort de leur discours que les informateurs rangent les causes en deux categories : structurelles et collectives, d'une part, et individuelles, d'autre part, celles-ci prenant souvent le pas sur les premieres parce que plus accessibles. Nous avons aussi pose des questions sur les solutions a apporter a la pauvrete. Les reponses alors sont beaucoup moins claires, mais sont, elles aussi, concues comme distinguant les moyens collectifs et les moyens individuels. Bien que causes et moyens soient coherents et forment une vision complexe et subtile de la lutte a la pauvrete, li est frappant de constater que les conceptions de ces personnes, y compris de celles qui se voient comine ancrees dans la << societe civile >>, ne se distinguent guere de celles proposees par l'Etat quebecois. C'est surtout le cas des moyens a envisager pour reduire la pauvrete. Ces representations sont aussi marquees par un silence quant a la place du politique, ce qui semble signifier que nos informateurs, malgre les critiques qu'ils peuvent falte a l'Etat, ne voient guere de pertinence a la lutte politique.

Bien que l'impact veritable de la Loi 112 se laisse encore attendre, on peut d'ores et deja voir que ses modalites de materialisation se mouleront aux tendances dominantes des politiques sociales (Ulysse et Lesemann 2004, 187-220). Cela risque de lui retirer beaucoup de son potentiel innovateur; d'un autre cote, on peut penser qu'elle arrivera ainsi a s'inserer plus harmonieusement dans les processus administratifs et legislatifs, ce qui est evidemment necessaire pour une loi-cadre. Cependant, on aurait tort de croire que la lutte a la pauvrete peut se limiter a cette activite legiferante, ainsi que le reconnait d'ailleurs le Collectif pour un Quebec sans pauvrete qui fut au coeur de la mobilisation ayant mene a l'adoption de la Loi 112 (Collectif 2004a). D'une part, rien ne garantit qu'une loi soit appliquee; a preuve, il fallut attendre longtemps pour que soit promulgue le Plan d'action gouvernemental identifiant les mecanismes d'application de la loi-cadre (li fut lance en avril 2004, soit 11 mois apres la date fixee par la Loi 112). D'autre part, il est probable que les mecanismes d'application modifieront, reduiront ou reinterpreteront les principes enonces, surtout si le parti au pouvoir a change entre-temps et qu'il se montre moins convaincu que le precedent de la pertinence d'une telle loi (Collectif 2004b).

Le principal reste toutefois que les lois et les reglements n'ont pas d'efficacite par eux-memes. Ils n'ont que celle que leur conferent les personnes et les organisations qui les font passer des paroles aux actes. La lutte a la pauvrete et a l'exclusion est un enjeu social et politique qui depasse la stricte sphere juridique; en consequence, elle seta influencee par les dynamiques de transformation des rapports sociaux, ce que Dufour (2004) a bien montre a propos de la mobilisation ayant mene a l'adoption de la Loi. Le present texte explore quelques-unes de ces dynamiques. Il est motive par l'idee qu'un des processus fondamentaux en cours est l'importance renouvelee de la dimension locale et localisee de la gestion du social.

Ceci se distingue de la periode de l' << age d'or >> providentialiste (Esping-Andersen 1994), ou l'Etat-nation etait le point de reference essentiel et l'echelle premiere de la mise sur pied de l'action sociale (Saraceno [dir.] 2002) En consequence, qui veut comprendre la lutte a la pauvrete ne peut plus se contenter d'en observer les lois et reglements nationalement enonces, mais devra considerer << le terrain >>, c'est-a-dire le palier local et micro-social.

A cette echelle, certaines dimensions frequemment negligees par l'analyse macro-sociale deviennent incontournables. L'action empiriquement observable se module non seulement selon des determinants structurels, mais aussi selon la facon dont les acteurs analysent leur situation, dechiffrent les conjonctures, identifient des objectifs a atteindre, distinguent le possible et l'inaccessible et choisissent les moyens qu'ils considerent pertinents, bref, selon des cadres d'interpretation de la realite sociale (Benford et Snow 2000). C'est d'ailleurs ce qui fait d'eux des acteurs sociaux plutot que de simples porteurs de structures, car c'est ainsi qu'ils realisent leur potentiel creatif. La vie sociale est alors non une reproduction mecanique, mais une creation permanente basee sur la reflexivite des acteurs (Beck et al. 1994) et impliquant la construction et l'usage de moyens intellectuels et discursifs. Ce texte presente quelques-uns des outils << culturels >> de nos informateurs et informatrices, c'est-a-dire des concepts, representations et cadres analytiques mobilises dans l'action. Il met en evidence les representations que se font, des pauvres et de la pauvrete, des intervenants qui oeuvrent quotidiennement dans ce champ de l'action sociale.

Arriere-plan theorique : le retour de la question sociale

Relever que les modifications des societes capitalistes avancees impliquent une << metamorphose >> de la question sociale (Castel 1995) est devenu un lieu commun. L'epuisement de l'Etat providentialiste tel qu'on l'avait connu pendant le fordisme n'en finit pas de produire des consequences dont on decouvre quotidiennement l'ampleur. Mais au-dela de l'Etat, c'est la societe qui change. L'epuisement des politiques keynesiennes qui se manifeste, entre autres, par l'accentuation des cycles economiques, n'arrive plus a masquer l'augmentation des ecarts de revenu, qui ont inverse la lente diminution qu'ils avaient connu pendant les annees de gloire de l'Etat-providence. Une des consequences en est l'apparition et la relative generalisation d'un chomage de longue duree touchant des fractions importantes de population (Parodi et al. 2000, 90-100). De plus en plus, on parle d'exclusion du marche du travail; ceci signifie que la division entre ceux et celles qui participent a des degres divers a la production de richesse, d'une part, et les personnes qui se retrouvent plus ou moins durablement en-dehors des circuits marchands d'utilisation de la force de travail, d'autre part, deviendra un trait structurant des rapports sociaux (Touraine 1991; Gans 1995).

Simultanement, les changements dans les processus productifs, que designe le terme de mondialisation, influencent eux aussi les modalites de l'inegalite sociale, en particulier pour leur donner une dimension spatiale d'importance renouvelee. Ce sont des localites entieres, voire des regions, qui se retrouvent marginalisees a cause de leur eloignement des marches dynamiques, de leur peu de connection aux canaux par ou circulent les biens, les services et les innovations et de leur dependance a des industries produisant peu de valeur ajoutee (Polese et Shearmur 2002). L'espace, c'est-a-dire la localisation, est ainsi un facteur fondamental de l'inegalite. Le territoire national n'est pas une surface plane et homogene; il est au contraire un espace differencie et hierarchise. Il est aussi un espace hierarchisant, ce que l'ideologie des droits sociaux egalitaires inherente a l'Etat-providence avait neglige pendant longtemps, car elle impliquait une certaine homogeneite citoyenne.

Dans un tel contexte, rien de surprenant a voir que les caracteristiques des populations pauvres ont change (Saunders 2005). Plus jeune, plus feminine, plus scolarisee, plus travailleuse, la << nouvelle pauvrete >> est fort differente de celle pour laquelle avaient ete formulees les politiques beveridgiennes (2). Cette pauvrete manifestant des inegalites nouvelles et, semble-t-il, croissantes devient non seulement un probleme, mais surtout un enjeu parce qu'elle contredit le credo democratique sur lequel est bati le consensus national (Jenson et Hassenteufel [dir.] 2001; Bauvais et Jenson 2002). Cette contradiction entre les droits sociaux conquis sous l'Etat keynesien (et en partie grace a lui) et la realite de la permanence de l'inegalite de chances et de conditions exige des modalites differentes de gestion du social.

La dominante de cette nouvelle regulation est la flexibilite, non seulement dans l'organisation du travail (Commission europeenne 2001; Hirst et Zeitlin 1991), mais aussi dans l'elaboration des politiques sociales. Celles-ci privilegient les << mesures actives >> (Mingione 2003; Bonvin et Moachon 2004) qui reposent sur un contrat entre l'individu et la societe s'articulant autour de l'insertion dans le marche du travail comme modalite premiere de sortie de la pauvrete. Puisque, considere du point de vue des acteurs, ce marche du travail est d'abord a petite echelle, la question de l'adaptation des politiques a la vie quotidienne immediate sera centrale. C'est ce qu'on pourrait appeler leur localisation, c'est-a-dire la prise en compte des caracteristiques particulieres et differenciees de la structure des emplois. Symetriquement, il faudra developper chez les personnes les competences demandees par le marche du travail local, ce qui se manifeste par une proliferation de programmes d'employabilite visant a produire chez les individus les traits et les comportements necessites par la situation d'emploi (Ulysse et Lesemann 2004, 88-93).

Cependant, l'insertion ne peut se falte uniquement par l'acquisition de competences techniques, c'est-a-dire utilisable une fois qu'on est en situation d'emploi, car encore faut-il occuper un emploi. C'est pourquoi il faudra responsabiliser les personnes, en faire les entrepreneurs de leur propre vie (Boltanski et Chiapello 1999, 139-147) afin de les dynamiser et de les eloigner de la dependance et de la passivite qui sont vues comme des problemes decoulant de l'Etat-providence (Lovering 1998). En d'autres termes, il faut renforcer les capacites personnelles a se prendre activement en charge, ce qu'on designe generalement comme empowerment individuel (Ninacs 2002). Cela sous-entend evidemment qu'il soit possible de se prendre en charge, ce que rien ne garantit : certaines personnes peuvent en etre incapables, soit pour des raisons qui leur sont exterieures (politiques, sociales, culturelles, etc.), soit a cause de facteurs personnels (maladies, incapacites diverses, etc.).

L'action sur la pauvrete se trouve donc a la rencontre de deux types de facteurs dont le croisement donnera ses particularites a l'intervention. Certains relevent des particularites de la communaute locale ou regionale : conjoncture de l'economie, caracteristiques demographiques, evolution du marche de l'emploi, etc. Ils ont comme trait commun de toucher aux relations entre personnes et d'impliquer plusieurs individus. Appelons-les des traits collectifs. D'autres facteurs sont individuels et ont trait soit aux particularites propres des personnes (age, genre, etc.), soit a leurs particularites comportementales.

S'il faut donner des capacites aux pauvres, il faudra donc parvenir a identifier ces facteurs. Qui sont, que sont ces pauvres? Qu'est-ce que cette pauvrete qui les definit? Comment concoit-on ses causes? Quels moyens se donne-t-on pour la contrer? Quelle place y ont les pauvres? Sont-ils actifs? Passifs? Sont-ils des objets manipules par des experts es pauvrete, ou bien des citoyens parties prenantes (stakeholders) de la situation? Tout cela montre l'importance des categories analytiques utilisees pour concevoir la situation. Ce sont elles qui indiqueront les causes de la pauvrete concrete, ce qui est indispensable a l'identification des rnoyens a prendre pour tenter de la diminuer. Cette division entre causes et moyens est trop grossiere pour couvrir l'entierete du sujet, mais elle simplifie la situation et permet de tracer un champ general de l'intervention sur la pauvrete. On peut donc la considerer comme un cadre interpretatif, une facon de concevoir la situation et de lui donner un sens.

La question veritable est evidemment de chercher a voir si causes et moyens sont coherents, ce qu'il faut aborder horizontalement, en mettant en relation causes collectives et causes individuelles, autant que verticalement, en reliant causes (individuelles ou collectives) et moyens (individuels ou collectifs). Pour atteindre cet objectif, il est temps de donner quelques indications methodologiques generales expliquant comment ont ete colligees les donnees que presenteront les sections suivantes. Celles-ci se mouleront au cadre interpretatif utilise par nos informateurs et, apres avoir presente les causes collectives, nous illustrerons brievement les moyens collectifs qu'ils ont identifie. Les sections suivantes presenteront les causes individuelles, pour se poursuivre par les moyens individuels de la lutte a la pauvrete. En conclusion, nous verrons quelles sont les lecons qu'on peut tirer de ces informations; nous insisterons plus particulierement sur l'adequation des moyens et des causes.

Methodologie

L'enquete fut effectuee dans une ville moyenne en region peripherique : Chicoutimi au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette region-ressource majoritairement urbaine se caracterise par un declin de sa base industrielle regionale reposant traditionnellement sur l'exploitation forestiere, les mines et les entreprises venues s'y installer pour profiter d'une hydro-electricite abondante et bon marche. Elle a de la difficulte a operer la transition vers une economie plus diversifiee, moins basee sur la grande entreprise, a s'ouvrir sur une economie du savoir et a etre plus branchee sur les circuits mondiaux (Polese et Shearmur 2002), ce dont temoignent, par exemple, la tres faible proportion d'immigrants, le taux de chomage eleve, le solde migratoire negatif et le relatif faible taux de la participation feminine au marche du travail (Hebert et Hamel [dir.] 2004). Cette localisation du lieu de l'enquete entraine certaines consequences facilement perceptibles. Des aspects frappants de la situation montrealaise ne sont guere pertinents au Saguenay, en particulier en ce qui a trait a la dimension ethnique, si importante lorsqu'il s'agit des villes centrales nord-americaines (Lash 1994). Par contre, d'autres questions vont structurer le contexte, dont la (re)qualification de la main-d'oeuvre inherente a la transition des structures productives, la place des femmes sur le marche du travail et le declin demographique. Ces particularites signifient que les donnees recueillies, bien qu'elles ne puissent surement pas etre generalisees mecaniquement a l'ensemble des villes moyennes du Quebec, sont sans doute assez typiques de la situation de plusieurs villes moyennes situees dans les regions dites << ressources >>.

Pour aborder la lutte locale a la pauvrete, nous avons etudie la Table de concert-action sur la lutte a la pauvrete de Chicoutimi mise sur pied en 1999. Les participants a cette table varient, mais ils sont generalement une vingtaine a se reunir environ a toutes les cinq semaines. Ils proviennent tres majoritairement du secteur communautaire; On y retrouve aussi des representants d'associations de gens d'affaire, de l'administration municipale et de certains ministeres publics, mais de facon plus ponctuelle et generalement plus breve. Ce n'est donc pas leur agenda qui domine et le << milieu communautaire >>donne tres nettement le ton des reunions (3).

Les entrevues ont ete effectuees a l'hiver 2005 et il est clair qu'elles sont marquees par la conjoncture nationale et locale prevalant a ce moment. Comme on s'en rappellera, l'hiver 2005 a vu une importante vague de contestation etudiante s'opposant aux coupures gouvernementales dans le programme de prets et bourses, mouvement de masse se conjuguant a une grogne generalisee des employes de l'Etat mecontents de la lenteur des negociations de leurs conventions collectives. On le verra, les references faites par nos informateurs aux enjeux de l'education dans la << production >> de la pauvrete sont tres probablement le fruit de ce contexte. Par ailleurs, la morosite economique regionale a surement influence nos repondants; le passe recent a en effet vu quelques spectaculaires fermetures d'usines ayant mene a despertes nettes d'emplois (4), ce qui renforce l'impression que l'avenir economique regional est sombre et sans issue favorable.

Nous avons effectue onze entrevues semi-dirigees avec des personnes participant a la Table de concert-action ainsi qu'avec quelques autres qui y ont participe dans un passe recent. Elles ont ete choisies pour leur connaissance des activites de la Table et parce qu'elles proviennent des divers horizons sociaux qui y participent. La majorite (6 personnes) appartiennent a des organismes communautaires, les autres provenant d'organismes provinciaux (4 personnes) ou municipal (1 personne). Cette repartition ne reproduit pas la composition de la Table, ou le secteur communautaire est proportionnellement plus important. C'est que nous voulions voir comment se distinguait les representations en fonction de la provenance organisationnelle. Puisque, contrairement a ce que nous pensions, celle-ci semble ne semble pas produire de differences importantes entre les points de vue, nous les traiterons globalement.

L'intention de cette recherche qualitative est d'identifier les categories endogenes utilisees par les intervenants pour analyser et donner un sens a la conjoncture economique. La voie privilegiee pour parvenir a cette comprehension etant l'entretien (5), la suite de ce texte consistera en une presentation critique des representations des acteurs et ne vise pas a faire un bilan ou une evaluation de leur pratique. Il ne faut evidemment pas croire que tous les participants a la Table partagent egalement les points de vue dont nous rendons compte, ni que notre presentation epuise la complexite de la pratique des acteurs.

Les dimensions collectives

Le regroupement inductif des causes collectives de la pauvrete identifiees par nos repondants fait apparaitre trois categories, les causes economiques, les causes politiques et les causes culturelles. Au nombre des causes economiques mentionnees par les informateurs, on retrouve le mauvais partage de la richesse et la structure capitaliste qui se caracterise par une accumulation du capital a outrance. La fermeture des entreprises en region a aussi ete mentionnee par plusieurs d'entre eux. Pour leur part, les causes politiques enumerees relevent essentiellement de l'insuffisance des programmes et des actions de l'Etat, en particulier le financement insatisfaisant et les coupures budgetaires effectuees pendant les dernieres annees. Par exemple, le regime de prets et bourses etudiants est considere insuffisant. Les autres causes politiques identifiees par les informateurs ont ete le sous-financement du systeme d'education, les lois et les programmes sociaux incoherents, une fiscalite qui appauvrit les personnes en situation de pauvrete et le silence des divers paliers gouvernementaux sur l'evolution de la pauvrete. Les causes culturelles identifiees insistent sur l'image du pauvre souvent vehiculee par les medias, qui reproduisent les prejuges envers les personnes en situation de pauvrete. De plus, l'individualisme ambiant, qui fournit une toile de fond aux valeurs dominantes, a souvent ete denonce par nos informateurs. Ils ont aussi mentionne le manque d'information et l'absence d'une vision globale du phenomene de la pauvrete. Selon les termes d'un informateur :
 Alors euh, je pense que la pauvrete, c'est aussi l'individualisme,
 tu sais, les gens qui pensent en fonction d'eux, en fonction de
 leur interet personnel aussi, la. C'est comme une absence de
 partage de richesse, d'informations, c'est une absence de vision
 que on est plus que ce qu'on est, on est un tout aussi, donc une
 collectivite on a a partager nos richesses.


Les mayens collectifs se divisent en quatre categories, dont deux s'adressent de facon directe aux individus en situation de pauvrete. La premiere est de qualifier les personnes en situation de pauvrete, par exemple en debloquant des subventions pour favoriser l'integration en emploi, en organisant des formations qui soient accessibles et, enfin, en developpant des projets d'insertion a l'emploi. La deuxieme categorie de moyens vise a soutenir les individus. Les informateurs proposent d'elaborer des mesures pour favoriser l'implication sociale, de rendre accessible les ressources et les services psycho-sociaux, d'accompagner les personnes en situation de pauvrete et de developper la sociabilite de quartier. Le programme d'assurance-chomage s'inscrit aussi comme un moyen pour soutenir les individus. On voit qu'ici, le collectif implique une elaboration des politiques publiques.

Les deux autres categories de moyens s'adressent davantage aux organisations. Structurer les ressources represente la troisieme categorie. Il s'agit d'instituer des partenariats entre les groupes communautaires, de supporter financierement les groupes communautaires, de favoriser la concertation entre les organismes du milieu, de developper des approches-reseaux et d'agir avec les gens en situation de pauvrete. La derniere categorie de moyens concerne plutot les principes pour etablir des strategies de lutte a la pauvrete. Plusieurs moyens sont identifies : developper une reflexion sur la pauvrete, agir sur les causes de la pauvrete, favoriser la circulation de l'information, developper des projets globaux plutot qu'agir sur les situations individuelles, favoriser la mixite sociale dans le logement afin de lutter contre la stigmatisation, collectiviser les phenomenes afin de les rendre plus visibles et lutter contre les prejuges. Ici, c'est dans l'(auto-)organisation de la societe civile que se manifeste la dimension collective.

Les dimensions individuelles

On peut identifier dans les discours de nos informateurs cinq categories de facteurs provoquant ou favorisant la pauvrete, qu'on peut appeler des causes individuelles de la pauvrete. D'abord, il y a l'ensemble des phenomenes relies a l'emploi, comme le statut precaire, la perte d'emploi et le fait de travailler au salaire minimum. Ce dernier trait peut aussi etre vu comme appartenant a la seconde categorie, celle qui touche au revenu. Elle a deux dimensions principales, le faible revenu et l'endettement. La troisieme categorie est celle de la sante des personnes, qui peut se manifester comme handicap physique, comme des defaillances intellectuelles ou comme des carences nutritives. Le manque de ressources, sous forme de manque d'informations et un reseau social insuffisant ou absent, est une autre categorie de causes de la pauvrete chez les individus. Enfin, la derniere categorie de causes individuelles est celle des problemes divers, qu'on pourrait aussi appeler des problemes comportementaux. Les informateurs citent des problemes comme l'alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, le jeu, le rejet et l'isolement.

Enfin, la lutte a la pauvrete demande aussi des mayens individuels, qu'on peut rassembler en quatre types, en plus d'un moyen principal presente comme prealable a tous les autres. Celui-ci est l'evaluation des besoins des personnes qui doit se faire avant toute autre intervention; elle doit viser a mieux repondre aux besoins des individus et favoriser leur prise en charge. Selon une informatrice :
 C'est l'evaluation globale d'une personne, son environnement, ses
 ressources financieres mais aussi psychologiques ... euh ... le
 reseautage.


Le premier groupe de moyens est le support financier aux besoins individuels. Ce support financier repond a des besoins d'alimentation, de sante, de loisirs, d'emploi, de services de garderie, de logement et de vetements. Le support materiel aux besoins individuels est le deuxieme groupe de moyens qui repond a des besoins de vetements, de nourritures et de meubles.

Le troisieme groupe de moyens est le support pour combler le manque de ressources. Ce groupe se divise en deux ensembles, la fourniture d'information et/ou d'aide et d'accompagnement. L'information transmise peut concerner les habiletes parentales, la formation sur le curriculum vitae, sur le marche du travail, sur les lois et les normes du travail et sur les regles syndicales. Elle peut aussi porter sur le soutien, sur la conscientisation, sur les besoins alimentaires et sur les droits humains et sur ceux des locataires. L'aide et l'accompagnement concernent la reponse a divers problemes vecus par les individus, tel que les problemes financiers, de revenu, de logement, de credit, de consommation, de budget, des problemes juridiques et de l'aide pour monter des projets d'affaires.

Le dernier groupe de moyens s'adressant specifiquement aux individus est le support au niveau social. On peut en retrouver trois formes. D'abord des services, comme des services psycho-sociaux, des suivis de grossesses a risque, de l'aide a domicile pour le menage, la sante et la cuisine et de l'aide en matiere d'assurancesante. En deuxieme lieu, il y a l'aide apportee pour referer les personnes aux organismes pouvant repondre a leurs besoins d'information, de nourriture, d'argent, de sante, de loisirs et d'aide a domicile. Enfin, la troisieme forme regroupe des elements d'ordre relationnel, comme la creation de reseaux de contacts et d'amis, ou d'ordre psychosocial, comme favoriser l'estime de soi, la confiance, la communication verbale et ecrite; la conscientisation sur les prejuges, la valorisation de la personne et l'ecoute active afin de sortir les gens de leur isolement. La figure suivante resume les causes et moyens qui viennent d'etre presentes.

Quelles lecons pouvons-nous en tirer?

1. Les dimensions collectives

Les dimensions collectives, qui renvoient a l'organisation des rapports sociaux et qu'on peut donc appeler structurelles, sont abordees par les informateurs de facon tres oecumenique. Il est clair que les facteurs causant la pauvrete sont vastes et loin de se limiter a la dimension economique, c'est-a-dire au simple manque d'argent. Ils sont systemiques, c'est-a-dire dire qu'ils ont trair a l'organisation sociale et a ses dimensions fondamentales. Cependant, les informateurs insistent peu sur les conflits : on remarque plutot l'absence d'une explication relevant de la volonte d'un groupe d'imposer sa domination. De facon comparable, aucun informateur n'a mentionne que la pauvrete existe parce qu'elle serait fonctionnelle, c'est-a-dire utile a la reproduction du systeme capitaliste (qui, lui, est bel et bien nomme) ou qu'elle permettrait une meilleure rentabilite, par exemple en contribuant a exercer une pression a la baisse sur les salaires. Ce silence explique sans doure pourquoi, lorsque nos informateurs mentionnent l'Etat, ils le considerent esscntiellement comine Etat-providence, Etat producteur de services, et en gomment les principales dimensions politiques, celles, par exemple, qui le presenteraient comine Etat-outil-de-domination-sociale, comme le voudraient le point de vue socialiste ou meme une conception sociale-democrate classique. La lutte a la pauvrete n'est pas une lutte impliquant l'appropriation du pouvoir. C'est ce qu'on peut entrevoir dans l'extrait suivant :

Q: ca serait quoi la population qui ne repond pas aux criteres?

R: ben tous ceux qui sont qui ont des handicaps, tous ceux qui ont sans avoir des handicaps physique la qui ... qui ont ete depuis tres longtemps hors du marche du travail pis que pour reintegrer le marche du travail, ca prendrait des mesures tres lourdes qui ne sont pas la presentement alors, faut pouvoir lutter, les aider a passer a travers par d'autres mesures le logement euh, euh la securite du revenu euh des activites les organismes la subvention des organismes communautaires qui s'occupent d'eux autres etc.

De meme, l'Etat-producteur n'apparait pas dans les enonces. L'economie est implicitement comprise comme rassemblement d'acteurs prives, l'Etat se limitant alors a un role reparateur des failles de leurs activites.

Les moyens collectifs pour lutter contre la pauvrete sont generalement lies a une action indirecte et leur presentation n'echappe pas a un certain vague, voire une certaine abstraction. Peut-etre cela decoule-t-il du fait que nos informateurs se concentrent sur le phenomene de la pauvrete consideree dans son ensemble. Il est frappant de voir que la fiscalite injuste, c'est-a-dire favorisant les couches plus aisees, est consideree comme l'une des causes collectives de la pauvrete (6), mais aucun moyen collectif de s'y attaquer n'est presente. Il y a donc un silence sur les mesures proprement fiscales, meme si les informateurs vont faire reference a des mesures connexes telles que l'assurance-chomage et les programmes favorisant l'insertion en l'emploi. La liste des moyens est elle aussi ambigue quant a la place des instances politiques. L'action de l'Etat est presentee comme l'une des causes collectives de la pauvrete, mais elle fait aussi partie de la liste des moyens. L'Etat est donc considere a la fois comme une cause de la pauvrete et comme un moyen pour lutter contre elle. On retrouve ici l'accent sur une conception de l'Etat proche de celle de l'Etat-providence centralise et national. Cette conception semble etre en contradiction avec l'opinion selon laquelle nous sommes desormais dans un contexte ou l'Etat-providence n'a plus l'efficacite d'antan et ou regne plutot l'exigence de flexibilite et de competitivite mondiale.

L'accent sur l'Etat interventionniste accompagne cependant l'enonce de moyens qui renvoient a l'action de la societe civile et, en particulier, des organisations communautaires qui, elles, sont locales. Cela n'est guere surprenant, compte tenu de l'origine de nos informateurs. On retrouve une insistance sur la coordination, l'interrelation etroite avec le milieu, la reconnaissance des organismes communautaires qui font aussi partie des demandes du Comite aviseur de l'Action communautaire autonome (Comite aviseur 2006). Mais il s'agit de moyens qui prennent pour acquis l'etat du systeme social et recherchent une adaptation plus efficace aux tendances structurelles dominantes, sans en suggerer la transformation. C'est sans doute ce qui explique que les moyens identifies ne se distinguent guere de ceux prones par les programmes sociaux en cours.

2. A propos des dimensions individuelles

Les dimensions individuelles abordees par nos informateurs sont plus explicites, ce qu'on peut sans doute expliquer par la centralite des personnes dans les pratiques et les preoccupations des groupes communautaires (Klein et al. 2004, 43-49). Les points de vue sont alors plus detailles et les propositions plus precises. On aura note que la notion de besoin n'apparait qu'a ce niveau individuel, le niveau collectif faisant plutot reference a la justice et aux droits.

Les moyens individuels sont presentes de facon beaucoup plus concrete que les moyens collectifs et lis sont lies a des actions plus directes. Ils sont centres sur l'utilisation des organisations communautaires, qui sont donc vues comme les moyens privilegies pour repondre aux besoins des individus, autant financiers et materiels qu'organisationnels et psychosociaux. La reference a l'evaluation prealable montre qu'ils sont envisages de facon systematique et globale, allant des preoccupations materielles (logement, nourriture) jusqu'a l'environnement familial et le voisinage. Dans la mesure ou les groupes communautaires sont essentiellement des organisations locales, on peut deduire que la reponse a ces besoins individuels engendres par la pauvrete devra se realiser dans l'environnement quotidien et la petite echelle, c'est-a-dire la communaute locale, et qu'elle pourra s'y materialiser de facon efficace. C'est ce qu'indique le passage suivant, ou l'informateur explique le choix du quartier ou avait ete organise un Forum avec les residents:
 Oui, ben on a pris ce quartier-la parce que c'etait quand meme un
 quartier qui etait repute justement pour contenir certaines zones
 de pauvretd. Et on s'est dit : a l'interieur de ca, on va voir
 comment en etant conscients de la pauvrete, comment on peut quand
 meme amener les gens aussi a se prendre en main pis comment on peut
 amener ... comment on peut creer des conditions gagnantes pour que
 la pauvrete diminue dans un lieu precis donne. Alors, c'est ca ...
 je pense que ca a ete un evenement important.


Conclusion

Dans ce texte, nous sommes partis du point de vue selon lequel la materialisation de la gestion du social impliquait de plus en plus le palier local et nous nous sommes demande comment des intervenants locaux concevaient la question de la lutte a la pauvrete. A partir du cas d'une table locale de concertation sur la lutte a la pauvrete, nous avons vu comment nos informateurs elaboraient des distinctions entre causes et moyens individuels et collectifs, le tout formant un ensemble complexe qui temoigne de leur competence et de leur capacite a apprehender une question aussi ardue. Les causes collectives incluent les modes de production et de redistribution de la richesse, mais aussi la conjoncture regionale et les representations mediatiques des pauvres et de la pauvrete. Les causes individuelles referent a l'integration a l'emploi et a ses pre-requis, au revenu, et aux caracteristiques innees ou acquises des personnes.

A ces causes correspondent un ensemble de mesures destinees a concretiser la lutte a la pauvrete. Parmi les moyens relevant plutot de l'organisation collective, on releve les diverses activites visant a qualifier les individus et a les rendre integrables sur le marche du travail, mais aussi un ensemble de mesures visant leur integration au milieu environnant et leur support psycho-social. Cela exige de maintenir et developper les organisations communautaires ainsi que les pratiques de concertation visant un usage plus effcace des ressources tares dont dispose le milieu local. A ces moyens s'ajoutent une serie de moyens plus directement destines a aider les individus. A partir d'une evaluation qui se doit de respecter la complexite des situations, ces moyens concerneront autant l'aide directe (materielle, financiere, etc.) qu'indirecte (formation, information, support psycho-social, etc.).

Les causes et les moyens presentes par nos informateurs composent un tout relativement coherent. Ils couvrent un large spectre, ce qui renforce l'idee que la pauvrete est un phenomene systemique, volte systematique, a multiples facettes et qu'elle doit etre abordee de facon large et inclusive. L'accent mis sur les questions d'emploi et d'integration au marche du travail reflete bien la problematique regionale et, d'ailleurs, se trouve en accord avec les propositions gouvernementales (7). L'espece de division du travail, volte de symetrie, qui s'etablit entre l'etat (providence, centralise, formulant des politiques sociales globales) et les organisations communautaires (groupes de services, locaux et repondant aux besoins immediats des personnes) reflete une conception generale des rapports entre l'etat et la societe civile qui n'est pas sans rappeler celle que proposent les appareils de l'etat quebecois (Bourque 2004).

Nos informateurs accordent un role crucial a l'action de la << societe civile locale >> dans la mise en oeuvre de la lutte a la pauvrete. Pour eux, les organismes communautaires ne sont pas seulement des outils et des moyens, mais surtout aussi des salutians a la pauvrete. Bien que ce role--ou cette responsabilite--des groupes communautaires soit d'instrumentation et de materialisation plus que de decision ou de planification, on ne peut manquer de voir le deplacement par rapport a un point de vue faisant de l'etat central l'unique responsable du reglement des problemes sociaux. Or, les municipalites sont des acteurs de plus en plus impliques dans les questions sociales, comme le montrent les nombreux plans de developpement en matiere de developpement social ou de politique familiale (8). Il est donc probable que les appels de l'etat (municipal) a la societe civile (locale) iront en se multipliant. On peut penser, mais cela reste a approfondir empiriquement, que la situation plus difficile des villes non-metropolitaines y rendra cette question des partenariats encore plus cruciale car elles sont marginalisees pas la dynamique de la mondialisation, qui privilegie les metropoles (Veltz 1996); en consequence, elles devront faire un effort particulier pour coordonner les interventions en matiere de developpement et de lutte aux inegalites. C'est afartiori le cas des villes moyennes situees dans des << regions-ressources >>, car leur dependance a l'egard d'un petit nombre de secteurs industriels, voire d'une entreprise quasi-unique, les fragilise et rend plus difficile la flexibilite demandee par les transformations economiques. Comme celles-ci semblent se diriger vers des scenarios s'approchant de l' << economie du savoir >> et que les regions-ressources sont generalement fondees sur des activites industrielles, les dangers de marginalisation sont encore plus grands. Dans un tel contexte notablement different de celui des metropoles, la mobilisation du << capital social >> devra suppleer aux manques de mobilisation du capital financier.

Nos informateurs, sans le savoir peut-etre, mettent bien l'accent sur ces relations entre l'Etat et la societe qu'il s'agit de renforcer pour faire face aux difficultes presentes et futures. Mais cela neva pas jusqu'a presenter une conception de la gouvernance, car le long silence, dans leur discours, sur l'action politique organisee est assez remarquable, et meme assez surprenant, lorsqu'on voit combien les critiques faltes a l'Etat sont presentes et nombreuses. Cela pourrait signifier que les informateurs refusent de s'avancer sur les moyens a privilegier face a ces causes de la pauvrete qu'on peut imputer a l'etat ou peut meme signifier un refus de se positionner face a ce que l'etat doit faire. Il semble clair, en tout cas, que l'etat auquel se referent nos informateurs est l'etat provincial et federal et que le palier local (municipal) ne semble pas y avoir une place particuliere. L'accent sur le travail conjoint plus que sur l'opposition politique est sans doute un signe de la nouvelle gouvernementalite typique des societes mondialisees, qui met l'accent sur la collaboration et le partenariat (Larner et Butler 2004), ce qui minimise evidemment la lutte et le conflit politique. Mais cela mene aussi a s'interroger sur le serieux de la question de l'empowerment, c'est-a-dire du renforcement des capacites personnelles afin de se prendre activement en charge, car la notion implique necessairement une dimension politique (9). a defaut de l'inclure, la communaute qu'il s'agit de rendre responsable de la lutte a la pauvrete risque fort de se retrouver emasculee et simple objet des pratiques institutionnelles.

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Pierre-Andre Tremblay

Departement des sciences humaines

Universite du Quebec a Chicoutimi

Genevieve Dube

Maitrise en etudes et interventions regionales

Universite du Quebec a Chicoutirni

Marilyn Emond

Maitrise en etudes et interventions regionales

Universite du Quebec a Chicoutimi

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Notes

(1) Ce texte reprend une communication presentee au colloque << Inegalites sociales et recomposition des territoires, de la mesure a l'intervention >> organise dans le cadre de la section Developpement regional, congres de I'ACFAS, Chicoutimi, 10 mai 2005. Nous remercions Martin Simard, Danielle Lafontaine ainsi que deux evaluateurs anonymes pour leurs genereuses remarques.

(2) Du nom de Lord Beveridge, qui dirigea la commission chargee par le Gouvernement britannique d'etudier la question de la securite sociale de l'Angleterre d'apres-guerre. Son rapport servit de base a l'elaboration des mesures universelles typiques du Welfare state britannique et est encore une reference pour toute discussion des politiques sociales (voir Shepherd 1995).

(3) Une description plus detaillee de la table de concert-action se trouve dans Tremblay, 2004.

(4) Les usines jonquieroises de la compagnie Alcan sont en processus de fermeture acceleree, sans que les nouvelles installations d'Alma puissent compenser pour le nombre d'emplois perdus. La compagnie de pulpe Abitibi-Consolidated a ferme son usine de La Bale (hiver 2002), mettant a pied 480 travailleurs, ce qui a porte un tres dur coup a cette petite ville de 12,000 habitants. De facon voisine, la decision de Walmart de fermer son magasin a grande surface de Jonquiere (printemps 2005) a entraine environ 300 pertes d'emplois. Le soupcon persistant que cette fermeture a ete causee par l'effort de syndicalisation des employes renforce l'opinion que s'il est un avenir pour l'emploi en region, cela se fera au prix d'une importante diminution de la qualite des conditions d'embauche.

(5) En pratique, l'entretien est la seule facon d'y arriver, car la Table n'a a peu pres pas produit de documents ecrits.

(6) L'accent sur la fiscalite reflete bien les critiques que le Collectif pour l'elimination de la pauvrete a adressees au Gouvernement du Quebec.

(7) Comme on sait, le nom complet du << Fonds de lutte contre la pauvrete >> est, Fonds de lutte a la pauvrete par la reinsertian au travail. (L.R.Q., chapitre F-3.2.0.3).

(8) Voir Girard (2004, 2005) pour la politique de developpement social de Ville de Saguenay.

(9) Cette conception de la dimension politique de l'empowerment s'appuie sur (Ninacs 2002).
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Author:Tremblay, Pierre-Andre; Dube, Genevieve; Emond, Marilyn
Publication:Canadian Journal of Urban Research
Article Type:Report
Geographic Code:1CANA
Date:Jan 1, 2006
Words:7626
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